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 Vendredi 14 janvier 2022, sur le compte Twitter de Jean-Marc Kabund-A-Kabund, un tweet est publié : "En ce jour je prends la décision de démissionner de mes fonctions de 1er VP de l'AN." Il est exactement 14 heures passées de 33 minutes. Quelques instants plus tard, ça retweet déjà de partout. Ci et là, le véritable sens de ce tweet dont le déclencheur direct était à peine perceptible, fait débat. Pourtant, à considérer le parcours éprouvant de cet homme au sein de l'UDPS depuis sa jeunesse, et même son abnégation aux côtés du Dr Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, l'on a du mal à imaginer un tel scénario, puisque tout portait à croire que le poste de Premier Vice-président de la Chambre basse du Parlement, était un aboutissement, la lumière au bout de ce long tunnel de la lutte pour l'instauration d'un Etat de Droit. Ayant subi humiliations, flagellations, persécutions, ainsi que des  affronts de toutes sortes, dont le dernier en date était avec Jeannine Mabunda alors Présidente de l'Assemblée Nationale, Kabund a été de tous les combats. Mais pourquoi tout lâcher maintenant, juste au moment l'on respire enfin la quiétude ?

L'héritage du Dr Etienne Tshisekedi

Créé le 15 février 1982 par les treize parlementaires au moment où le système dictatorial mobutiste était à son apogée, dès sa naissance, l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social, UDPS en sigle, a un leader : Etienne Tshisekedi Wa Mulumba. Au sommet de ce parti politique devenu légale que quelques années plus tard avec le multipartisme, Ya Tshitshi, comme on le surnommait, y restera jusqu'à ce qu'il tire sa révérence le 1 février 2017, terrassé par la vieillesse et la maladie, à juste quatorze jours du trente-cinquième anniversaire de la création de l'UDPS.

Alors que l'on voyait déjà Félix Tshisekedi, fils biologique du leader incontesté de l'UDPS, se tenir aux côtés de son père dans ses meetings un peu partout dans le pays et à l'internationale, notamment lors de la campagne électorale de 2011 et dans la suite, lorsque ce dernier a voulu désigner son second, ce n'est pas sur son fils qu'il a jeté son dévolu. Peu avant sa mort, Etienne Tshisekedi installe Jean-Marc Kabund-A-Kabund au poste de Secrétaire Général de ce parti qu'il incarne depuis plus de trois décennies, et ce sera sans doute l'une de ses dernières plus importantes décisions.

Rien n'a jamais transpiré sur le véritable plan du Sphinx pour le jeune Kabund, ni pour sa succession au sein de l'UDPS. Mais il est impossible que les initiés n'en aient pas eu connaissance. Pour les profanes, tout ce que l'on peut dire, c'est qu'à travers ce geste, s'il était donné à Ya Tshitshi de vivre encore assez longtemps pour prendre sa retraite, il y aurait de chances infimes que son fils Félix accède à la présidence du parti après son départ. Et cela est peut-être l'une des raisons ayant occasionné la scission du parti en plusieurs morceaux (UDPS-Kibasa, UDPS-Tshibala, etc.), dont le plus grand à ce jour demeure celui de Limete.

Alors qu’Etienne Tshisekedi n'est plus, et que le pays traverse une crise politique et constitutionnelle. De toute urgence, le plus grand parti d'opposition doit se choisir un nouveau leader. Après plusieurs tractations à l'interne, Jean-Marc Kabund, devenu la tête du parti par un concours malheureux de circonstance, organise malgré lui un congrès, à l'issue duquel Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo devient président, à la place de son père décédé.

Au fond, Kabund est mécontent. Pour lui le congrès a été un moyen légal de marcher sur les dernières volontés du Sphinx. Mais il a sûrement dû être amadoué pour lâcher l'affaire et se ressaisir. Après tout, comment pouvait-on se débarrasser de celui que le Grand Esprit lui-même a placé ? Par-là, l'on comprend que Kabund a été forcé de vendre son "droit d'aînesse", et de ce fait, l'héritage qui lui était échu.

L'omniprésence de présence de Kabund

Echéances électorales oblige, l'UDPS a déjà son candidat. C'est le Président du Parti, naturellement. Mais face à Kabila et ses stratégies toujours ajustées au millimètre près, l'opposition redoute le pire. Elle décide de présenter un front commun au dauphin de Kabila, pour barrer la route à la machination. Il fallait donc élire un candidat qui devra porter toutes les voies de l'opposition pour la présidentielle de 2018. Pour les héritiers de Tshisekedi Wa Mulumba, cet honneur  leur revenait de droit, puisqu'étant le parti le plus vieux, le plus grand, le plus populaire, et plus qu’aucun autre, chargé d'histoire.

Cependant, avec trop de légitimité, les autres membres de l'alliance ne sauraient avoir une marge de négociation assez importante, pour le partage des postes en cas de victoire. C'est ainsi que l'on porte Martin Fayulu à la tête de l'opposition unie. C'était sans compter sur la perspicacité de Kabund. Portant le sang chaud du Sphinx, il mobilisera la base pour boycotter ce choix, sans doute parce que c'est l'UDPS qui devrait fixer les modalités des négociations en cas de prise de pouvoir, et non le contraire. Assurément, le vieux Etienne ne l'avait pas choisi par hasard.

De l'autre côté de la Méditerrané, cette mobilisation générale fera sursauter Félix Tshisekedi de son sommeil, et le fera retirer sa signature, pour s'allier avec Vital Kamerhe qui n'est pas gêné du tout d'être second. Lorsque Fatshi sera proclamé cinquième Président de la République Démocratique du Congo, il devra donc une fière chandelle à Kabund, sans la clairvoyance duquel il n'y serait jamais arrivé, en tout cas, pas en 2018.

Devenu le Président en fonction en 2019, Fatshi rendra l'ascenseur à Kabund en le plaçant comme Président ai de l'UDPS, en attendant l’organisation d’un congrès pour voter le nouveau président du parti. Le congrès n'aura jamais lieu.

Avec la coalition FCC-CASH, Kabund est élu au poste de Premier Vice-président de la Chambre Basse du Parlement, mais il en sera évincé quelques mois plus tard, ne faisant pas le poids contre la pression du FCC. C'est alors qu'un nouveau combat commence, celui de renverser le bureau Mabunda. Kabund s'empare du sujet et le prend à bras-le-corps. C'est le début d'un mouvement qui conduira à la création de l'Union Sacrée de la Nation, détenant le record historique de la plateforme ayant rassemblé le plus de transfuges en moins de 24 heures.

Le Chef de l'Etat s'acquiert donc une nouvelle majorité, celle qui dorénavant, lui obéira au doigt et à l'œil. La nouvelle majorité reconduit Kabund à son poste, cette fois au sein du bureau Mboso. Mais on sait tous que Mboso n'est là que pour la forme, et que la personne qui décide réellement n'est autre que Kabund.

Fort de ses exploits, de ses hauts-faits, Kabund a peu à peu commencé à prendre plus de place qu'il n'était convenu dans leurs accords avec Fatshi, si bien que dans son élan d'omniprésence, le choc entre les deux hommes devenait inévitable. Pour Kabund, Fatshi n'est rien d'autre qu'un fils à papa qu'on a pistonné, voire catapulté à la tête du parti, et pour Fatshi, Kabund est un prétentieux qui se croit tout permis.

La goutte de trop

Alors que l'un et l'autre dans leur ressentiment se forçaient à refouler leur aversion réciproque, un incident se produit. Sur la route Poids Lourd à Kingabwa, le cortège du Premier Vice-Président de l'Assemblée Nationale est arrêté par un embouteillage, dont la cause est un véhicule roulant en à contre sens.

Les policiers commis à sa garde descendent pour décanter la situation, et trouve que dans la voiture il y a un homme au volant, et un militaire de la Garde Républicaine (GR) sur le siège passager, Kalachnikov entre les mains. De là tout dégénère. L'élément de la GR est tiré hors du véhicule, désarmé, puis conduit à l'Auditorat Militaire par les policiers, gardes de Kabund. Certaines versions affirment qu'à titre de leçon punitive, ces mêmes policiers auraient crevé les pneus de la voiture prise en infraction du code de la route.

Par la suite, il sera avéré que l'homme dépouillé de sa garde et propriétaire du véhicule martyrisé, n'est autre que le mari de la petite sœur de Fatshi. Cela dit, l'homme était le beau-frère du Président de la République. L'on ne saura jamais vraiment si les deux hommes, Fatshi et Kabund, se sont recadrés mutuellement au téléphone.

Quelques jours plus tard, des images circulaient sur le net montrant la maison de Kabund retournée sens dessus-dessous. Et des rumeurs feront part que les "Mura", surnom donné à la GR, étaient passés chez lui, refaire la déco. Lorsqu'un peu plus tard Kabund décidera de dévoiler les vidéos prises par ses caméras de surveillance sur le web, ce ne sera plus des rumeurs. L'on y voit une multitude de GR tous amés, prendre d'assaut la maison du 1er VP.

En amont, lorsque Fatshi a reçu le rapport de sa petite sœur, du Commandant responsable du détachement de l'élément de la GR, de surcroit désarmé et mis aux arrêts, et éventuellement de ses conseillers, il l'a sûrement pris pour une atteinte à sa personne et à son autorité. L'action de Kabund envers le mari de sa sœur a été la goutte de trop.

L'Opération "Recadrage", effectuée dans la soirée à l'abri des regards indiscrets, était probablement un moyen pour Fatshi d'éviter à Kabund une procédure longue et coûteuse en justice, puis un moyen de laver les linges sales en famille, et enfin un moyen de lui rappeler que c'est lui qui détient l'autorité suprême sur l'armée, la police, les renseignements, etc. comme pour lui lancer un message subliminal à la kinoise "yaya, gardé bande !"

La riposte

Après le saccage de son domicile, certains de ses proches lui ont sûrement dit de se tenir à carreau, de passer l'éponge, d'attendre le bon moment pour riposter avec grâce. Mais le maître-nageur ne l'entend pas de cette oreille. Le vendredi 14 janvier, il lâche un tweet : "Ainsi s'ouvre une nouvelle page de l'histoire, qui sera écrite avec la sueur de notre front, qui coulera chaque jour qu'on affrontera les brimades, humiliations et tortures..."

L'on sent la rogne, le dénigrement, l'aversion. A défaut d'avoir une armée à ses ordres pour rendre la pareille, Kabund se contente de riposter à coups de tweets. Dans le premier tweet, un message subliminal est adressé à Fatshi-Béton. "As-tu écris ton histoire avec la sueur de ton front ? Moi, oui. As-tu affronté les brimades, les humiliations, et les tortures ? Moi, oui." Une manière de lui rappeler ce qui suit : "Dans un pays comme le nôtre, un candidat de l'opposition ne peut devenir légitimement Président de la République sans passer par ces étapes."

Le Bluffe

Avec un peu de recul, et en faisant un gros plan sur l'assaut musclé de la GR au domicile de Kabund, l'on remarque tout de suite des incohérences. Des dizaines des gardes républicains armés pénètrent un domaine, vandalisent, et ressortent sans qu'il y ait dommages collatéraux, alors que le domaine est protégé par la police, la garde parlementaire commis aux membres du bureau, et la garde rapproché qui, tous sans exception étaient également armées. Comment est-ce possible ?

De plus, alors que l'opinion attendait d'être fixée sur l'effectivité de sa démission, silence radio. Pourtant, il était prévu qu'il dépose sa lettre de démission à l'Assemblée Nationale ce Mardi 18 janvier. De qui se moque-t-on ?

D'une part, l'on a une opération commando improvisée qui s'est pourtant déroulée sans accrocs, et d'autre part, une décision de démission non assumée. La seule explication plausible de ces deux réalités est : le bluffe. L'on se montre les muscles, mais personne ne veut concrètement passer à l'action, car cela impliquerait beaucoup trop d'enjeux. L'un face à l'autre, les deux hommes ne veulent pas se montrer faibles. Pour l'heure, ils en restent là.  D'ailleurs, le silence absolu observé de la part de ceux dont les déclarations engagent d'office l'UPDS, l'indifférence des "bouches autorisées" par rapport à ce dossier, en est une preuve. Dans l'entre-temps, les medias s'emballent, les combattants s'entredéchirent, les députés se remuent dans tous les sens...

Caleb Assana

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