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*L’organisation d’un colloque  international sur la « Reconstitution des biens culturels et la Renaissance » est une idée qui, aujourd’hui est bien accueillie dans l’opinion publique africaine en générale et congolaise en particulier. Il s’agit d’un forum, comme le disent bien les organisateurs, ayant pour objectif d’initier les citoyens africains sur la « problématique de l’appropriation par l’Afrique de son patrimoine principalement culturel et des restes humains conservés, d’une manière ou d’une autre dans les anciens pays colonisateurs».

C’est dans ce contexte que le Comité d’organisation du Colloque a émis le vœu de solliciter notre participation scientifique à la Table-ronde n°1 : « L’Afrique et son patrimoine : conservation et valorisation par l’Afrique et pour l’Afrique » sur la thématique telle qu’énoncée au chapeau de notre propos : « Le sens premier des objets du patrimoine et leur appropriation par les contemporains ».

Par le mot « sens » d’abord, je veux entendre « direction » et ensuite « signification ». Tous les deux mots, après tout, se complètent de très près. Par « objets du patrimoine », j’épingle le naturel d’une communauté, un bien d’une famille qu’on a reçu par héritage de ses ascendants par la nature, c’est une propriété transmise par ses ancêtres, par une génération. Et en ce qui concerne mon thème, je focalise mon regard sur les objets d’art en termes de « biens culturels », et par là je bâtis toute la problématique de leur « appropriation par les contemporains ». J’espère ainsi rester dans les préoccupations des initiateurs du Colloque tout en saisissant le sens fondamental de la notion de « Culture ».

  1. Culture au sens fondamental

Ici, loin de traiter la signification du terme « culture » dans son sens agricole, je le saisis comme l’ont fait les philosophes des lumières au XVIIIè siècle et aussi comme l’ont observé et étudié les sociologues, anthropologues, les philosophes et historiens contemporains. L’ensemble de leur entendement autour de cette notion estime que ce que l’on nomme « culture » c’est le patrimoine accumulé depuis des siècles sur lequel on peut prétendre être sûr de fonder une civilisation. C’est « la totalité des connaissances, des croyances, des arts, des valeurs, lois, coutumes et de toutes les autres capacités et habitudes acquises par l’homme en tant que membre de la société ». Ceci exige un examen attentif et intelligent du vécu de cette société.

La culture c’est en même temps, l’ensemble des manières de penser, de concevoir, de raisonner, d’agir, de sentir. Manière plus ou moins formalisée, apprise et partagée par / dans la société. Manière aussi de distinguer et de particulariser celle-ci ; et qui témoigne de sa dignité et de sa raison d’être-au-monde. Cette façon de comprendre la significativité de culture, permet de dire qu’elle a une action sur la manière dont les hommes, dans leur société spécifique, pensent, agissent et s’expriment, par de divers moyens et ceci, de génération en génération en terme d’héritage culturel. Vue dans sa globalité, la « culture » remplit plusieurs fonctions suivantes :

  • « Représentationnelle», dans la mesure où elle véhicule une somme importante de connaissances et de croyances sur le monde qui entoure l’homme dans sa société et la manière dont il fonctionne et change ;
  • « Constructive», dans la mesure où elle fait exister des institutions qui font fonctionner la société tout en acceptant ou pas les conséquences qui s’ensuivent.
  • « Directive», dans la mesure où par intériorisation, la culture pour l’homme, permet d’observer des normes de conduite.
  • « évocative»,  dans la mesure où la culture, face aux événements, fait éprouver des sentiments, exprimer des attitudes.
  • « Socialisationnelle», dans la mesure où elle permet à l’homme du moins avec son univers mental d’être capable de symboliser son monde et son fonctionnement. Elle rend possible le « commerce » de l’homme avec son environnement, sa communauté, la nature, le cosmos et Dieu et même avec les cultures plurielles. Elle est communicationnelle et en même temps dialogal.
  • Elle est « fonctionnellement psychique» dans la mesure où elle moule les personnalités dans une communauté donnée. Loin d’être idéologique, elle a une fonction mythificataire qui permet l’unification dynamique à l’action ascensionnelle et transcendantale.

Plus, tout élément de la culture n’est porteur d’affects qui n’en sont pas moins liés à la culture elle-même. La culture, puis-je dire est l’ensemble des réalités d’abord, fondamentalement, mentales, spirituelles et ensuite matérielles. Elle ne consiste pas seulement et nécessairement en objets, en dispositifs, en symbolique mais en représentations fixées dans les cerveaux des hommes. Par ailleurs, il ne s’agit pas de simples « cognitions », mais bien d’un ensemble de représentations mobilisant la « vie psychique tout entière », de l’intelligence à l’action, du raisonnement à l’émotion. Il existe ainsi plusieurs angles tout aussi légitimes sans lesquels il est possible de décrire ou de cerner ce qu’on appelle « culture » ; à partir des objets qu’elle contient (œuvres d’art, savoirs, croyances et même civilisation…) à partir des institutions et des normes qu’elle induit, ou à partir des dispositions et des comportements qu’elle gouverne. C’est dans ce sens que l’on peut affirmer qu’aucune culture n’est plus développée qu’une autre ; chacune d’elle constitue une synthèse originale de la vie-être-au-monde d’un peuple. C’est elle qui forge la personnalité fondamentale de celui-ci. Elle apparaît de plus en plus comme un élément de stratégie de survie. Il n’est pas faux de dire que la personnalité d’une société humaine est forgée par sa culture.

C’est celle-ci qui pond et entretient son historicité. Elle s’acquiert moyennant la vertu consciente de patienter, de tendre-souci, de préoccupation de la communauté. C’est l’idée de « planter » les valeurs normatives. C’est l’idée aussi de permettre à l’homme de « vendre », de faire exister sa société, son environnement habitable (civilisation, citoyenneté).

La culture est donc fondamentalement un capital culturel comme l’a proclamé Pierre Bourdieu, un capital qui est en même temps une ressource rare dont l’accès est jalousement gardé selon les dispositions culturelles acquises par les individus au cours de leur socialisation au sein du groupe : présentation de soi, façon de parler, art, littérature, musique… Toutes ces choses qui assignent à une personne, une origine sociale plus ou moins juste. Autrement dit : la culture colle l’homme et sa société à leur peau ; même si son apprentissage exige une longue période de temps et demande des efforts d’incorporation, même aussi si ce qu’on appelle « modernité » la menace, et même enfin elle perd son caractère d’être rare et quelque peu sacré.

  1. La culture africaine dans l’ensemble regorge les biens (objets)

    culturels patrimoniaux

La Table-ronde n°1 du colloque a pour focus « L’Afrique et son patrimoine : Conservation et valorisation par l’Afrique et pour l’Afrique ».

Notre thématique y est bien contextuée : « Le sens premier des objets du patrimoine et leur appropriation par les contemporains ».

Les riches traditions des prestigieuses collections des Encyclopédies consacrées aux arts et cultures africaines démontrent à suffisance, comment et combien l’Afrique regorge des « pièces » et des « objets » culturels que l’on peut verser dans un panier pour ainsi constituer tout un patrimoine de l’Afrique se présentant comme un hymne à sa beauté. En plus, l’art africain est par excellence, l’art de la sculpture, des masques, des chants et musiques contenant, pour les africains eux-mêmes des forces vitales permanentes. Il est identifiant de l’appartenance groupale d’une société, d’une personne. L’artiste au moment de la production de son œuvre, incarne, par son imagerie son groupe social d’origine.

Cherchant à s’évader de sa condition souvent trop humaine, il se crée en créant des formes inédites pour les besoins du groupe : rites initiatiques, cérémonies de circoncision, cérémonie de couronnement d’un chef, cérémonie de réconciliation, cérémonie de naissance du type spécial.

C’est pourquoi dans les sociétés africaines, l’artisanat, l’artiste et l’art  se chevauchent. L’objet ainsi produit est automatiquement du domaine du sacré inaccessible aux néophytes. D’autre part, au-delà de cet art d’ordre mystique, l’art africain est meublé des pièces, objets somptueux, somptuaires, accessibles au grand public. C’est cette catégorie d’art qui séduit merveilleusement les voyageurs, explorateurs et missionnaires de tout acabit. Voilà ce qui augmente le volume des objets artistiques volés, pillés, trafiqués, bradés, débauchés, éparpillés à travers l’Europe et l’Amérique du Nord pour les collections muséales et privées. Que de Villages et Cours des chefs vidés ! Tout fut cruellement emporté comme butins de guerre ou de cadeaux.

L’Afrique c’est autre  chose que cela ! Si l’on contemple les somptueuses Encyclopédies d’art africain, on cessera, à coup sûr de porter sur l’Afrique, un tout autre regard qui se détache des clichés et des idées négatives reçues. On ira au-delà de l’aspect chloroformé du désordre politique et économique, pour contempler notamment les merveilles artistiques qui font la beauté de son patrimoine artistique qui l’enrichit, telle une sève vivante, son identité.

En outre, les œuvres d’art en Afrique sont le produit qui, à regarder de près procurent un plaisir actif, non seulement à l’artiste, mais aussi à son admirateur contemplateur indépendamment de tout intérêt personnel. Elles créent l’ambiance au milieu des vivants tout en étant une manifestation du langage et une symbolique psycho-physiologique dans la mesure où elles sont le fruit d’une réaction suscitée par un phénomène vital sociologique donné. A elles, se rattachent les valeurs humaines qui font vivre une société esthétique, sentimentale, spirituelle, utilitaire, historique qui permettent de palper les réalités émotives d’un peuple. Elles signent (les œuvres d’art) un titre qui portent,  aident à contextuer, à se souvenir, à commémorer l’événement qu’elles représentent et même à respecter son producteur.

  1. Problématique de l’appropriation par l’Afrique de son patrimoine culturel

Qui ne dira jamais, que durant toute l’occupation brutale de l’Afrique par des étrangers esclavagistes, colonisateurs, militaires, prêtres, pasteurs, homme d’affaires de tout genre, les biens culturels et les restes humains, n’ont pas été volés, pillés, brulés, vandalisés, achetés moyennant des sommes modiques ou troqués contre des objets originaux, confisqués, déshumanisés, sans oublier les pillages des lits archéologiques et funéraires.

Le tout a été spolié à telle enseigne, comme le dit Jalanda Van Nijen, qu’ « il existe une disposition flagrante et insupportable dans la réparation des biens patrimoniaux africains : près de 90% de son patrimoine se trouverait en dehors du continent africain. C’est ce qui fait la spécificité du cas africain ». Statistiquement, comme on peut le lire dans le Rapport Sarr Savoy que reprend encore une fois Jolanda Van Nijen, « on peut en faisant la somme des inventaires des musées nationaux africains, qui tournent au tour de 3 ou 5000 quand c’est des grosses collections, que 80% ou 98% du patrimoine africain sont à l’extérieur du continent dans les grands musées ». C’est ce qu’affirme Stéphane Martin dans le Journal Le Figaro, du 6 décembre 2017 sous le titre : « L’Afrique ne peut pas être privée des témoignages de son passé ». Dans ce même papier on relève que « la proportion de ce qui a été enlevé du sol  africain et dispersé en France comme dans le reste du monde est considérable. C’est presque la totalité ».

« Des musées américains s’engagent à restituer des œuvres d’art africains », tel est le titre d’un certain Nastasia Peteuil, paru le 03 mai 2021 sur le web news. « Au moins six sculptures, potentiellement jusqu’à 19, volées lors d’un massacre de 1897 par des colons britanniques en Afrique, se trouvent dans deux collections du musée d’art de Los Angeles depuis un demi-siècle… On discute de la création d’un groupe de travail pour gérer le processus complexe de rapatriement des milliers d’œuvres volées, pillées et confisquées aux Africains. Il s’agit des reliques et plaques sacrées, des défenses en ivoires sculptées, des bois  sculptées, des ornements de corps royaux qu’on trouve exposés dans des musées et vendus souvent à des prix exorbitants.

Cependant peut-on qualifier, ou simplement nommer un tel phénomène de mauvais goût : « diaspora des objets » culturel et artistique ? « mémoricide » ? « Translocation du patrimoine ? » « Objets spoliés ?»  Peu importe, qu’à cela ne tienne, ces objets ont « voyagé », ont été « emporté » en Occident en divers sites, ils ont subi des dommages, des opérations de restauration, plusieurs ont été copiés, moulés, transformés, rendu culturelle et historique…

Voilà qu’aujourd’hui, avec la décolonisation politique, culturelle et même spirituelle des uns et des autres, les occidentaux et des Africains, on ne sait comment assumer un passé aussi honteux, humiliant et tragique qui s’est, en quelque sorte, déroulé dans la conspiration du silence. Les consciences se troublent. Celles des Occidentaux, et ils ont, à mon sens raison, estimé que : peu importe les motifs de l’acquisition des objets culturels patrimoniaux africains, ceux-ci sont devenus, par l’histoire aussi leur patrimoine culturel. Les Africains se disent propriétaires, victimes de ces mêmes objets. Le contentieux, depuis longtemps enfoui dans les mémoires contraignent les contemporains à une sérieuse remise en question de la question de la restitution des biens culturels africains à l’Afrique. Dès lors, on ne parlera plus de « musée d’ethnologie » mais plutôt de « musée des cultures du monde », de « musées d’homme ».

Ainsi, je donnerai raison à Wole Soynka quand il dit qu’« il est urgent de trouver des réponses permettant d’atteindre trois objectifs incontournables pour qu’un semblant de paix puisse s’installer dans le XXIè siècle multiculturel : l’établissement de la vérité, la réparation et la réconciliation. La problématique « restitution » est là nette, bien postée dans les consciences de contemporains Occidentaux et Africains. Elle s’avère bien plus délicate qu’on ne l’aurait imaginé. Elle émerge du questionnement au niveau de l’identité culturelle et à celui du bien-fondé de l’appropriation d’un patrimoine culturel qu’on supposait tout naturellement être le vôtre.

Au niveau de la « vérité », il faut le dire, le patrimoine culturel africain a été volé et expatrié dans les pays Occidentaux. Ici, il est considéré comme patrimoine acquis par son propriétaire moyennant un processus historique, guerres de conquête, diverses appropriations forcées tantôt des individus, tantôt des Etats. On a vu naître en Europe depuis l’intrusion barbare des étrangers venus d’Europe, des « Cabinets de curiosité » dans un élan manifeste princier d’un goût pour l’exotisme et l’inédit. On aime les œuvres exotiques même si elles ne sont pas authentiques (XV-XVII). Ensuite à partir de 1870, les Stanley, Livingstone et Savorgna de Brazza et leur suite, vont se mettre à piller ou à se faire offrir systématiquement des collections botaniques, des restes humains, d’objets de cultes, de masques et d’armes. Après la très célèbre conférence de Berlin de triste mémoire de 1884 – 1885, en Europe, on a vu se constituer, par ici par-là, des Musées, par exemple : le Musée d’ethnographie du Trocadéro, le Musée de Tervuren, le Linden Museum de Stuttgart ou encore le Musée colonial de Lyon...

Les Allemands, à la fin de la Première guerre mondiale, même s’ils l’ont perdu, en perdant en même temps leurs colonies, se sont bien abreuvés dans le « ramassage » des biens culturels africains.

Ainsi, l’Eldorado vers le patrimoine culturel africain a-t-il commencé, les collectes des pièces, en désordre sont opérées par l’armée, les scientifiques, les missionnaires chrétiens et les explorateurs. Pour l’armée, il lui faut des pièces « butins de guerre », trophées de guerre et d’autres objets précieux relatifs au métier du soldat. Ces pièces intéressent spécialement les collections nationales. D’autres, vendues aux enchères atterrissent dans les collections privées ou  restent dans les familles des militaires impliqués dans la guerre.

Les missionnaires quant à eux procédèrent par « l’opération confiscation » des pièces dites « fétiches » relevant du « paganisme » et de « l’animisme ». Eux aussi, au fur et à mesure qu’ils évangélisent, et prennent  goût du zèle missionnaire, se constituèrent de véritables collections notamment d’objets rituels divers prêts à être expédiés en Europe dans leurs Congrégations respectives ou alors vendus aux musées, très  en demande.

Plus, les musées font à partir d’eux-mêmes des commandes auprès des maisons expéditionnaires scientifiques et celles des explorations. Dans la plupart des cas, les collectes s’effectuent moyennant l’échange (contre des boutons, des draps léger, des fils de cuivre, des perles, des soirées ou des cuillères), donations, d’achats, mais aussi par vols.

Tous les objets du patrimoine africain, toutes catégories confondues, comme je les ai énumérés ci-haut, une fois en Europe dans les institutions muséales, sont systématiquement sériés, et planifiés et deviennent, sans crainte, des objets faisant partie du patrimoine culturel colonial. Tout cela, laisse perplexe les consciences contemporaines. A parti de 1900, en Europe les maisons de vente se font concurrence. Les marchands d’objets d’art africain intensifient leurs multiples voyages en Afrique. Les catalogues détaillées et illustrées sont exhibées et parcourent partout. Les grands artistes comme Picasso, Le Corbusier, Kirchner, Nolde et Derain, rénovent leur style d’art en se référant aux arts africains. Les maisons artistiques africaines sont bien plantureuses à telle enseigne que pour connaître leur histoire, leurs arts, les africains doivent aller se ressourcer en Europe même. La situation n’a pas changé substantiellement jusqu’en 1960, année des indépendances africaines et du commencement des mouvements panafricains de réclamer l’identité culturelle à travers les demandes de restitutions.

D’ailleurs en Belgique, par exemple, cette question du patrimoine culturel deviendra une pomme de discorde récurrente, un « contentieux » selon la formule consacrée entre Bruxelles et Kinshasa. En effet, lit-on dans les pages écrites par Van Beurden Sarah intitulées « Ce patrimoine Congolais conservé par la Belgique ». « Si le Congo devient indépendant, il doit pouvoir affirmer sa souveraineté sur ses  ressources économiques ainsi que sur son héritage culturel. Le gouvernement belge fera cependant tout pour retarder la rétrocession de cet héritage qu’il s’agisse des titres de propriété de mines comme des œuvres d’art congolaises. Plus particulièrement, concernant l’héritage culturel congolais accaparé par les Belges, notamment situé au musée de Tervuren, l’Etat belge usera une multitude de stratégies pour ne pas se séparer de ce qui est désormais considéré par l’opinion publique dominante comme un patrimoine… belge ». Tout est dit, l’Etat belge dès 1960 a sciemment endigué les revendications congolaises de son patrimoine. Ce genre de comportement a pas mal exacerbé les politiques congolaises dès 1970 avec le discours fort sur « l’authenticité zaïroise »

Aujourd’hui, de revendication en revendication de la restitution du patrimoine culturel africain à l’Afrique, une nouvelle dynamique s’est créée entre pays colonisateurs et pays jadis colonisés. Cette dynamique, mentalement, se laisse voir dans une optique de réparation ethno-morale dans l’espoir d’assainissement des relations de réciprocité. Ceci relève, de part et d’autre du domaine de l’invention de la diplomatie culturelle bienveillante entre les pays du Nord et ceux du Sud. En effet, toute cette question de restitution du patrimoine est aujourd’hui majeure surtout pour les Africains, car elle va de pair avec celle de leur identité et de la légitimation de leur être-au-monde. L’enjeu est de taille, en termes de géopolitique, en termes de richesse quasiment planétaire par le phénomène de la circularité et de la fluidité des œuvres d’art.

On comprend ainsi pourquoi les dirigeants africains, les clairvoyants entreprennent de créer de grands musées. Les cas de Dakar, Abidjan, Nyamey, Accra, Bangui, Kinshasa commencent à prendre de l’ampleur. L’exemple de l’ancien directeur de l’UNESCO, Moktar Mbew est à citer, lui qui a lancé en 1980 une grande campagne mondiale faisant appel à une restitution généreuse des chefs-d’œuvre. C’est dans cet élan que les nouvelles générations tant en Europe qu’en Afrique, tentent de sortir du regard ethnocentrique qui a été imposé sur l’Afrique durant des siècles. C’est dans cette ligne qu’il faut comprendre l’ambition affichée par le Président E. Macron matérialisée par la mise sur pied de la Commission Savoy-Sarr pour étudier le contentieux Europe/Afrique à propos de la restitution du patrimoine culturel aux pays africains. Alors, « Comment rendre ? » et « A qui rendre ? ». « Dans quel  cadre juridique ? » ; « Où conserver les objets culturels après restitution ? ». Le débat aujourd’hui est là et il se pose en termes dichotomiques même dans les milieux intellectuels africains.

D’aucuns, pendant ce temps rappellent que la fonction d’un musée est d’afficher le patrimoine mondial et donc historique commune des peuples. Qu’à cela ne tienne, la problématique engendrée par le phénomène nébuleux de la restitution d’œuvres d’art apparaît aujourd’hui comme un nid à polémique et un dossier qui s’enlise. Le dossier en lui-même est un véritable casse-tête qui provoque une « guerre froide » qui ne dit pas son nom. Pendant ce temps une nouvelle ère dans les relations entre les pays du Nord et du Sud a vu le jour d’une façon radicale.

Professeur Jean Kambayi B. PH. D.

Directeur du Centre de Recherche sur les Mentalités et l'Anthropologie Juridique « Eugemonia »

8% des familles des pays les plus pauvres sont contraintes d'emprunter de l'argent pour financer la scolarité de leurs enfants.

Le nouveau Rapport mondial de suivi sur l'éducation 2021/2, présenté aujourd'hui au Forum RewirEd à Dubaï, révèle qu'à l'échelle mondiale, une famille sur six doit épargner pour acquitter les frais de scolarité, tandis que 8 % des familles de pays à revenu faible ou intermédiaire sont contraintes d'emprunter de l'argent pour financer la scolarité de leurs enfants. Dans certains pays comme l'Ouganda, Haïti, le Kenya et les Philippines, 30% des familles doivent emprunter pour financer l'éducation de leurs enfants. Le rapport appelle les gouvernements à honorer leur engagement à garantir un accès gratuit à un an d'enseignement pré-primaire et à douze ans d'enseignement primaire et secondaire pour tous.

De nouvelles données ont permis de constater que les coûts de l'éducation pèsent de manière disproportionnée sur les ménages dans les pays les plus pauvres. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire inférieur, les ménages assument 39 % du coût de l'éducation, le gouvernement prenant en charge le reste, contre seulement 16 % dans les pays à revenu élevé.

L'éducation publique a encore de nombreux coûts cachés. Environ un tiers des dépenses d'éducation des ménages dans les pays à revenu faible et intermédiaire provient des ménages ayant des enfants scolarisés dans des écoles publiques. Une analyse portant sur une centaine de pays à revenu faible ou intermédiaire entre 2009 et 2020 a révélé qu'en moyenne, 3,2 % des dépenses financières des ménages étaient consacrées à l'éducation. Au Ghana, la part des dépenses consacrées à l'éducation est non seulement la plus importante au monde, mais elle est également passée de 8,9 % en 2005/06 à 13,1 % en 2016/17. Une grande partie des coûts est due aux uniformes et aux autres fournitures scolaires, qui représentent près des deux cinquièmes du montant que les ménages consacrent à l'éducation dans 15 pays à revenu faible ou intermédiaire.

«Nous avons sous-estimé à quel point les familles paient encore pour l'éducation alors que, selon les gouvernements, celle-ci devrait être gratuite », déclare Manos Antoninis, directeur du Rapport mondial de suivi sur l'éducation. « En outre, l'impact de la COVID-19 a encore réduit les budgets familiaux. En conséquence, beaucoup n’ont tout simplement pas les moyens d'acquitter les frais de scolarité. Les Etats doivent se pencher de plus près sur les montants que les familles déboursent. Ils doivent s'attacher à garantir la gratuité de l'enseignement au point d'accès - et à faire en sorte que les plus pauvres ne soient pas privés d'un enseignement de qualité».

Le Rapport GEM met en garde contre le fait que, sans amélioration de la réglementation, les choix en matière d'éducation privée, tels que les écoles privées ou les cours particuliers, font augmenter ces coûts pour les ménages. Si 3,2 % des dépenses des ménages sont consacrées à l'éducation en moyenne dans le monde, ce chiffre atteint 6 % dans les pays où le pourcentage d'écoles privées est élevé, comme Haïti et le Liban, et dans d'autres pays d'Afrique subsaharienne, dont le Rwanda, l'Ouganda et la Zambie. Les coûts font que certaines possibilités d'éducation sont inaccessibles aux personnes défavorisées. Ainsi, alors que les ménages les plus pauvres ne déboursent pratiquement rien pour l'éducation en Argentine, au Costa Rica, aux Philippines et en Zambie, les 20% les plus riches dépensent entre 0,5% et 1,7% du PIB de leur pays.

De nombreux ménages paient également pour des cours particuliers de complément, notamment pendant les fermetures d'écoles, ce que beaucoup de personnes parmi les plus défavorisées ne peuvent se permettre. En Égypte, en proportion des dépenses moyennes par habitant, parmi les élèves qui suivent un enseignement secondaire général, la moitié environ était consacrée aux cours privés par les plus riches et un tiers par les plus pauvres. Au Myanmar, 42% des dépenses des ménages consacrées à l'éducation étaient affectées au soutien scolaire. Pourtant, à l'heure actuelle, près de la moitié des pays ne réglementent pas du tout cette pratique.

Aujourd'hui, moins de trois quarts des pays réglementent le montant des frais facturés par les écoles privées, qui contribuent à la charge supportée par les ménages. La plupart des établissements secondaires privés tirent au moins 80 % de leurs revenus des droits d'inscription dans 28 des 51 systèmes éducatifs des pays à revenu intermédiaire supérieur et à revenu élevé. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire inférieur, les parents en situation de grande précarité ont recours à diverses stratégies pour faire face aux dépenses liées aux écoles privées. Les parents les plus précaires au Kenya et dans d'autres pays à revenu faible ou à revenu intermédiaire inférieur doivent souvent se rabattre sur des écoles non homologuées et moins chères, mais dont les équipements sont souvent médiocres et l'enseignement de moins bonne qualité.

Recommandations :

  1. Redoubler d'efforts pour garantir l’accès gratuit et financé par des fonds publics à une année d'enseignement pré-primaire et 12 années d'enseignement primaire et secondaire. Les Etats doivent mesurer les dépenses d'éducation à l'aide d'enquêtes sur les revenus et les dépenses des ménages. En effet, les Etats ne prêtent souvent attention qu'aux seuls paiements formels. Ils détournent souvent le regard d'autres coûts moins bien documentés qui aggravent les inégalités, tels que les cours particuliers de complément. L'efficacité des politiques qui ont pour but de concentrer les ressources sur les apprenants défavorisés doit être évaluée et non présupposée.
  2. Renforcer la capacité des Etats à surveiller et à appliquer les réglementations. Les Etats doivent établir une relation de confiance avec les prestataires non étatiques, en les encourageant à se faire homologuer, en éliminant l'arbitraire des règles et en leur communiquant des incitations adaptées pour qu'ils gèrent efficacement leurs écoles dans l'intérêt des apprenants.
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