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Hubert Kabasu Babu

Dans une rhétorique porteuse d’un mimétisme discursif mobutien, le Président Felix Tshisekedi a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2023, le mercredi 12 mai à Lubumbashi. Légitime quête d’un second mandat. Mais aussi, une limpide expression de sa suprématie dans la coalition Union Sacrée de la Nation.  Un unilatéralisme dénué d’une quelconque concertation organique préalable, pour maximiser les possibilités de sa victoire, dans une congrégation politique ayant d’autres figures présidentiables potentielles et valides. La démarche est habilement synchronisée avec le subterfuge de la disqualification électorale du candidat présidentiel Moïse Katumbi, comme cela est décodé par d’innombrables congolais en RDC et dans la diaspora. Et cela par l’initiative kafkaïenne d’une réforme électorale ségrégationniste (sous-traitée par un américain candidat président illégal en 2018 en RDC) contre la congolité monoparentale-matriarcale. Une guerre politico-électorale est donc enclenchée. Elle aura des implications énormes sur la RDC.

Il est donc important de cerner le jeu politique de cette confrontation, qui s’annonce impitoyable, dans son modus operandi et les enjeux politiques inhérents au scrutin présidentiel de 2023.  La thèse de cette politoscopie est que le jeu politique des coalitions a fonctionnalité et finalité éliminatrice pour le triomphe individuel et partisan, au lieu des coalitions synergétiques durables, étale une idiosyncrasie et un habitus politique (au sens de Bourdieu) régressifs antirépublicains. Il s’agit donc d’une dramatique contradiction à un tournant historique où les alliances porteuses d’intelligence politique constructive, durables, et élevées au-dessus des pulsions égotistes et partisanes, devraient consolider la cohésion nationale pour le progrès collectif. Concernant les enjeux, les scenarios de la victoire électorale des protagonistes, la dimension géopolitique, ainsi que les périls de cette guerre électoraliste fratricide sur l’USN et la stabilité et la gouvernance de l’Etat, sont explorés. La conclusion revient sur l’impératif de l’auto-réorientation politique du Président F. Tshisekedi comme archleader politique fédérateur, catalyseur d’une synergie politique conciliatrice et cohésive de la nation pour des élections apaisées en 2023 propices au développement de la RDC.

  1. L’APOTHEOSE DU JEU POLITIQUE : LA TENTATIVE D’IMPUISSANCISATION ELECTORALE DE M. KATUMBI

L’apothéose du jeu politique de l’association-émasculation, pratiqué avec génie par le politicien F. Tshisekedi, est actionnée contre le célébrissime développeur et leader politique Moise Katumbi. L’Honorable Vital Kamerhe éliminé définitivement de la course présidentielle, le camp FCC dans les tourments, Jean-Pierre Bemba irréversiblement inéligible à cause de sa condamnation pour subornation des témoins par la CPI, l’ex-PM Dr. Matata potentiel et brillant candidat techno-politicien ayant le cou dans le lasso d’une justice politiquement instrumentalisée, le seul candidat présidentiable intacte et redoutable est indubitablement Moise Katumbi. Le stratagème s’est déroulé dans le scenario en thriller politique hollywoodien de  quatre trames : (a) diffusion de l’impression du radicalisme pour le renouveau politique en reniant J. Kabila,  avec rupture et défenestration institutionnelle du FCC ; (b) attraction-piège de M. Katumbi et J.P Bemba qui furent pourtant déjà rejetés après Genève et vilipendés au vitriol par les partisans vénéneux , afin d’avoir des nouvelles béquilles politiques contre le FCC; (c) incorporation-embuscade des hauts cadres des partis de M. Katumbi et J.P Bemba dans le gouvernement, formatant déjà le schéma « diviser pour régner » avec leurs leaders dans le scenario de leur éjection de l’USN ; (d) mise en œuvre de la neutralisation du plus redoutable adversaire électoral, M. Katumbi.

La mise en œuvre de ce schéma utilise comme « arme d’émasculation électorale définitive » l’initiative de la   réforme de la loi électorale souffrant d’obsolescence en républicanisme moderne. Perfide et anticonstitutionnelle, cette proposition de révision de la loi électorale rend les millions des citoyens congolais de mères congolaises et de pères étrangers inéligibles au scrutin présidentiel en RDC. Une démarche politique teintée de misogynie (donc antidémocratique) car elle étale le mépris de la femme comme génitrice. On comprend sa racine culturelle patriarcale retardataire et le phallocentrisme légendaire de son origine intellectuelle. Toutes les femmes de la RDC devraient se mobiliser pour la répudier. En réalité, l’expérience actuelle des lacunes dramatiques au sommet de l’Etat indique qu’il faut bien au contraire améliorer les termes de l’éligibilité présidentielle en renforçant les critères éducatif, expérientiel et éthique. Il s’agit, notamment du niveau d’étude, du background professionnel, de la rectitude existentielle voire familiale. Aux USA, et même en Afrique du Sud, par exemple, un homme ayant fait preuve de violence contre son épouse, ne peut même pas se présenter aux primaires, et encore moins être candidat ni députés, ni président. En plus on devrait exiger aux candidats présidents de produire leurs diplômes secondaires et universitaires authentifiés par les établissements prétendument fréquentés et les attestations de fin de service.

Paradoxalement et indécemment, c’est une condition ségrégationniste dénuée de valeur ajoutée pour la paix, la démocratie et le développement, à finalité exclusivement politicienne, que l’on veut introduire. Pourtant les exemples historiques des hommes politiques aux géniteurs binationaux ayant marqué significativement et constructivement leurs pays sont nombreux. Le multiple ex-premier ministre et ex-président du sénat Léon Kengo Wa Dondo, le défunt ex-Président Ghanéen Jerry Rawlings, le méticuleux ex-président Botswanais Seretse Ian Khama ingénieux développeur, l’américano-kenyan Barack Obama ayant introduit des réformes socioéconomiques restructurantes aux USA. Dans cette lignée Moise Katumbi, congolais d’essence et de substance, est porteur de plus de « congolité par enracinement culturel et sociologique national » et de patriotisme, que certains binationaux dénués d’ancrage sociologique congolais et d’investissement social et politique en RDC. A cet égard, aux USA, par exemple, une des conditions de l’éligibilité présidentielle est d’avoir avoir vécu au moins 14 ans d’affilés au pays pour établir son intimité-immersion dans la nation.

  1. LES ENJEUX ELECTORAUX DE 2023 : VICTOIRE INCERTAINE ET DESTABILISATION INELUCTABLE DE L’ETAT

Les enjeux sont électoralistes, géopolitiques et développementaux.  Au plan de la stratégie et la perspective du scrutin présidentiel de 2023, la spectaculaire défenestration du FCC a produit une illusion d’omnipotence politique (par le syndrome d’Hubris) dans l’esprit du détenteur du summum imperium.  Mais, en réalité, le politicien F. Tshisekedi devenu président de la République a connu certains revers de ce que l’illustre Professeur Mulumbati conceptualisait dans son magistral cour de Sociologie Politique à l’UNILU comme « les contradictions des faits nouveaux ». Dans le cas du candidat Président F. Tshisekedi, il s’agit de la conjonction des effets érosifs de l’électorat par : (a) l’oxydation  de son capital électoral par la dénonciation d’une victoire électorale volée à M. Fayulu ;  (b) la tangibilité de la détérioration des conditions sociales – quelle que soit l’explication ; (c) la perception de sa responsabilité dans la débâcle du programme de 100 jours dont le sympathique Honorable Kamerhe est  considéré comme une victime immolée pour produire la «sublimité » politique du président; (d) la concrétude d’une majorité parlementaire subtilisée conjuguée à la  factualité de la tribalisation et la « zaïrianisation » outrancière du pouvoir. Combinés avec la perception croissante dans l’opinion nationale et internationale d’une dictature néomobutiste, ces faits nouveaux ont significativement rogné le segment du marché électoral de Tshisekedi devenu président de la République – probablement loin en deçà des 38 % des votes discutables engrangés en 2018.

Par ailleurs, l’expérience électorale des députés provinciaux, des sénateurs et des gouverneurs a aussi démontré que la principale organisation politique du candidat présidentiel F. Tshisekedi, l’UDPS, est en réalité un parti essentiellement paroissial. Il est concentré essentiellement dans une partie de l’espace du Grand Kasaï, dans quelques zones urbaines des villes de la République où sont agglomérés les Kasaïens commerçants et autres Luba du Kasaï à la recherche des verts pâturages dans d’autres provinces. Certes, l’USN a réussi à intégrer plusieurs politiciens, même au niveau provincial. Mais il s’agit d’une attraction opportuniste, avec corruption, intimidation et manipulation avec des offres des postes au gouvernement. Donc l’USN n’est pas nécessairement porteuse de magnétisme idéologique ou charismatique inébranlable, traducteur d’une irréversible puissance de victoire électorale du candidat président F. Tshisekedi en 2023. Lorsqu’ une nouvelle coalition électorale signalant plus de potentialité de victoire va émerger vers fin 2021 ou en 2022, les politiciens situationnistes y afflueront. L’USN connaitra des défections en cascades et finira comme son ancêtre l’Union Sacrée des opposants ex-mobutistes dans les années 1990-1994. Le candidat présidentiel F. Tshisekedi connaitra donc probablement des revers politico-électoraux hadaux inéluctables.

Toutes choses restant égales par ailleurs, le camp J. Kabila n’ayant pas encore trouvé sa sérénité pour proposer un candidat consensuel, J.P. Bemba et V. Kamerhe irréversiblement éliminés de la course, le Professeur ex-PM Matata dans les tourments judicaires, le seul candidat « encore intacte » détenteur d’un capital socio-politico-électoral national, régional et international désarmant est M. Katumbi. Avec la guerre enclenchée, qui va inéluctablement s’intensifier et se radicaliser, M. Katumbi (ayant décliné le poste de premier ministre pour se préparer à l’élection de 2023) ne va  pas se retirer de la course -  sauf intervention d’un deus ex-machina. Dans cette hypothèse, il est fort probable que les Katangais se coalisent majoritairement derrière lui et plausiblement avec un appui du FCC transmuté en une nouvelle supra-coalition. Le FCC préférera renouer avec un frère qui s’était rebellé, dans une ligue contre un adversaire commun ayant démontré sa félonie politiquement assassine. Dans la solidarité géopolitique régionale, V. Kamerhe et M. Bahati pourraient probablement rejoindre cette nouvelle méga-coalition. Le tandem Fayulu-Muzito aura le choix entre s’associer à cette coalition, en y intégrant des mécanismes correctifs et distributifs des rôles, et se désintégrer dans un nouvel échec électoral. La notoriété nationale de M. Katumbi portée par une telle méga-coalition électorale, sa sympathie et sa sociabilité intertribale même au Kasaï, sa puissance pécuniaire et ses moyens logistiques, rendront la victoire de F. Tshisekedi quasiment impossible. Ceci est d’autant plus plausible qu’au regard des rancœurs et aversions produites par le jeu de l’association-émasculation ayant fait autant des victimes, très peu de politiciens sérieux accepteront une alliance électorale avec le candidat F. Tshisekedi, félin éliminateur impitoyable de ses bienfaiteurs politiques.  

Au plan géostratégique mondial la donne déterminante est l’incontournable réalité de l’émergence de la RDC comme hub de l’éclosion industrielle des technologies basées sur les minerais stratégiques. Il s’agit notamment du cobalt et du lithium (dont la RDC détient le plus grand gisement du lithium rock, la production du lithium brine-liquide étant problématique en Amérique latine) dans l’industrie des véhicules électriques qui va être l’un des principaux drivers de la croissance économique mondiale ; le cuivre dont la demande ne fait que grimper avec les énergies renouvelables au regard de la problématique mondiale du Changement  Climatique. Il s’agit aussi du niobium (en coltan ou en pyrochlore servant aussi à l’immobilisation des déchets nucléaires) dont les super alliages sont utilisés dans les moteurs des avions de combat, les missiles hypersoniques GBSD ̸   ICBM nouvelle génération et les super-fusées hypersoniques. On épingle également la wolframite dont le tungstène permet la fabrication des projectiles perçant tous les engins blindés et les gilets pare-balles. Les grandes puissances et les investisseurs mondiaux prépondérants ont besoin d’un chef d’Etat congolais innovant et mature en business développement. Le régime actuel n’a pas démontré une telle maestria techno-développementale. En 30 mois au pouvoir il n’a ni conçu, ni matérialisé un « game changer project » technologiquement innovant et économiquement restructurant. Sur ce plan, en parallèle avec son adversaire, M. Katumbi jouissant de la crédibilité mondiale de développeur et ayant un réseau international des décideurs stratégiques tant dans la SADC, en Afrique, et surtout chez les anglo-saxons, présente une meilleure alternative pour la matérialisation de la destinée industrielle et développementale de la RDC.

Sur une toile parallèle, au plan national, le jeu politique à somme nulle en mode des coalitions associations d’émasculation politique avec dislocations permanentes, a démontré ses effets néfastes sur la gouvernance de l’Etat. Sur fond de la subtilisation de la majorité parlementaire, la fin de la coalition FCC-CACH avait paralysé le Parlement et bloqué le Conseil des Ministres pendant plus de 5 mois, tout en chamboulant les bureaux dudit Parlement. Cela a produit des amplifications des ponctions financières énormes. Celles-ci auraient pu être allouées aux besoins sociaux. La guerre électoraliste entre F. Tshisekedi et M. Katumbi va inéluctablement jeter l’Union Sacrée de la Nation dans les déchirures et tourments. Les cadres de l’Ensemble loyaux à M. Katumbi vont quitter l’USN et démissionner du gouvernement. Il est certain que d’autres politiciens majeurs tant au Parlement que dans les institutions provinciales vont aussi quitter l’USN. Cela aura une des répercussions déstabilisatrices sur les institutions, avec des réverbérations économiques néfastes pour la RDC. Les élections mêmes risqueraient d’être compromises à cause de la mobilisation intense anti-pouvoir. Dans un contexte de la guerre qui s’intensifie à l’Est et les effets de la Covid-19, la RDC se trouvera dans des tourments pires qu’en 2016.

  1. CONCLUSION : L’IMPERATIF DE LA COHESION NATIONALE POUR DES ELECTIONS PACIFIQUES PRODUCTRICES D’UNE DISPENSATION POLITIQUE DE PROPULSION DEVELOPPEMENTALE

Karl Marx avait souligné que les hommes et les sociétés vivent le présent souvent comme un héritage cauchemardesque du passé de leurs collectivités.  La RDC ne semble pas s’être exorcisée justement d’un certain envoutement de son histoire politique. Plus de 60 après, avec discernement on réalise que les trames-drames des coalisions piégées, des associations-piégées, des subterfuges d’élimination des adversaires politiques par des manœuvres sordides, des violations délibérées de la constitution, sont reproduites dans le régime de l’alternance, censée pourtant être une ère de la vélocité de la régénérescence sociétale. A telle enseigne que le Président F. Tshisekedi peut très validement être surnommé « le mangeur des associés politiques », comme le Président Kasa-Vubu fut baptisé « le mangeur des premiers ministres ».

Mais, comme libre-penseur poststructuraliste, je réfute la condamnation pas la structuration historique. Je crois dans la rationalité de l’être-agent pensant de puiser dans la « Force Vitale » pour concevoir les modalités d’auto-exorcisme des forces régressives en lui et dans la société. Donc, je pense qu’il n’est pas trop tard pour le Président F. Tshisekedi de se ressaisir, d’organiser une sorte de retraire méditative personnelle, afin d’évaluer sa praxis politique pour la réorienter dans le sens de la consolidation de la cohésion nationale.  Son exercice du pouvoir toxique a créé trop de dangereuses inimitiés avec beaucoup de personnalités politiques. On ne peut pas bâtir un pays dans une atmosphère psycho-politique où le président est intériorisé dans la conscience collective comme un conflictuel associé politique félin émasculant constamment partenaires et ses bienfaiteurs politiques. Il a semé tellement d’adversité intra-institutionnelle, d’aversion intertribale, des rancunes des partisans, empoisonnant la fibre de l’unité nationale. Un tel climat politique et social est dangereux et propice à l’implosion du pays. Le Président F. Tshisekedi peut encore émerger comme un archleader politique fédérateur, promouvant la concorde républicaine, pour mobiliser les Congolais dans une synergie politique ingénieuse et propice au développement fulgurant de la RDC. 

Imhotep Kabasu Babu

Libre-penseur et écrivain, www.agrirnewcongo.COM

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