*Les lampions se sont éteints sur la première année depuis l’accession de Félix Tshilombo Tshisekedi au pouvoir.

L’an 2 qui s’ouvre et qu’il a placée, lui-même, sous le signe de l’ « Action » s’annonce pleine d’incertitudes. Le climat politique respire des relents d’une profonde méfiance ; les conditions sociales des populations gavées, abreuvées, saturées de promesses à longueur de discours, stagnent ; des universités sont fermées ; l’activité économique marque le pas, tandis que le nœud gordien de la sécurité tarde à se dénouer. La gabegie financière, la corruption, le tribalisme, le népotisme et le trafic d’influence ne se sont jamais aussi bien portés. L’impunité, la justice, mère nourricière du leitmotiv de l’Etat de droit, reste introuvable. L’avenir laisse entrevoir des lendemains qui déchantent.
Au cours de douze mois écoulés depuis la passation des pouvoirs entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, ce 24 janvier 2019, il ne se passe pas une semaine sans que n’apparaissent des lézardes dans l’édifice hétéroclite de la coalition FCC-CACH au sein des institutions. Au jeu de ping-pong verbal permanent succèdent des menaces à peine voilées d’un divorce que d’aucuns appellent de tous leurs vœux, tandis que d’autres l’annoncent imminent. Il en résulte une léthargie dans la conduite des affaires de l’Etat, induisant des incertitudes du lendemain pour une population lassée des joutes puériles d’une classe politique immature.

Pourtant, les frictions qui ébranlent les fondements de la présidence de Tshisekedi étaient prévisibles, dès l’origine. Pour la simple raison que l’actuel Chef de l’Etat a été mal élu, n’en déplaise aux irréductibles « combattants » au fanatisme chevillé au corps. Le tollé soulevé dans leur camp par un mystérieux deal conclu avec son prédécesseur, donné naguère pour le diable incarné, a été exacerbé par l’accord conclu en vue de la définition d’une majorité parlementaire. Et partant, de la nomination d’un Premier ministre issu de l’ancienne majorité présidentielle et de l’occupation, à plus de 60% de strapontins ministériels par des Kabila Boys triomphants, rien ne pouvait en être autrement. En choisissant une coalition avec le PPRD et Alliés, en lieu et place d’une cohabitation, Félix Tshisekedi se livrait, pieds et poings liés, aux redoutables stratèges du PPRD qui ne font qu’une bouchée de ses partisans politiquement inexpérimentés.

Nuages et tempête à l’horizon
La seconde année du mandat présidentiel de Félix Tshisekedi s’ouvre sur d’exécrables auspices. Cela relèverait du miracle de voir son gouvernement passer enfin, à la vitesse supérieure et engager résolument des « actions » dans la matérialisation de la longue liste de ses promesses, avec en tête, l’amélioration des conditions de vie des populations.
En revanche, le gouvernement sera amené à colmater les brèches, à mener des actions ponctuelles sur les chantiers des catastrophes naturelles, à surfer sur les remous dans les milieux estudiantins, à composer avec les médecins, infirmiers et professeurs d’universités en grèves larvées ; à plaider contre le mécontentement des magistrats.

Sans omettre la consolidation de la gratuité de l’enseignement de base, son porte-étendard en termes de réformes dont l’effectivité, quoique constatée, n’en bat pas moins de l’aile. Ceci s’apparente, comme on le conçoit aisément, à ramer à contre-courant.
La « douleur sociale » (selon les termes de Jeanine Mabunda) a atteint des sommets inégalés, et tire par le bas, les initiatives certainement pensées de bonne foi, mais irréalisables en raison de plusieurs facteurs déterminants dont la corruption endémique, les détournements des deniers publics, et la responsabilisation, pour des raisons familiales ou de copinage des personnes aux compétences douteuses à la direction de projets d’intérêt national.

La sortie de la zone de turbulence dans laquelle la classe politique semble se complaire commande, à la fois, fermeté et manque de complaisance, vertus que Fatshi cache encore dans ses manches. Pilotant à vue, le gouvernement ne perd certainement pas de vue les nuages qui s’amoncèlent à l’horizon social et dont un seul mandat de 5 ans n’en verrait pas le centième de réalisation. D’où, l’urgence de dégager des priorités rationnelles et de s’y engager avec force et détermination.

Savoir arrondir les angles
L’opinion s’est souvent émue des fréquents voyages de leur président à l’étranger. Pas moins de vingt sorties en douze mois. Des dizaines de contrats ont été signés avec des dizaines de firmes et multinationales (jusqu’en Serbie !) intéressées à investir en RDC. A ce jour, hormis des « visites de courtoisie » de leurs représentants dans les cabinets ministériels, aucune concrétisation de projet d’investissement porteur n’a été enregistrée. Des milliards de dollars dorment dans les pipe-lines, et rien n’est moins sûr qu’ils en sortent, au rythme actuel des choses.
C’est que l’argent des industriels craint le bruit comme la peste. Les passes d’armes continuelles, des crises politiques à répétition ne le cèdent en rien aux détonations d’armes de guerre quand il faut faire fuir les investisseurs éventuels. Seule, une stabilité durable des institutions peut établir la confiance et à terme, sortir l’ambition de développement de son marasme chronique.
A condition que les tenants de la coalition FCC-CACH en fassent une profession de foi patriotique.

Hasard de calendrier ou pas, l’entrée de Fatshi dans la deuxième année de son pouvoir coïncide avec la visite à Kinshasa de la Haute Commissaire des Nations-Unies aux droits de l’homme, la Chilienne Michelle Bachelet et au début février, de la Première Ministre Belge, Sophie Wilmès et à la mi-février, du Secrétaire d’Etat américain Marc Pompeo.
Aux yeux du profane, la première planchera exclusivement sur la situation sécuritaire de l’Est du pays et ses implications sur la vie des déplacés, tandis que le dernier viendrait « renforcer les liens d’amitié qui existent entre nos deux pays », selon la terminologie consacrée. Comme l’amour, la diplomatie a ses raisons que la raison ignore. Le Première Ministre Belge viendrait, quant à elle, aborder tout un florilège de dossiers liés notamment, en renforcement de l’axe Kinshasa-Bruxelles.

Il faudra, pour Fatshi, à l’entame de sa deuxième année, cultiver l’art d’arrondir les angles. Faire comprendre aux uns et aux autres, une fois pour toutes, que c’est bien lui, en tant qu’institution, qui tient les rênes du pouvoir. Et qu’il lui arrive quelquefois de mettre un gant de velours par-dessus une main d’acier. Et de prouver enfin, comme il aime à le répéter, qu’il ne détient pas le pouvoir par la volonté d’une tierce personne.

Mwin Murub Fel

 

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