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(Par José Mpundu, Prêtre de l’Archidiocèse de Kinshasa et psychologue clinicien)
Mes chers frères et sœurs,
Que la paix du Seigneur soit avec vous !
Pour l’exhortation de ce soir, j’ai choisi de vous parler de la Paix du Christ.
Aujourd’hui, la paix pose problème. On en parle beaucoup mais elle existe très
peu dans nos vies et dans nos communautés tant familiales que nationales et
internationales. Un peu partout dans le monde, il y a des guerres, des conflits
armés qui font beaucoup de victimes.
C’est dans ce monde, dans cette Afrique et dans ce Congo où il manque la paix
véritable que Jésus vient nous dire comme il l’a dit à ses disciples avant de
rentrer à son Père : « c’est ma paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous
donne. Je ne vous la donne pas à la manière du monde
» (Jn 14, 27).
Jésus : Prince de la paix (Is 9, 5).
Lorsque le prophète annonce la naissance de Jésus dans l’Ancien Testament, il
le présente de la manière suivante : « Car un enfant nous est né, un fils nous est
donné. Dieu lui a confié l’autorité. On lui donne ces titres : Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père pour toujours, Prince de la paix
»(Is 9, 5).
Jésus est donc le Prince de la paix. Il est le Roi de la paix. Il est la Paix de Dieu
incarnée.

Et la mission qu’il reçoit de son Père c’est d’apporter la paix aux
hommes. Quand un ange apparaît aux bergers pour leur annoncer la bonne
nouvelle de la naissance du sauveur, « tout à coup, il y eut avec l’ange une
troupe nombreuse d’anges du ciel, qui louaient Dieu en disant : ‘Gloire à Dieu
dans les cieux très hauts, et paix sur la terre pour ceux qu’il aime
» (Lc 2, 13-
14).
Alors qu’il est le Prince de la paix et qu’il est venu instaurer la paix de Dieu sur
terre, Jésus est mort victime de la violence, de la haine et de la méchanceté des
hommes. Le Prince de la paix a accepté d’être tué pour payer le prix de cette
paix de Dieu qui est différente de la paix selon le monde.
La paix à la manière du monde
Lorsque Jésus nous dit qu’il nous donne sa paix mais non à la manière du
monde, il indique clairement qu’il y a une différence entre la paix selon lui et la
paix à la manière du monde.
Voyons alors comment se présente la paix à la manière monde.
La paix à la manière du monde, c’est d’abord le respect de l’ordre établi.
Et l’ordre établi, c’est l’ordre des puissants, des grands pour dominer et écraser
les petits et les faibles. Généralement, le respect de l’ordre établi ou la
soumission à l’ordre établi se fait par la force.
L’ordre établi nous est imposé par la violence. Rappelons-nous de la Pax
Romana, dans l’histoire ancienne. Les Romains qui dominaient le monde à
l’époque, ont voulu imposer leur paix à toutes les nations. On a appelé cela la
Pax Romana qui était imposée par les armes.
Pour ceux qui lisent les bandes dessinées, je pourrais évoquer ici les bandes
dessinées de Gosciny « Astérix et Obelix ». Ils appartiennent à un village gaulois
qui a résisté aux Romains et qui a réussi à vivre en dehors de la Pax Romana.
Un village des irréductibles gaulois qui a tenu tête aux Romains. Aujourd’hui, on ne parle pas de la Pax Romana mais plutôt de la Pax
Americana
.

En effet, ce sont les Américains qui essayent d’imposer leur manière de vivre au monde entier. A ceux qui leur résistent, ils font la guerre et
s’imposent de force. Nous avons connu la guerre du Golfe, la guerre de l’Irak, la
guerre du Vietnam, la guerre en Afghanistan, la guerre en Syrie, sans compter
toutes les guerres que nous vivons en Afrique, en général, et en RDCongo en
particulier.
Donc, la paix selon le monde c’est la soumission à l’ordre établi qui bien
souvent n’est qu’un désordre au profit des puissants ou de ceux qui se
considèrent comme les plus forts et qui se comportent en dictateurs. Et les
puissants, les dictateurs peuvent être les parents, les aînés, les dirigeants
politiques, les détenteurs du pouvoir économique, les chefs spirituels, etc.

En somme, en chacun de nous, il y a un dictateur, un puissant qui sommeille et
qui n’attend que l’occasion propice pour mater les autres.
Certes toute société humaine a besoin des lois, des principes et des règles pour
gérer les rapports entre les humains. Toute société a besoin d’un certain ordre
pour éviter l’anarchie.

Lorsque nous parlons de l’ordre établi qui écrase les hommes, nous faisons allusion aux lois inhumaines, injustes que les grands et les puissants imposent aux faibles et aux petits. Au nom de ces lois, on tue les hommes en invoquant la raison d’état.
La paix à la manière du monde se trouve dans le silence
Lorsque personne ne proteste, personne ne revendique, personne ne s’oppose
aux grands de ce monde, lorsque tout le monde se tait, l’on dit qu’il y a la paix,
la tranquillité. La loi du silence est imposée à tout le monde. Il faut se taire
pour éviter les représailles.
Le silence naît de la peur de la répression. En effet, que de gens ne sont pas
morts tout simplement parce qu’ils avaient osé dire le contraire de ce que
pensent les puissants et les dirigeants du monde !
Rappelons-nous une image qui circule dans les réseaux sociaux où l’on voit
une personne dont on a bouché les oreilles, on a bandé les yeux et à qui on a
mis un sparadrap à la bouche. Ce qui signifie : je ne vois pas, je n’entends pas
et je ne parle pas.
Plusieurs fois à l’époque de Mobutu, lors de la lecture du compte-rendu du
conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement commençait par ses
propos : « le calme règne sur toute l’étendue de la République ». Ce qui signifiait : tout le monde est tranquille, personne ne bouge.
Ce silence imposé donne lieu à une paix de cimetière. Tout le monde se tait par
peur de la répression. C’est comme le dit Thierry Michel, ce cinéaste belge, qui
a réalisé plusieurs films sur la RD. Congo, nous sommes dans « L’empire du
silence
».
La paix à la manière du monde, c’est la résignation
Pour vivre en paix, il faut se laisser faire, accepter tout et attendre passivement
que les choses s’arrangent. La parole qui revient souvent dans la bouche de
certaines personnes : « Nzambe akosala » (« Dieu fera…. »).
Cette résignation, cette passivité, est indigne de l’homme. S’adressant à l’Eglise
de Laodicée, «voici ce que déclare l’Ancien, le témoin fidèle et véritable, qui est à l’origine de tout ce que Dieu a créé : je connais ton activité ; je sais que tu n’es ni froid ni bouillant. Si seulement tu étais l’un ou l’autre ! Mais tu n’es ni bouillant ni froid, tu es tiède, de sorte que je vais te vomir de ma bouche !» (Ap 3, 14-16).Tiédeur, passivité, attentisme, autant d’attitudes que Dieu reprouve parce qu’indignes de l’homme.
En conclusion, nous pouvons dire que la paix à la manière du monde n’est pas
une vraie paix. C’est une paix illusoire, une fausse paix. L’adage latin qui dit
« si vis pacem, para bellum » (« si tu veux la paix, prépare la guerre ») est éclairant à ce sujet.

Il montre bien que la paix qui au bout du canon n’est pas une vraie paix. C’est plutôt le règne de la peur de l’autre, des autres, qui nous pousse à chercher à être toujours les plus forts. Ce qui justifie la course aux armements. Or, comme nous le dit le Catéchisme Catholique, « la course aux armements n’assure pas la paix » (Catéchisme catholique, n° 2315). Et au n°2329, il reprend le texte de Gaudium et Spes qui dit : « La course aux armements est une plaie extrêmement grave de l’humanité et lèse les pauvres d’une manière intolérable » (GS 81, § 3).
Pour le monde, la paix appartient aux plus forts et aux puissants. Les autres
doivent subir la loi du plus fort. Et comme les rapports de force changent, les
plus faibles d’aujourd’hui chercheront à devenir les plus forts de demain et à
prendre leur revanche sur ceux qui les ont opprimé et brimé en se croyant les
plus forts éternellement.
Qui veut la paix, prépare la paix et non la guerre ! Aucune guerre n’apporte la
paix véritable. Même si le Catéchisme actuel de l’Eglise Catholique (n°2309)
donne les principes pour la légitime défense qui peut recourir à la force armée,
principes qui rappellent ceux de la doctrine de la guerre juste, il nous faut le
dire très clairement qu’aucune guerre n’est juste.

Il faut donc tout faire pour éviter la guerre en recourant à des moyens pacifiques pour résoudre les conflits entre les personnes, entre les groupes de personnes et entre les nations.
Toutefois, le patriarche de Constantinople, Athënagoras, nous indique une
guerre qui mène à la paix : c’est la guerre contre soi-même.
Ecoutons-le :
Une guerre qui mène à la paix
Il faut mener la guerre la plus dure qui est la guerre contre soi-même.
Il faut arriver à se désarmer.
J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible.
Mais je suis désarmé.
Je n’ai plus peur de rien, car l’Amour chasse la peur.
Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les
autres. Je ne suis plus sur mes gardes jalousement crispé sur mes richesses.
J’accueille et je partage. Je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à mes
projets. Si l’on m’en présente de meilleurs, ou plutôt non, pas meilleurs, mais
bons, j’accepte sans regrets. J’ai renoncé au comparatif. Ce qui est bon, vrai, réel est toujours pour moi le meilleur. C’est pourquoi, je n’ai plus peur. Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur.
Si l’on désarme, si l’on se dépossède, si l’on s’ouvre au Dieu Homme qui fait toutes choses nouvelles, alors, lui efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible.
Athënagoras
Patriarche de Constantinople
La paix à la manière de Jésus
La paix selon Jésus c’est d’abord et avant tout l’AMOUR pour tous.
Pour Jésus, en effet, là où il y a l’amour, là se trouve la vraie paix. Là où les
hommes s’aiment, là il y a la paix véritable.
Cet amour qui est synonyme de la paix doit se vivre en acte comme le dit Saint
Jean dans sa première lettre : « Mes enfants, n’aimons pas seulement en
paroles, avec de beaux discours ; faisons preuve d’un véritable amour qui se
manifeste par des actes
» (1 Jn 3, 18).
Jésus lui-même, en conclusion de son discours sur la montagne, dira
clairement : « Ce ne sont pas ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, qui
entreront dans le Royaume des cieux, mais seulement ceux qui font la volonté de mon Père qui est dans les cieux
» (Mt 7, 21).
Les trois verbes d’action qui traduisent l’amour sont : donner, se donner et
pardonner. C’est ce que nous apprends Jésus par l’exemple de sa propre vie
qu’il a passé en faisant le bien comme le dit Saint Pierre dans son discours chez
Corneille : « Vous savez aussi comment Jésus a parcouru le pays en faisant le
bien
» (Ac 10, 38).
Jésus a donné tout ce qu’il avait reçu de son Père. Et il l’a donné gratuitement.
Aussi recommande-t-il à ses disciples : «Vous avez gratuitement, donnez aussi
gratuitement
» (Mt 10, 8).
Jésus s’est donné lui-même. Lors du repas qu’il prend avec ses apôtres avant
de quitter ce monde, il leur dit en leur donnant le pain : « Ceci est mon corps qui est donné pour vous » (Mt 22, 19). Jésus est le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis : « Le bon berger est prêt à donner sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 14).
A ces disciples, Jésus dira : « Le plus grand amour que quelqu’un puisse
montrer, c’est de donner sa vie pour ses amis
» (Jn 15, 13). Il nous invite donc à
donner notre vie, à nous donner pour le bien des autres.
Jésus, avant de remettre son esprit entre les mains de son Père, va prier pour
ses ennemis, ses bourreaux, ceux qui l’ont maltraité, humilié et tué en ces
termes : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 24). Il a demandé à son Père de leur pardonner car seul le Père pardonne.*

Et son pardon est sans limite : il pardonne tout et pardonne à tous sans exception. « Alors Pierre s’approcha de Jésus et lui demanda : « Seigneur combien de fois devrais-je pardonner à mon frère s’il se rend coupable envers moi ? jusqu’à sept fois ? »- « Non, répondit Jésus, je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Mt 18, 21-22). Cela signifie qu’il faut toujours pardonner.
Il n’y a pas de paix véritable sans pardon. Les deux vont ensemble. Le pardon
apporte la paix dans le cœur de celui qui pardonne et dans le cœur de celui qui
reçoit le pardon. Le pardon ouvre le chemin de la réconciliation et garantit la
paix sociale.
La seule loi que nous donne Jésus et qui résume tous les commandements est
la loi de l’amour. Le nouvel ordre que vient établir Jésus et que nous appelons
le Royaume de Dieu ou le Règne de Dieu n’est régi que par une seule loi : la loi
de l’amour. C’est ce que Saint Paul a très bien compris et rappelle à tous les
disciples du Christ en ces termes : « N’ayez de dette envers personne, sinon
l’amour que vous vous devez les uns aux autres. Celui qui aime les autres a obéi
complètement à la loi. En effet, les commandements « Ne commets pas d’adultère, ne commets pas de meurtre, ne vole pas, ne convoite pas », ainsi que tous les autres se résument dans ce seul commande : « Tu dois aimer ton prochain comme toi-même ». Celui qui aime ne fait aucun mal à son prochain. En aimant, on obéit donc complètement à la loi
» (Rm 13, 8-10).
Décrivant les personnes qui vivent dans l’amour, Saint Paul nous dit : « Qui
aime est patient et bon. Il n’est pas envieux, ne se vante pas et n’est pas
prétentieux ; qui aime ne fait rien de honteux, n’es pas égoïste, ne s’irrite pas et
n’éprouve pas de rancune ; qui aime ne se réjouit pas du mal, il se réjouit de la
vérité. Qui aime supporte tout et garde en toute circonstance la foi, l’espérance et la patience
» (1 Cor 13, 4-7).
La paix à la manière de Jésus, c’est la justice pour tous
Il n’y a pas de paix véritable sans justice. Mais ici, il faut faire la distinction
entre la justice des Maîtres de la loi et des pharisiens et la justice que Jésus
nous apporte et accomplit dans sa vie. « Si votre justice ne surpasse celle des
scribes et des pharisiens, vous n’entrerez certainement pas dans le Royaume des Cieux
» (Mt 5, 20), nous dit Jésus.

Cela signifie qu’il y a une différence entre la justice telle que conçue et pratiquée par les Maîtres de la loi et les pharisiens et celle que nous enseigne et pratique Jésus.
La justice des Maîtres de la loi et des pharisiens relève de la perception de Dieu
comme le Dieu de la rétribution qui punit les méchants et récompense les bons.
Cette justice rétributive peut conduire les coupables à la mort car la peine de
mort fait partie des punitions que l’on peut infliger à celui qui commet le mal.
Dans la pratique, cette justice rétributive se trouve être souvent partiale, une
justice à double vitesse, à la tête du client.

Tandis que la justice prêchée et recommandée par Jésus est une justice fondée sur la perception d’un Dieu-Père Miséricordieux qui aime tous ses enfants. Et Jésus recommande à ses disciples d’être miséricordieux comme notre Père est miséricordieux : « Vous donc, soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux » (Mt 5, 48).
L’illustration la plus parfaite de la pratique de cette justice-miséricorde que
nous enseigne et nous recommande Jésus, nous la trouvons dans le récit de la
« femme adultère » dans l’Evangile selon Saint Jean (Jn 8, 1-11). Nous
connaissons l’histoire.
Les Maîtres de la loi et les pharisiens amènent à Jésus une femme qui a été
surprise en flagrant délit d’adultère et que la loi de Moïse condamne à la peine
de mort par lapidation. Voilà la justice rétributive qui juge, qui condamne et qui
peut même tuer. Ils demandent à Jésus sa position étant donné qu’il prêche
une justice différente de la leur, une justice-miséricorde qui pardonne les
péchés.
En fait, en posant la question à Jésus, ils lui tendent un piège pour avoir un
motif d’accusation contre lui. En effet, s’il répond : « oui, condamnez-là », il
s’inscrira en faux contre son propre enseignement et on va le traiter de
menteur, de démagogue ; s’il dit : « non, ne la condamnez pas », on va l’accuser
d’anarchiste, de rebelle qui viole la loi de Moïse. Dans les deux cas, il peut être
poursuivi, jugé et condamné. Comprenant leurs intentions, Jésus ne répond
pas à leur question ou préoccupation par oui ou par non.
Au contraire, on nous dit qu’il s’est penché et a commencé à écrire avec son
doigt sur le sol. Il garde sa sérénité et son calme face à la provocation de ses
adversaires. Il ne s’agite pas et fait preuve d’une grande maîtrise.
Qu’écrivait-il ? Nous ne le savons pas. Mais, nous pouvons le deviner. Peut-être
était-il en train d’écrire : Votre justice est injuste et partiale. Où est
l’homme avec lequel cette femme a commis l’adultère ? Vous punissez la
femme et vous innocentez l’homme dans une loi faite par les hommes au
profit des hommes
.

En fait, il dénonçait le péché des structures, le péché collectif, la violence institutionnelle et structurelle, le crime d’Etat.
En voyant leur insistance, Jésus se redresse, les regarde tous et leur lance un
défi en ces termes : « Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première
pierre !
» (Jn 8, 7). Par ces paroles, Jésus remettait chacun des accusateurs de
la femme devant sa conscience. Notons qu’il ne dit pas : celui qui a commis
l’adultère comme cette femme mais celui qui n’a jamais péché. Une façon
d’élargir l’horizon de la réalité du péché et du mal chez les accusateurs des
autres.

Il leur montre que le péché n’est pas dans le seul sixième commandement qu’on enfreint. Le péché est multiforme, a plusieurs visages.
Après leur avoir lancé ce défi, il reprend sa posture ; il se baisse de nouveau et
se remit à écrire sur le sol. Qu’écrivait-il ? Nous ne le savons pas. Mais, nous
pouvons deviner. Il était, peut-être cette fois-ci, en train d’écrire le péché
personnel de chacun des accusateurs de la femme adultère.
L’examen de conscience a amené tout le monde à se reconnaître pécheur et à se retirer, en commençant par les plus vieux, dit l’Evangéliste. Les jeunes n’ont
certainement pas attendu de voir Jésus écrire leurs péchés. Ils ont pris la
poudre d’escampette.
Resté seul avec la femme, Jésus aurait pu la condamner et lui jeter la pierre car
il était le seul à ne pas avoir commis un péché : « il a pris notre condition
humaine en toute chose, excepté le péché
» (Prière eucharistique n°4). Et
pourtant, comme le dit Saint Paul, « Le Christ était sans péché, mais Dieu l’a
chargé de notre péché, afin que, par lui, nous ayons part à l’œuvre salutaire de
Dieu
» (2 Cor 5, 21).
Il aurait pu aussi chercher à tirer profit de la situation en abusant de cette
femme qui n’en serait certainement pas à son premier coup. Bien au contraire,
Jésus s’adressa à la femme en lui posant la question : « Femme, personne ne t’a
condamné ?
» - « Personne », répondit-elle. C’est alors que Jésus lui adresse une parole de libération, une parole de paix, une parole qui ouvre à un avenir
meilleur, une parole qui donne la chance : « Moi non plus je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus » (Jn 8, 10-11).
En prononçant ces paroles, Jésus applique à la lettre la justice-miséricorde
qui sauve l’homme malfaiteur et combat le mal sous toutes ces formes et avec
la dernière énergie. Jésus fait la distinction entre le mal et celui ou celle qui
commet le mal.

Il ne réduit personne au mal qu’il fait. Tu as fait le mal mais tu n’es pas ce mal. Ainsi, il se comporte comme cette maman sage qui, après avoir lavé son enfant qui est revenu tout sale au début de la soirée, tout crasseux, ne jette pas le bébé et l’eau sale. La justice-miséricorde sauve le malfaiteur et détruit le mal.
La paix à la manière de Jésus, c’est la vérité pour tous.
«Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples, vous
connaîtrez alors la vérité et la vérité vous fera libres
» (Jn 16, 31-32). Vous
connaîtrez la vérité sur Dieu : Dieu est AMOUR. Il est le Père miséricordieux qui
aime tous ses enfants sans discrimination et qui pardonne tous les péchés pour
nous réconcilier avec nous-mêmes, avec LUI et avec les autres, ainsi qu’avec la
nature. Vous connaîtrez la vérité sur l’homme : tout homme est image de Dieu
et sauvé par le sang de Jésus. Tous les hommes sont des frères parce qu’ayant
un seul Père. Vous connaîtrez la vérité sur les biens de la terre : tous les biens
de la terre ont été mis à la disposition de tous les hommes pour qu’ils puissent
en jouir et mener une vie agréable. Les biens matériels sont des moyens et non
des fins. Ils sont au service de l’homme et non le contraire. Vous connaîtrez la
vérité sur la nature : la nature est à protéger, à sauvegarder et non à détruire.
L’homme est appelé à vivre en harmonie avec la nature à travers laquelle Dieu
se manifeste aussi. C’est pour avoir dit cette vérité que Jésus a été crucifié. Et
on ne peut pas être disciple de Jésus-Christ, c’est-à-dire disciple de la Vérité, à
l’école de la Vérité, sans subir le même sort que le Maître. Le Cardinal Malula
avait donc raison de dire : « Mieux être crucifié pour la vérité que de crucifier la
vérité» (Cardinal MALULA)
J’évoque ici la chanson de cet artiste-compositeur français, Guy BEART, qui
s’intitule : « La Vérité » dont je vous donne ici les paroles. Vous pouvez l’écouter dans YouTube :
Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié,
D’abord on le tue, puis on s’habitue
On lui coupe la langue on le dit fou à lier
Après sans problèmes, parle le deuxième
Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté
J’affirme que l’on m’a proposé beaucoup d’argent
Pour vendre mes chances dans le Tour de France
Le Tour est un spectacle et plaît à beaucoup de gens
Et dans le spectacle, y a pas de miracle
Le coureur a dit la vérité la vérité, il doit être exécuté.
A Chicago, un journaliste est mort dans la rue
Il fera silence sur tout ce qu’il pense
Pauvre Président, tous les témoins ont disparu
En chœur ils se taisent, ils sont morts, les treize
Le témoin a dit la vérité, il doit être exécuté.

Le monde doit s’enivrer de discours pas de vin
Rester dans la ligne, suivre les consignes
A Moscou, un poète à l’Union des écrivains
Souffle dans la soupe où mange le groupe
Le poète a dit la vérité, il doit être exécuté
Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha
La foule sans tête était à la fête
Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas
C’est plus juste en somme d’abattre un seul homme
Ce jeune homme a dit la vérité, il doit être exécuté.
Combien d’hommes disparus qui un jour ont dit non
Dans la mort propice, leurs corps s’évanouissent
On se souvient ni de leurs yeux, ni de leur nom
Leurs mots qui demeurent chantent « juste » à l’heure
L’inconnu a dit la vérité, il doit être exécuté.
Ce soir avec vous, j’ai enfreint la règle du jeu
J’ai enfreint la règle des moineaux, des aigles
Vous avez très peur pour moi, car vous savez que je
Risque vos murmures, vos tomates mûres
Ma chanson a dit la vérité, vous allez m’exécuter
Ma chanson a dit la vérité, vous allez m’exécuter
(Guy BEART, La Vérité, 1969)
La vérité n’est pas une doctrine ni un dogme ni un enseignement quelconque.
La vérité c’est une personne, c’est Jésus-Christ lui-même qui se présente à
nous en disant : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Jésus est
donc la Vérité qui libère l’homme du péché, du mal sous toutes ces formes. Il
nous libère essentiellement de l’égoïsme, de la cupidité, de l’avidité, de la
convoitise, de la corruption, du mensonge, de la haine, de la division, du
tribalisme, du sectarisme, etc.
Là où il y a le mensonge, il ne peut y avoir la paix véritable.
« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9)
Par ces paroles, Jésus invite tous ses disciples et tous les hommes de bonne
volonté à devenir des artisans de paix, les constructeurs de la paix, les
bâtisseurs de paix. Le vrai bonheur est dans la paix que l’on donne et que l’on
reçoit.
Un artisan de paix est un non-violent
Un artisan de paix lutte pour la paix avec les armes de la non-violence que sont
l’amour et la vérité. L’amour est une arme qui touche le cœur de l’homme pour
détruire le mal. La vérité est une arme qui attaque la conscience de l’homme
pour éliminer les raisons de faire le mal.
Lorsque Jésus s’adresse à celui qui venait de le gifler lors de son procès, il lui
dira : « Mon ami ». Une parole qui exprime l’amour et touche le cœur. Jésus
nous apprend que même celui qui te fait du mal, il reste ton ami, ton frère.
Il attaque la conscience de son bourreau en lui adressant ces paroles qui
interpellent : « Si j’ai mal parlé, montre où est le mal ; mais si j’ai bien parlé,
pourquoi me frappes-tu ?
» (Jn 18, 23). Face à cette interpellation, deux
réactions sont possibles : ou bien on cesse de faire ce mal ou bien on redouble
de faire ce mal parce qu’on est vexé. C’est alors que pourra intervenir la
deuxième gifle dont parle Jésus : « quelqu’un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l’autre » (Mt 5, 39). C’est le prix à payer lorsqu’on dit la vérité à celui qui fait le mal.
Un artisan de paix est un homme des principes et des convictions
Un artisan de paix se conforme aux trois principes suivants : le respect absolu
de l’homme, l’amour des ennemis et le pardon des offenses.
Un artisan de paix est une personne qui respecte tout être humain d’une manière absolue. Car, tout être humain est image et ressemblance de Dieu et tout être humain est sauvé par le sang du Christ. Quel que soit son côté sombre et obscure, tout être humain est et restera toujours une image de Dieu et sa
ressemblance : « Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance »
(Gn 1,26), dit Dieu avant de créer l’homme à son image (Gn 1, 27).*

Même si cette image est défigurée par le péché, elle n’est jamais détruite totalement. Un artisan de paix est une personne qui aime ses ennemis. L’amour des ennemis n’est pas une affaire de sentiments. Il s’agit de vouloir du bien à son ennemi.

Il s’agit de faire le bien à celui qui nous fait du mal. Aimer son ennemi signifie ne pas rendre le mal pour le mal. Aimer son ennemi c’est dire à l’ennemi la vérité du mal qu’il nous fait mais le lui dire avec amour dans l’idée de le sauver.
Un artisan de paix est une personne qui pardonne toutes les offenses. Le pardon
est le chemin qui conduit à la paix véritable : la paix du cœur et la paix sociale.
Un artisan de paix est un homme d’action
Un artisan de paix est une personne qui agit, qui pose des actes et mène des
actions. Face à l’injustice, à toute situation dégradante de la personne humaine, un artisan de paix ne se tait pas : il dénonce dans son discours et
dans ses attitudes.
A l’égard de ceux qui sont auteurs des injustices, pour les pousser à arrêter
leurs méfaits ou tout simplement à apprendre à faire le bien, l’artisan de paix
peut recourir à des actions de pression. C’est le sens du geste que Jésus a posé
en chassant les vendeurs du Temple.

Pendant dix-huit ans, il a eu l’occasion de dire aux vendeurs du Temple que la maison de Dieu est une maison de prière et non un lieu de négoce. Comme il ne semblait pas vouloir comprendre cette interpellation de leur conscience, Jésus s’en est pris à leurs intérêts : il jette les tables de change, fouettent les bêtes qu’ils vendaient pour les sacrifices, etc. Ce faisant, Jésus les oblige à suivre leurs biens délogés.
Un artisan de paix mène des actions constructives d’un nouvel ordre, d’une
nouvelle manière de vivre ensemble. Il mène des actions de construction
alternative.
Ce fut le cas avec Gandhi qui fut un apôtre de la non-violence en Inde. Pour
vivre ce qu’il prêchait, il a créé les « Ashram » comme des communautés où l’on vit différemment, une préfiguration d’un nouveau monde, d’un autre monde plus simple et plus convivial et fraternel.
En guise de conclusion
A la suite de Jésus, notre divin maître, nous sommes tous appelés à être des
artisans de paix dans notre milieu de vie. Toutefois, ne nous faisons pas
d’illusion. La paix qu’apporte Jésus ne signifie pas qu’il n’y aura plus de conflits
entre les hommes. Et d’ailleurs de façon assez paradoxale, le même Jésus, le
Prince de la paix qui a dit qu’il nous laissait la paix et qu’il nous donnait la paix
à sa manière, dira à ses auditeurs de l’époque : « N’allez pas croire que je suis
venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le
glaive
» (Mt 10, 34).
Jésus a été au cœur d’un grand conflit entre deux façons de vivre et de voir les
choses. Une façon qui donne la primauté à l’ETRE et l’autre qui accorde le
primat à l’avoir. Jésus a choisi une vie fondée sur le primat de l’ETRE. Il a été
en conflit permanent avec ceux qui ont fait le choix de l’AVOIR. Il a dit : « Nul ne
peut servir deux maîtres à la fois : ou il haïra l’un et aimeras l’autre, ou il
s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent
»
(Mt 6, 24).

Lorsque nous choisissons de marcher à la suite de Jésus, nous devons nous
attendre à ce que nous soyons considérés comme des opposants, des ennemis à abattre par tous ceux qui ont fait un choix contraire à celui de l’amour.
Pour résoudre ce conflit, Jésus n’a pas recouru à la violence ni à la force mais
plutôt à la parole de vérité et d’amour. Il a osé dire la vérité dans l’amour à tous ses ennemis et à tous ceux qui voulaient en finir avec lui.
N’ayons donc pas peur du conflit ! Regardons-le en face ! Et engageons-nous
dans la résolution pacifique des conflits dans notre vie et dans la vie de la
société.
Au terme de cette exhortation, nous pouvons dire que suivre Jésus-Christ sur
le chemin de la paix véritable n’est pas une mince affaire, une sinécure. Nous
ne pouvons réussir à relever ce défi que si nous nous laissons guider par
l’Esprit de Dieu comme Jésus-Christ l’a été tout au long de sa vie. Et avec
Jésus, nous devons être prêts à payer le prix, celui de notre sang, de notre vie.
Je vous remercie pour votre attention et reste disposé à répondre à toutes vos
questions.
Fait à Kinshasa/Ecole Académia, le 26 décembre 2021
José MPUNDU
Prêtre de l’Archidiocèse de Kinshasa
Psychologue clinicien
Tél. : +243818133765/+243856467887/+243997030932
Adresse électronique : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

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