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Grosse ambiance festive chez mon patron le ministre d’Etat en charge des Questions Statistiques et Tactiques : il s’agit de l’anniversaire de « mama-ministre », l’épouse bien-aimée. Tout est prévu   au programme, et tout est aux petits soins   dans  la  résidence ministérielle ; non seulement  des victuailles d’ogre, et une brasserie de malafoutier, mais également des listes d’invités répertoriées  à    l’infini : gens   d’en-haut, c’est-à-dire,    Excellences, Honorables, Autorités morales, Eminences, Révérends, bref tous les « Présos-Z-en-leurs-titres-Z- qualités », comme on dit à Kinshasa. Mais aussi gens-d’en-bas vibrionnant d’habitude à proximité de la résidence ministérielle : noceurs   importuns, pique-assiettes impénitents chez les fêtes d’autrui ; bongolateurs et autres cambistes en quête de marchés au noir et au taux du jour ; londonniennes et autres filles trottantes et frottantes en quête de proies faciles ; proxénètes bonimenteurs,  Dj rythmailleurs de la Rumba-choc,  bref tous les ambianceurs  « sans-domicile-fixe », « sans-grade-fixe », « sans-salaire-fixe », « sans-culotte-fixe »…

… Et voici l’Heure  H de l’ouverture de la piste de danse, et donc des démonstrations  des talents, du défilé des  élégances.  Ma patronne  collée-serrée dans les bras de mon patron, tous deux en  boubous super-Wax uniformes, se sont emparés de la piste de danse, bon- pied bon- œil et sans modération. Jusqu’au moment où  le DJ   a « lâché le morceau », selon le jargon des   nganda-bar, et a lancé   la  phase  de la Rumba-rock, de la Rumba-choc, avec ses secousses et ses  « soukouss ». Tous les couples présents, toutes catégories confondues, ont alors pris la piste d’assaut…

… Et voilà qu’en pleine  euphorie, le garde du corps     a  fait irruption dans la foule des danseurs  en se frayant  laborieusement son chemin ; il s’est dirigé vers notre patron de ministre, a interrompu sa danse effervescente, et lui a soufflé on ne sait quel mystère à l’oreille. Le ministre a suspendu net  la phase et la pirouette acrobatiques qu’il avait décrites dans l’espace; et la mine défaite il s’est retourné brusquement et a fait signe au DJ. Malentendu flagrant : le DJ à qui, en réalité, on ordonnait de changer de répertoire en cours,  a au contraire démesurément augmenté le son.  Au grand dam des patrons et des «présos», mais à la grande joie des noceurs et des ambianceurs.

Le garde du corps a fini par brusquer et écourter la partie. Mécontents,  les gens-d’en-bas présents à la fête ont boudé et ont quitté massivement la piste, et même la résidence. Il s’était,  en  effet,  chuchoté que la chanson programmée à l’ouverture  de cette fête avait été censurée. Sur-le-champ, le DJ a donc  été défenestré, « pour outrage aux mœurs », et remplacé par le garde du corps. Ce dernier a aussitôt balancé une chanson autrement aseptisée, reprise du folklore …pygmée.

Hors résidence, les jeunes d’en-bas  solidaires  du  DJ  expulsé, ont improvisé  tout au long de l’avenue ministérielle, une sorte de festival endiablé, au  rythme  et au cri de : « Nini tosali te ? ».

YOKA  Lye

 

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