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(Par Ghislain Bamuangayi Kalukuimbi)

1ère  ERREUR GRAVE : Avoir demandé aux chefs des confessions religieuses de désigner une personnalité indépendante sans que leur propre indépendance ne soit assurée, oubliant qu’ils sont en réalité des électeurs comme tous les autres citoyens habilités à voter, donc à faire des choix des programmes politiques et des dirigeants du pays. On a pas tenu compte du fait que les chefs religieux sont des citoyens qui ont des convictions politiques personnelles, des affinités avec les politiciens, des calculs pour le positionnement de leurs églises, des africains n’échappant pas aux pesanteurs des réalités tribales. De sorte que, ces personnalités, loin d’être elles-mêmes indépendantes, ne peuvent accomplir une mission aussi difficile de choisir un président de la CENI loin de leurs turbulences émotionnelles.

2ème  ERREUR GRAVE: Avoir donné à la plateforme des confessions religieuses, créée en 1991 comme cadre apolitique d’échanges et de collaboration de quelques associations confessionnelles, le pouvoir de décider sans mandat en lieu et place de toutes les autres confessions religieuses de la RDC, sans tenir compte des influences philosophiques d’autres mouvements et sans étudier la nouvelle configuration des milieux religieux. Le poids social et moral acquis par certaines confessions religieuses à la faveur du pouvoir colonial et des convictions fortes des missionnaires s’est effrité avec une mauvaise gestion de l’héritage spirituel et matériel ayant conduit à la mauvaise gouvernance, y compris du patrimoine des églises, au frein de la croissance matérielle, à une absence de cohésion nationale, de paix et de fraternité patriotique. L’absence d’un encrage de la foi, par ses valeurs, et de Dieu, par la reconnaissance pratique de sa souveraine volonté, dans l’organisation du pays a enlevé aux églises leur ascendance morale.

3ème  ERREUR GRAVE : Avoir traité avec un groupe dépourvu d’existence juridique, tout en lui reconnaissant les pouvoirs d’organisation et d’action d’une association dotée de personnalité juridique. Alors qu’en pareil cas chaque membre est responsable et acteur, agit en nom propre et ne peut engager les autres membres du groupe qu’en vertu d’un mandat ou par une solidarité manifeste. Aucune exigence légale n’existe pour que la plateforme des confessions religieuses agisse suivant les modalités d’une entité juridique. Libre à chacune d’elles d’agir comme elle peut.

4ème  ERREUR GRAVE : Avoir accordé au statut (charte) d’un groupe sans personnalité juridique la portée juridique qu’il ne peut avoir de régir la désignation de l’animateur principal d’une institution de l’Etat, sans qu’une institution publique (Assemblée nationale ou le Président de la République), n’en est assuré le contrôle a priori de conformité aux lois. Une charte privée est tombée, comme un cheveu dans la soupe, dans l’ordonnancement juridique de désignation des personnalités publiques.

5ème  ERREUR GRAVE : Avoir confié à des associations apolitiques, au sein desquelles le mode de désignation démocratique des responsables est très peu pratiquée, une mission politique d’évaluer des candidats à une fonction de haute portée politique et de désigner le président d’une institution d’appui à la démocratie. Leurs critères d’évaluation des dirigeants privés ont des écarts avec ceux de désignation dans les institutions publiques.

6ème  ERREUR GRAVE : S’être référé à une charte de droit privé, appartenant à une institution dépourvue de la puissance publique, qui ne prévoit pas le régime disciplinaire et le règlement des conflits internes. On ne sait qui peut arbitrer leurs conflits, y compris ceux d’interprétation de la charte, sauf à considérer que c’est le tribunal de grande instance qui peut être saisi pour assurer l’exécution du contrat des confessions religieuses. Ce qui laisse libre recours à n’importe qui pour arbitrer, jusqu’à solliciter, sans doute abusivement et prématurément, les services du Président de la République, pourtant suspecté de subordonner un candidat au cœur du litige et appelé à investir la personne qui sera désigné par ceux qui veulent son arbitrage. Un imbroglio.

7ème  ERREUR GRAVE : Avoir adopté dans la pratique le critère malheureux et subjectif, utilisé par les politiciens pour écarter les adversaires plus forts en nombre, de poids social ou politique au détriment de l’égalité de droit des membres prévu par la charte. La géopolitique, la gouvernance des originaires, les menaces de troubles pour obtenir des gains politiques ou l’impunité procèdent de l’ordre du poids social et politique et consacre l’arbitraire. C’est une conception de la gouvernance fondée sur la fausse idée que celui qui est sociologiquement fort et populaire a toujours raison et porte plus de responsabilité. Mais elle est corrigée par l’exigence de vote égalitaire d’une personne-une voix dans laquelle certaines minorité trouve une injustice. En venant aider une institution d’appui à la démocratie, les confessions religieuses devraient commencer par prendre un engagement ferme de respecter les règles de la démocratie.

8ème  ERREUR GRAVE : Avoir considéré que la CENI tire son indépendance, pourtant fonctionnelle par rapport à d’autres institutions, avec l’indépendance de jugement et de travail des animateurs de la CENI. Ces derniers viennent chacun d’une famille, d’un milieu professionnel, d’une tribu, d’un cercle d’amis, d’une église dont ils dépendent socialement et qui influent d’une manière ou d’une autre sur la prestation. L’indépendance des animateurs, dont parle la loi concerne le Président de la CENI et les autres qui, par ailleurs, sont, pour certains, issus des formations politiques qui les désignent et qui auront des candidats aux élections. Leur indépendance est dans leur capacité de décider sans parti pris et dans le respect des règles juridiques. Un mécanisme de contrôle de cette indépendance est instauré dans la loi sur la CENI, de sorte que les préjugés de quelques chefs religieux pour écarter un membre, ne peuvent que rester subjectifs et prématurés, lorsqu’ils ne sont pas étayés par des éléments tangibles et indiscutables. Encore que, lorsque ces derniers sont des infractions, ils ne sont établis que par un jugement pénal définitif et non par celui de la plateforme des confessions religieuses ou de quelques-uns de ses membres.

9ème  ERREUR GRAVE : Avoir laissé les confessions religieuses régler leurs différends par des moyens non démocratiques et en dehors de tout processus acceptable de règlement, sans un texte prévoyant les incriminations avec leurs sanctions et sans que les irrégularités constatées ne soient sanctionnées par un organe habilité :menace de coupure de courant, confection désordonnée de procès-verbaux, imputation des faits de corruption et de menaces sans saisir le juge pénal ou déposer une plainte en justice, tenue des réunions en dehors du siège, confiscation du pouvoir de convoquer l’assemblée reconnu au à la majorité des membres, usage capricieux des pouvoirs de présidence…

10ème  ERREUR GRAVE : N’avoir pas considéré l’évaluation de l’indépendance de chaque candidat comme une question préjudicielle sur laquelle la plateforme devait trouver le consensus. A défaut d’un consensus sur cette question préjudicielle pour chaque candidat, passer au vote comme l’exige la charte. Le vote ne peut être bloqué du fait qu’un membre a des préjugés sur les autres qui méconnaitraient certaines valeurs cardinales, alors même que l’interprétation de ces valeurs et leur observance est une question de bonne foi, de consensus, sinon de vote. Tous les chefs religieux n’ont pas une obligation juridique de s’aligner sur la position des autres, même lorsque celle-ci porte sur une question majeure et primordiale à l’exemple de l’indépendance du candidat ou des conditions d’éligibilité. Toute décision, y compris sur les questions incidentielles, doit être soumise à la procédure instituée par la loi privée des parties : consensus, sinon vote.

Kinshasa, le 23 aout 2021

Bamuangayi Kalukuimbi Ghislain

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