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C’est un initié qui a pris sa plume pour coucher ces lignes sur l’avenir des provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri où l’état de siège a été proclamé voici pratiquement deux mois. En tant qu’ancien flic et ex-membre des Services des Renseignements sous Mobutu, l’Ambassadeur André-Alain Atundu Liongo éclaire la lanterne des populations de ces contrées précitées relativement à l’intervient des troupes de la Monusco et celles d’un Etat tiers. Selon lui, plutôt que de parler de leur inefficacité, il s’agit en fait de l’inaction compte tenu du mécanisme alambiqué de commandement et d’intervention sur le théâtre des opérations. Il poursuit son analyse en affirmant que «les troupes nationales d’un Etat tiers n’ont pas pour vocation de risquer leurs vies pour les intérêts d’un autre Etat [...] Sinon, pour paraphraser le Président Joe BIDEN à propos de la présence américaine en Afghanistan, les troupes des pays amis ou de l’ONU n’ont pas pour vocation et mission de construire l’Etat assisté – nation building.» Conscient que les Etats n’ont pas d’amis que des intérêts, Atundu exhorte les dirigeants actuels à créer la cohésion nationale et sécuriser leurs partenaires comme Mobutu le fit avec le Rwanda et le Burundi dans le cadre de la CEPGL. Pour changer en bien le destin malheureux des populations du Nord-Kivu et de l’Ituri, il dit qu’il faudrait du courage et de l’audace de la part de nos dirigeants et en abondance. Le courage et l’audace d’oser contre toute rationalité, d’espérer contre toute raison, de dialoguer contre toutes les réminiscences de l’histoire, et d’espérer par la foi au destin du pays. L’intégralité de cette profonde réflexion est à découvrir ci-dessous. 

QUEL AVENIR POUR LES PROVINCES DU NORD-KIVU ET DE L’ITURI

Les populations congolaises, particulièrement celles des deux provinces précitées, ont une piètre opinion sur la présence des troupes de la MONUSCO en raison de leur inefficacité supposée face aux groupes armés.

Plutôt que l’efficacité, il s’agit en fait de l’inaction compte tenu du mécanisme alambiqué de commandement et d’intervention sur le théâtre des opérations.

Même dans l’hypothèse d’une mission offensive de la MONUSCO, l’implication décisive et déterminante des Etats dont les troupes sont engagées, non seulement complique la donne, bien pire, bloque toute réaction rapide.

Dans ces conditions, seules l’ignorance et la méconnaissance sont comptables des qui discréditent la MONUSCO dans l’opinion.

Delà, une sorte de bon sens amène certains congolais à opter pour la coopération militaire bilatérale par nostalgie à l’opération turquoise menée essentiellement par les troupes françaises.

Mais pour arracher la présence d’un Etat tiers, comme au Mali, l’Etat intervenant doit identifier dans l’opération ses intérêts réels qui sont généralement de nature d’hégémoniques.

En effet, les troupes nationales d’un Etat tiers n’ont pas pour vocation de risquer leurs vies pour les intérêts d’un autre Etat.

Alors que l’Etat ainsi assisté espère que ces troupes serviront l’intérêt national confondu à l’occasion avec l’intérêt du régime ou même du leader notamment la consolidation  de l’unité et de la cohésion nationales. Si telle est la condition sine qua non pour sauvegarder les intérêts majeurs de la Nation alors la coïncidence des intérêts va favoriser une coopération mutuellement avantageuse. Sinon, comme pour paraphraser le Président Joe BIDEN à propos de la présence américaine en Afghanistan, les troupes des pays amis ou de l’ONU n’ont pas pour vocation et mission de construire l’Etat assisté – nation building.

Elles sont plutôt en mission de défense de l'intérêt national de leur pays. Dès que celui-ci vient à diminuer sensiblement ou à disparaître ou même tout simplement à devenir illisible, les Etats dits partenaires n'hésitent pas, sous des motifs divers, souvent fallacieux et farfelus, à justifier leur départ tout en promettant, la main sur le cœur, assistance au gouvernement ainsi abandonné à son triste sort.

Si l'exemple du départ précipité des américains de Saigon semble perdu dans la mémoire collective, celui-ci récent et actuellement en cours d'exécution en Afghanistan est une preuve éloquente de cette philosophie des Etats dans leurs interventions étrangères.

La leçon à tirer de ce constat constant et courant est qu'il vaut mieux traiter avec les Etats dont on connaît les intérêts réels, à charge pour les dirigeants nationaux de sauver ceux de la République Démocratique du Congo en l'occurrence.

D'abord avec les Etats voisins comme le Rwanda, le Burundi, l'Ouganda, la Tanzanie et le Sud-Soudan autour des intérêts économiques structurant nos relations de sécurité à .l'Est.

La tâche de nos experts consisterait alors à déterminer ces intérêts structurels ou conjoncturels en fonction de la présence active des groupes armés sur notre territoire.

Nos dirigeants doivent à la fois créer la cohésion nationale et sécuriser leurs partenaires comme Mobutu le fit avec le Rwanda et le Burundi dans le cadre de la CEPGL. Avons-nous assez d'arguments pertinents pour espérer détourner ou mieux canaliser les ambitions, voire les convoitises de tous ces voisins pour faire barrage à l'exploitation illicite de nos ressources et à leur ambition destructrice sinon leur complicité, dans nos malheurs !

De ce point de vue, il est temps de structurer tous ces intérêts dans le cadre d'un regroupement régional économique comprenant le Rwanda, le Burundi, l'Ouganda, la Tanzanie et le Sud-Soudan avec comme finalité, mettre fin à une méfiance réciproque et épidermique entre nos dirigeants dans le cadre d'une CEPGL élargie. Car, si les accords bilatéraux avec le Rwanda et le Burundi entrent dans cette logique, ils sont néanmoins insuffisants. Alors il est temps d'entreprendre une telle initiative en raison de l'interaction et de la compénétration de nos complexes mais réels intérêts.

C'est peut-être le momentum, puisque le Président TSHISEKEDI n'a pas, comme le Président KABILA, l'handicap d'une légende infamante autour de ses origines.

Faute d'un esprit d'audace et d'ouverture de la part de nos dirigeants, l'Est du Congo restera le ventre mou de la République Démocratique du Congo et de la sous-région au grand bénéfice des Etats resquilleurs et des flibustiers de tous bords.

Que faudrait-il donc pour changer en bien le destin malheureux des populations du Nord-Kivu et de l'Ituri ?

Il faudrait du courage et de l'audace de la part de nos dirigeants et en abondance. Le courage et l'audace d'oser contre toute rationalité, le courage et l'audace d'espérer contre toute raison, le courage et l'audace de dialoguer contre toutes les réminiscences de l'histoire.

Le courage et l'audace d'espérer par foi au destin du Pays.

Bien entendu, cette tâche, à la fois herculéenne et épique, n'est pas à la portée du premier venu. Et ceux qui sont dépourvus de ce courage aveugle de l'explorateur se réfugient dans l'aversion du principe même du courage et de l'audace, et dans la haine de ceux qui incarnent cette espérance insensée grâce à un dialogue positif et constructif. C'est leur façon de se battre et de faire montre du courage politique et de l'audace dont ils sont justement dépourvus. Ainsi à travers leurs méchancetés gratuites et leur extrémisme opportuniste apparaît la vraie face de leur haine et de leur aversion. Tel est, semble-t-il, le courage des pleutres et des poltrons.

Incapables d'entreprendre des actions de fonds, susceptibles de changer la société, ils se distinguent par leur opposition farouche et populiste.

Toute la nation ne peut pas les suivre dans la voie de cette peur paralysante et irréfléchie. Sans être téméraire, le véritable patriote doit faire le choix de l'avenir plutôt que du statu quo.

Le Président TSHISEKEDI devrait donc envisager de changer la donne non seulement au Congo mais aussi dans la sous-région en proposant un regroupement sous régional comprenant la République Démocratique du Congo, le Rwanda, le Burundi, l'Ouganda, la Tanzanie et le Sud-Soudan en s'inspirant de la CEPGL. Mais, à l'actuel, le rapport des forces n'est pas forcement en faveur de la République Démocratique du Congo ; il pourrait changer à l'avenir. Comme en judo : il faudrait exploiter ses faiblesses pour être plus fort.

Un Congo plus beau qu'avant n'est pas un hymne au bonheur tranquille du grand soir socialiste mais une exigence morale, de dépassement de soi et d'une ambition nationale pour développer le Congo et conquérir sa juste place dans le concert des Nations.

Pour réussir cette belle construction, il faudrait préalablement renforcer sur le plan interne, les capacités des hommes et des moyens. Puisque toute guerre est mouvement, particulièrement celle de l'Est, où de petits groupes des bandes armées se déplacent en voltigeurs, un effort particulier doit être fait sur le renseignement grâce au matériel moderne et sur la célérité en plus de la dextérité des commandos à avant-garde.

Le succès final et peut être déterminant dépendra des préparatifs, de l'efficacité et de la performance du matériel et de la foi des troupes en leur capacité d'action et d'anéantissement de l'ennemi avec, bien évidemment, le concours des populations locales et des leaders de la contrée.

Dans cette guerre asymétrique, le rôle de l'AIMR est crucial. Pour être à la hauteur de sa tâche et de ses attentes, il faudrait intégrer l'ANR dans la structure de l'état d'urgence en renforçant ses moyens financiers et opérationnels.

Dans ces conditions, l'éclairci de l'horizon pourrait déboucher au Kivu et en Ituri sur un ciel calme et clément.

Fait à Kinshasa, le 15/08/2021

Ambassadeur André-AIain ATUNDU LIONGO

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