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Poussé par des proches – nationaux et étrangers compris – le chef de l’Etat réalisera peut-être tardivement que les consultations initiées ont un double impact négatif : éloigner les investisseurs convaincus du fait qu’il n’est qu’un président de transition (dixit Mike Hammer) et faire douter ses pairs africains des bienfaits d’une passation civilisée du pouvoir pendant qu’il s’apprête à prendre la présidence rotative de l’organisation continentale…

Combien sont-ils, les constitutionnalistes, sinon, les juristes à avoir relevé la violation flagrante de la loi, s’agissant des ordonnances de nomination Noël Kilomba et Jean Ubulu à la Cour de Cassation pendant que leur mandat à la Cour constitutionnelle court encore ? Contrairement à ce qu’on laisse entendre, tous ne sont pas que FCC ou apparentés, cas des Professeurs Nyaribungu et Banza. Il y a aussi ceux de l’Opposition, à l’instar de Jacques Djoli.
Ne serait-ce que pour cela, Félix Tshisekedi – en tant garant de la Constitution – aurait dû s’abstenir de franchir le rubicon. Pour la bonne et simple raison que si on part du principe politiquement établi selon lequel tous les 9 juges formant la Cour Constitutionnelle jusqu’au 24 janvier 2019 ont des accointances avérées avec le FCC, les 6 à avoir été maintenus en fonction seraient des Kabilistes.
Or, le FCC n’a pas jugé utile de tirer quelque profit de ce supposé avantage. Il a alerté l’opinion sur la violation commise. Apparemment, il a été entendu de l’extérieur d’autant plus que les diplomates occidentaux n’ont pas rehaussé de leur présence la cérémonie de prestation du serment organisée le 21 octobre 2020 pour les 3 nouveaux juges.
Il faut avouer que ce n’est pas la première fois que cette plateforme, bien qu’en coalition avec CACH, alerte l’opinion au sujet des ordonnances de nomination controversées.
En mai 2019, le FCC avait dénoncé celles portant nomination des mandataires publics à la Gecamines et à la SNCC. À l’époque, un Premier Ministre confirmé démissionnaire (Bruno Tshibala) privé depuis le 25 janvier de tout pouvoir d’engager le gouvernement dans tout actionnement du Budget de l’Etat et dans du tout mouvement du personnel public, avait été récupéré juste pour apposer son contreseing au bas des ordonnances promulguées. Des juristes proches de Félix Tshisekedi avaient osé prétexter du contexte exceptionnel.
L’opinion l’a finalement remarqué : il s’est passé presqu’une année pour voir ces ordonnances appliquées !
Il a dissuadé Fatshi de commettre l’impair
Pourquoi le chef de l’État a-t-il récidivé en juillet 2020 avec les ordonnances de nomination des juges de la Cour Constitutionnelle ?
Des propos tenus à Kingakati et révélés par Jeune Afrique, on peut retenir de Joseph Kabila la tentative de résoudre en famille la crise naissante. Voici, exactement, ce qu’il a révélé aux élus FCC présents, parlant de Félix Tshisekedi et de ses compagnons : « Je leur ai dit qu’il y avait plusieurs options [pour résoudre la crise]. La première, faire le forcing et dans ce cas-là, il y aura une crise, parce qu’il s’agit d’une violation de la Constitution. La deuxième, accepter que l’un des trois juges – dont le cas ne pose pas de problème – prête serment et que les deux autres attendent. Ils m’ont répondu que le président avait déjà signé, que c’était terminé. Ma troisième proposition était d’attendre mars ou avril afin de procéder au tirage au sort et on aurait alors respecté le processus. Mais leur réponse a été la même. Enfin, la dernière option était de se référer à l’accord qu’on a signé ici, dont trois pays sont témoins. Pourquoi ne pas appeler ces derniers et leur confier un rôle de sage ? [Les membres du camp présidentiel] m’ont répondu oui, mais plus tard, les juges devant selon eux d’abord prêter serment ».
Pas de doute : Joseph Kabila a dissuadé Fatshi de commettre l’impair.
Félix Tshisekedi a dit niet.
Pourquoi Félix Tshisekedi a-t-il suscité la crise ?
Il est, à la fois, malheureux et gênant de voir ou d’entendre des juristes affichés Fatshi soutenir la légalité des ordonnances du 17 juillet 2020 du simple fait que les juges Ubulu et Kilomba se soient apprêtés à accepter leur affectation à la Cour de Cassation, la preuve brandie étant leur participation à la simulation protocolaire et la couture des toges (Pr Tshibangu Kalala).
La consommation de la violation ne peut pourtant être excusée par une question protocolaire. Ces deux juges auraient pris leurs nouvelles fonctions que la violation perpétrée serait restée.
La préoccupation de l’opinion devrait plutôt se limiter à cette question : pourquoi Félix Tshisekedi a-t-il suscité la crise (à supposer que ce soit son droit) et pourquoi s’acharne-t-il à y engager la responsabilité du FCC à partir des éléments protocolaires : refus des Bureaux de l’Assemblée Nationale et du Sénat ainsi que du Premier Ministre de cautionner la violation des lois de la République du seul fait de s’afficher en public ?
C’est comme si, en s’installant à la Cité Africaine ou au Palais de la Nation, le Chef de l’État n’y a trouvé que saletés partout. Ou en se rendant à l’étranger ou en retournant au pays, il emprunte un réseau urbain impraticable (Bd Lumumba, Bd Triomphal, ex-Libération, Bd du 30 Juin, avenue du Colonel Mondjiba et avenue du Tourisme, utilisant en même temps un salon VIP insalubre. C’est comme si, pour financer son programme des 100 Jours, il n’a rien trouvé dans les caisses de l’État ou que les élections l’ayant porté au pouvoir ont été financées avec les cotisations de la base ou avec l’aide extérieure. C’est comme si les avions, les bus, les bateaux qui facilitent la circulation des personnes et des biens sont tombés des cieux à la manière de la manne ou les professeurs d’université et des instituts supérieurs ainsi que leurs collègues médecins et magistrats continuent de percevoir les 10 USD constituant leur salaire au 17 mai 1997. C’est comme si les bâtiments publics autour du Palais du Peuple (Ministère de l’Intérieur, Musées nationaux, Ecole pilote d’infirmiers et hôpital du Cinquantaine) en plus de l’hôtel du Gouvernement sont sortis des terres à la manière des champignons ou le code minier est une initiative d’un député de l’opposition.
Fcc au pays, covid-19 à l’étranger
Il est vrai que la machine à diaboliser, qui faisait autrefois la force de l’UDPS Opposition, est intensément réactivée pour présenter la victime (FCC) plutôt en bourreau, dans une campagne de désinformation sur le bilan des 18 ans du régime Kabila. La contre-attaque est si spontanée que le bourreau a beaucoup de mal à convaincre l’opinion du contraire.
Pourtant, les faits impliquant la responsabilité de Fatshi dans le non-accomplissement de ses promesses sont indéniables, et il en assume seul la responsabilité :
– les difficultés apparues dans l’application de la gratuité de l’Enseignement de base ou dans l’exécution des infrastructures du programme des 100 Jours (saut-de-mouton, maisons préfabriquées, routes etc.) sont la conséquence de l’incurie installée à son cabinet ;
– le budget de la République que Fatshi avait personnellement fait porter à 11 milliards Usd pendant que le Gouvernement Ilunkamba et les partenaires au développement prônaient le pragmatisme n’a même pas atteint la moitié. Là, on a vite trouvé le bouc émissaire : FCC au pays, Covid-19 à l’étranger.
Demain, lorsque les esprits se seront apaisés, on se posera une question, la seule, l’unique à être valable : où, comment et quand est-ce que le FCC a-t-il empêché Félix Tshisekedi de travailler pour l’intérêt du peuple congolais.
A la lumière de ce qui précède, tous les indices, toutes les preuves rendent Félix Tshisekedi responsable unique de la crise. Le président a misé sur ce qu’il croit être la naïveté du peuple congolais en soumettant ce dernier au diktat du wewaisme installé jusque dans son cabinet, wewaisme révélé, Dieu merci, au grand public par les vidéos du lundi 2 octobre 2020. L’une avec le scandale d’un chef d’État entrant dans ses bureaux, ignoré par ses collaborateurs restés assis ; l’autre présentant les mêmes collaborateurs en train de dévisser sur un autre sujet pendant que le cardinal Laurent Monsengwo s’adresse à lui. Le prélat a du perdre son latin lorsqu’il s’est adressé aux médias au sortir de l’audience.
De Charybde en Scylla
Croyant échapper à un danger pour son avenir politique, Fatshi se frotte à un autre plus grave et la situation va de mal en pis. C’est par la clameur publique que Félix Tshisekedi a été obligé d’éliminer de sa délégation aux consultations nationales les collaborateurs impolis et inutiles. Au lieu de se taire, le tristement célèbre Haut Représentant s’est fendu avec un tweet misérable, prenant ouvertement fait et cause pour les ” masta”, si bien que les têtes pensantes se demandent quelle valeur donner à ces assises lorsque les organisateurs agissent comme s’ils n’y croient pas eux-mêmes. Des collaborateurs qui envoient aux députés FCC candidats au débauchage un message clair : lorsque – en se basant sur ces vidéos – c’est de cette façon que les collaborateurs de Fatshi traitent le bois vert qu’il est, que ne feraient-ils pas du bois sec que sont ces candidats ?
Comme un malheur ne vient jamais seul, c’est le même jour que le journal Le Monde Afrique révèle la bourde de Mark Hammer. Sous le titre ” En RDC, le pari risqué de la diplomatie américaine “, le journaliste français note : ” Tout comme d’autres diplomates américains et européens en RDC, M. Hammer ne considère plus vraiment Tshisekedi comme un réformateur, mais plutôt comme un président de transition. En attendant les prochaines élections “.
En assommant un tel coup à Félix Tshisekedi, l’ambassadeur américain en RDC signifie en réalité au régime en place à Kinshasa que les investisseurs de son pays ne viendront qu’après les élections de 2023. Adieu alors Inga l’américain General Electric, adieu le consortium allemand intéressé par les chemins de fer, adieu le consortium égyptien pour la navigabilité du fleuve Congo de Matadi à Kisangani.
Pire, en organisant les consultations nationales, Fatshi Béton – en passe de devenir Fatshi Néron – brûle lui-même Rome (pouvoir à Kinshasa et mandat à l’Union africaine).
Pour l’heure, c’est son droit de ne pas y faire attention. Mais, le moment viendra, il n’est du reste pas loin, où il se demandera si, avec les consultations nationales, il n’est pas tombé de Charybde en Scylla.
Barnabé Kikaya Bin Karubi
Professeur, Université de KINSHASA, Faculté des Lettres, Département des Sciences de l’Information et de la Communication | Twitter @kikayabinkarubi | www.kikayabinkarubi

 

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