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Depuis le 13/08/2004, la communauté Banyamulenge commémore chaque année, le drame de Gatumba au Burundi qui a emporté 166 personnes et plusieurs autres blessés.

Ces victimes, réfugiés congolais toutes les communautés confondues (Banyamulenge, Bafuliro, Babembe et Bavira) avaient fui la guerre qui sévissait à l’époque à l’Est de la République Démocratique du Congo. Ils étaient tous hébergés dans un même camp de réfugiés répartis en 2 ailes dont l’une abritait les réfugiés membres de la tribu des Banyamulenge et l’autre aile les autres tribus, ci-haut, citées (Bafuliro, Babembe et Bavira).
La République du Burundi, pays d’accueil les a installés dans un camp de réfugiés « centre de transit de Gatumba » dans la Province de Bujumbura Rural à environs 20 kilomètres de Bujumbura, Capitale du Burundi. La Commune de Gatumba fait frontière avec la RDC à une distance de plus ou moins 30Km de la Commune Urbaine d’Uvira. Notez que ledit «camp de transit» était situé à moins d’un kilomètre au Sud-ouest du camp de stationnement d’un bataillon d’infanteries des Forces Armées Burundaises ainsi qu’une unité de la Gendarmerie.
La nuit du 13 au 14 août 2004, fut une nuit sombre pour les réfugiés issus de la communauté Banyamulenge.
Une nuit de tueries et des massacres perpétrés contre les réfugiés congolais appartenant à la seule communauté Banyamulenge. Tout était minutieusement planifié et préparé de telle sorte que seule l’aile du camp qui abritait les membres de la communauté Banyamulenge était visée par les criminels. Ce n’était pas un fait du hasard ! Au lendemain des massacres on a enregistré 166 morts et plusieurs milliers de blessés dont des femmes et les enfants qui ont péris et assassinés à l'arme à feu comme à l'arme blanche. D’autres ayant été brûlés vifs dans leurs « sheetings » de refuge.
Bien que seule l’aile du camp abritant les membres de la communauté Banyamulenge ait été visée par les attaques et la quasi-totalité des victimes soient issues de cette tribu, bien qu’il y ait eu des victimes non Banyamulenge appartenant aux communautés Babembe, Bafuliru, Bavira, dont nous saluons la mémoire, car ils ont subi ce sort funeste à cause de leur présence dans l’aile du camp des Banyamulenge. Malgré la présence de ces quelques victimes d’autres tribus, les faits et slogans scandés par les bourreaux étaient d’exterminer les Banyamulenge ce qui prouve que l'attaque visait manifestement les Banyamulenge et répondait de toute évidence à des motivations ethniques et politiques. Ce qui sous-entend un génocide contre les Banyamulenge.
Considérant le rapport produit par les services des Nations Unies sur ces massacres en date du 05/10/2004, notamment, le rapport conjoint de la MONUSCO et l’ONUB (Opérations des Nations Unies au Burundi) et du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits Humains au Burundi, p. 4, il est précisé que les victimes directes ou indirectes sont des membres du groupe ethnique Banyamulenge visés uniquement parce qu’ils sont Banyamulenge. Selon le même Rapport à la page 15, il y avait des signes avant-coureurs de ce massacre. Ce rapport indique que quelques jours avant le massacre des tracts avaient circulés "incitant à des attaques contre les Banyamulenge. Les agresseurs auraient également scandé des slogans comme « abat les Banyamulenge » « nous ne voulons pas qu’ils rentrent en RDC ».
Le FNL PALIPEHUTU, groupe rebelle Burundais dirigé par Agathon RWASA, sur la voie des ondes, a revendiqué ces massacres par la bouche de son porte-parole Pasteur HABIMANA. Ce crime est un fait unique dans l’histoire de la RDC où un massacre sélectif poursuit les infortunés jusque dans leur lieu de refuge.
Selon les témoignages, les tueurs ont traversé nuitamment la rivière RUZIZI vers la RDC après leur forfait. Face à la cruauté de ces tueries et à leur caractère sélectif, plusieurs personnalités tant congolaises que burundaises ont haussé le ton pour condamner ces massacres. Elles ont assuré aux rescapés, qui les suivaient de vive voix, de ne ménager aucun effort en vue de la mise sur pied d’une commission internationale d’enquête dans le but d’identifier les responsables et de les traduire en justice.
A la lumière de la description des faits, il serait impérieux de confronter ces derniers aux dispositions légales, la définition du génocide et en tirer les conséquences.
Le Génocide se définit comme étant une destruction délibérée et méthodique d'un groupe d'hommes, en raison de sa race, de son appartenance ethnique, de sa nationalité ou de sa religion, dans le but de le faire disparaître totalement et ce au nom d'un principe raciste ou d'une conception idéologique de ce groupe. En réalité pluriséculaire, le génocide devient un mot dans la littérature juridique en 1944, entre dans la technicité du langage faisant loi à Nuremberg en 1945 et, le 11 décembre 1946, fait l'objet d'une résolution des Nation-unies. Cette résolution inspire à son tour la Convention internationale adoptée le 9 décembre 1948 et entrée en vigueur le 12 janvier 1951.
Selon l’article 2 de la convention du 9 décembre 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide , le génocide s'entend comme l'un des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :
a) Meurtre de membres du groupe; b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe; c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle; d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe; e) Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe.
Il est à noter que cette définition rejoint celle du statut de Rome à son article 6.
De ce qui précède, il y a lieu d’affirmer que les auteurs de cet hécatombe de Gatumba visait délibérément l’extermination de la communauté Banyamulenge qui vivait dans le camp des réfugiés de Gatumba parce qu’ils sont tutsi.Le fait de scander le slogan abat les banyamulenge prouve à suffisance que ces derniers faisaient le cible des auteurs du massacre. Si vous confrontez le faits au droit, personne ne peut contester que le drame de Gatumba est un génocide bien planifier et exécuter.
L’enquête conjointe menée par la MONUC et l’ONUB sur les événements du 13 au 14 août 2004 a permis d’établir les faits fondamentaux du massacre, tels que le moment de l’attaque et la méthode utilisée, ainsi que le nombre et le sort des victimes. Toutefois, malgré une enquête approfondie au Burundi et dans l’est de la RDC, l’équipe des Nations Unies n’a pas pu jusqu’à présent identifier de manière décisive ceux qui avaient commis ou financé les meurtres. Néanmoins, des informations suffisantes ont été recueillies pour justifier la poursuite de l’enquête.
L’équipe a été en mesure de conclure que les éléments de preuve disponibles impliquent une organisation rebelle burundaise, le Parti pour la libération du peuple hutu-Forces nationales de libération (PALIPEHUTU-FNL), le seul groupe ayant revendiqué la responsabilité, comme ayant probablement participé au massacre, mais sans être le seul groupe à être impliqué. Les indications concernant la présence d’autres groupes, provenant en grande partie du témoignage des survivants de l’attaque, étaient crédibles, mais n’avaient pas pu être confirmées indépendamment par l’équipe des Nations Unies lors de ses enquêtes antérieures.
Dans le même ordre d’idées, la communauté Banyamulenge a été victime de plusieurs tragédies et des massacres sélectifs entre autres le massacre de KIRUMBA en 1965, NGANJA en 1966, ABELA 1996, VYURA et KALEMIE 1998, des massacres non qualifiés et impunis jusqu’à ce jour. Plus récemment encore, depuis 2017, la guerre sévit et se pérennise dans les Hauts Plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira. Cette guerre imposée à cette population sélectivement encore, a déjà causé de grandes pertes en vies humaines ainsi que d’innombrables dégâts matériels. Les tueries, les villages calcinés, des vaches pillées et autres violations des droits humains ne se comptent plus. Bref, les deuils font désormais partie du quotidien de la population Banyamulenge. Cette situation cadre belle et bien avec les prescrits de l’article 2 de la convention sus évoquée et l’article 6 du statut de Rome.
Dans le cas d’espèce, malheureusement, seize ans après ce massacre, il est regrettable de constater que les attentes de la Communauté Banyamulenge en ce qui concerne la justice sont loin d’être rencontrées. Ni la RDC, notre pays ; ni le Burundi, le pays d’accueil ; encore moins la Communauté Internationale responsable des réfugiés innocents massacrés n’osent rétablir la vérité en ce qui concerne ce crime, en vue de sanctionner les auteurs et coauteurs et réparer les dommages subis par les victimes ou leurs ayant droits.
Fait à Kinshasa le 15/08/2020
Cédric MuyobokeMudumiza
Juriste & Analyste Politique
Tél : +243 816 652 994
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