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L’enseignement supérieur et universitaire tel qu’il existe au Congo reste un modèle d’enseignement collectif conçu et porté par les Belges, et que le Congo indépendant n’a pas su s’approprier jusqu’à aujourd’hui pour en faire un vecteur du développement culturel, intellectuel et économique.

Il est temps, soixante ans après l’indépendance, de corriger rapidement ce système par des réformes en profondeur pour améliorer l’organisation des études et de la recherche ainsi que l’aspect juridique de l’institution universitaire. Pour ceux qui n’ont pas encore compris le besoin de réforme, dans ce secteur porteur d’avenir, nous leur disons que ni le cobalt, ni le coltan, ni le cuivre, ni le diamant, ni l’or et encore moins le nickel : minerais à l’origine de tous les malheurs des Congolais et sur lesquels nous avons fait reposer notre économie pendant des décennies ne contribueront, contrairement à l’enseignement et la recherche, au développement de notre pays. Dans tous les Etats organisés et démocratiques, les universités et les institutions associées occupent une place de choix dans l’organisation de la société.

En tant que lieu de production et de transmission d’une expérience culturelle et scientifique, l’université reste pour les Etats qui se veulent modernes une source importante d’inspiration et de connaissances théoriques où les dirigeants politiques et économiques éclairés viennent se sustenter d’idées nouvelles pour se poser les bonnes questions et pour apporter les bonnes réponses à la conduite de leurs affaires.
Si l’on s’attarde à cette représentation de l’enseignement supérieur et universitaire, on peut comprendre facilement que celle-ci n’existe, au Congo, que dans notre imaginaire collectif. Les universités du Congo et les institutions de l’enseignement supérieur ne sont qu’un champ de ruine où on ne reconnait, de près, que les abris pour commerce informel qui ont transformé en puissance ces lieux en un système économique primaire sous l’œil complaisant des autorités académiques.
Dans ce contexte mercantile, l’enseignement supérieur est plus ouvert à la vie de jouissance qu’à celle de la contemplation et de la réflexion. Depuis l’avènement de la deuxième république, en 1965, pour ne pas parler de la première qui n’a vécu que quelques mois, troublée par l’anarchie et le chao politique, l’université est à la merci du pouvoir public et de certains cadres universitaires hostiles au changement.
Ces derniers, à la recherche de privilèges, ont cautionné une attitude antidémocratique et autoritaire des tenants du pouvoir, en échange de postes, pour renforcer la mainmise de l’Etat sur les institutions de l’enseignement supérieur et universitaire en quête d’un nouveau souffle. La volonté manifeste de contrôle des universités affichée par le pouvoir central a anéanti tout effort de réforme dans ce secteur de la formation et de la recherche malgré les recommandations de certaines organisations scientifiques internationales.
Pour réformer un secteur aussi important que celui de l’enseignement supérieur et universitaire, on ne s’amuse pas à organiser simplement des colloques ou des assises sans qu’il y ait un travail de réflexion en profondeur, en amont, sur ce qui reste encore aujourd’hui de l’enseignement supérieur et universitaire au Congo.
Cette approche dirigiste, à l’opposé d’une démarche réceptive et participative, empruntée par le Président Mobutu en 1971, que nous dénonçons constamment, a été néfaste pour la transformation des universités et nous en payons encore aujourd’hui les conséquences. Pour éviter que de telles pratiques ne se reproduisent, nous appelons tous les universitaires réformistes à se mobiliser pour porter un projet de réforme de l’enseignement supérieur à la hauteur des attentes de notre pays.
Car, en l’absence d’une réforme d’envergure, que nous appelons de tous nos vœux, même la revendication salariale actuelle des enseignants, que nous pouvons considérer comme légitime à certains égards, ne sera pas comprise par les Congolais confrontés à la précarité et à l’instabilité sociale permanente. D’ailleurs, on peut s’arrêter un instant sur cette revendication ayant donné naissance à un mouvement social qui a paralysé les universités et particulièrement celle de Kinshasa avant la crise sanitaire qui met en difficulté les économies du monde.
Les enseignants de l’université de Kinshasa, comme l’a rapporté leur porte-parole à la télévision nationale, réclament à leur ministère de tutelle une amélioration de leurs conditions de travail et une augmentation de salaire à hauteur de 150% du salaire actuel d’un professeur associé. Cette augmentation si elle était accordée par l’Etat ramènerait l’émolument de ce dernier à un montant de 5 000,00 dollars américains par mois.
Ce mouvement qui s’est relativement calmé à la suite des mesures d’état d’urgence votées régulièrement par les parlementaires pour contenir la propagation de la pandémie de covid-19, à travers le pays, menace de reprendre à la rentrée après que le Ministre de l’enseignement supérieur et universitaire eut annoncé la date de la reprise des cours fixé au 10 août prochain.
Même si les Congolais peuvent comprendre les revendications des professeurs d’universités qui sont les plus nantis parmi les agents de l’Etat, ils se demandent pour quel motif doit-on augmenter sensiblement les salaires des enseignants du supérieur en cette période de crise sanitaire et économique au cours de laquelle même les plus solides des économies mondiales ont du mal à s’en sortir ?
C’est dans ce contexte que je m’interroge si les enseignants de l’université ne devaient pas faire un bilan de leurs actions ayant contribué à la croissance économique du pays et de démontrer par-là combien ils mériteraient un traitement de faveur plus qu’un infirmier ou encore un militaire qui se trouve au front pour défendre l’intégrité de notre territoire.
Il est juste aujourd’hui de dire que c’est par manque d’implication de nos savants dans l’organisation et la transformation des universités que les politiques se sont emparés de cette institution pour en faire uniquement un instrument de propagande internationale sans aucun lien avec le développement du pays.
Même si je reste critique vis-à-vis du pouvoir central pour sa gestion calamiteuse de l’enseignement supérieur et universitaire depuis des décennies, j’encourage son Excellence, Monsieur le Ministre, à ne pas céder aux chantages des enseignants et à mettre ces derniers face à leur responsabilité s’ils décidaient de bloquer délibérément la prochaine rentrée universitaire.
Pour tout dire, le problème de la réforme méthodique du système de l’enseignement supérieur et universitaire congolais hérité de la colonisation n’est pas seulement un problème d’organisation des études et de la recherche, il est fondamentalement un problème politique et celui des hommes qui animent ces institutions. Depuis la décolonisation, le pouvoir politique congolais s’est toujours senti menacé par la démarche critique des universitaires.
De ce fait, il se sert d’une chaine répressive complète lui permettant de faire taire tous ceux qui revendiquent afin d’imposer sa volonté sur un secteur qui nécessite dialogue et débat d’idées. Cette situation embarrassante qui ne profite à personne affaiblit et donne une mauvaise image de l’enseignement supérieur et universitaire à l’intérieur et à l’extérieur du pays.
A ce sujet, l’absence de classement de nos universités dans le palmarès des meilleures universités du monde ou celles de l’Afrique doit nous interpeler.
En effet, au regard de ce qui nous menace aujourd’hui : pandémie de covid-19, la crise économique et sociale, il est nécessaire de conquérir notre indépendance scientifique, par des réformes judicieuses de l’enseignement et de la recherche scientifique, pour nous défendre dans ce monde plus que jamais dangereux.
Pour y parvenir, l’Etat a l’obligation historique de se réconcilier avec l’université, d’abord en abandonnant sa politique de nomination autoritaire de ses dirigeants et ensuite en démocratisant complètement l’université, afin que celle-ci acquière toute son autonomie à nos yeux indispensable, avant qu’elle ne devienne véritablement un lieu d’échanges, de débat et de confrontation des savoirs utiles pour la reconstruction politique, sociale et économique de notre pays.
Sans une université qui éclaire, oriente et résout les problèmes posés par la société, le Congo continuera à sombrer dans la misère la plus noire et le désespoir sans fin.
J’espère que ce message simple et compréhensif que nous adressons à l’opinion congolaise sera lu et prise en compte par les décideurs politiques afin qu’un travail collectif soit fait pour réformer un secteur porteur d’espoir pour le développement du Congo.

 

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