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I. Contexte international difficile
Le 30 juin 2020, la RDC fête ses 60 ans d’indépendance dans un contexte international marqué par la pandémie de coronavirus, et ses conséquences désastreuses sur le plan économique.


Par-delà son aspect conjoncturel et mondial, la crise actuelle ne devrait pas voiler la profondeur du déséquilibre structurel qui plombe la croissance en RDC, empêchant l’exploitation de son potentiel économique en vue de son émergence.
Force est de constater que la démarche stratégique pour le développement du Congo demeure aussi complexe qu’à l’époque coloniale. D’une part, il faudrait attirer à bon compte les entreprises multinationales et, avec elles, mobiliser les capitaux dans le but de valoriser les ressources naturelles destinées à l’exportation et, d’autre part, promouvoir une industrie locale et une agriculture vivrière afin de relever le niveau du PIB et de l’emploi.
Une étude historique renseigne sur les contraintes originelles ainsi que les politiques et stratégies économiques mises en œuvre par le Congo belge, hormis les techniques oppressives et la spoliation de la colonie que l’on doit, à bon droit, déplorer.
II. Obstacles dans le processus du développement de l’économie du Congo belge
La structure économique et sociale du Congo belge était extravertie et dualiste. La forte dépendance aux exportations la rendait extrêmement sensible à la conjoncture internationale.
La seconde caractéristique était la dualité systémique : pendant que les entreprises européennes prospéraient, l’économie indigène végétait, les milieux coutumiers connaissaient l’extrême pauvreté et les privations dans une colonie d’exploitation.
Basés essentiellement sur les exportations, les revenus créés étaient rapatriés dans la métropole. Ni l’Etat colonial, ni les populations autochtones ne bénéficiaient des fruits de cette croissance à cause de l’inexistence de marché intérieur, et de la faiblesse de revenus des indigènes.
C’est en 1950 que le Gouvernement belge lança le Plan décennal dont l’objectif était notamment l’élargissement de la structure économique par l’industrialisation de la colonie, et le développement de l’économie rurale afin de tirer parti des potentialités jusqu’alors inexploitées.
III. Financement du Plan décennal par les emprunts extérieurs.
Pour la période 1950-58, le Plan décennal avait prévu environ 50 milliards de francs de dépenses d’investissements, dont 25 milliards pour le secteur privé (projets de création ou d’extension des entreprises minières, industrielles ou agricoles) et le solde pour le secteur public.
Cependant, bien que bénéficiant d’un traitement de faveur dans les bourses de Bruxelles et d’Anvers, les ressources disponibles sur ces marchés étaient très limitées en 1949. Pour une fois, les grandes sociétés du Congo belge devraient recourir aux marchés américains.
En fait, le problème des investissements publics était celui de leur amortissement. Il ne suffisait pas, en effet, que le Trésor congolais ait été en mesure de couvrir, grâce à l’emprunt, les dépenses inscrites dans ledit Plan. Encore, fallait-il que l’amortissement des emprunts contractés ne constitue pas, pour la colonie, une charge hors de proportion avec les recettes fiscales dont elle disposait (surendettement).
IV. Bilan économique du Plan décennal.
Le plan décennal de développement pour la période 1950-58 s’était soldée par d’importants efforts d’investissement, et d’incontestables progrès vers l’amélioration des niveaux et des conditions de vie. Au cours de cette période, le PIB a augmenté de 6,5 % en moyenne en valeur réelle ; la production minière a augmenté de 64 % ; celle des plantations industrielles s’est accrue de 140 % ; la production manufacturière a quadruplé ; la construction, le transport et le commerce ont presque doublé ; la production d’énergie est passée de 750 millions de kwh à 2,5 milliards de kwh en 1958, et une proportion sensiblement plus grande des exportations minérales et agricoles a été traitée dans le pays (exportations avec valeur ajoutée).
L’impulsion donnée par le plan décennal n’a eu d’effet que de 1950 à 1956. A partir de 1957, la croissance s’est malheureusement ralentie, exacerbant le problème d’amortissement de la dette, et de recherche de capitaux frais en vue de la poursuite de réformes du système socioéconomique colonial.
Cela explique sur le plan systémique, les résultats médiocres enregistrés après l’indépendance.
V. Bilan du développement après l’indépendance.
Plus que la plupart des nations accédant à l’indépendance, la RDC était malencontreusement dépourvue de techniciens et d’administrateurs, chasse gardée, en général, des expatriés de l’ère coloniale.
Pas étonnant qu’après l’indépendance, le pays ait enregistré un bilan de développement désastreux, à part la période 1967-1974 et la reprise depuis l’année 2002.
En effet, l’introduction du monopartisme a marqué le commencement du déclin économique du pays, engendrant la nationalisation de 1974 et l’érection d’éléphants blancs (Cité de la Voix du Zaïre, CCIZ, SOSIDER, ligne Inga-Shaba…) moyennant des emprunts sur le marché financier, et par contrecoup, tombant dans le piège du surendettement.
De 1974 à 2001, l’économie congolaise s’est effondrée, alignant des taux de croissance négatifs avec – 13,5 % en 1993, accompagnés de niveaux historiques d’hyperinflation culminant à 23.773 % en 1994. C’est au cours de cette période que le pays a atteint le niveau extrême de pauvreté, soit 4,3 milliards de dollars US de PIB et 79,31 USD de PIB/habitant (cf. Note du FMI 1994).
VI. Relanceéconomique de la RDC
La RDC a repris le chemin de la croissance à partir de l’année 2002, avec des taux positifs autour de 5% par an. Le taux d’inflation et le taux de change ont été relativement maîtrisés, et le PIB/habitant en constante augmentation. De 2010 à 2014, les résultats économiques ont été remarquables au plan de la croissance (8,2% contre 5,3 pour l’Afrique subsaharienne) et de l’inflation (1,6% en moyenne contre 7,1% pour la région précitée).
Cependant, le revenu par habitant de 562 USD en 2017 (statistiques BM) place la RDC à la 7ème place des pays les plus pauvres de la planète. Etant, qui pis est, mal classé par les agences de notation, notre pays ne peut recourir au marché financier international qu’à des taux d’intérêt élevés, demeurant ainsi tributaire de l’aide publique au développement. Le chemin à parcourir pour atteindre l’émergence est donc très long. De 562 USD, il faudrait réaliser le miracle de dépasser 10.000 dollars par habitant pour espérer atteindre le minima des pays émergents.
VII. Défiséconomiques à relever
Depuis 1960, la révolution indépendantiste ainsi que la sempiternelle question de gouvernance ont suscité, sur le plan économique, des distorsions telles que le déficit budgétaire chronique et le financement monétaire, la détérioration de l’appareil de production, la régression des exportations, l’augmentation de la dépendance alimentaire, la dégradation des infrastructures socio-économiques, de l’appareil agricole et du système financier hérités de l’époque coloniale.
Ainsi, la RDC fait face aux mêmes défis que jadis le Congo belge devant le marasme consécutif à la fin de la seconde guerre mondiale en 1945.
La problématique de l’édification d’une grande nation au cœur de l’Afrique se pose analogiquement dans les mêmes termes qu’en 1885 ou en 1945 :
1. Comme H. Stanley l’a souligné, le premier défi reste la construction d’infrastructures socioéconomiques.

2. La sécurisation du patrimoine national face aux appétits des puissances voisines : réforme du système de défense et ce, dans la perspective de la sanctuarisation de sites miniers et du contrôle rigoureux des exportations.
3. La création d’un environnement politique et économique attractif pour les investisseurs internationaux ; la réussite dépend de la stabilité des institutions, la transparence et le relèvement de la moralité publique comme au Botswana.
4. La mise sur pied des fondements du Trésor public et de la gouvernance : orthodoxie budgétaire, discipline financière, unicité du compte, comptabilité publique, adjudication des marchés et contrats, organes de contrôle et audit basé sur la cartographie de risques de fraude, reddition des comptes et quitus annuel de la Cour des Comptes à tous les gestionnaires, ordonnateurs, mandataires et comptables.
5. L’édification d’un système monétaire et financier efficace sous la supervision d’une banque centrale indépendante et du contrôle citoyen.
6. L’accroissement du revenu national à travers l’exploitation commerciale des ressources naturelles disponibles (eau, produits agricoles, minerais, énergie…) et la mobilisation optimale des recettes fiscales en vue de l’avènement d’un Etat à la fois commerçant et providence suivant le modèle chinois (avec un sovereignwealthfund et des banques de développement).
7. L’élaboration d’un programme d’urbanisation impliquant la fondation des filiales des sociétés nationales de fourniture d’électricité, eau et assainissement, habitat et crédit immobilier, en partenariat avec les provinces, les ETD, les fédérations coopératives et les investisseurs internationaux.
8. L’intégration des secteurs informel et rural à l’économie nationale par le développement des coopératives agricoles, susceptibles de tonifier la dynamique de production, l’accroissement du rendement à l’hectare et du revenu en milieu rural. (A. Lutete 2019)
A tout prendre, Arminio Fraga constate que les pays en développement comme la RDC sont confrontés aux vicissitudes de leur propre système politique et de leur histoire. Les contre-performances enregistrées depuis 1960 sont trop troublantes pour ne pas y voir le signe des comportements culturels et politiques qui débordent le cadre de l’économique, ce qui indique peut-être qu’une réforme politique s’impose avant les autres réformes. (www.economie-developpement.com)
Cela appelle la modernisation et la moralisation du système éducatif, la sublimation de l’action politique et de la nouvelle citoyenneté par l’interdiction des pratiques et discours fondés sur les discriminations ethnotribales, le bannissement de la violence sous toutes ses formes, du népotisme et du clientélisme. Dans la foulée de réformes, les élites devraient sacrifier aux exigences absolument démocratiques, notamment la criminalisation de la distribution de l’argent, de boissons ou des T-shirts aux gens du peuple, même pendant les campagnes électorales, la publication en ligne et en temps réel, des PV par bureau électoral sur le site web de la centrale, et pareillement, la transmission desdits PV dans les comptes email des candidats et des observateurs.
VIII. COVID-19 et nouveaux défis économiques.
Pris dans l’étau du Covid-19, les pays africains se doivent de concevoir des stratégies ingénieuses. La riposte à cette pandémie et à celle d’Ebola détermine l’avenir du continent, tant il est primordial de conjurer les ponctions humaines qui ont jadis causé l’effondrement des empires africains, et ont facilité leur mise sous tutelle coloniale.
Pour la RDC, l’urgence serait le perfectionnement des instruments de gestion des finances et biens publics : respect strict des chaînes de la dépense et de recettes, loi sur les marchés publics, comptabilité et reddition des comptes, inventaire permanent du patrimoine (matières), publication des comptes et contrats sur le site web du gouvernement, dépolitisation de l’administration publique, des organes de contrôle, de la justice et de la Banque centrale…
Sur le plan systémique : révision de la stratégie de développement axée sur les exportations des produits de base, refonte de la fiscalité à l’effet de la restauration de la compétitivité économique, réduction de la parafiscalité et taxes multiples, modernisation du système financier national…
Dans cette perspective, le programme d’électrification à grande échelle à partir des énergies renouvelables, conférerait une attractivité économique et écologique à une gigantesque zone économique spéciale, qui pourra accueillir une industrie « sobre en carbone ». Selon toute apparence, les industriels recherchent le site écologiquement viable, dans le souci d’échapper à la surtaxe des produits par une fiscalité carbone en hausse. L’ambition serait de concurrencer la Chine en développant une économie verte et numérique. (Magasine Croissance janvier 2020).
Ce rêve ne peut être envisagé qu’à la condition de réformer le système éducatif afin d’engager la jeunesse congolaise dans la 4ème révolution industrielle (intelligence artificielle, robotique de pointe, impression 3D, nanotechnologie, biotechnologie…) et d’orienter opportunément les chaines de valeur mondiale vers la RDC. (www.economie-developpement.com).
A la bonne heure, l’éducation chrétienne peut consolider les valeurs techniques et morales dans un pacte de solidarité, d’entraide et de coopération, faisant des tribus éparses un seul peuple, parlant un seul langage, uni et capable de réaliser tous les projets qu’il conçoit. (Pour une vision clairvoyante de la nouvelle donne économique, cf. Livre du prophète Esaïe 52 : 1-15 et 2 Chroniques 7 : 13-14).

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