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Pendant que l’attention des Congolais se trouve focalisée sur les tueries à l’est de la République, le psychodrame judiciaire de la Prison de Makala, qui étale à la face du monde la banalisation éhontée des détournements des deniers publics en République Démocratique du Congo, l’amateurisme de la gestion de la riposte contre le coronavirus, en plus de l’incessante lutte quotidienne pour leur survie, voilà que les plus hautes autorités des confessions religieuses choisissent de décevoir.

C’est le moment qui leur a paru indiqué pour se mettre autour d’une table, sans crier gare, afin de désigner leur candidat devant succéder à M. Corneille Nangaa à la tête de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI).
Heureusement pour notre peuple, les divergences des délégués des Eglises ont fini par s’ébruiter au-delà du cadre feutré de leurs messes basses, révélant ainsi l’absence du consensus que souhaitait le maître d’œuvre de cette conspiration, à savoir : le pouvoir issu de la fraude électorale ayant désigné ses pantins, actuellement au sommet de l’Etat, en lieu et place des leaders clairement choisis par la très grande majorité des Congolais le 30 décembre 2018.

A mon humble avis, les Eglises congolaises ne devraient pas agir comme si de rien n’était, en se lançant, tête baissée, dans des processus aventureux pourtant déjà expérimentés dans le passé et chaque fois suggérés par un pouvoir rodé en matière de manipulation, au risque que les mêmes imprudences produisent malheureusement les mêmes regrets. La désignation de nouveaux membres de la CENI ne doit pas constituer l’activité la plus importante susceptible de nous prémunir de la fraude aux prochaines élections. Aussi la nomination du Président de la CENI ne doit-elle pas être vue non plus comme étant la chasse gardée des religieux : elle constitue au contraire, comme les autres postes, l’affaire du peuple qui, au sortir de chaque élection, souffre, comme actuellement, des conséquences du comportement hérétique de cet organe pourtant sensé être indépendant.

Devoir de mémoire, d’humilité et de vigilance
Le point commun entre les trois dernières élections présidentielles congolaises est le système Kabila comme pouvoir politique organisateur, le vol systématique de la victoire du candidat anti-système et pro-peuple, ainsi que le rôle déterminant de la Centrale Electorale dans la falsification des résultats au détriment du choix exprimé par le peuple.
En effet, les Hommes de Dieu, comme ils aiment se faire appeler, doivent se souvenir qu’autant M. l’Abbé Apollinaire Malumalu en 2006, le Pasteur Ngoy Mulunda en 2011 et M. Corneille Nangaa en 2018 avaient tous été successivement choisis par les confessions religieuses, pour un résultat carrément à l’opposé de la justice pourtant prônée par les Eglises. Il s’agit donc bel et bien de leur part d’une regrettable naïveté et d’un triste échec qui ont tendance à se répéter. Cela devrait les inciter à plus de vigilance, à un minimum de modestie et à une constante remise en question, afin de se protéger contre les manœuvres du système Kabila que M. Félix-Antoine Tshilombo est bizarrement si fier d’être venu pérenniser.

Devoir de redevabilité
Il est complètement incompréhensible que les Eglises refusent aujourd’hui de surfer sur la vague de la mélodie ambiante de l’État de droits – vraie ou supposée – pour exiger, préalablement à tout changement du personnel dirigeant de la CENI, que les animateurs encore en poste rendent compte de l’exécution de leur mandat. Comme c’est devenu à la mode, je lance pour ma part un appel solennel à la Justice congolaise, pour qu’elle se saisisse, sans tarder, du dossier de la gestion des dernières élections aux niveaux, notamment, de leurs résultats et de la gestion financière. Il est en effet impérieux que la CENI se soumette enfin à la culture de la redevabilité et que, pour cela, elle puisse être auditée par des structures complètement neutres et exemptes de tout soupçon d’inféodation au pouvoir politique.
Faute de quoi, l’élection présidentielle 2023 sera la sœur jumelle de celles de 2006, 2011 et 2018 qui, toutes, se ressemblent comme issues du même spermatozoïde : la Kabilie, et de la même ovule : la CENI, totalement soumise au pouvoir régnant.

Devoir de changement radical
L’occasion du renouvellement du leadership de la CENI constitue une réelle opportunité pour que le pouvoir religieux congolais, dont la bonne foi a été flouée à l’occasion de chacune des élections organisées par le système Kabila, s’oblige à exiger avant tout des changements des structures et dispositions légales électorales. Ces réformes dont la RDC ne peut plus faire l’économie devraient être réalisées consensuellement par une représentation équitable des diverses forces vives du pays.
Le peuple congolais a, lui aussi, le droit de rêver vivre un jour, pour la première fois de son histoire, une véritable passation pacifique du pouvoir politique. Une telle rupture ne sera possible que si la Constitution et les lois de la République sont expurgées de toutes les dispositions spécifiques successivement y introduites dans le passé pour garantir la victoire du candidat de la Kabilie. C’est aussi à cette noble tâche que les confessions religieuses doivent réfléchir en profondeur, pour s’y engager activement. L’histoire leur en saura infiniment gré et le peuple pourra ainsi oublier leurs mauvais choix passés pour le leadership de la CENI, ainsi que les conséquences funestes de leur naïveté.

Eviter de mettre la charrue avant les bœufs !
Cette préoccupation de remplacer le personnel dirigeant de la Commission Electorale Nationale Indépendante devrait susciter un débat national, avec une large représentativité de la population congolaise, sans pourtant devenir un aréopage pléthorique de discoureurs en mal de notoriété.

Je préconise donc, dans l’ordre, de procéder avant tout à un audit objectif de la gestion de l’équipe de M. Corneille Nangaa, sans préjudice des conséquences judiciaires liées au devoir de redevabilité de ses membres vis-à-vis du peuple qu’elle était sensée servir en toute loyauté. Ensuite, dans un souci de large consensus, les Congolais devront consensuellement redessiner les structures et dispositions légales devant enfin assurer la tenue d’élections justes et transparentes. Ce large débat devra aussi accoucher de portraits-robots de ceux dont le pays a besoin pour piloter la Centrale électorale, en toute indépendance et en bonne conscience. Ce n’est qu’enfin que pourra intervenir la désignation des animateurs de la CENI.

Pour terminer, au regard du chaos généralisé que nous observons à tous les étages de la gestion de la chose publique congolaise, caractérisé par la normalisation de la corruption et des détournements des deniers publics, l’insécurité, l’occupation du pays par des armées étrangères – conséquence de la voyoucratie légendaire de la CENI – je lance un appel pressant à la mobilisation générale et à l’union sacrée de l’ensemble des Congolais, pour nous prendre nous-mêmes en charge afin de faire échec à ceux qui veulent pérenniser un pouvoir qui nous a été imposé. Aux Eglises de faire attention pour ne pas tomber de nouveau dans le piège du FCC, car ce serait la fois de trop !

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