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*Ce plaidoyer s'adresse à tous ceux et à toutes celles qui désirent prendre part à la création d'une société congolaise fondée sur l'épanouissement des possibilités cognitives infinies de l’esprit congolais.

Il s’adresse surtout à toutes ces personnes qui, comme moi, pensent que seule l’érudition des élites change le destin des peuples, et que les dirigeants politiques qui ne misent pas sur l’intelligence collective, ne changent pas leur société.
Coronavirus, une invitation à nous réconcilier avec le savoir
Le premier pas du réveil est la prise de conscience du sommeil. Mais de quoi était-t-il fait notre sommeil national ? Insensibilité des élites politiques à la misère du peuple, insensibilité de l’Etat aux vices et attitudes qui enfoncent le pays dans le sous-développement, et insensibilité des dirigeants politiques aux faits et gestes qui mettent en danger le destin national...
Et à force d’indifférence au mal, les responsables politiques se sont mis à n’obéir qu’à la logique du mal, qui a fini par leur retirer tout sentiment d’humanité, de pitié et de tendresse pour leur peuple.
Et soudain Coronavirus est venu. L’épidémie de Wuhan nous a aussitôt mis un briquet allumé sous nos pieds, pour nous forcer au réveil. Difficile réveil ! Il eut fallu que la chaleur de la flamme soit devenue très brûlante pour que l’élite finisse, enfin, par comprendre que c’est elle qui tient le briquet.
Et mieux, elle a le pouvoir de stopper la douleur. Mais hélas ! Faute d’une réponse médicale convaincante, et en l’absence déconcertante de l’équipement pour y faire face et surtout, de l’expertise pour comprendre ce qui nous arrive, la lutte contre coronavirus ne se contente quasiment que des mesures administratives et institutionnelles.
Qu’y a-t-il de plus fascinant et de plus déroutant que de voir comment le discours politique s’est aussi brusquement extirpé de sa léthargie sexagénaire pour ouvrir tout grand les bras à la « pyramide des besoins » de Maslow1 !
Sur ces entrefaites, le Président de la République prit la parole : plus de voyages hors du pays, plus d’évacuation sanitaire en Europe aux frais de l’Etat, plus de bars, plus de cultes, plus de distractions sur la place publique… Tout est ramené à l’essentiel. On se souvient qu’on a une patrie : on ferme les frontières. L’Etat se rappelle que son travail, c’est de s’occuper du peuple : il ordonnance le permis et l’interdit. La responsabilité politique constate qu’elle n’a besoin ni des applaudisseurs, ni des collaborateurs ethniques ou népotiques, ni des pasteurs spécialistes des miracles, encore moins des féticheurs.
Elle a besoin plutôt des scientifiques : le Docteur MUYEMBE devient le personnage central de la nation. Personne ne lui demande ses origines tribales. Est-il chrétien ou musulman ? On en a cure. Tout le monde n’a d’yeux que pour son savoir, sa science et sa compétence.
Qui aurait cru que les responsables politiques congolais puissent aussi pleinement se mettre à faire ce qu’ils devaient faire d’ordinaire : parier sur la science, sur le savoir et sur la compétence ; imaginer un système national de santé publique ; se rendre compte qu’une moto-taxi ne peut prendre qu’un passager; déplorer une économie nationale extravertie ; penser exorciser les vulnérabilités de l’économie nationale ; édicter des mesures prophylactiques pour freiner la propagation de l’épidémie… Le choléra et la malaria en restent sans voix ! Aux orties le déni des réalités, les magouilles, la corruption, la prédation, le mensonge, la propagande…Coronavirus ramène les dirigeants politiques à résipiscence, en leur intimant l’ordre de s’acquitter de leur rôle premier : gouverner.
Ne faut-il pas y entrevoir la tragique chance d’un processus d’éveil des consciences patriotiques et de réveil des cœurs républicains, jusqu’à l’élucidation aussi bien des limites que des bénéfices de certains apports exogènes que l’on a toujours cru incontournables ? On croise les doigts !
La leçon à tirer d’ores et déjà de cette terrible tragédie est qu’il n’y a pas d’expériences négatives pour une vie nationale. Guerre, épidémie ou catastrophe naturelle, il n’y a que des expériences qui ont toutes pour vertu de nous emmener au réveil et à l’éveil. Lorsque cet éveil n’advient point par la remise en question volontariste et le surcroît d’esprit de responsabilité, le réveil s’impose par l’expérimentation de la douleur.
En tout état de cause, une mince feuille de raison sépare le sommeil du réveil, comme les liens qui unissent le sommeil et l’éveil sont complexes et subtils. Ainsi, l’état végétatif qui fait l’intersection entre le sommeil, l’éveil et le réveil, est paradoxalement l’antre des miracles, même si elle installe la conscience à son point le plus bas !
Aujourd’hui, nous sommes dans cet entre-trois. Les psychologues l’appellent hypnagogie. C’est-à-dire : la conscience politique se retrouve tirée à hue et à dia par les éléments caractéristiques du sommeil, du réveil et de l’éveil.

L'art et le génie de négocier les tournants : une capacité à acquérir
Comment allumer la flamme de l’espérance quand on sait que la notion du pouvoir politique demeure aussi mal comprise en République Démocratique du Congo ? Mieux, la notion du pouvoir politique demeure d’essence colonialiste, fondée sur le propriétarisme léopoldien. La responsabilité politique n’active ni mandat républicain, ni mission de service public. Le pouvoir est un titre de propriété. Le mandat, la mission, c’est jouir ! Loin du peuple… Le modèle inavoué demeure Léopold II.
Aussitôt au pouvoir, l’omnipotence devient la règle. Le pouvoir, c’est n'en faire qu'à sa tête. Le pouvoir, c’est le privilège de n’avoir de comptes rendre à personne. Comme l’ignorance, la corruption, la prédation, la dépravation des mœurs et le dévergondage des idées et des opinions sont les variables du modus operandi du propriétarisme, la pandémie en cours nous place devant des questions tout autantintéressantes que complexes et urgentes :
 Coronavirus va-t-il vraiment changer la façon de faire la politique dans notre pays?
 Quel en sera le signe annonciateur ?
 Pouvons-nous ordonner le rapatriement obligatoire de tous les avoirs financiers placés dans des paradis fiscaux ?
 Irons-nous jusqu’à décider que dorénavant, tout responsable politique qui détient des avoirs à l’étranger soit accusé de crime de lèse-patrie?
 Allons-nous décréter l’interdiction de toute évacuation sanitaire à l’étranger aux frais de l’Etat, pour enfin investir massivement dans le système national de santé ?
 Allons-nous décider de n’importer que ce que nous ne pouvons pas produire localement, pour enfin donner une économie à notre société ?
 Allons-nous transformer le ministère de la recherche scientifique et celui de l’éducation nationale en premières priorités budgétaires de la nation ?
 Allons-nous dorénavant valoriser les savants, les chercheurs, les scientifiques, les écrivains, et les élever au rang des prunelles des yeux de la République ?
Pour répondre à ces délicates questions, un détour préalable est utile sur le statut de la pensée. Il est plus qu’indispensable dans notre pays ! Dans Le Sophiste comme dans le Théétète, Platon définit la pensée comme un « discours intérieur que l'âme se tient à elle-même sur les objets qu'elle examine ». Cette pensée ne donne pas seulement aux humains des ressources immatérielles pour la résilience. Elle engendre la société humaine. Elle la met à l’abri de périls. Elle la nourrit et lui donne ses raisons de vivre... C’est ici le lieu de définir la société humaine dans son originalité : elle est l’analogon de l'organisme humain. Autant le destin du corps humain dépend du développement neurocérébral, autant le sort du corps social dépend du statut de la pensée dans le pays. C'est dire que, si notre société continue à tourner le dos à la pensée, nous ne courons pas seulement le risque de nous enfermer dans le sous-développement. Notre humanité court à sa perte.

A quelque chose malheur est bon…
Dans le cerveau humain, le cortex, siège de la pensée et des vertus, coexiste avec le striatum, siège des vices et des plaisirs insouciants. Et donc si Coronavirus passera assez vite, c’est parce que la pandémie s’est attaquée à des sociétés où le cortex est aux commandes des cerveaux.
Si Kinshasa était le berceau de Coronavirus, il aurait eu comme illustres devanciers le choléra, la malaria, la rougeole, la tuberculose, la maladie du sommeil, l’éléphantiasis, la fièvre typhoïde, la bilharziose, l’onchocercose, le kwashiorkor… Pourquoi ces maladies antédiluviennes, encore endémiques dans notre pays, ne passent toujours pas ? N’est-ce pas puisque le striatum reste encore aux commandes des cerveaux des élites politiques? Coronavirus passera ! Mais, cette épidémie qui donne à notre quotidien des airs d’Apocalypse, nous fait malgré tout une surprise ! Les chamailleries fleuries, les glissades verbales, les insultes, les vaines haines et les fanfaronnades, qui font office des débats politiques, se dissipent. Peu à peu, le confinement, les gestes barrières et les règles de la distanciation sociale nous contraignent de porter notre attention sur tout ce qui nous empêche de construire le pays auquel nous aspirons.
Aujourd’hui, coronavirus nous intime l’ordre de nous remettre en question, 51 ans après l’appel de Mabika Kalanda dans son livre « Remise en question, base de la décolonisation» 1 .
En fait, à travers cette épreuve, la politique est sommée de se ressaisir, et de se plier indispensablement aux principes et règles de l’intérêt général. Du bien commun, qui transite par la « révolution du bon sens ».
De fil en aiguille, le peuple congolais se révèle riche d’une énergie qui, pour se fixer sur la voie du progrès, ne demande que plus de lumière de la part de ses élites. Ce sursaut tardif montre bien que l'art et le génie de négocier les tournants régénérateurs sont bien à notre portée. Comme chacun sait, il apparaît comme naturel de ne pas vouloir se placer volontairement sur un piédestal pour être jugé, ou de se regarder dans un miroir pour se reconnaître de trop nombreuses faiblesses.
Et pourtant, Dieu sait que cet exercice permet d’identifier les comportements autodestructeurs et de réaliser, en ce qui nous concerne, à quel point nous sommes dangereux pour nous-mêmes et pour notre propre partie. Mais pas seulement! Cette introspection nous permettra surtout de constater que nous avons le pouvoir de nous transformer en profondeur et de nous inventer un bien meilleur avenir, en unissant nos efforts, en mettant notre cortex au-dessus de notre striatum. Ce dont il est question ici, c’est d’une véritable aptitude à se saisir de la « remise en question » dans la définition de qui nous sommes réellement. L’exercice consiste à prendre conscience de la portée de nos errements psychologiques, qui est la condition de toute possibilité de régénération. Qui dit « prise de conscience » dit contact direct avec nos capacités infinies d’érudition et de résilience, qui piaffent d’impatience dans notre cortex collectif.
Après 60 ans d’indépendance, l’heure est venue d’enlever nos masques et de questionner les histoires et les postures qui causent notre incessant sous-développement. C’est-à-dire : nous instruire sur nous-mêmes, par nous-mêmes et pour nous-mêmes, en nous posant à nous-mêmes les questions, ci-après :
• Quels domaines de la vie nationale devons-nous impérativement améliorer ?
• Quelles sont nos faiblesses les plus destructrices de l’intérêt général ? Coronavirus nous offre tragiquement et paradoxalement l’opportunité de radicaliser cet effort de catharsis.
C’est-à-dire : le refus de laisser notre inconscient prendre indéfiniment les rênes de notre destin collectif. Si la prise de conscience découle d’une volonté manifeste de ne plus se trouver d’excuses, de faire preuve de surcroît d’esprit de responsabilité, et d’entreprendre vaillamment cette impérative introspection régénératrice, la nation trouvera toujours une main internationale partenaire, pour nous aider à passer de l’assistanat à l’autodétermination, puisque devenus respectables et dignes de partenariat.
Kinshasa, le 24 mars 2020
Didier MUMENGI
Ecrivain

 

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