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La 27ème  Conférence des Parties (COP 27) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a fermé ses portes le week-end passé à Charm-el-Cheikh (Égypte) après des réunions marathon tenues du 6 au 19 novembre 2022. Cette grand-messe écologique a été organisée dans  un contexte géopolitique particulièrement tendu sur les principales demandes émanant des pays Africains, vulnérables aux impacts climatiques.

Dans un entretien exclusif, La Prospérité aborde les résultats des travaux avec Alain Parfait NGULUNGU, Ancien expert chez WWF/RDC, consultant en gouvernance climatique et membre du Groupe de recherche sur le Climat en Afrique centrale. Il y revient sur les enjeux de financement, de l’adaptation et pertes et dommages à la clôture de la COP27.

La Prospérité : A la clôture de cette COP27, plusieurs voix se sont levées pour exprimer leur déception par rapport aux résultats atteints. Dans l’entretemps, les communautés affectées par les effets néfastes des changements climatiques sont dans l’émoi en Afrique…Que diriez-vous à ce sujet ?

Alain Parfait Ngulungu : Une question complexe à cette étape de la fin de cette COP27. Il est vrai que l’exposition du continent africain aux impacts des changements climatiques est réelle. Elle contribue à l’émergence de nombreux risques socio-économiques et sécuritaires pour les communautés locales et peuples autochtones.  Ces effets sont perceptibles, notamment suite à l’insécurité alimentaire et au stress hydrique. Mais aussi, aux déplacements de populations, à la compétition pour l’accès aux terres et aux risques sanitaires, etc. Personnellement, je salue qu’un accord ait été trouvé" sur la création d'un fonds spécifique dédié aux "pertes et dommages" qui "dirigerait" les moyens financiers vers les pays les plus vulnérables. D’après un scénario d’émissions pessimiste qui, pourtant, au regard des engagements pris par les États en matière d’atténuation, apparaît probable : la température moyenne en Afrique pourrait dépasser les +3.5°C dans certaines régions, et au minimum +2°C, d’ici 2050. Dès lors, plus la température moyenne augmente, plus les autres impacts s’intensifient : en force et en fréquence. Ainsi, pour de telles communautés, l’urgence de l’action climatique se focalise sur l’adaptation climatique. Il faudra mettre la main dans la poche. Cet Accord donc est l’une des solutions.

La Prospérité : La COP 27 a été marquée, plus que d'autres, par les rapports de force géopolitiques entre les pays du Nord et du Sud ou pays en développement autour de plusieurs sujets brulants dont les pertes et dommages. Ce grand forum a été une réussite pour l’Afrique ?

APN : Organisée en terres africaines pour la deuxième fois après celle de la COP17 tenue à Durban (Afrique du sud) en 2011. De là où est sortie d’ailleurs le Fond vert. J’ose croire que cette fois-ci, les Etats-parties à l’Accord de Paris ont fait preuve de responsabilité et ont mis un terme à la politique de l’autruche caractérisant les précédentes COP. Par ailleurs, nous avions apprécié l’organisation de la COP 26 précédente tenue à Glasgow. Elle a été marquée par le retour de l'administration Biden à l'accord de Paris sur le climat et sa coopération stratégique avec la Chine sur le climat. Bien que drôle a été de constater une année après, la Chine a rompu le dialogue avec les États-Unis sur les questions militaires et climatiques lors d'une visite officielle à Taïwan. L'Union européenne (UE), suite à la crise Ukrainienne, fait un comeback aux combustibles fossiles provoquant à la fois une ruée vers les économies d'énergie et une intensification des objectifs en matière d'efficacité et d'énergies renouvelables à moyen terme, et une ruée vers le gaz à court terme. Chose qui contribue aux prix élevés de l'énergie et à l'inflation au niveau mondial alimentant ainsi la spéculation climatique. Je crois que l’Afrique a gagné son pari en organisant cette COP27 en vue de remettre le continent sur la sellette et démontrer que son intérêt se retrouverait dans ses efforts d’adaptation face aux chocs climatiques et d’adopter des stratégies y afférentes selon ses besoins locaux. Mais, il faut y aller sous forme d’un grand ensemble comme les font d’autres Continents. Sur le chapitre du financement, à titre d’illustrations, la demande des économies africaines est élevée. L’Afrique aura besoin de 2,8 trillions $ pour mettre en œuvre ses contributions nationales déterminées (CDN), d'ici 2030, selon la BAD.

La Prospérité : Au vu des mésaventures observées, comment l’Afrique peut-elle mobiliser les fonds d’adaptation et d’atténuation climatiques elle-même ?

APN : Avec l’initiative AG3F (African Green Finance Facility Fund) lancée à la COP27, la BAD serait en train de mettre en place un écosystème d’institutions financières vertes sur le continent. Spécialisées, ces institutions bancaires (banques vertes) auront, selon la BAD, un mandat d’investir dans des projets soutenant un développement soutenable, respectueux de l'environnement, juste et résistant face aux changements climatiques. On nous laisse croire qu’il peut s'agir d’une institution financière locale créée spécialement pour la cause comme la Climate Finance Facility (CFF), lancée conjointement par la Banque de Développement d’Afrique australe (DBSA) et le Fonds Vert pour le Climat, ou d’une banque commerciale de type BNI en Côte d’Ivoire qui se dotera d’une enveloppe de financements dédiée aux projets verts.

Ceci dit, nous pensons elles deviendront un puissant mécanisme de mobilisation de ressources locales et externes pour le financement climatique en Afrique.

La Prospérité : La délégation Congolaise a été conduite sous la férule du 1er Ministre du Gouvernement, Jean Michel Sama Lukonde. Comment avez-vous apprécié cette participation?

APN : Je salue la dynamique actuelle de la politique Congolaise qui a su inscrire dans l’agenda politique, les négociations internationales sur les changements climatiques. Une forte délégation a accompagné le Chef du Gouvernement de la RDC dans les travaux et panels. Je trouve qu’il faudra continuer dans cette lancée en vue de positionner le pays-solution dans la redéfinition de ses ambitions climatiques à la hauteur de sa richesse ecosystémique et de sa méga biodiversité. Cela veut dire qu’il y a un coût d’opportunités que la RDC doit attendre suite à la conservation de la diversité biologique et de son complexe forestier des 155 millions des forêts denses et humides. A l’issue de la COP27, la RDC doit façonner un nouveau type de leadership climatique dans la sous-région et développer des partenariats stratégiques avec les institutions pour gagner le pari du financement climatique international en matière de lutte contre les changements climatiques et de développement durable.

La Prospérité : Quelles démarches mettre en place pour capitaliser les acquis de la COP27 en RDC ?

APN : Nous ne sommes pas des décideurs politiques pour y répondre. Mais, nous pensons que 7ans après l'Accord de Paris, la COP 27 a quand même - il faut l’avouer- ouvert une brèche pour la mise en œuvre de l’action en RDC. Pour avoir de succès dans nos politiques publiques,  la RDC devrait planifier des règles de mise en œuvre (Rulebook). Mais aussi, elle  devrait se focaliser uniquement sur la crédibilité globale des promesses faites. Malheureusement, le contexte économique et géopolitique actuel post-COVID19 et la guerre Russo-Ukrainienne est l'un de défis auxquels la RDC fait face.  D’où, il faudra de l’innovation et des solutions basées sur la nature pour assurer notre résilience climatique à court et moyen terme !

Propos recueillis à Kinshasa (RDC) par John Ngoyi  (Journal La Prospérité)

 

 

 

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