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  1. Interventionnisme économique

De nos jours, la part du revenu national consacrée aux investissements est déterminante dans la croissance économique d’un pays.  L’Etat par son budget participe à l’investissement public concurremment avec le secteur privé. 

L’Etat intervient à travers les investissements en infrastructures sociales, dont la fonction est d'entretenir et de développer le capital humain (en matière d'éducation, de services sociaux et de santé) et les investissements en infrastructures économiques (routes, ports, aéroports,  barrages…), dont la caractéristique est de participer au processus productif.

  1. Base théorique de la stratégie de développement par l’investissement public

Si dans la  vision néoclassique  l'accent est mis sur l'investissement privé d'entreprises comme principale source de croissance, la stratégie de croissance  endogène fait du capital public le moteur de la croissance. En effet, la théorie keynésienne vient pallier les insuffisances de la doctrine classique par de nouvelles perspectives économiques. John Maynard Keynes a échafaudé le paradigme d’une économie de la demande, en remplaçant la main invisible par l’interventionnisme, annonçant ainsi la théorie selon laquelle l’économie n’est pas foncièrement en équilibre et l’intervention de l’Etat est nécessaire pour résoudre les  problèmes cruciaux.

La politique interventionniste keynésienne prône l’intervention de l’Etat au sein de l’économie par des instruments tels que les régulations, les politiques budgétaires, les plans de développement, ou même les politiques monétaires.  Keynes donne alors un rôle de régulateur économique au gouvernement.

L’interventionnisme est une politique de la demande.

L’Etat manipule la demande des produits et des biens par des politiques budgétaires principalement la taxe. En régulant ainsi la production générale  et les prix en fonction de la baisse et de la hausse des taxes, il stimule la demande et la consommation. Les politiques de développement ou plan d’investissements publics sont aussi un des chemins où l’Etat s’engage à réguler et à créer des conditions optimales du marché. 

Assurément, la stratégie de développement idoine serait une combinaison équilibrée des politiques monétaires ou les incitations par le taux d’intérêt, les allègements fiscaux pour booster l’effet multiplicateur de la demande globale et l’accélération des investissements du secteur privé, en même temps qu’un apport massif des investissements publics à travers le budget de l’Etat.

Pour les pays africains, en particulier la RDC, les investissements publics constituent la meilleure voie de corriger l’extraversion des structures socioéconomiques. Le budget d’investissements de l’Etat devrait servir, au-delà de l’objectif de croissance du PIB, à diversifier l’économie nationale par l’exploitation de tout le potentiel disponible (ressources humaines, terres arables, mines, hydrocarbures, énergie, eau douce, forêt, potentiel fiscal…).

  1. Ecueils et limites de l’interventionnisme

La politique keynésienne peut faillir dans la mesure où elle est conditionnée par une parfaite harmonie entre l’investissement et le taux d’épargne.  L’excès d’investissement pousse l’économie à un point de non-rentabilité et l’excès d’épargne ramène l’agent économique à une crise de consommation (insuffisance de la demande globale).

Ces différentes fluctuations sont la cause primaire limitant l’économie keynésienne à un ensemble de spéculations entre les différents acteurs économiques. La stratégie de développement fondée sur l’accroissement des dépenses publiques appelle soit la multiplicité des taxes, soit le recours à la planche à billets ou le seigneuriage, ce qui limite à terme l’expansion économique des pays comme la République Démocratique du Congo.

D’autant plus que notre pays souffre depuis de nombreuses années d’une économie extravertie selon le dessein de l’ancienne métropole.

Avec les mines comme secteur dominant, il est difficile de capter les effets d’échelle résultant de ce secteur. Bien qu’il génère des recettes importantes pour le pays, leur répartition demeure inéquitable, au détriment de l’immense majorité de la population qui survit dans le secteur informel, marginalisée dans le partage du revenu national, incapable d’épargner ou d’investir.

Par ailleurs, l’étroitesse du marché financier fait que l’augmentation des dépenses publiques dans le cadre du programme d’investissement de l’Etat l’entraîne souvent  à un déficit budgétaire à combler avec l’emprunt public. Lorsque l’Etat augmente ses emprunts sur le marché financier, il réduit la part de privé dans le crédit à l’économie : il y a éviction du secteur privé sur le marché financier et désarticulation de l’équilibre financier global. Aussi, le déficit budgétaire de l’Etat absorbe donc l’épargne nationale et engendre un déficit de la balance des paiements sur le plan extérieur et la dépréciation de la monnaie : le déficit de l’épargne intérieure entraîne une distorsion de la position extérieure.

Sans oublier que la rigidité de l’offre intérieure ou les limites de la production industrielle nationale bloque les effets vertueux de l’investissement public sur l’économie nationale (effet multiplicateur de la demande globale et effets accélérateur de l’investissement). L’investissement public va plutôt entraîner l’augmentation de la demande de biens et services que l’industrie nationale ne peut produire, d’où l’augmentation des importations ce qui entraîne le déficit de la balance commerciale et des pressions d’inflationnistes qui avec le chômage freinent la croissance économique.

Incapable de satisfaire les besoins socioéconomiques de la population à des prix avantageux, la production industrielle nationale s’affaiblit au profit des importations. Cela fragilise ainsi l’économie interne tout en augmentant les spéculations des différents agents économiques.

  1. Déficit de l’épargne et du management

En général, les pays en développement accusent une faiblesse de l’épargne, de l’investissement et dans le management ou esprit d’entreprise.  En RDC, l’épargne nationale est largement constituée de revenus de deux monopoleurs : l’Etat et des entreprises multinationales, les gens du peuple n’ont pas assez de revenus pour épargner.

Cette distorsion crée un déséquilibre dans la politique d’intervention puisqu’il est impossible à l’Etat de stimuler la consommation ou l’épargne avec des investissements non économiquement rentables qui gaspillent l’épargne publique. Tandis que les filiales multinationales installées en Afrique expatrient vers les métropoles le revenu créé en Afrique. Comme conséquence, l’économie nationale manque d’épargne à offrir aux investisseurs nationaux. 

Sur le plan de management, les mandataires recrutés dans les entreprises publiques ne sont pas performants tandis que les multinationales n’assurent pas le transfert de technologie et de bonne gouvernance. Les nationaux sont bloqués par le système fiscal ou trop d’impôts et taxes qui freinent l’esprit d’entreprise (Cf. www.economie-developpement.com).

  1. Problématique des éléphants blancs

L'investissement public s'effectue à long terme et son rendement parait généralement difficile à identifier, surtout quand il s’agit de l'investissement en capital humain. Néanmoins, les fonds investis par l’Etat doit entraîner au minimum une croissance économique endogène permettant d’accroitre le PIB et donc les recettes publiques futures afin de générer un retour de l’investissement et éventuellement faciliter le remboursement du capital emprunté. Par-delà la question de rentabilité, le plus grand problème serait celui d’adéquation des investissements publics aux besoins réels des populations. A ce propos, un conflit existe entre la vision économique des différents pays à travers le monde et leur réalisation de manière égoïste par les gouvernants, loin du bien-être collectif. 

Ainsi, l’absence de résolution de ce conflit se traduit dans l’érection des investissements de prestige ou des éléphants blancs, lesquels absorbent les ressources publiques tout en creusant la pauvreté et les inégalités sociales.

  1. Interventionnisme et inégalités sociales

Le monde aspire à un bien-être collectif tout en prônant de profondes inégalités structurelles. Les pays développés tels que la France ou même les Etats-Unis comblent ce vide par des services sociaux, mais ces services sociaux accusent une sérieuse fébrilité qui démontre que, comme Malthus l’avait déclarée, l’aide sociale peut accentuer les conditions de pauvreté.

L’inégalité devient alors la maladie primaire de l’économie mondiale la rendant si fragile à la moindre baisse ou hausse de ses conditions de croissance. 

Cette inégalité est accentuée dans les pays en développement comme le nôtre par des frictions créées entre les acteurs économiques dans leur quête de satisfaction de besoins personnels. La première friction réside entre les producteurs et les ménages ou la population.  Tandis que la population est en quête des prix bas,  les producteurs veulent des prix de bien élevés.

Ce contraste crée un problème de répartition de richesses et un environnement d’exploitation où même les producteurs agissent au détriment des intérêts de la population. Particulièrement, les sociétés multinationales favorisées par l’Etat imposent leurs prix et rapatrient l’essentiel de leur revenu dans des pays étrangers. Affaiblissant ainsi le revenu de la population qui agit à l’encontre des producteurs en demandant des prix plus bas, et malencontreusement, la demande globale reste trop faible pour stimuler la production nationale à grande échelle. En conséquence, la population a tendance à préférer les produits importés bon marché.

Le manque de contrat social clair entre l’Etat, les entreprises et la société civile, qui aurait permis de satisfaire à la fois les besoins desdits acteurs, suscite des chocs économiques et parfois des crises de  non absorption de la production nationale et des méventes suivies de fermetures d’usines comme les cas de TABACONGO, BAT CONGO, BRALIMA à Boma, UTEXAFRICA, SINTEXKI, CINAT…. (Cf. www.economie-developpement.com).

  1. Recommandations

Face à la pérennité des facteurs héréditaires qui freinent la croissance économique ainsi qu'à la concurrence âpres imposée par la mondialisation, le programme d’investissements publics se doivent non seulement d’améliorer les résultats économiques globaux, mais, par-dessus tout, amener de réformes plus vigoureuses en termes de mutation de structures socioéconomiques et de renforcement du capital humain, en vue d'exploiter intensivement les chaînes de valeur nationales et d'accroître le revenu des couches les plus pauvres de la population. 

L’importance d’une base structurelle connectant les intérêts personnel et collectif est importante dans la mesure où ce contrat social permettra d’harmoniser les spéculations et les conflits d’intérêts qui découlent du manque d’épargne interne et de la faiblesse de la rentabilité des investissements publics. Quand bien même les infrastructures sont érigées, est-ce que leur coût, leur taille, leur utilité sociale, leur emplacement ou  leur exploitation sont-ils  rationnels ?

Cela revient à poser la problématique de la participation des populations à la conception, la réalisation, au contrôle et à l’exploitation des projets d’investissement dans leurs localités afin de répondre aux besoins réellement exprimés et d’adapter localement les innovations technologique et managériale. Le système coopératif par son essence résorbe les conflits d’intérêts en permettant aux différents acteurs de satisfaire leurs propres besoins en participant aux activités collectives de manière solidaire, démocratique et en dehors de toutes discriminations raciale, ethnique ou tribale.

Ce système permettra de résoudre le hiatus entre l’offre et les besoins locaux, dans la mesure où la production sera  prioritairement axée sur les besoins des populations. Le souci d’adéquation entre les projets d’investissement public et les besoins des populations suscitera le partenariat entre l’Etat, les partenaires financiers extérieurs, investisseurs.

La réforme stratégique est de valoriser les hommes dans leurs contrées en leur donnant une formation rudimentaire sur la doctrine coopérative et en rationalisant leurs activités primaires, fussent-ils l’agriculture, la pêche ou l’élevage, dans le cadre des coopératives gérées et contrôlées par eux-mêmes, suivant les techniques managériales et d’audit modernes (Cf. www.economie-developpement.com).

En réorganisant prioritairement les populations rurales dans les sociétés coopératives agricoles, l’Etat congolais pourra enclencher le développement endogène dans un pays qui a une vocation agricole.  Cela induira l’intégration du marché de produits vivriers tant au niveau de villages, de secteurs, des territoires, des provinces et au niveau national et régional, faisant de 145 territoires des pôles de développement solidaire.

Cette perspective coopérative éclaire d’un nouveau jour le choix et la sélection que le gouvernement doit faire en termes d’investissements sociaux (éducation, santé, culture, moralité publique…) et des infrastructures notamment les axes routiers, rails, ports, micro-barrages, forage et irrigation, backbone commercial intérieur (entrepôts, abattoirs, chambres froides, commissariat de warrantage, réseau internet et marché électronique..) en partenariat entre l’Etat et les fédérations coopératives des populations rurales.  Ainsi, le coopératisme contribuerait à la correction de structures socioéconomiques extraverties par la diversification de l’économie nationale.

Telles seraient les conditions sine qua non de la réussite de la stratégie de développement axée sur les investissements publics.

En tant que Nation, l’heure de la repentance a sonné : le peuple tout entier se doit de reconnaître les tares et les antivaleurs qui ont plombé les efforts de développement depuis l’indépendance, pour s’engager comme la population de Ninive dans la Bible à rebâtir un pays fondé sur le droit et la justice, d’autant plus que l’acceptation de la parole de Dieu produit la paix et la prospérité socioéconomique. (Sous l’inspiration du livre du prophète Esaïe 32 : 15-18). (Cf. www.economie-developpement.com).

Fait à Kinshasa, le 24 octobre 2022

Aaron Lutete Kusidi

Coordonnateur du Centre de recherche CERPECS

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