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(Par Jean-Pierre Luhandjula, Professeur Ordinaire à l’Université de Kisangani)

 

La saison d’attribution des prix Nobel approche à pas de géant. Il s’agit, pour cette année, de la période allant du 3 au 10 octobre. Les Etats-majors des différentes disciplines scientifiques fourbissent leurs armes, afin de faire basculer les précieux sésames dans leurs escarcelles. Exception faite pour les mathématiciens. Comme chacun sait, les mathématiques règnent en maîtres absolus sur les sciences naturelles dont la Physique, la Chimie, la Biologie. Il va sans dire que si les sciences naturelles susmentionnées ont atteint leurs niveaux actuels, c’est grâce aux mathématiques.

Il ne fait l’ombre d’aucun doute que ce sont les mathématiques qui donnent à ces sciences les secousses nécessaires pour déverrouiller leurs portes. Il est, ipso facto, déplorable, que toutes ces sciences soient éligibles au prix Nobel, alors que leur reine ne l’est pas. En effet, l’Ingénieur chimiste et inventeur de la dynamite, en l’occurrence : Alfred Nobel qui a cédé sa richesse pour la création de la distinction honorifique qui porte son nom, n’avait pas jugé bon que les mathématiciens comptent parmi les lauréats de ce prix.

De ce fait, aucun chercheur en mathématiques, n’a été et ne sera jamais en posture de recevoir des mains du Roi de Suède cette récompense de portée internationale. Arrêtons-nous un instant pour dire un mot sur les mathématiques. Il s’agit d’un ensemble de connaissances abstraites résultant des raisonnements logiques appliqués à des objets divers tels que les nombres, les formes, les structures, les transformations etc…

Au sein des mathématiques, il existe plusieurs branches telles que : l’arithmétique, l’algèbre, la géométrie, la logique mathématique, les probabilités et on peut allonger, ad infinitum, cette énumération. Il est aussi de notoriété publique qu’il existe une séparation nette et claire entre deux instances qui sont les mathématiques pures et les mathématiques appliquées. Dans la première instance, on s’intéresse à des objets abstraits tels que les catégories, les topos, les variétés différentiables, etc.

Dans la seconde, on considère des choses concrètes, telles que les statistiques, l’informatique, la programmation linéaire, etc. In fine, nous pouvons dire que les mathématiques sont à la fois, un savoir, un langage et un outil. Elles offrent un modèle de raisonnement essentiel pour la majorité des sciences. Il convient de mentionner le fait que l’outil mathématique n’est pas toujours aisé à comprendre et à manipuler.

Le vieux dicton selon lequel : « Il n’y a pas de mathématiques sans larmes » est à cet égard très éloquent. Il va de soi que dans un domaine, comme celui des mathématiques, où il arrive qu’on se trouve nez à nez avec des difficultés qui peuvent atteindre des niveaux stratosphériques, les enseignants et les initiateurs devraient s’y prendre avec beaucoup de méthodologie et de tact.

Ils devraient s’accrocher mordicus au principe qui veut qu’on simplifie le complexe et qu’on évite de complexifier le simple. Ce qui se résume par la maxime latine: « Pluritas non est ponendas sine necessitate». En rapport avec la décision sibylline d’Alfred Nobel, d’ignorer superbement les mathématiciens dans l’attribution des Prix Nobel, les supputations vont bon train. Certains pensent que les mathématiques n’étaient pas en odeur de sainteté avec Sir Alfred Nobel.

D’autres parlent de l’infidélité de l’épouse de Nobel, qui sortait avec un mathématicien de renom du nom de Mittag-Leffler. D’autres encore arguent que Nobel considérait les mathématiques comme un pur exercice intellectuel, extrêmement abstrait et compliqué et qui n’avait aucune prise sur les problèmes de société.

Il est hors de question de nous appesantir ici sur ces élucubrations relatives à la posture d’Alfred Nobel. Nous allons plutôt parler de ce qui a été fait pour conjurer cette indicible malédiction qui s’est abattue sur la caste de mathématiciens. On ne répare pas un mal par un mal, dit-on. Au lieu de crier vengeance après le camouflet de Sir Alfred Nobel, les mathématiciens ont plutôt cherché les voies et moyens pour déverrouiller l’impasse scientifique, de grande envergure, qu’a occasionné la gifle de Nobel à leur endroit.

Ils ont compris qu’il valait mieux allumer une bougie que maudire l’obscurité. C’est dans cette optique, qu’au lieu de se murer dans un silence assourdissant, il fallait se triturer les méninges pour changer la donne.

Après moult tractations, des fenêtres d’opportunités se sont ouvertes et ont porté sur les fonts baptismaux des récompenses pour l’excellence en mathématique. Il s’agit principalement de la médaille Field, du prix Abel et du prix Maurice Audin. La médaille Fields est une prestigieuse récompense en mathématique créée en 1936 par le mathématicien canadien John Charles Fields.

Elle est décernée tous les quatre ans à des mathématiciens de moins de 40 ans ayant produit des travaux puissamment originaux dans leur domaine de recherche. Quant au prix Abel, il a été mis en place en 2001 par le gouvernement norvégien en l’honneur du mathématicien norvégien Niels Henrik Abel. Il est attribué aux mathématiciens de moins de 40 ans ayant produits des résultats exceptionnels dans leurs travaux. Un autre sursaut de fierté est venu de la France avec Le prix Maurice Audin.

C’est une autre récompense financière dans la gibecière des mathématiciens. Ce prix a été créé en 2004 par l’Association Josette et Maurice Audin. Il rétribue les travaux de deux chercheurs ayant obtenus des résultats hors du commun dans leurs champs d’étude respectifs.

L’un travaillant en France et l’autre en Algérie. Le prix tient son nom du mathématicien français Maurice Audin. En plus de ces prix typiquement réservés aux mathématiciens, nous mentionnons également le prix Alan Turing, considéré par certains comme étant le prix Nobel d’informatique.

Il a été créé par l’ « Association for Computing Machinery (ACM)». Il porte le nom du célèbre mathématicien britannique qui décoda au cours de la deuxième guerre mondiale les textes codés par la machine allemande « Enigma ». Il récompense les scientifiques ayant contribués au développement de l’informatique et des mathématiques y associés. Nous exprimons ici nos sentiments de profonde gratitude à ces quatre mécènes qui ont offert aux mathématiciens des exutoires aux angoisses causées par la décision de Sir Alfred Nobel.

Il nous semble opportun que, pour maintenir la dynamique engrangée par ces mécènes en faveur des mathématiques, plusieurs lignes directrices devraient guider cette évolution.

Sans l’ambition d’être exhaustif, en voici quelquesunes : mise en place des conditions optimales de travail pour les mathématiciens, exigence de l’excellence dans les travaux mathématiques exécutés, fluidification à maxima des échanges entre les mathématiciens, main tendue et soutien indéfectible aux mathématiciens des pays pauvres.

Tout ceci devrait se faire sous la houlette de l’«International Mathematical Union» (Union Mathématique Internationale) requinquée.

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