Flash

BAN2

 

Abbé José Mpundu

Introduction

Le 16 juin de chaque année a été déclarée la journée de l’enfant africain. A l’occasion de la célébration de cette journée le 16 juin 2022, j’ai lancé l’idée de mener une action de grande envergure en faveur de tous ces enfants qui se retrouvent dans la rue, sans famille. Des organisations non-gouvernementales sont nées un peu partout en Afrique et, particulièrement dans notre pays, la RDC, pour s’occuper de ces enfants en situation difficile. La plupart de ces organisations ont créé des centres d’hébergement transitoire avec comme objectif principal la réinsertion sociale de tous ces enfants. Un travail louable est réalisé par ces organisations en ce qui concerne la réintégration de ces enfants dans leurs familles biologiques ou d’intégration dans des familles d’adoption ou dans des familles d’accueil.

Toutefois, malgré ces efforts non négligeables fournis par ces organisations laïques et confessionnelles, le phénomène « enfants de rue » ne fait que s’aggraver.

En effet, le nombre d’enfants qui vont dans la rue ne fait s’accroître d’année en année. Causes du phénomène « enfants de la rue » Plusieurs facteurs sont à la base de ce phénomène parmi lesquels nous citerons : - les facteurs économiques : la pauvreté, la précarité et l’indigence ; - les facteurs culturels : la croyance en la sorcellerie qui fait qu’on accuse les enfants d’être des sorciers et on les chasse ; - les facteurs politiques : l’absence d’une politique de la famille efficiente.

Cependant, une étude approfondie de ce phénomène qui n’est pas propre à l’Afrique nous montre que, au-delà de ces facteurs que nous venons de citer, la cause principale qui pousse les enfants dans la rue est, en définitive, le manque d’amour au sein des familles. Les enfants mal-aimées ou pas aimés du tout finissent par trouver refuge dans la rue où ils croient trouver un peu d’amour auprès de leurs camarades de fortune.

Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. Car, dans la rue, nous observons beaucoup de violences et souvent c’est la loi de la jungle : les plus forts écrasent les plus faibles.

Objectif du projet Mettre fin au phénomène « enfant des rues », tel est l’objectif poursuivi par ce projet que nous dénommons : UN ENFANT, UNE FAMILLE. La place de l’enfant n’est pas dans la rue ni dans des centres d’hébergement. La place de l’enfant est dans la famille. Le premier droit de l’enfant est celui d’avoir une famille : un père, une mère, des frères et sœurs éventuellement. Il s’agit donc ici,  d’abord de la famille dite biologique. Et dans notre culture négro-africaine, cette famille biologique ne se limite pas seulement aux parents géniteurs et aux frères et sœurs consanguins directs. Elle s’étend aux oncles, tantes, cousins et cousines.

Ce que nous appelons la famille élargie. Les enfants de mes frères et ceux de mes sœurs sont mes enfants au même titre que les miens propres.

Le projet d’action sociale, UN ENFANT-UNE FAMILLE, signifie que chaque famille qui sait avoir un enfant dans la rue, se fera l’obligation de le récupérer et de lui redonner sa place au sein de la famille, auprès de ses parents, frères et sœurs. Pour les enfants dont on ne retrouve pas les traces de la famille biologique élargie, des familles se constitueront en famille d’accueil ou d’adoption.

Ainsi, on ne retrouvera plus des enfants dans la rue car la rue n’engendre pas les enfants et n’est pas le lieu de vie et d’épanouissement des enfants. 3 Stratégies d’action Le projet d’action sociale, UN ENFANT-UNE FAMILLE, suppose un certain nombre d’action à mener par les gouvernants, par les Eglises, par les associations de la société civile (organisations qui s’occupent des enfants de rue), par les écoles, par tous les membres de la société. Une première action consistera à améliorer les conditions de vie dans nos familles : emploi salarié, travail en indépendant, salaires décents et suffisants, habitat décent, etc.

Tout ceci relève d’une politique gouvernementale en faveur de la famille. Une deuxième action, essentielle pour réussir ce projet, consistera en une vaste campagne d’éducation, de conscientisation et de libération de fausses croyances comme celle en la sorcellerie. Dans le cadre de cette deuxième action, on pourrait envisage la création d’une école des parents au niveau national avec comme modules : la communication bienveillante ou non-violente, l’économie familiale, l’harmonie conjugale, le code de la famille, les droits de la femme et de l’enfant, les coutumes et les traditions africaines, etc. En plus de l’école des parents, on pourrait aussi penser à créer une école du mariage pour préparer les jeunes au mariage.

On prépare bien les jeunes à devenir médecins, à devenir juristes, à devenir économistes, à devenir prêtres ou pasteurs, pourquoi ne pourrait-on pas penser à les préparer à devenir des vrais mariés et à réussir leur mariage ? Cette école du mariage abordera les matières liées aux exigences de la vie conjugale, à la gestion de l’affectivité et de la sexualité, des relations parents-enfants, des relations avec les autres membres de la famille, etc. Cette deuxième action pourrait être le travail conjoint gouvernement et organisations de la société civile en cela y compris les églises. Les ministères de l’enseignement, de la jeunesse, des affaires sociales seront mis à contribution pour réussir ces actions.

Pour assurer une pleine réussite de cette deuxième action, on mettra à contribution les moyens de communication sociale : la radio, la télévision, les nouvelles technologies d’information et de communication.

Un travail de proximité, à la manière des Témoins de Jéhovah, pourrait être envisagé en faisant du porte à porte pour toucher les familles et les enfants. Une troisième et dernière action qu’il faudrait mettre en œuvre est celle qui touche les enfants eux-mêmes. Ici, il est question de l’éducation de nos enfants en famille et dans le milieu scolaire. Former les enfants aux vraies valeurs de la vie que sont l’amour, la vérité, la justice, la paix, la concorde, la simplicité, l’humilité, etc., tel est l’enjeu de cette action. Il faudrait envisager ici la formation des enfants qui peuvent former d’autres enfants et qui seront ainsi des « pairs-éducateurs ».

Volets de l’action Le projet d’action sociale, UN ENFANT-UNE FAMILLE, comprendra deux volets : le volet prévention et le volet curatif. Volet prévention « Mieux vaut prévenir que guérir », dit un adage. Souvent c’est ce qui nous manque. Nous réagissons face aux phénomènes et événements ou situations après coup. Nous devrions apprendre à prévenir, à devancer les situations. Dans le volet prévention, il s’agira de faire en sorte que les enfants n’aillent plus dans la rue. Il faudrait donc prendre des dispositions pour empêcher les enfants d’aller dans la rue quel que soit le problème qu’ils rencontrent dans leurs familles. Pour cela, il faudrait se battre pour faire de nos familles des foyers d’amour, des nids d’amour où chaque membre de la famille trouve son bonheur dans un vivre-ensemble basé sur la communication bienveillante.

Il faudra aussi veiller à ce que nos familles soient à l’abri du besoin et puissent bénéficier du minimum vital pour ne pas pousser les enfants à aller chercher dehors ce qu’ils ne trouvent pas à la maison. 5 Volet curatif On peut prévenir mais la situation se produit quand même. Il faudrait donc envisager les remèdes efficaces qui mettent fin au problème. Dans le volet curatif, il faudrait pousser les familles à aller chercher leurs enfants qui sont dans la rue et encourager les familles à adopter ou à accueillir les enfants qui sont dans la rue. C’est ici le lieu où les familles qui se disent chrétiennes pourront montrer leur vraie nature de familles chrétiennes. Les obstacles La réalisation de ce projet et sa réussite buteront à certains obstacles. Le premier obstacle majeur relève de la mentalité des congolais faite de croyances superstitieuses dont il faut absolument se libérer.

A ce sujet, il faut remarquer que certains hommes de Dieu, certaines Eglises ont fait de ces croyances leur fonds de commerce, leur gagne-pain. En effet, de nombreux pasteurs, toutes les confessions religieuses confondues, distillent dans leurs prédications la croyance en la sorcellerie et développent des pratiques, soi-disant de délivrance, pour se faire de l’argent. C’est ici le lieu d’évoquer la loi sur la protection de l’enfant qui condamne tous ceux qui accusent les enfants de sorcellerie. Il faudrait donc aller en guerre contre ces croyances et ces pratiques. A ce sujet, nous recommandons vivement le documentaire réalisé par Georges Kabongo, de la chaîne de télévision AA et dont le titre est très significatif : « Banani ba ndoki ? ».

Ce documentaire est disponible dans la vidéothèque de la chaîne AA. Un autre documentaire réalisé par la RTBF, Radiotélévision Belge Francophone, est disponible et s’intitule : « La nouvelle stratégie du diable ».

On peut voir comment faire passer ces documentaires dans la chaîne nationale pour contribuer à l’éducation, à la conscientisation et à la libération du peuple congolais. Un autre obstacle pourrait venir de tous ceux qui vivent du phénomène « enfants de la rue » à savoir la plupart de ces organisations non-gouvernementales qui s’occupent de ces enfants. Ici, il est question de voir comment convertir ces organisations dans leurs objectifs et leurs méthodes de travail. Un problème important qu’il faudra prendre en compte c’est celui des éducateurs sociaux qui travaillent dans ces organisations.

C’est le moment de penser à les constituer en un corps de métier organisé, reconnu par l’Etat et qui a sa place dans la Fonction publique. Il faudrait en faire des fonctionnaires de l’Etat avec un statut professionnel reconnu qui leur permettrait de prester dans différents secteurs de la vie sociale. Le ministère des affaires sociales devrait étudier cette question et en faire son problème. Mise en œuvre du projet La mise en œuvre de ce projet d’action sociale sera un travail d’une équipe pluridisciplinaire.

En effet, il faudra penser à créer une équipe de travail composée : - des psychologues, - des éducateurs, - des sociologues, - des économistes, - des juristes, - des pasteurs, - des parents et - des enfants. Au niveau du gouvernement, ce projet impliquera plusieurs ministères, à savoir : - ministère du genre, enfants et famille, - ministère des affaires sociales, - ministère de la justice, - ministère de la jeunesse, - ministère de l’enseignement primaire,  - ministère de l’économie - ministère du travail et de l’emploi et - ministère des finances. Chacun aura à intervenir selon ses compétences et ses attributions pour une solution holistique au problème posé par le phénomène « enfants de la rue ». Cette équipe aura pour tâche : - d’analyser le problème en profondeur en déterminant les causes et les conséquences, - d’élaborer un plan d’action efficace et - de conduire la mise en œuvre de ce plan d’action.

Conclusion

Le projet d’action sociale, UN ENFANT-UNE FAMILLE, vise comme objectif final, à long terme : ZERO ENFANT DANS LA RUE en RDC.

Sa réussite dépendra de l’implication de chaque fils et fille de la RDC car ces enfants sont nos enfants et les familles sont nos familles.

Fait à Kinshasa, le 8 septembre 2022

Abbé José MPUNDU

Prêtre de l’archidiocèse de Kinshasa

Psychologue clinicien

Tél. : +243818133765/+243856467887/+243997030932

Adresse électronique : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Pin It

Statistiques

24907889
Aujourd’hui
Hier
Cette semaine
La semaine passée
Ce mois
Le mois dernier
Au total
16441
18655
141302
24594961
16441
682697
24907889

Your IP: 66.249.64.243
2022-10-01 11:28

Les plus lus

Nos Partenaires

  • africatime.jpg
  • africa_n1.jpg
  • allafrica.jpg
  • logo-monusco.jpg
  • okapi.jpg