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*«Le monde devenu américain », depuis après la guerre froide, ne l’était plus après le 11 septembre 2001. «Ce que la femme est pour l’homme, selon Aragon, ce que le marxisme est pour notre siècle, selon Sartre, les Etats-Unis le sont pour tous les peuples en ce début de siècle: un horizon indépassable.» Ces paroles de Josette Alla et Jean Daniel dans Le Nouvel Observateur veulent tout simplement dire que jusque-là, tout ou presque, en tout cas bien de choses se déterminaient dans le sous-continent américain à qui l’évolution des peuples a procuré des privilèges et des prééminences! Jusque-là, et surtout après la chute du mur de Berlin, le monde entier a célébré le triomphe de la démocratie et de l’économie de marché à l’américaine, les événements du 11 septembre 2001 ont montré que le plus impérial des Etats du monde, pourrait être désacralisé, «dé - sanctuarisé».

On a même cru que c’était «la fin de l’histoire.» Et mêmement les Américains ont cru sincèrement que le « Mal est en passe de lancer une croisade contre le Bien».

Le choc est énorme «l’Empire démocratique» est frappé au cœur. Comme dans un cauchemar de cinéma, Manhattan est la cible des tueurs. Mais cela n’était que dans un film. En tout, 2819 personnes trouvent la mort le 11 septembre à New-York, déchiquetées par les avions, brûlées vives, asphyxiées ou écrasées par l’effondrement des tours. On a relevé plus de 2.000 blessés. C’est grave; l’Amérique pleure ses morts et soudainement elle découvre sa vulnérabilité. Il y a là-dessus des récits intéressants d’histoire immédiate. Exemple, cet ouvrage de Béatrice Fränkel intitulé Les Ecrits de septembre 2001. Et aussi ce rapport du psychiatre Nicolas Bergeron sur l’impact du 11 septembre sur l’ensemble de la population des Etats-Unis. 911 autopsies psychiatriques d’un désastre tel est le titre de sa narration.

Après le 11 septembre, il y eut bien sûr l’émotion. C’est normal. Il y eut aussi les réactions c’est tout aussi normal, G.W. Bush monte au créneau. En exprimant de manière directe et sincère sa compassion et sa colère, on l’a vu sûrement gagner ses vrais galons de Président de l’Etat le plus puissant de la planète. Ses larmes, les mots qu’il a su trouver ont touché les Américains dans ce « musée de détresse», En idéologue, il sait qu’il a été élu avec l’aide des éléments les plus conservateurs de la vie politique des Etats-Unis.

Le moment est venu, lui semble-t-il, d’incarner une certaine idée de l’Amérique. Cette idée de grandeur, celle d’un pays sûr de lui et dominateur, résolu à se venger du «Mal», des offenses et à faire prévaloir ses intérêts et celle de sa riche famille : les Bush. C’est dans ce contexte d’un « lion blessé » que la coopération et les institutions internationales seront mises à mal. Avec Bush allié à la droite religieuse et aux néoconservateurs, l’Amérique veut faire payer le gâchis du Mal sur le Bien. Avec eux, l’Amérique devient un empire théocratique. En effet, eux font éloge de la théocratie, de l’obsession sécuritaire. L’idée de la croisade, la croisade contre « l’axe du Mal » dont on veut venger l’ange exterminateur, est exaltée. Bush est-il devenu faucon? Si l’Europe tergiverse, atermoie, pour le président américain « ce qui est mauvais pour l’Amérique est mauvais pour le reste du monde».

Même dans les écoles on prie pour cela. Bush veut restaurer « l’ordre normal» du monde. Son livre de base c’est la Bible. «God bless America », tel est le slogan à l’ordre du jour.

Désormais, se dit-on, l’Empire n’aura plus d’alliés; il n’aura que des vassaux. C’est l’idée qui, sans doute a poussé l’administration Bush à revoir sa stratégie nationale de sécurité. Celle-ci fera des Etats-Unis une unique hyper puissance qui n’hésitera pas à s’auto-défendre, si nécessaire, à titre préventif. Ceci est bien loin du principe fondamental du droit international adopté lors du traité de Westphalie en 1648, interdisant l’intervention, surtout militaire d’un Etat dans les affaires intérieures d’un autre Etat souverain.

Non! Depuis la chute de mur de Berlin, Washington assume seul et sans complexe, à sa manière, sa position arrogante et égoïste de « leader global» du monde. Alors l’équipe du président Bush établit les « responsabilités » dans les tragiques événements du 11 Septembre 2001. C’est clair pour elle, C’est lrak de Saddam Hussein. C’est le terrorisme soutenu par l’Afghanistan d’Oussama Ben Laden « l’homme à l’argent de la terreur», ((le milliardaire diabolique » et des autres chefs d’Al-Qaïda, Ce sont les Coréens du Nord qui s’emploient à fabriquer des missiles à longue portée de premier ordre et qui les vendent à «nos Adversaires ».

C’est probablement l’Arabie Saoudite qui soutient l’Irak. C’est le Yémen, le berceau familial d’Oussama Ben Laden. Dans ce pays sont recrutés bon nombre de «fanatiques» d’AI Qaïda qui viennent de la zone frontalière avec l’Arabie Saoudite. C’est l’Iran qui, même s’il a condamné vigoureusement les attentats du 11 Septembre 2001, est rangé parmi les pays de « l’axe du Mal. » C’est quelque part, les Philippines qui auraient  des liens avec Ben Laden. C’est. . . c’est…Suspens !

Symptomatique est, par exemple, l’ultimatum que le Président Bush, dans un élan passionné de veillée d’armes, a lancé contre l’Irak. Pourquoi Irak? Ce pays, selon l’administration Bush, fabrique des armes de destruction massive tout en entretenant le terrorisme. Selon les analyses éclairées, les « desseins» du Président Bush sont connus: faire main basse sur les deuxièmes réserves mondiales d’hydrocarbure. On connaît, les affres de la guerre de l’Administration Bush contre l’irak. « Si les Nations-Unies n‘agissent pas dans leurs responsabilités, et si Saddam Hussein ne désarme pas, les Etats-Unis conduiront la coalition, au nom de la paix pour le désarmer. » L’ultimatum est signé W. Bush, il est repris dans Le Monde Diplomatique d’octobre 2002. Mais le 2 décembre 1999, le Président Bush avait déclaré passionnément que «nos forces armées devront être mobiles, meurtrières et faciles à déployer avec un minimum de soutien logistique. Nous devons être capables de projeter notre puissance à très longue distance, en quelques jours ou en quelques semaines, plutôt qu‘en quelques mois... sur terre, nos unités lourdes doivent devenir plus mobiles, nos unités légères, plus meurtrières. Toutes doivent être plus faciles à déployer. » Le Monde diplomatique de novembre 2002 est assez éloquent là-dessus.

C’est dans cet élan que le président américain a rendu applicable sa fameuse « théorie du bouclier antimissile » dans le but de protéger les cinquante Etats Américains. Aussi, les Américains seront-ils d’accord avec leur président au sujet de la « révolution de la pensée militaire » qui, selon lui, assurera, à long terme, la super puissance américaine à travers le monde.

Ce genre de comportement me pousse à penser que toute culture qui commence à perdre, ou qui a perdu et désacralisé ses valeurs humaines, ne peut que se venger sur celles des autres. Les guerres qu’elle mène, visent d’abord, au-delà des calculs stratégiques politiques et économiques, à normaliser la sauvagerie et à aligner à son égoïsme, tous les territoires vassalisables.

Agissant comme une puissance humiliée, l’Amérique, d’après le 11 Septembre 2001, veut résolument venger  quelque chose de fondamental qu’elle croit avoir perdu l’orgueil national. Toutes les représailles à travers le monde semblent être les secrétions d’un appareil de rétorsion physique sans mesure. La guerre qu’elle mène contre les « Etats voyous » répond bien à cette logique; plus à l’agression qu’au défi. C’est un comportement «théologique» qui fait large place à l’idolâtrie de soi-même. Les fondamentalistes et les néo fondamentalistes américains ont fait croire aux Américains qu’ils étaient un « peuple élu» de la Bible qui a donc la vocation de propager sa conception du Bien au reste du monde.

Dans Le Monde Diplomatique du 23/24 novembre 2003, j’ai lu les propos de l’idéologie néo- fondamentaliste Gary Smith qui, en toute conviction a déclaré par exemple que « les Etats-Unis ont le droit d’être arbitre majeur des affaires de la sécurité par ce qu‘ils sont la seule puissance civilisée qui ait le pouvoir et la volonté de faire ce qu‘il faut pour empêcher les nations non civilisées d’attenter à la paix et à la sécurité.» Dans le document officiel diffusé par la Maison Blanche le 20 Septembre 2002 « The National Security Strategy », le président a, sans ambages, explicité cette vocation en proclamant : « Aujourd’hui l’humanité tient entre ses mains,  I’occasion d’assurer le triomphe de la liberté sur ses ennemis. Les Etats-Unis sont fiers de la responsabilité qui leur incombe de conduire cette importante mission... ».

Comme on peut le remarquer, l’Amérique veut, d’une manière tenace, tenir ferme le monde dans ses griffes comme un aigle qui a atterri. Moi, je comprends bien la notion du terrorisme selon les « enfants de l’oncle Sam». « Est terroriste, tout homme, toute organisation, toute entreprise que nous désignons comme tel ». A ce sujet, l’article de Jean Baudrillard à Le Monde du 2 novembre 2001 sous Le titre de « l’Esprit du terrorisme » est révélateur. L’auteur parle d’une «mondialisation policière».

Héroïsation du présent

« Soit vous êtes avec nous et vous êtes bien, soit vous êtes contre nous et vous êtes mauvais et vous devez disparaître ». Quel manichéisme? Ici j’applique les réflexions de M. Foucault sur ce qu’il appelle la «héroïsation du présent ». En effet, et souvent, quand un « plus fort» se comporte comme tel, il veut se produire comme une « œuvre d’art » vêtue de la « mystique de grandeur». La compulsion de la merveilleuse histoire des Etats-Unis me fait comprendre que le peuple de ce pays profondément protestant s’est toujours mu dans la recherche d’accomplissement d’une mission mondiale grandissante et irrésistiblement ascensionnelle. Loin de se voir comme « héros du jour », il veut résolument se constituer en « héros social » du monde.

Ainsi, on le (peuple) voit écartelé entre le régionalisme et la mobilité, entre le matérialisme et la religiosité, entre privatisation et nationalisme chauvin toujours d’actualité. Une telle mentalisation de son être au monde, pousse un peuple, qui se suppose le plus fort, à être présent partout sur la planète. Il peut entreprendre une guerre sans aucune raison justificative, ni motif d’utilité apparente. Il peut attaquer tes autres pour son propre intérêt, sans qu’ils aient fait du tort réel. Et même s’il a des motifs fondés sur des causes justificatives, mais qui, bien examinées, sont réellement illégitimes, il attaque. II peut,  enfin,  entreprendre la guerre pour des motifs qui n’ont aucun rapport avec le tort qu’on a reçu. On peut lire à ce sujet l’excellent article de Jaucourt dans l’Encyclopédie sous article « Guerre ».

Le discours c’est celui-là. Celui de la violence traduisant « l’état permanent de la guerre »; un état en deçà de la pure violence, de l’agression sinon délibérée dont on admettrait qu’on peut convaincre même à coup des mensonges et des bourrages de crâne. On a vu, par exemple, à ce sujet, comment l’armée américaine, sous Bush, a attaqué l’Irak. Ce n’est que plus tard qu’on a démontré l’inutilité d’une guerre qui a caché des projets gigantesques. Dans cette ligne, le Koweït a déjà fait les frais; l’Afghanistan souffre encore. L’Iran, la Somalie, le Soudan et la Corée du Nord attendent peut-être leur tour.

Peuples religieux, les Américains ont été les premiers à affirmer les fondements des libertés dans la déclaration  d’indépendance du 4 Juillet 1776. Pour eux, « les hommes ne naissent pas libres égaux en droit » (texte français,), ils « sont créés égaux et dotés par le créateur de certains droits inaliénables. Parmi ceux-ci, il y a la vie, la liberté et la recherche du bonheur.» Se revendiquant de leurs fondateurs puritains, [es pèlerins du Mayflower, restent leur référence. C’est cela la fameuse dévise «God bless America » et d’autres slogans comme « a nation under God », «With God all things are possible », « In God We Trust » qu’on retrouve sur le dollar américain, « So help me God». 

Ce qu’ailleurs on considère comme des droits et les libertés publics, aux Etats-Unis sont des dons du ciel. Et le puritanisme, dans ses conséquences ultimes décrites par Max Weber, dans l‘Ethique protestante et I‘esprit du capitalisme, se traduit par un esprit moral sur la réussite ou l’échec social. Eux, ont réussi ; donc ils sont bons pour Dieu. Et comme l’écrit William J. Bryan, « le destin n‘est pas une affaire de chance, c’est une affaire de choix, ce n‘est pas une chose qu’il faut attendre, c‘est une chose qu‘il faut accomplir».

L’Amérique aujourd’hui est une « nation » qui évoque la puissance et l’hyper puissance qui « refuse» aux autres ces qualificatifs. Elle évoque un nouveau type de pouvoir, une «réalité - pouvoir nouvelle » qui domine le monde par les fameux « hard power » -et « soft power» et par sa volonté «arrogante», fière et triomphante, moralisatrice et confiante. Cette Amérique qui se veut « donneur de leçons» et qui est parvenu à imposer son anglais, (son américain), au monde, tout en faisant miroiter son «american way of life » et en faisant triompher psychanalytiquement son image dans mental et l’imaginaire du monde. Les jeunes du monde entier rêvent aujourd’hui ou mieux, ont logé dans leur moi, des messages tells que «if you want to do it, you can », « if you can  dream it, you can do it. » « Yes we can ».

Le monde entier est gagné par « l’esthétique yankee ». Ce couple mot est de P. Bruckner. Il traduit bien le fait que l’américanisation des esprits est tellement avancée que, la dénoncer apparaît à certains de plus en plus inacceptable. II faudrait pour y renoncer, être prêt à s’amputer d’un grand nombre de pratiques culturelles (vestimentaires, sportives, ludiques, distractives, langagières, alimentaires,..) Tous, nous sommes aujourd’hui des «transculturels »; des hommes mixtes irréconciliables qui possédons dans nos veines un esprit américain. Quelque part, « l’american way of life» n’a même pas besoin de la propagande pour s’affirmer. Elle est pour les jeunes du monde, par exemple, irréfutable; c’est-à-dire « intérieure » comme le dit avec pertinence I. Ramonet dans Propagandes silencieuses. Elle formate le style et le rythme des images modernes. « Elle pénètre par les yeux ». C’est l’Amérique vue comme le « Nouvel Israël ». C’est elle le «Nouveau monde ». Peut-on croire ….

On rêve américain et on est drôlement frappe par la flexibilité, le dynamisme, le goût et le sens du risque. Toutes ces caractéristiques, celles d’un peuple habitant une terre d’immigration, et du culte de la performance, sont un signe stimulant du mythe du « toujours meilleur ».

Je viens de lire l’intéressant livre d’Alain Ruscio. Le credo de l’homme blanc préfacé par Albert Memmi, l’auteur bien connu de Le portrait du colonisé. Ce Credo serait-il le postulat selon lequel, pour les Américains, « il n’y a d’homme que l’Américain?» Ah! On comprend ainsi les raisons cachées qui poussent bien d’opinion à se dresser contre les Etats-Unis. A ce sujet écoutons cet étonnement du chanteur américain de la « musique pop» tel que reprit par Randey Newman dans Politicai Science de 1970.

«No one likes us. I don‘t know why.

We may not be perfect, but heaven know we try.

But all around, even our old friends put us down,

Let drop the big one and see what happens…

 Asia‘s crowed and Europe too cold.

Africa is far too hot and Canada too cold.

And South American states our name.

Let‘s drop flic big one

There’ll be left to blame.”

« Personne ne nous aime. Je ne sais pourquoi,

Nous ne sommes peut-être pas parfaits mais Dieu sait que nous essayons. /

Mais tout autour même nos vieux amis nous dénigrent, /

Balançons une grosse bombe pour voir ce qui se passera…/

L’Asie est trop peuplée et l’Europe trop vieille. /

L’Afrique est bien trop chaude et le Canada trop froid./

Et l’Amérique du Sud nous a volé notre nom balançons la grosse bombe,/

Il ne restera personne pour nous critiquer. »

Je me demande si cette « façon pop» de se voir dans l’histoire n’est pas inscrite dans la « mémoire pop» de l’Américain moyen. C’est, à mon avis, ce qui, d’une manière instinctive, a conduit les gouvernements américains, dans un piège tissé dans l’illusion de maîtriser le présent. Estimant que « la puissance détermine l’histoire », les Américains ont, à travers les âges, forgé leur conscience historique autour de la volonté farouche d’être présent au monde. Ainsi, par exemple, ils ont investi, d’une manière inégale, toutes les organisations internationales. Les Etats-Unis sont membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU avec; à ce titre, le droit de veto sur les décisions prises par le Conseil.

Non seulement qu’ils sont les premiers contributeurs du budget ordinaire (25%) et du budget des opérations du maintien de la paix ils sont membres les plus influents le groupe des nations les plus riches du monde où l’on secrète la volonté réelle de piloter l’économie mondiale.

Plus intéressant est le livre de Jean François Revel L‘obsession anti-américaine avec un sous-titre Son fonctionnement, ses causes, ses conséquences. Traité à la foi avec envie et mépris, ce pays a l’avantage d’être devenu une grande puissance planétaire depuis l’effondrement des empires communistes. J.F. Revel pose, dans ce livre, des questions fondamentales du genre « Qu’est-ce qui, dans cet antiaméricanisme général, est fondé sur une connaissance des réalités, sur une analyse des faits? Qu’est-ce qui s’explique par survivance d’idéologies fossiles, par un ressentiment émotionnel, générateur d’informations fausses et de phobies imputables aux échecs des pays mêmes qui critiquent sans cesse les Etats-Unis en leur attribuant des défauts souvent imaginaires?»

L’auteur a déjà traité ces genres de questions dans son livre à sensation Ni Marx ni Jésus paru en 1970. La thèse principale abordée par J.F. Revel est qu’on attaque à la fois l’Amérique comme modèle de la société et comme force prépondérante dans les relations internationales, Oui L’Amérique est bien diabolisée!

Le politologue et stratège américain Zbignieuw  Brezinaki, dans son ouvrage Le grand Echiquier a une remarque quelque peu cynique du style « soft power  american ». Pour lui, la nature cosmopolite à la société américaine a permis aux Etats-Unis d’asseoir plus facilement leur hégémonie dans le monde sans laisser transparaître son caractère strictement national… La domination culturelle des Etats-Unis jusqu’à présent a été un aspect sous-estimé de sa puissance globale. Quoi que l’on pense de ses qualités esthétiques, la culture de masse américaine exerce sur la jeunesse en particulier  une séduction irrésistible à tous points de vue… L’Amérique tire un prestige politique et une marge de marge de manœuvre inégales » Même si l’occident est associé à cette culture mondiale consumériste, déconstruction de valeur des identités, la «culture à l’américaine » est de plus en plus rejeté par les protagonistes du monde multipolaire qui eux, se battent pour « démondialiser » et «désoccidentaliser » la « globalisation » dans le cadre d’une seconde colonisation aux couleurs recherchées sachant bien que l’universalisme de la culture américano-européenne se trouve aujourd’hui discrédite. On peut lire ceci La nouvelle guerre du monde de Michel Geoffrow.

Les Etats-Unis sont membres de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE) qui rassemble les pays développés. Ils sont membres de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Ils sont les premiers bailleurs au sein du FMI avec une quote-part de 20%, ce qui leur donne une part correspondante des droits de vote. Ils sont membres de la Banque Mondiale dont le président est toujours un Américain. Ils sont membres d’un certain nombre d’organisations régionales au sein desquelles ils ont un poids déterminant dans leur zone géographique : l’Organisation des Etats Américains (OEA), le Forum de Coopération Mie pacifique (APEC), mais aussi en Europe : l’Organisation du Traité Atlantique Nord (OTAN) dont ils sont le pilier, et l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE).

Le rôle de l’Organisation Mondiale du Commerce doit être ici, brièvement épinglé. C’est une véritable machine et alors une machine. Elle inventorie plus de 60.000 sociétés transnationales des finances, du commerce et des services à travers le monde. Elle est l’exacte traduction de la vision du monde prêché par le néolibéralisme. Si le GATT, son ancêtre, était une simple union douanière, I’OMC est une organisation interétatique aux pouvoirs de coercition, de séduction financière et de sanctions étendues.

C’est elle, aujourd’hui, qui fixe les règles du commerce mondial. N’étant qu’un ensemble de conventions commerciales en évolution permanente, elle s’est néanmoins assignée l’objectif de réduire les pouvoirs d’Etat et du secteur public en général. C’est la « propriété privée» du cartel des grandes puissances qui contrôle plus de 80% du commerce mondial. La machine st bien coriace à tel point qu’aucun Etat pauvre ne peut lui résister sans se suicider. C’est cela la « démocratie intégrale » comme aiment l’appeler ceux qui président aux destinées de l’organisation.

L’OMC dans l’organisation mondialisante s’occupe de la bonne circulation des flux commerciaux pendant que la Banque mondiale et le FMI ont la charge de veiller sur le flux financier du monde. La Banque mondiale, c’est-à-dire l’ensemble de Banques Internationales pour la Reconstruction et le Développement, compagnie financière internationale, agence multilatérale pour la garantie des investissements, le centre international pour la gestion des conflits relatifs aux investissements.

C’est cette Banque Mondiale, la «The World Bank Group », aux pouvoirs immenses qui, tout en déployant une activité prométhéenne et multiforme, se veut être l’unique institution qui loue des crédits aux pays les plus démunis. On dit qu’elle est le ((prêteur de la dernière chance. » Et, en ce sens, elle est libre de le faire selon ses propres volontés, ses choix, et elle se réserve le droit de fixer l’échéance et les conditions de remboursement.

Rendue floue par la démultiplication du nombre des acteurs, par l’élargissement de leurs domaines d’intervention et par la complexité interne du système capitaliste, la mondialisation néo libérale mérite qu’on suspecte ses machinations souterraines et ses prévisions invisibles. En même temps que le monde s’ouvre, et semble devenir transparent par l’effet de fanatisme des médias, en même temps, la quantité du monde double sa qualité d’opacité, des masques et des pièges énormes.

Pour ceux qui semblent bien connaître les méandres de l’action mondialisante, toute l’action néolibérale américaine à la tête des affaires du monde est soutenue par une idéologie appelée « Consensus de Washington », un ensemble d’accords informels consignés de façon anodine et agréable sous le générique de «gentleman agreements» traduisant des accords conclus entre les principales sociétés transnationales américaines.

Les principes fondateurs du « Consensus» sont imposables et applicables, en tout temps, à toutes les économies du monde. Constitué sous forme d’une «conspiration » destinée à enrichir les « maîtres du monde », dit J. Ziegler, ce « Consensus » est un masque politique dangereux et mensonger qui permet au cartel de la mondialisation de mettre le monde sous sa coupe mono-identitaire. On est bien en face de la privatisation de la planète qui est un « mal radical » (Kant) et qui est synonyme d’exclusion et d’enfermement territorial.

Les Américains ne répugnent pas, selon l’humeur, de diviser le monde en catégories; d’un côté, les « bons élèves », ces fameux «Good boys» qui marchent au pas; de l’autre, les « Bad boys » qui, par leur comportement spécifique, dérangent ou empêchent l’Amérique de réaliser ses rêves sacrés et hégémoniques. Ils ont même inventé les «Etats voyous », les « rogue states» qu’ils considèrent comme « principales menaces» du monde.

Jamais une « géométrisation» géographique, éthique, moral et même métaphysique du monde n’a été manichéenne, caricaturale, totale et protéiforme dans tous les domaines de l’entreprise terre. Zbigniew Brzezinski parle brutalement de « grand échiquier».

Jean Kambayi Bwatshia

Professeur Emérite, Recteur de l’Institut Facultaire des  Sciences de l’Information et de la  Communication

Directeur du Centre de Recherche sur les Mentalités et  l’Anthropologie Juridique « Eugemonia »

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