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  1. Contexte international de crise alimentaire

La guerre entre la Russie et l’Ukraine n’en finit pas d’agiter l’actualité internationale du fait de ses répercussions sur les économies de tous les pays, au-delà de l’Europe.  Alors que le monde se relève difficilement des conséquences de la pandémie de COVID-19, l’invasion Russe du territoire ukrainien et les différentes sanctions économiques viennent perturber les chaines d’approvisionnement des biens et services, tout en enclenchant la remise en question de l’ordre mondial à grand renfort d’attaques commerciale et monétaire.

La sécurité alimentaire devient une grande préoccupation dans la mesure où les deux pays constituent un foyer imposant de production d’engrais et des céréales notamment du blé.

Selon le Rapport de la Banque mondiale sur la crise alimentaire 2022, environ 193 millions de personnes sont  en situation d’insécurité alimentaire aiguë, et, dans 83 pays, un nombre important d’individus manquent de nourriture ou diminuent leur  consommation, ce qui menace les progrès enregistrés au cours des décennies précédentes sur le front de la réduction de la pauvreté.

La Banque Africaine de Développement prévoit que les importations nettes de produits alimentaires de l’Afrique tripleront d’ici 2025, pour atteindre plus de 110 milliards de dollars. 

Dans le même sens, les Nations Unies prévoient que l’Afrique ne couvrira que 13 % de ses besoins alimentaires en 2050.

Face à cette crise multiforme, la Banque mondiale a annoncé une enveloppe de 30 milliards destinés à encourager la production de nourriture et d’engrais, à améliorer les systèmes alimentaires, à faciliter les échanges et à soutenir les ménages et les producteurs vulnérables. Cependant, les réformes nationales doivent être engagées pour améliorer les conditions économiques internes.  

  1. Problématique de l’importation des céréales

Dans la plupart des pays, les prix alimentaires ont atteint le niveau historique record.  L’inflation des prix alimentaires est  supérieure à l’inflation globale. A la date du 29 juillet 2022, l’indice des prix produits agricoles était supérieur de 19 %  à celui  enregistré au mois de janvier 2021,  avec des cours du maïs et du blé supérieurs de 16 % et 22 % respectivement.  (Note BM du 29 juillet 2022).

Les récentes démarches de la Présidence de l’Union Africaine vers les pays acteurs du conflit  expliquent clairement la situation critique des pays africains face à ce cataclysme.

Pour les Africains, la crise actuelle pose la question de substituer les importations alimentaires par une production nationale améliorée.  Il s’agit, particulièrement en RDC, de progressivement affecter les 2 milliards de dollars américains d’importations de denrées alimentaires à la réforme agraire  et à la professionnalisation des producteurs locaux.

A titre indicatif, la République Démocratique du Congo importe plus de 200 000 tonnes de blé,  soit 50 milliards de francs congolais par mois.  Dans la chaîne de dépense annuelle,  3,09 % de ce fonds sont utilisés pour l’importation du blé et  l’achat de ses produits dérivés. La substitution du blé au manioc devient une mine d’or et une grande priorité nationale. 

  1. Réforme du secteur agricole et la panification du manioc

Dans le cadre de cette réforme, le Gouvernement congolais est à la recherche d’un substitut ou succédané de blé.  Même si l’utilisation de la farine de manioc en mélange ou à la place du blé n’est pas encore de coutume, beaucoup de pâtisserie et d’agents économiques puisent dans notre potentiel naturel les substituts du blé. 

La vision économique de substituer le blé au manioc constitue une grande opportunité pour les populations, d’autant plus que la culture du manioc implique 70 % de la population rurale en République Démocratique du Congo.

Par-delà la production traditionnelle de la farine de « fufu », de feuilles de « pondu », de malemba, de ntuka, de bikedi et de chikwange, la branche de production du manioc peut être développée, sous l’égide d’une économie coopérative de manioc, en tant que succédané du blé importé, et en exploitant des sous-produits comme l’amidon et le traitement des déchets comme aliments du bétail.

Cependant, cette substitution est tout d’abord un processus scientifique.  Il est fort inquiétant de constater qu’il n’y a aucune mobilisation scientifique à ce projet déterminant pour un pays dont la culture du manioc est prédominante. 

Force est de féliciter et de souligner l’application du laboratoire de l’Université de Kinshasa, au travers madame Professeur Marie-Claire Yandju dans l’étude des techniques de substitution du manioc dans le processus de fabrication des produits pâtissiers tels que le pain.  En outre, le CIVAC (Centre de Vulgarisation Agro-alimentaire de Kimpese) conduit la recherche appropriée dans les méthodes de substitution du manioc.  Ce processus d’utilisation du manioc dans la fabrication des produits pâtissiers est encourageant.

A dire d’experts, le manioc pourra jouer le même rôle que le blé sur le marché agro-alimentaire africain. Il est démontré qu’on peut déjà utiliser le manioc à 100% pour la pâtisserie et à 20 % dans la fabrication de pain.  Ce taux est dit progressif par ce qu’il est possible de fabriquer du pain composé à 50 % ou même à  100 %  de farine de manioc.

Mais,  quand on tient compte des contraintes sur les terres arables (30 % des superficies disponibles) et la nécessité de préserver la forêt primaire qui recouvre  une bonne partie des terres arables non encore utilisées, la productivité des terres, plus que la productivité de la main-d’œuvre, doit être accrue d’au moins 4 % par an dans les pays à fort potentiel agricole pour pouvoir satisfaire la demande de la population africaine en  constante augmentation. (Banque mondiale : Rapport sur le Développement en Afrique 2002).

  1. Contrainte technique de la panification

«Pour que la farine de Manioc soit panifiable, elle doit être fermentée sans odeurs et sans microorganisme ».   Avant 2013, la première contrainte de l’utilisation de la farine de manioc dans le processus de panification était d’ordre réglementaire. C’est en 2020 que son utilisation est juridiquement acceptée dans notre pays.  (Laboratoire UNIKIN : Marie-Claire Yandju). 

Mais aujourd’hui encore, le manque de soutien à la recherche et au développement scientifique demeure un obstacle dans cette marche vers le développement des chaines  de valeur intégrées, et des techniques de production dans l’exploitation du manioc.  En effet,  le manque de ressources financières contrarie le développement d’équipements nécessaires à la production intensive et à la transformation de cette denrée.

Cependant, il faudrait une campagne marketing pour l’adoption du nouveau pain de manioc.    Plus d’un chercheur, formule l’hypothèse que le pain sur base de manioc ne sera pas accepté par les différentes populations du pays, même à travers l’Afrique. Mais cette contrainte ne peut être valable, parce que les études sur la consommation africaine prouvent que celle-ci évolue au rythme du brassage culturel et d’autres facteurs, notamment l’approvisionnement ou l’innovation.   Dans ce monde pluriculturel et dynamique, l’exploitation du manioc à la place du blé ouvre un marché non pas seulement national, mais aussi continental et même mondial.

  1. Conditions d’Exploitation

Le Gouvernement devrait s’engager activement dans la création des laboratoires et centres de recherche adaptés. Ceux-ci auront pour objectif de définir des méthodes de production appropriées à l’exploitation intensive du manioc, et le développement des outils appropriés à la transformation du manioc en farine. (www.cerpec-cooperative.com)

A l’évidence, la priorité n’est pas d’augmenter simplement la production agricole du manioc, mais plutôt d’affiner une étude scientifique centrée sur la production intensive et la panification. 

Par ailleurs, l’urgence serait d’intégrer les marchés suivant les opportunités qu’offre la demande nationale et régionale.  Cela pourra amener dans le secteur agricole des unités de production à haut rendement par hectare et des industries alimentaires performantes. 

  1. Intégration de la filière manioc dans le plan de développement national

L’économie du manioc comme substitut du blé sera basée sur la création des coopératives de production intégrée dans la filière du manioc.  Par intégration verticale et horizontale, la filière sera  composée de différentes coopératives de cultivateurs de manioc, de coopératives de commercialisation et de transformation, et des centres d’approvisionnement en intrants et d’adaptation de  recherches scientifiques.

La clé de voûte sera l’intégration du marché national des produits vivriers, permettant d’éliminer les intermédiaires spéculateurs afin d’accroitre les revenus des producteurs et les inciter à adopter les techniques culturales modernes. 

Le processus d’intégration des marchés partira de territoires, secteurs, provinces pour couvrir l’espace national.  L’accroissement des revenus consécutif à cette réforme coopérative aboutira à la formation des coopératives d’épargne et de crédit.  

Cette intégration de marchés par le système coopératif interprovincial sera,  sans nul doute, un facteur de mobilisation de capitaux et d’investissement qui engendrera un dynamisme de croissance autour de l’exploitation du manioc. 

Ainsi, dans le cadre du Programme de développement de 145 Territoires, le Gouvernement devrait allier le programme d’investissements publics dans les territoires (construction d’entrepôts, de laboratoires, usines d’intrants, abattoirs, chambres froides, micro barrages,  réseau routier et informatique)  à une vaste campagne de professionnalisation des agriculteurs et cantonniers à travers le regroupement dans les sociétés coopératives. Il serait urgent d’enclencher la formation des populations à la doctrine coopérative, suivie d’une assistance à la fondation des sociétés coopératives agricoles et celles d’épargne.

Dans cette perspective, des instruments de gestion efficaces seront mis en place notamment : le mécanisme de ventes collectives, les contrats de production, la titrisation des stocks, le warrantage, les anticipations et les ventes à tempérament et autres techniques qui préfigurent la future bourse africaine des produits agricoles (marché on line).  Par-dessus tout, la refonte du système fiscal serait prioritaire afin de susciter l’esprit d’entreprise et la compétitivité, par la suppression de 90 % de taxes non rentables et de parafiscalités qui apportent  proportionnellement moins de 10 % de recettes publiques.

A terme, le processus d’intégration du marché des produits vivriers, notamment,  du manioc, atteindra l’échelon régional et continental, à condition de réformes agraires appropriées et de la restauration de la paix aux frontières entre les pays.  Les échanges se multiplieront entre, d’une part, l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Ouest humide et l’Afrique australe disposant de terres cultivables et une faible densité de la population, d’autre part, la majeure partie du Sahel, certaines régions de l’Afrique de l’Est montagneuse ainsi que la bande aride s’étendant depuis la côte de l’Angola à travers le Botswana et le Lesotho, jusqu’au sud du Mozambique, ayant une population trop nombreuse pour pouvoir subvenir à ses besoins. (www.economie-cooperative.com)

A la bonne heure, l’accord de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) contribuera à une nette amélioration des échanges internes avec la forte réduction des droits de douanes, en particulier, pour les produits agricoles et alimentaires. 

Les gains infrarégionaux devraient être particulièrement importants pour les produits carnés, le lait et les produits laitiers, le sucre, les boissons, les fruits, les légumes et les noix, ainsi que pour le riz paddy et le riz transformé, selon l’OCDE et la FAO.  (www.cerpec-cooperative.com).

  1. Conclusion

L’exploitation intensive du manioc comme substitut du blé est une opportunité de renaissance économique.  Tout comme la découverte du pétrole jadis ou même l’avènement  de la monnaie cryptée, de nos jours, le développement de la filière du manioc est une aubaine pour les pays sub-sahariens.

Face à l’insécurité alimentaire consécutive à la guerre entre la Russie et l’Ukraine, l’Afrique se doit  de développer un marché continental axée sur une production propre.  

L’Afrique dépense actuellement près de 40 milliards de dollars par an pour l’importation de la nourriture.  Ce pactole devrait être conservé sur le continent africain pour constituer un marché que les jeunes africains pourront exploiter, afin de créer plus de richesses chaque année. (Africa Check 2017)

Dans cette optique, la République Démocratique du Congo, qui a  un grand potentiel agricole, peut adopter une nouvelle stratégie de développement de la production vivrière et de l’agro-industrie, en réponse à la demande d’une population en pleine croissance.

A cet effet, les politiques économiques, fiscales et agricoles sont à réformer radicalement, et les infrastructures et le réseau informatique doivent être améliorés aux fins d’édification d’un grand marché intérieur de produits vivriers.

En ce qui concerne la filière prometteuse de manioc, la recherche scientifique devra être intensifiée par la création de nouveaux laboratoires dans toutes les provinces, et la formation à large échelle d’ingénieurs civils  et techniciens, afin d’initier le progrès technologique dans la production et la transformation des produits vivriers.

Dans ce monde obscurcit par les ténèbres délétères, qui suscitent des conflits entre les peuples en proie à la dépravation des valeurs morales et humanistes, il serait temps que les  élites éclairées par la lumière de l’évangile de Jésus-Christ dissipent l’obscurantisme politique qui règne depuis 1960, afin que la RDC brille et qu’elle devienne réellement le pays-solution, dont le modèle va inspirer les nations et les rois de la terre, à cause de son rayonnement intellectuel, sa splendeur, sa puissance et ses richesses (pour une vision clairvoyante de la nouvelle donne socioéconomique se référer à la Bible : Esaïe 60 : 1-5 et 1 Pierre 2 : 6-10).

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