Flash

BAN2

 

Dans cet article, le professeur Noël Tshiani Muadiamvita s’interroge sur le rôle que joue et que devrait jouer la jeunesse congolaise dans le microcosme politique congolais. Il relève notamment que la jeunesse congolaise a besoin d’être encadrée politiquement, économiquement et socialement pour éviter des dérapages incontrôlés. Mais, en même temps, souligne-t-il, cette jeunesse doit être libérée pour qu’elle évolue au même rythme que les jeunesses d’autres pays. Dans cette perspective, le professeur Tshiani salue le rôle que jouent les mouvements de jeunesse comme Lucha et Filimbi, tout en les exhortant à défendre la souveraineté de la République Démocratique du Congo (RDC), considérée comme un bien intangible dont la jeunesse doit être jalouse et qu’elle doit protéger sans ménagement.

Il ne se passe guère de jour sans nous apporter de nouvelles attestant le rôle capital de la jeunesse dans la politique dans le monde et en République Démocratique du Congo en particulier. Qu’il s’agisse de la Chine, de l’Indonésie, de l’Amérique latine, des Caraïbes, de la Russie, de l’Afrique du Sud ou des Pays-Bas, des groupements de jeunes apparaissent à l’avant-garde des combats politiques. Ce phénomène n’est pas nouveau : partout, à l’occasion de révolutions ou simplement de grands mouvements de masses, c’est généralement la jeunesse qui s’est trouvée en première ligne, poussée par son besoin d’absolu, son désir de changement, son courage, son dynamisme ou ses réclamations pour un avenir meilleur.
Rôle de la jeunesse
La jeunesse Congolaise est-elle le principal moteur de l’Histoire ou un instrument aux mains de meneurs habiles qui exploitent à leur profit ses qualités et ses défauts ? C’est là une question à laquelle on ne saurait répondre par oui ou par non. Une chose est certaine : l’apport de la jeunesse est la condition indispensable de tout progrès politique ou social. La succession des générations et leur opposition fatale sont sous aussi utiles que la transmission de certaines valeurs et connaissances essentielles d’une génération à l’autre.
Qualité de la jeunesse
La jeunesse? Quelle jeunesse ? Elle est en effet fort diverse selon les pays, les idéologies et l’origine sociale. Dans son ensemble, la question est trop vaste pour être traitée de façon approfondie en quelques pages de journal et dans bien des cas, faute de documentation sérieuse, on en est réduit à s’appuyer sur des informations de presse ou les impressions personnelles d’un témoin oculaire. Aussi dans cet article, avons-nous conscience de ne pouvoir qu’effleurer ce sujet passionnant.

Dans le domaine politique — celui qui nous intéresse aujourd’hui, ici-peut-on déceler chez la jeunesse de la RDC ou d’autres pays, un trait commun qui la distinguerait des générations précédentes ? Sans prétendre émettre une opinion applicable partout, il nous semble que la jeunesse actuelle est, davantage encore que les précédentes, tournée vers l’avenir, qu’elle s’intéresse moins au passé, que les faits de l’histoire et les traditions pèsent moins à ses yeux que les perspectives futures. Elle voit plus clairement que ses aînés le fossé que les grandes réalisations de la technologie moderne ont creusé entre l’état de choses d’autrefois et la situation actuelle. La nécessité d’adaptation de la pensée politique au progrès matériel et technologique est en train de s’opérer en elle, alors que la génération précédente reste trop souvent prisonnière de critères anciens. Née à l’époque des vols spatiaux, de la menace atomique et de l’âge de l’internet, elle est plus sensible à la solidarité humaine et aspire davantage à une organisation rationnelle des relations internationales.
Jeunesse dans un monde globalisé

Il est fréquent qu’en Occident, des jeunes manifestent, de manière bruyante, pour attirer l’attention sur leurs problèmes. Le sociologue admettra plus aisément encore que les pays en développement connaissent des difficultés sur ce point : jeunes dans leur existence, ils plongent par d’autres racines dans un passé que souvent ni les idéaux politiques ni les valeurs morales n’inclinent la génération montante à accepter. Contenir les élans d’une jeunesse parfois trop exigeante et réaliser dans l’harmonie les mutations nécessaires, la tâche s’est imposée et continue de s’imposer en Afrique aussi. La Tunisie, que les déchirements semblaient épargner récemment encore, a fait son entrée sur la scène par des manifestations estudiantines dont l’ampleur, la force de contestation et la volonté de renouveau avaient surpris plus d’un observateur. En écho, leur répondaient, deux mois plus tard, des grèves à l’université d’Alger et de Rabat où les étudiants réclamaient, eux aussi, le droit de s’organiser librement.
Ce qu’il faut noter, c’est que le malaise qui avait éclaté en Tunisie, et qui ne faisait que se prolonger au Maroc et en Algérie, remonte en réalité, plus particulièrement dans ce dernier pays, à plusieurs années auparavant. Les étudiants ne sont pas les seuls à le sentir mais toute une génération de vingt à vingt-cinq ans, dont les aspirations politiques, sociales et morales ne coïncident plus en tous points avec celles de leurs aînés. Aujourd’hui plus que hier, la jeunesse n’est plus confinée à son pays de résidence ou d’origine. Elle est connectée au reste du monde par des réseaux sociaux et se sent concernée par tout ce qui se passe dans son pays et dans le reste du monde. Ainsi un événement se déroulant en Indonésie est suivi et même imité instantanément en République Démocratique du Congo, et vice versa. C’est ainsi qu’une révolution qui commence dans un pays pourrait se répandre dans d’autres pays comme un feu de brousse.

La société civile en RDC – le long chemin vers la liberté
Les mouvements sociaux en RD Congo ont pris leur essor dans les années 1950 avec les mouvements étudiants et la remise en cause des rapports coloniaux. Ils se renforcent après l’indépendance du pays en 1960 : « les organisations estudiantines congolaises seront particulièrement actives et influentes au lendemain de l’indépendance (…). Leur influence, au cours de cette décennie découle d’abord de leur statut d’élite, dans un pays encore dépourvu de cadres ». A la même période des syndicats voient le jour. L’Eglise se mobilise également, notamment dans les secteurs de la santé et de l’enseignement. Dans les années 1980, 1990 et 2000, les ONG commencent petit à petit à remplir le vide laissé par l’État, délivrant ainsi des services publics déficitaires, voire même inexistants. Dans le courant de la décennie 1990, des mutations sociétales ont lieu avec la fin du monopartisme et la libéralisation de l’espace politique annoncés les larmes aux yeux, par Mobutu Sese Seko. La prise du pouvoir par Laurent-Désiré Kabila en 1997 marque un tournant pour les mouvements étudiants sur lesquels de nouveaux acteurs de la société civile, notamment les partis d’opposition prennent le pas. Enfin, la Constitution de 18 février 2006, révisée en 2011, stipule clairement que l’État garantit la liberté d’association, la liberté syndicale et le droit de grève.
Joseph Kabila comme symbole de la jeunesse en politique
L’arrivée au pouvoir de Joseph Kabila en 2001 suite à l’assassinat de son père Laurent-Désiré et sa victoire douteuse au scrutin de 2011 ont mis en cause la légitimité du mandat présidentiel. Tout a culminé en 2017 avec le président s’agrippant bec et ongles au pouvoir alors que son deuxième et dernier mandat selon la Constitution, aurait dû prendre fin en décembre 2016. La stratégie visée pour garantir le maintien au pouvoir de Kabila a d’abord été une révision constitutionnelle visant à écarter la limite de deux mandats présidentiels successifs. Mais face à la mobilisation de l’opposition politique et de la société civile ainsi que les vagues de contestation ailleurs sur le continent, notamment au Sénégal et au Burkina Faso, le pouvoir congolais revoit sa stratégie. Face à ces dérapages autoritaires, la population, et en particulier les étudiants, se mobilisent. La contestation dans la rue du 19 janvier 2015 contre le projet visant à modifier la loi électorale s’est soldée par un lourd bilan : selon Human Right Watch, 36 personnes ont été tuées lors de ces manifestations. En dépit de tout cela, le pouvoir central ne lâche rien. Toute une rhétorique accusatrice est lancée contre les forces de l’opposition supposées être derrière ces manifestations. Toute mobilisation est perçue comme déstabilisatrice à l’égard des institutions légalement établies. Dans ce contexte, le mouvement citoyen La Lucha naît en 2012. Malgré son engagement non violent, il a été perçu comme une menace par le pouvoir central, raison pour laquelle plusieurs de ses membres ont été emprisonnés, sous accusation « d’atteinte à la sûreté du chef de l’Etat et haute trahison ».

Prise en main du destin

Après une histoire marquée par le colonialisme et des dictatures qui se sont enchaînées les unes après les autres, la jeunesse congolaise a pris son destin en main, désireuse de reprendre le flambeau et d’exiger plus de libertés de ses dirigeants politiques. Le foisonnement de cette jeunesse en quête d’une vraie démocratie a culminé dans l’histoire récente de la RD Congo, notamment avec la création des mouvements Filimbi et La Lucha dont les actions ont permis au pays d’avancer sur le chemin de la démocratie. Lucha, Filimbi et les Agents du Changement de la Force du Changement, ne sont que quelques illustrations de l’implication de la Jeunesse dans la politique en République Démocratique du Congo. En rendant hommage à la jeunesse Congolaise, je souhaite qu’elle puisse le plus tôt possible mettre l’énergie qu’elle déploie dans la guerre et les antivaleurs, au service des travaux de la paix et de la reconstruction de notre patrie meurtrie.

Quel impact les mouvements citoyens ont sur la population locale ?
L’impact, c’est de donner l’espoir. Le désespoir précède le chaos et l’espoir permet aux gens de rêver. Vu la tension qui commence à régner en RDC à l’approche des élections, il est sûr que nous allions connaître un moment de désordre ou un cycle de violence indéfini. Les jeunes, adoptant un mode de revendications non violentes, peuvent devenir le point clé dans l’ensemble des manifestations. Ceci permettrait aux congolais d’avoir le courage et l’habitude d’avoir le courage de réclamer dans la rue sans rien casser.
Protection de la souveraineté nationale
Pendant que nous sommes dans un monde globalisé où tous les citoyens se comportent comme s’ils sont membres d’un même village, il est important que la jeunesse congolaise garde à l’esprit que la souveraineté de la RDC est un bien intangible qui ne doit être négocié avec quiconque. La jeunesse doit être jalouse de la souveraineté de la RDC qu’elle doit défendre et protéger sans ménagement.
Pour cette raison, j’ai fait la proposition de la loi Tshiani pour verrouiller l’accès aux fonctions de souveraineté en les réservant exclusivement aux congolais nés des pères et des mères congolais. Ces fonctions sont Président de la République, Président du Sénat, Président de l’assemblée nationale, Premier Ministre et les ministres régaliens (finances, défense, intérieur, justice et affaires étrangères), les hauts magistrats de la république, l’administrateur de l’agence nationale des renseignements, le directeur de l’agence des migrations, le haut commandement militaire, le haut commandement du commissariat général de la police nationale, le président de la commission électorale nationale indépendante, le gouverneur de la banque centrale, les gouverneurs des provinces ainsi que leurs épouses ou époux. Ces postes totalisant une centaine, seraient réservés aux congolais nés des pères et des mères congolais pour protéger la souveraineté nationale et s’assurer que l’avenir du pays reste dans les mains des nationaux et de la jeunesse congolaise. Une telle politique vise à s’assurer de la loyauté totale des dirigeants au pays. Elle vise à préserver la RDC pour la jeunesse congolaise.
La proposition de loi Tshiani n’est pas discriminatoire car sur 107 millions de congolais que nous sommes, il n’y a qu’une centaine des postes réservés aux congolaise de père et de mère alors que tous les autres postes sont ouverts à tous les congolais sans distinction. Tous les pays du monde ont de telles lois pour protéger leur souveraineté. Par exemple, en Zambie il faut être Zambien avec les deux parents zambiens pour être éligible à être Candidat à la présidence de la RDC. Le Cameroun, le Togo, la Turquie, l’Algérie, le Maroc, l’Arabie Saoudite, l’Indonésie et les États Unis d’Amérique, parmi tant d’autres, ont des dispositions similaires qui protègent leur pays contre les infiltrations au sommet de l’Etat et protègent leur souveraineté nationale. La RDC ne doit pas être le seul pays de la planète ouverte à de telles infiltrations promettant la souveraineté nationale.
En conclusion
La jeunesse a besoin d’être encadrée politiquement, économiquement et socialement pour éviter des dérapages incontrôlés. En même temps, la jeunesse a besoin d’être libérée pour qu’elle évolue au même rythme que les jeunesses d’autres pays afin qu’elle ne soit derrière.

La jeunesse Congolaise est l’avenir du pays. Elle doit s’intéresser à la politique car cette dernière affecte son avenir. Elle doit s’éduquer davantage pour être en mesure de jouer un rôle important dans la gouvernance et ledéveloppement économique et social du pays de demain.
La jeunesse doit lutter contre les antivaleurs (vol, non-respect des biens publics, prostitution, négligence ou abandon des études, etc…) et développer des valeurs d’éthique, de professionnalisme, de méritocratie et de patriotisme nécessaires pour le développement du pâté et son épanouissement. C’est à ce prix que la jeunesse congolaise sera prête à booster le progrès du pays.
Docteur Noël Tshiani Muadiamvita
Candidat à l’élection présidentielle de 2018
Professeur des Universités

 

 

Pin It

Statistiques

22858669
Aujourd’hui
Hier
Cette semaine
La semaine passée
Ce mois
Le mois dernier
Au total
12488
22256
95845
22621861
532554
492155
22858669

Your IP: 44.192.114.32
2022-06-30 14:19

Les plus lus

Nos Partenaires

  • africatime.jpg
  • africa_n1.jpg
  • allafrica.jpg
  • logo-monusco.jpg
  • okapi.jpg