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Mot du Président du CSAC à l’occasion de la célébration de la journée internationale de la liberté de la Presse

Le 03 mai 2022 Excellence, Monsieur le ministre de la Communication et Médias, Messieurs les Ambassadeurs et Chefs de mission diplomatiques, Messieurs les membres de la presse, Distingués invités, Le journalisme sous l’emprise du numérique est le thème de cette journée.

En effet, le paysage médiatique évolue chaque jour. L'émergence de la production journalistique sur internet a profondément modifié l'univers des médias.

Nous sommes à un tournant décisif dans l’approche de la problématique de la régulation, confrontée à la prolifération, l’amplification et la promotion croissante de contenus potentiellement préjudiciables, y compris la désinformation et le discours de la haine, susceptibles de porter atteinte aux droits des personnes et à la qualité du débat public.

La transition vers le numérique crée des nouveaux médias qui, à l’heure actuelle, ne sont pas pris en compte dans le corpus juridique de la RDC. Les contenus diffusés par satellite, internet par des chaînes Youtube, par la voie du téléphone mobile, pour ce qui est des réseaux sociaux, échappent au régulateur. La révolution numérique incite désormais à réfléchir sérieusement sur la stratégie à mettre en place pour réguler ce monde numérique afin de mieux encadrer ses activités et endiguer les abus notamment en matière de désinformation et de discours de haine.

Le but étant de mieux protéger la liberté d’expression et de la presse ainsi que la qualité de l’information. La presse est le contre-pouvoir de tous les autres, pour la défense des citoyens contre l'injuste et l'arbitraire. Mais, le journalisme libre, un peu ivre de cette liberté, quand il est exercé sans compétence et sans principes professionnels forts, est un danger pour la société et pour la liberté de la presse, à cause, surtout, d’un nouveau variant de journalistes, pour emprunter l’expression chère au Président de l’UNPC, comme on le voit souvent, au service d’eux-mêmes, de leurs amis ou de leur carrière plus qu’au service de la démocratie.

Aujourd’hui, les médias sont infestés d’individus sans limites, professionnels comme intervenants, animés par un sentiment de surpuissance, qui pensent qu’ils peuvent s’exonérer de toutes les règles de la profession et des lois de la République. Il n’y a qu’à voir les hallucinants caquetages auxquels certains journalistes nous soumettent chaque jour dans les médias. Un cauchemar délirant.

On a l’impression que certains journalistes montent sur le plateau ou entrent  au studio en sortant d’une beuverie trop chargée en alcool de mauvaise qualité. Pire, la presse entretient avec le pouvoir politique un commensalisme qui limite fortement sa capacité réelle de porter des jugements indépendants. Pourtant, les défis sont énormes et la mission des journalistes n’a jamais été aussi importante pour préserver la démocratie, surtout à la veille d’un nouveau cycle électoral. Il est temps pour nous, acteurs du secteur, nous l’avons dit aux derniers états généraux de la presse, de travailler ensemble et de résister.

Le journaliste doit toujours avoir conscience des conséquences des informations qu’il diffuse. Savoir que toute incitation à la discrimination, à la haine ou la violence ne peut être considérée comme l’exercice légitime du droit à la liberté d’expression et par ricochet à la liberté de la presse.

Des lois et des principes tracent les limites du contrôle de la presse. Or, les lois du secteur de la presse ont aujourd’hui besoin d’un grand dépoussiérage. La Journée mondiale de la liberté de la presse, justement, est l’occasion de rappeler solennellement et de lancer un appel à notre gouvernement sur la nécessité de respecter et d’accomplir son engagement pour la liberté de la presse, notamment l’engagement de créer un environnement propice à la liberté d’expression et à l’accès à l’information, en adoptant des mesures juridiques appropriées.

Nous ne le dirons jamais assez : un paysage médiatique régulé est la garantie pour un meilleur exercice de la liberté de la presse. Face à la digitalisation et l’explosion des plateformes numériques ainsi qu’aux inquiétudes qu’elles suscitent notamment en matière de désinformation, de discours de haine et d’incitation à la violence, il est plus que temps de mettre en place une stratégie pour renforcer les capacités de l’instance de régulation pour l’aider à mieux endiguer les abus. Il est temps que le gouvernement pense à la nécessité de soutenir au quotidien l’autorité de régulation dont le rôle est prépondérant dans la création d’un espace médiatique vertueux en RDC. En tant qu’institution d’appui à la démocratie, le CSAC reste très attaché à la liberté de la presse.

Mais,  en RDC, la qualité du débat citoyen, pluraliste et démocratique et donc la qualité de la liberté de la presse demeurent tributaires de la garantie sociale et sécuritaire des médias et les journalistes dans l’exercice de leur profession. Notre vision est de travailler au quotidien pour consolider le CSAC de manière à interagir avec la profession pour la consolidation de véritables entreprises de presse. Œuvrer pour la viabilisation des médias, l’amélioration de leur contenu, les aider dans leur quête des ressources et de qualité, encadrer la profession et aider les professionnels à exercer dans les meilleures conditions. Condition à notre avis pour une meilleure régulation et un exercice professionnel et responsable de la liberté de la presse.

Mais,  au bout du compte, si l’autorité de régulation, parent pauvre des institutions, en termes d’allocation des ressources, n’a ni les moyens budgétaires et ni les ressources humaines pour réguler un paysage médiatique qui compte des centaines de stations de radios, des centaines de chaînes de télévisions, des centaines des journaux, ajouter à cela les médias en ligne qui prolifèrent, le tout sur un territoire aux dimensions continentales, 145 territoires, elle ne peut faire que ce qu’elle peut.

Je vais conclure en disant que la construction de l’Etat de droit passe par la consolidation de la démocratie et pour consolider la démocratie, il faut que toutes les institutions démocratiques fonctionnent, y compris les institutions d’appui à la démocratie.

Le moment est venu pour aller au-delà des discours que nous prononçons,  le 3 mai de chaque année.

Il faut, profitant des recommandations des états généraux de la presse, faire preuve d’une véritable volonté politique pour changer les choses et améliorer les conditions de l’exercice de la liberté de la presse.

Le ministre dirait : changeons de narratif.

Je vous remercie

Tito Ndombi

Président du CSAC

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