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*N’est-il pas une victime expiatoire ? Ne cessent de s’interroger les congolais lambda qui veulent, à tout prix, connaître la vérité. «Ce sont les libanais qui sont derrière la déchéance du ministre de l’économie pour des multiples raisons.  1. Il a retiré la licence d’importation à une société libanaise.  Solidarité mécanique oblige, toute la communauté libanaise s’est mise debout pour chercher la tête du ministre de l’économie». « 2. Après le contrôle économique exercice 2022, la communauté libanaise doit au trésor public 159 millions de dollars. A la place, le ministre de l’Economie qui met les intérêts du pays au-dessus de tout a exigé le paiement de la  totalité due à l’Etat congolais au lieu de 39.000 millions proposés en défaveur du pays. D’où, la guerre contre le ministre par congolais interposés ». A en croire ces propos tenus par un analyste proche du dossier, Jean-Marie Kalumba aurait été victime de la vision du Chef de l’Etat  qu’il respectait scrupuleusement et qu’il faisait appliquer, nonobstant les pressions. Visé par une motion de défiance signée par 70 députés, il  lui été reproché notamment,   l’absence de maîtrise des prix des produits de première nécessité dont les denrées alimentaires, le dossier sur le petit commerce et les surgelés de la Namibie. D’après certains élus du peuple, cette motion a été vidée de sa substance, surtout après la correspondance du Ministre de la Namibie à son homologue congolais. Lisez, ci-dessous, l’économie générale de cette affaire, telle que reprise dans la réponse  de Jean-Marie Kalumba, lui-même, peu avant sa déchéance à la tête de l’Economie nationale.

MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE NATIONALE

RÉPONSE À LA MOTION DE DÉFIANCE

Jean – Marie KALUMBA YUMA

 – Ministre de l’Économie Nationale –

Kinshasa, le 30 mars 2022

Honorable Président de l’Assemblée nationale,

Honorables Membres du Bureau,

Honorables Députés nationaux,

C’est avec une profonde humilité que je me présente devant vous, ce jour, pour me livrer à un exercice de haute portée politique qui portera longtemps le témoignage de nos efforts communs déployés pour renforcer la démocratie et la redevabilité de l’action publique dans notre pays.

En effet, j’ai été saisi par l’Honorable Président de l’Assemblée nationale le 24 mars 2022, qui m’a transmis une motion de défiance m’adressée par 70 Honorables Députés nationaux et m’a invité par la même occasion à me présenter devant votre auguste Assemblée pour y apporter les réponses les plus pertinentes. Après examen de ladite motion, il s’en dégage 5 préoccupations essentielles résumées ci-dessous que je me ferai l’honneur et le devoir de rencontrer avec sincérité et clarté. Il s’agit de :

  1. La violation du code de bonne conduite de l’agent public de l’État pour avoir donné de l’argent à des enfants mineurs ;
  2. L’importation de poissons chinchards de la Namibie, en lieu et place de l’acquisition de bateaux de pêche et l’appui aux pêcheurs locaux ;
  3. La hausse récente des prix des produits de première nécessité sur le marché congolais ;
  4. Le non-respect des tarifs officiels par les opérateurs du secteur du transport aérien ;
  5. Les pénuries d’essence dans certaines stations de la capitale et les prix relativement élevés des carburants à l’intérieur du pays.

Honorable Président de l’Assemblée nationale,

Honorables Membres du Bureau,

Honorables Députés nationaux,

D’ores et déjà, je m’en vais vous remercier pour l’intérêt que vous accordez au Ministère de l’Économie dont j’ai la charge ainsi que pour le délai qui m’a été accordé afin de préparer mes réponses. Je ne doute pas un seul instant que je bénéficierai de votre pleine attention durant l’exposé que je m’en vais vous livrer.

 

  1. De la violation du code de bonne conduite de l’agent public de l’État

Honorable Président de l’Assemblée nationale,

Honorables Membres du Bureau,

Honorables Députés nationaux,

S’agissant de la préoccupation qui porte sur la violation des dispositions de l’article 9 points 1°, 2°, 3° du Décret-loi n° 017/2002 du 03 octobre 2002 portant code de bonne conduite de l’agent public de l’État, il a été fait mention d’une vidéo dans laquelle le Ministre de l’Économie Nationale distribue des billets de banque aux enfants mineurs.

Autant que vous, j’ai été personnellement peiné et outré de l’usage malencontreux de cette vidéo volontairement sortie de son contexte pour des raisons que j’ignore. En effet, j’ai été saisi qu’une délégation des jeunes élèves venus de Kindu pour participer à une compétition sportive interscolaire souffrait d’une prise en charge insuffisante. Ces 50 élèves dont il est question, logés péniblement dans la Commune de N’djili dans des conditions de promiscuité indescriptible, étaient totalement dépourvus de toute ressource pour couvrir leur séjour à Kinshasa.  Cela jusqu’à manquer de quoi se nourrir voir même de quoi payer leurs titres de voyage pour retourner à Kindu. 

Après de multiples interpellations provenant tant des encadreurs de ces élèves que de leurs parents, ainsi que de mes propres enfants, il m’a été humainement impossible de rester indifférent face à cette détresse subie par de si jeunes enfants, parmi lesquels de nombreuses filles. 

La petite réception qui a eu lieu dans ma résidence n’avait vocation ni d’être filmée, ni d’être diffusée dans les médias sociaux. C’est certainement sous le coup de l’émotion que l’un des participants a jugé utile d’immortaliser cet acte que j’ai posé en père de famille et en stricte intimité. Si vous m’avez vu remettre à chaque élève ma contribution, c’était simplement dans le but de m’assurer que chacun d’eux entrerait effectivement en possession de l’appui que je leur ai réservé.  N’eût-été l’infâme récupération politique qui en a été faite et la polémique volontairement entretenue par un journaliste de la place, cet acte de générosité n’aurait jamais dépassé les limites du cadre familial dans lequel il a été posé. D’ailleurs, ledit journaliste a été sanctionné d’une suspension de 3 mois par ses propres pairs de la profession pour violation du devoir d’exactitude et autres manquements au code d’éthique et de déontologie du journaliste.

Néanmoins, si en dépit de cet éclairage, certains parmi vous s’estiment toujours lésés par l’acte posé et surtout par l’injustifiable récupération médiatique qui en a été faite, je vous prie sincèrement et humblement d’accepter mon profond regret.

  1. De l’importation des poissons chinchards de la Namibie

Honorable Président de l’Assemblée nationale,

Honorables Membres du Bureau,

Honorables Députés nationaux,

S’agissant de la préoccupation sur l’importation des poissons chinchards de la Namibie en lieu et place d’une acquisition de bateaux de pêche ou encore d’une politique d’appui aux pêcheurs locaux, j’aimerais, d’entrée de jeu, souligner à votre attention que toute la polémique qui entoure cette affaire relève essentiellement d’un déficit de communication plutôt que d’une quelconque erreur de jugement du Gouvernement à travers mon Ministère qui aurait conduit à un gaspillage de ressources publiques.

Sur ce point, je partage totalement la préoccupation des Honorables Députés relative à la dépendance structurelle de notre pays vis-à-vis de l’extérieur quant à l’approvisionnement du marché intérieur en produits de première nécessité. Cette situation qui dure depuis plusieurs décennies maintenant reflète la déliquescence de l’appareil productif national, conduisant, malheureusement, à l’étroitesse de l’offre locale par rapport à la demande exprimée notamment en produits alimentaires.  

Sans préjuger de la réponse qu’aurait pu réserver mon collègue Monsieur le Ministre de la pêche à cette préoccupation qui relève de ses attributions spécifiques, quant à la promotion de la production nationale dans ce secteur, je crois pouvoir relever qu’un tel projet doit nécessairement s’inscrire dans le cadre d’une planification à moyen et long termes, arrimée à un agenda de réformes structurelles holistiques susceptibles de soulever la problématique des infrastructures, de l’énergie et du capital humain. A cet effet, acquérir des bateaux de pêche est certes nécessaire mais pas suffisant pour assurer le développement d’une industrie locale de la pêche. Encore faudrait-il disposer d’une évaluation robuste de notre potentiel halieutique, de voies d’évacuation, d’une fourniture suffisante en énergie électrique, d’infrastructures de la chaîne de froid, d’unités industrielles de traitement et de conditionnement du produit de la pêche ainsi que d’une politique sectorielle adéquate. Tous ces préalables nécessitent des investissements publics et privés considérables qui ne peuvent se mobiliser que dans la durée.

Au-delà de cet agenda à moyen et long-terme, il est aussi attendu du Gouvernement qu’il apporte des solutions immédiates aux préoccupations conjoncturelles. C’est dans ce cadre précis qu’il faut inscrire l’initiative du Gouvernement sur l’importation des poissons en provenance de la Namibie.  

Dès l’investiture de votre Gouvernement, la problématique de la hausse des prix des produits de première nécessité s’est posée avec une grande acuité.  En droite ligne avec les attributions de mon Ministère et de la règlementation en vigueur, j’ai initié des travaux techniques d’analyse des différentes structures des prix, principalement dans le secteur des produits surgelés d’importation, compte-tenu de leur importance dans le panier de la ménagère,  d’une part, et de la flambée de leurs pri, d’autre part.

Les analyses et investigations menées sur place et à l’étranger ont abouti à un constat de fraude généralisée pratiquée par les opérateurs économiques du secteur à deux niveaux avec une incidence considérable sur les prix. Premièrement, une falsification des déclarations faites à la douane quant à la valeur des marchandises importées (CIF), leurs quantités ainsi que leur nature. Ceci avec comme conséquence de réduire substantiellement les recettes dues au Trésor public et autres structures de l’État telles que la DGDA, l’OCC, l’OGEFREM et la SCTP. Deuxièmement, une surcharge des structures des prix par de nombreux éléments non incorporables au regard de la règlementation en la matière.

En agissant de la sorte, ces opérateurs économiques font supporter aux consommateurs le poids de leur fraude à l’importation en pratiquant des prix illicites qui confisquent une part importante du pouvoir d’achat du modeste citoyen.  Ceci est en opposition directe avec la vision de Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’État, qui place les intérêts de notre peuple au-dessus de toute autre considération.

Cette fraude coûte à l’État et aux consommateurs au minimum 194 millions de dollars américains par an et ce, pour les chinchards seulement. Si elles étaient captées par le Trésor public, ces recettes auraient pu utilement servir à soutenir le secteur productif en générant de nombreuses opportunités d’emploi pour notre jeunesse.

Pour corriger ce problème, j’ai initié les travaux de rationalisation des structures des prix des produits surgelés d’importation en concertation avec les opérateurs économiques du secteur (dates). Malgré de nombreuses concertations et l’arbitrage de Son Excellence Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, qui ont abouti à un consensus quant aux niveaux indicatifs des prix à appliquer, les importateurs ont opposé une résistance farouche à cette initiative du Gouvernement. Au lieu d’appliquer les prix indiqués, ils ont plutôt recouru à la pratique de la rétention de stocks pour créer une rareté artificielle et spéculer davantage sur les prix. Cette pratique dangereuse a entrainé un risque avéré des remous sociaux en perspective des festivités de fin d’année, poussant ainsi le Gouvernement à procéder à des approvisionnements d’urgence pour mettre la population à l’abri de la pénurie.

Pour ce faire, le Gouvernement a décidé d’acquérir un quota de pêche de 27 300 tonnes de chinchards auprès du Gouvernement namibien pour une valeur de USD 5 842 200 en septembre 2021, non seulement pour soulager les consommateurs, mais aussi pour offrir des opportunités économiques aux opérateurs nationaux, depuis longtemps marginalisés et évincés par la concurrence déloyale et la fraude pratiquées par les principaux importateurs.   Cette démarche a aussi permis au Gouvernement de mieux appréhender le circuit d’approvisionnement de ce produit important en vue de mener des actions décisives susceptibles d’endiguer la fraude et de décourager le blanchiment des capitaux dans ce secteur.

Les démarches auprès du Gouvernement frère de la République de Namibie furent effectuées par une commission interinstitutionnelle composée des délégués de la Présidence de la République, de la Primature, du Ministère des Finances, du Ministère du Commerce Extérieur et du Ministère de l’Economie Nationale. 

Honorable Président de l’Assemblée nationale,

Honorables Membres du Bureau,

Honorables Députés nationaux,

Je n’ai aucun doute que vous pouvez mesurer l’étendue du courage qu’il m’a fallu mobiliser pour m’attaquer à un chantier aussi périlleux que celui de restaurer la transparence dans un secteur aussi gangréné par la fraude. Ce faisant, j’ai donc pris le risque de compromettre certains intérêts particuliers au nom de la préservation de l’intérêt de l’État et de la protection du pouvoir d’achat des ménages les plus démunis. Pour preuve, cet effort de rationalisation des structures des prix a fait l’objet de fortes obstructions portées par des forces à l’intérieur et à l’extérieur du pays dont les intérêts égoïstes semblent mis en péril et qui n’hésitent même plus à menacer mon intégrité physique.

En dépit de nombreuses difficultés découlant de ces obstructions, le Gouvernement a néanmoins obtenu la reconduction de son quota de pêche pour la saison 2022. Il appert que les allégations largement médiatisées quant à la perte des ressources investies dans l’acquisition du quota de pêche ne sont que des rumeurs malveillantes en contradiction avec la vérité et visiblement entretenues par ceux qui tiraient profits des pratiques illicites.

Je voudrais donc rappeler à l’attention de l’auguste Assemblée que l’initiative du Gouvernement était principalement motivée par l’urgence d’éviter la pénurie de ce produit de grande consommation, eu égard au risque de sabotage de la part des opérateurs traditionnels du secteur.  Il n’a jamais été question de se substituer aux opérateurs privés encore moins de servir un quelconque intérêt personnel.

À ce propos, je vous rassure d’ailleurs que toutes les opérations financières liées à cette initiative ont été effectuées à travers le Trésor public en toute transparence et traçabilité. Le produit de la vente des chinchards reçus de la Namibie a été intégralement versé au compte de l’État par les opérateurs privés qui en avaient la charge, tel que convenu avec le Ministère des Finances. À aucun moment j’ai manipulé le moindre franc lié à cette opération.

Attaché à l’impératif de redevabilité et conscient de l’intérêt manifeste que la Représentation nationale portait à cette action du Gouvernement, j’avais pris l’initiative d’en dresser un rapport circonstancié à son attention. Ce rapport adressé à l’Honorable Président de l’Assemblée Nationale ainsi qu’à tous les Honorables membres du Bureau de cette auguste Assemblée, a été transmis par ma lettre n° 1770 du 06 janvier 2022. Bien avant cela, j’avais pris le soin d’apporter d’amples clarifications sur cette initiative au Honorables Sénateurs membres de la commission économique, financière et de bonne gouvernance de la chambre haute de notre Parlement.

  • De la hausse récente des prix des produits de première nécessité sur le marché local

 

Honorable Président de l’Assemblée nationale,

Honorables Membres du Bureau,

Honorables Députés nationaux,

En ce qui concerne la préoccupation relative à la hausse des prix des produits de première nécessité observée actuellement sur les marchés, il convient de souligner qu’elle relève en partie de notre dépendance structurelle de l’extérieur. En effet, au niveau international, depuis la reprise économique après le confinement, il est constaté une augmentation substantielle des coûts du fret maritime. À titre d’illustration, le coût de transport d’un conteneur sur l'itinéraire Shanghai-Europe était inférieur à 1.000 USD en juin 2020, avant de s’élever à environ 4.000 USD en décembre 2020, puis finalement à 7.395 USD à fin juillet 2021. Ce qui équivaut à une hausse de plus de 700% dans l’intervalle d’une année. 

Le fret maritime étant une composante majeure des coûts commerciaux des importateurs, une hausse de ce dernier se répercute immanquablement sur les prix à la consommation finale. Comme c’était le cas lors du blocage du canal de Suez par le navire EverGiven en mars 2021, c’est aujourd’hui le cas à cause notamment des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, mais aussi à cause du conflit en Ukraine.

A ce propos, il faut aussi noter que la crise militaire opposant la Russie à l’Ukraine accentue la pression sur les prix internationaux de certains produits essentiels, exacerbant ainsi les tensions inflationnistes à travers le monde. C’est le cas notamment du pétrole brut, du charbon, du gypse, du gaz naturel, des engrais, du blé, de l’huile végétale et du poulet dont une grande partie de la production mondiale est issue de cette région du monde.

Il sied aussi de rappeler que la flambée des prix alimentaires est ressentie à l’échelle mondiale. La reprise de l’économie mondiale après le confinement lié à la pandémie à Covid-19 a occasionné une hausse sensible de la demande en produits alimentaires. Dans cette perspective, les achats massifs de la Chine pour combler le déficit observé sur la production intérieure expliquent dans une large mesure la flambée des prix alimentaires, non seulement pour les céréales mais aussi pour la viande porcine et bovine ainsi que pour la volaille.

Alors que la hausse vertigineuse des cours mondiaux du pétrole brut se répercute violemment sur les prix des carburants à la pompe dans plusieurs pays européens et en Amérique, l’envolée des cours du blé et d’autres produits alimentaires affecte quant à elle la formation des prix domestiques de certains produits essentiels. À titre d’illustration, la République Démocratique du Congo importe environ 55% de son blé de la Russie et environ 15% de l’Ukraine, ce qui laisse aisément mesurer le degré d’exposition au choc exogène sur cette question spécifique.

De même, l’augmentation substantielle du prix du charbon qui est passé de 88 USD la tonne en début mars 2021 à près de 420 USD la tonne à la même période en 2022, accentue les pressions sur le prix du ciment produit localement dont le charbon est l’un des principaux intrants.

Toujours sur le prix du ciment local, outre ce qui a été dit sur le coût accru, d’une part, des intrants principaux importés que sont le charbon et le gypse et, d’autre part, du fret maritime, l’on notera que certaines facilités fiscales jadis accordées aux opérateurs du secteur, notamment en matière de paiement de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA), étant arrivées à terme, l’impact sur les prix de ce produit fut immédiat au point que les opérateurs du secteur en ont aussitôt fait part au Ministre compétent, à savoir mon collègue Monsieur le Ministre des Finances, qui est certainement en train d’examiner leur requête.  

Cette constatation rencontre d’ailleurs les propos du Président du Sénégal et Président en exercice de l’Union africaine, Son Excellence Macky Sall. En effet, s’exprimant à l’occasion du Sommet « Union Européenne – Afrique » tenue à Bruxelles le 18 février 2022 (vérifier date) le Président Macky Sall a souligné la fragilité des économies africaines face aux répercussions du conflit russo-ukrainien, tout en invitant les partenaires financiers du continent à accroître leur aide aux pays africains fragilisés, qui subissent déjà une « inflation réelle » du fait du conflit militaire en Europe.

S’agissant des denrées alimentaires produites localement tels que le maïs, le manioc et l’huile de palme, la hausse de leurs prix est conjoncturelle et saisonnière. Elle est liée à des moments de carence ou d’abondance des produits disponibles sur le marché, surtout dans les grandes villes. Il sied de noter que l’absence des infrastructures routières, principalement les routes de desserte agricole et l’insécurité dans certaines zones du pays, demeurent des véritables défis pour l’approvisionnement des grands centres de consommation en produits locaux. Aussi, il faudrait souligner la prolifération des barrières routières illégales longtemps décriée, à laquelle votre Gouvernement s’attaque, et qui a fait d’ailleurs l’objet de discussions lors de plus d’un Conseil des Ministres.

Pour certains produits locaux tel que l’huile de palme, il a été constaté que leurs prix sont tout simplement indexés sur les cours mondiaux par les producteurs locaux pour des raisons purement économiques et commerciales. À tout cela s’ajoute le fait que l’expansion démographique, notamment en milieu urbain, entraine une pression sur la demande globale en produits alimentaires, alors que l’offre reste minée par des contraintes structurelles d’ordre divers. Encore une fois, une réponse définitive à ce problème de hausse des prix nécessite la conjugaison d’actions transversales qui dépassent le cadre limité du Ministère de l’Économie Nationale et qui doit s’inscrire dans une planification industrielle holistique.

Pour ma part, c’est depuis l’investiture du Gouvernement que je m’emploie à y apporter les solutions conjoncturelles les mieux indiquées. Dans les limites des possibilités définies par mes attributions et selon les orientations de Son Excellence Monsieur le Premier Ministre, j’ai initié une série de concertations avec les opérateurs économiques du secteur productif qui nous a permis de formuler ensemble des propositions de mesures adéquates en vue de juguler les effets pervers du conflit en Ukraine. Un rapport circonstancié sera fait au Premier Ministre pour des actions urgentes à réaliser par l’ensemble des Ministères concernés.

Honorable Président de l’Assemblée nationale,

Honorables Membres du Bureau,

Honorables Députés nationaux,

En ce qui concerne la question du contrôle des structures des prix, ainsi que vous le savez,  notre pays, dans le cadre de l’économie libérale choisie, ne pratique pas la politique de fixation autoritaire des prix. Néanmoins, il en fait un contrôle a posteriori  et veille à ce que la marge bénéficiaire des opérateurs économiques reste dans les limites fixées par les lois et règlements.

Pour renforcer l’efficacité et le professionnalisme de ce contrôle a posteriori, j’ai commencé par la formation de 182 inspecteurs du Ministère de l’Économie Nationale.   Assermentés en qualité d’Officiers de Police Judiciaire (OPJ) à compétence restreinte, ces inspecteurs ont aujourd’hui la charge de rechercher et de faire sanctionner les infractions à la règlementation économique, dans le strict respect des règles d’éthique et de déontologie et sans le moindre recours à une quelconque forme de tracasserie. Cela n’était pas arrivé au sein du Ministère de l’Économie Nationale depuis plus de 30 ans !

Dans cette même lancée, j’ai signé une centaine d’ordres de mission couvrant l’ensemble du territoire national en vue de contrôler les structures des prix des biens et services produits localement et importés, de vérifier le circuit d’approvisionnement et de distribution, conformément à la législation économique en vigueur. Du rapport préliminaire des inspecteurs déployés sur terrain, il ressort, de toute évidence, que l’efficacité du contrôle économique est non seulement tributaire des moyens alloués à cette fin, mais aussi et surtout de la force de dissuasion de l’État.

A cet effet, j’aimerais porter à l’attention particulière des Honorables Députés que le Ministère de l’Économie Nationale dispose d’un potentiel important de dissuasion des infractions en matière des prix. Cependant, ce potentiel est aujourd’hui mis en difficulté par le fait d’un assouplissement récent de la législation en la matière. 

En effet, les sommes indument perçues par les opérateurs économiques qui pratiquent les prix illicites sont injustement confisquées à la population alors que ces montants devraient être intégralement reversés au Trésor Public. Mais les nouvelles dispositions de la loi dispensent étrangement les opérateurs de l’obligation d’un remboursement.

Aussi, les amendes prévues par la loi pour sanctionner la pratique des prix illicites sont fixées à des niveaux très bas et ne sont donc pas susceptibles de décourager cette pratique frauduleuse, préjudiciable tant pour le consommateur que pour le Trésor Public. C’est ainsi que j’en appelle à votre profond sens patriotique pour prendre les initiatives qui s’imposent en vue de renforcer notre législation en la matière et décourager la pratique des prix illicites.

  1. De l’anarchie dans la tarification du secteur de transport aérien

 

Honorable Président de l’Assemblée nationale,

Honorables Membres du Bureau,

Honorables Députés nationaux,

Dans le cadre de la rationalisation des tarifs des services aériens, j’ai organisé une série de concertations avec les opérateurs du secteur aérien. Ces derniers ont soumis au Gouvernement un ensemble de préoccupations devant être rencontrées avant la révision des tarifs dans leur secteur. Le Gouvernement ayant répondu favorablement à ce préalable, j’ai publié l’Arrêté Ministériel n°007 du 07 Août 2021, modifiant et complétant l’Arrêté Ministériel n°051 du 18 août 2015 portant fixation des tarifs des services aériens sur le réseau domestique en République Démocratique du Congo, consacrant ainsi une diminution considérable du prix du billet d’avion.

Cependant, les dénonciations de certains passagers qui me sont parvenues ont fait état d’une violation de la tarification récemment publiée sur certains trajets en particulier. Y faisant suite, j’ai saisi les responsables des compagnies incriminées quant à l’impératif d’observer scrupuleusement la tarification officielle, tout en les mettant en garde sur d’éventuelles sanctions en cas de non-respect de la règlementation. En dehors de quelques cas isolés actuellement sous-examen, la nouvelle tarification est globalement respectée sur toute l’étendue du territoire (Quelques exemples).

Toutefois, des efforts supplémentaires méritent d’être fournis pour renforcer la concurrence dans le secteur en vue d’améliorer l’offre de service pour mieux desservir l’étendue du territoire national.  Ces efforts passent notamment par l’acquisition de nouveaux appareils au bénéfice de la compagnie nationale dont les charges administratives méritent, par ailleurs, d’être rationnalisées pour son efficiente gestion.

  1. De la gestion du secteur pétrolier et des pénuries d’essence dans certaines stations

 

Honorable Président de l’Assemblée nationale,

Honorables Membres du Bureau,

Honorables Députés nationaux,

S’agissant de la problématique des produits pétroliers, la motion m’adressée fait aussi état des pénuries d’essence dans les stations de la capitale, occasionnant une hausse des prix des transports et exacerbant le phénomène de demi-terrain autant qu’une envolée du prix du carburant à l’intérieur du Pays. Sur le même registre, les Honorables Députés signataires de la motion évoquent une gestion peu orthodoxe du secteur pétrolier favorisant l’enrichissement sans cause des opérateurs du secteur ainsi que de leurs complices.

Avant toute chose, permettez-moi d’apporter une petite précision technique susceptible de lever ce qui semble être une équivoque quant à l’étendue des responsabilités du Ministre de l’Économie Nationale dans la gestion du secteur pétrolier. En effet, ce secteur couvre un champ relativement large, allant de l’exploitation du pétrole brut, à l’importation et à la distribution des produits raffinés. Sur ce large spectre, le Ministre de l’Économie Nationale exerce la responsabilité de la fixation des prix des carburants à la pompe, après concertation entre la profession pétrolière et le Gouvernement. C’est donc dans les limites des responsabilités qui me sont dévolues que je vais m’évertuer à répondre aux préoccupations posées concernant le secteur pétrolier.

Les produits pétroliers font partie des quatre produits stratégiques dont les prix sont fixés par le Gouvernement à travers le Ministère de l’Économie Nationale. La règlementation en vigueur prévoit que la structure des prix des carburants devrait faire l’objet d’une actualisation lorsque l’un des trois paramètres principaux qui la constituent connait une variation de plus de 5%, à la hausse ou la baisse. Il s’agit du Prix Moyen Frontière Commercial (PMFC) qui indique le coût d’acquisition du carburant auprès des fournisseurs et qui évolue en fonction du prix international du pétrole brut, du taux de change ainsi que du volume mis en consommation.

Cependant, en raison de son caractère éminemment stratégique, la mise à jour des paramètres de la structure de prix reste sujette à une analyse minutieuse. Cette analyse tient compte de l’impact potentiel d’une forte volatilité des prix à la pompe sur le bien-être de la population, considérant qu’une hausse non maitrisée des prix des carburants peut entrainer une contagion aux prix des autres biens et services essentiels comme le transport et les produits alimentaires. Dans ce contexte et pour préserver le pouvoir d’achat des ménages, le Gouvernement a souvent recouru au gel des prix.  À titre d’illustration, le prix de l’essence a été maintenu à 1.995 CDF /litre de mai 2020 à janvier 2022 à l’ouest de pays, alors que le prix du pétrole brut sur le marché international avait connu une augmentation de 147% sur la même période.

Il en découle par conséquent que les prix fixés à la pompe sont inférieurs à leur niveau réel, c’est-à-dire à celui qui assure aux opérateurs leurs marges bénéficiaires légales après avoir amorti les coûts d’acquisition du produit. En guise de compensation, l’État s’engage à rembourser à la profession pétrolière les pertes et manques à gagner découlant du gel des prix à la pompe et dont les montants constituent, en fin de compte, une subvention accordée aux consommateurs. À ce jour, cette subvention coûte au trésor public des dizaines de millions de dollars américains par an et évolue de manière croissante en raison de la fluctuation du prix du pétrole brut.

En effet, l’augmentation des cours du pétrole brut sur le marché international entraine en conséquence l’accroissement quotidien des écarts entre les prix fixés à la pompe et les vrais prix du marché. À titre illustratif, en janvier 2021, la vérité des prix fixait le litre d’essence, à l’ouest, à 2.600 CDF alors que le prix à la pompe était de 2.095 CDF. À ce jour, le litre d’essence devrait s’élever 3.500 CDF compte tenu des paramètres du marché, mais l’essence continue à se vendre à 2.095 CDF le litre. La différence de 1.405 CDF pour chaque litre acheté constitue la subvention devant être prise en charge par l’État.

Par ailleurs, le conflit russo-ukrainien a fait bondir les cours mondiaux des produits énergétiques sans donner une perspective claire sur l’échéance probable d’un retour à la normale. Est-il nécessaire de rappeler ici que, même les économies les plus résilientes et plus avancées que la nôtre, subissent durement les effets du conflit susmentionné sur le niveau des prix intérieurs. À cela s’ajoute la position prise par les pays membres de l’OPEP quant à la gestion de leur l’offre de pétrole brut.

En raison de l’importance de ces écarts et du volume croissant de carburants mis en consommation, le gel des prix occasionne une pression insoutenable sur les finances publiques du fait de l’accumulation de la créance de l’État vis-à-vis des pétroliers qui fragilise tout le système d’approvisionnement du pays.

En même temps, l’étroitesse de la trésorerie publique ne permet pas toujours au Gouvernement de rembourser régulièrement et exhaustivement la créance due aux opérateurs pétroliers qui est consécutive aux pertes occasionnées par le gel des prix à la pompe.

En effet, l’inadéquation entre le moment où les pertes sont subies par les pétroliers et le moment où elles sont effectivement remboursées, réduit considérablement leur capacité à faire face à leurs engagements financiers auprès des fournisseurs, faute de disponibilité de trésorerie. C’est pour cette raison que les petits opérateurs indépendants disparaissent du secteur, les uns après les autres, n’étant pas capables de négocier des modalités de paiement différé avec les fournisseurs comme les opérateurs majeurs le font.

Pour prendre en charge cette question hautement sensible, j’ai entrepris, depuis ma prise de fonction, de maintenir un dialogue permanent avec la profession pétrolière, en étroite collaboration avec tous mes collègues du Gouvernement impliqués dans la gestion de ce secteur d’activité, dans le cadre du comité de suivi institué au sein de mon Ministère. Ce qui nous a permis de procéder à des révisions des prix à la pompe, en recherchant à maintenir l’équilibre entre l’impératif de la préservation du pouvoir d’achat de la population et celui de la viabilité financière des opérateurs pétroliers.

Pour toutes ces raisons, j’ai accompagné la Société Nationale des Hydrocarbures (SONAHYDROC) en lui accordant une subvention qui lui a permis de reconstituer son fonds de roulement et d’améliorer sa position commerciale dans le secteur. Ces efforts vont continuer et vont s’étendre à Cobil SA pour que ces sociétés détenues par l’État jouent pleinement leur rôle d’outil stratégique.

Toutefois, j’aimerais rassurer les Honorables Députés nationaux que le Gouvernement suit de près la question des approvisionnements en carburants et que les alertes sur des pénuries éventuelles relèvent davantage de la rumeur malveillante et de la désinformation volontaire plutôt que des faits avérés.

Par ailleurs, la difficulté d’acheminement du carburant à l’intérieur du Pays par manque d’infrastructures adéquates, les taxes de transit instituées au niveau des provinces pour le passage des camions transportant du carburant d’une province à l’autre, expliquent la hausse de son prix dans certaines parties du territoire national, comparativement aux centres urbains.

Quant à la problématique des prix des transports urbains et du phénomène déplorable des « demi-terrain », elle relève de la compétence des autorités urbaines qui ont la charge de réguler les prix des transports au niveau décentralisé et je n’ai aucun doute sur le fait qu’elles travaillent à y apporter les solutions idoines.

Honorable Président de l’Assemblée nationale,

Honorables Membres du Bureau,

Honorables Députés nationaux,

En acceptant de me nommer au sein du Gouvernement, Son Excellence Monsieur le Président de la République, à qui je rends un hommage mérité, m’a confié la charge d’un portefeuille particulier dont l’intitulé évocateur cristallise, à lui seul, les attentes et les espoirs de tout un peuple : l’Économie Nationale.

Dès lors, je comprends parfaitement que dans l’imaginaire collectif, il revient au Ministre de l’Économie Nationale de répondre de la politique du Gouvernement sur toutes les matières qui, de loin ou de près, touchent au progrès économique et social. A cet effet, il devrait répondre de la politique industrielle, de la politique agricole et de pêche, de la politique d’accompagnement à l’entreprenariat et aux PME, sans oublier la politique financière et sociale.

Fort malheureusement, la nature et la portée de mes actions à la tête du Ministère de l’Économie Nationale sont circonscrites dans les limites définies par les attributions qui me sont dévolues au regard de la Loi et qui se résument en deux axes majeurs : la régulation et le contrôle.

Honorable Président de l’Assemblée nationale,

Honorables Membres du Bureau,

Honorables Députés nationaux,

Permettez-moi de conclure sur une note personnelle, en vous remerciant encore de cette opportunité que vous m’accordez de venir éclairer l’opinion nationale, après plusieurs mois d’épreuves personnelles.

Dès ma prise de fonction, c’est en parfaite connaissance des risques encourus, que j’ai pris la décision de m’attaquer à des sujets aussi délicats que périlleux telle que la rationalisation des structures des prix des produits de première nécessité. Mais je n’ai jamais douté un seul instant du soutien inconditionnel de nos compatriotes et de votre auguste Assemblée, face à la résistance de certains intérêts particuliers que je me réserve de citer, qui privent allègrement l’État de ses ressources, qui confisquent impunément le pouvoir d’achat des congolais, qui servent de relais à des activités de blanchiment de capitaux et qui aujourd’hui, menacent même mon intégrité physique.

Je n’ai jamais douté qu’avec l’aide de Dieu et le soutien de tous, nous parviendrons à nous élever au-delà des clivages politiques afin de restaurer notre Peuple dans sa dignité et dans sa grandeur sous la conduite du Chef de l’État, son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.

Ainsi, chaque décision que j’ai prise, chaque action que j’ai menée et tout le zèle que je déploie dans l’exercice de mes fonctions l’a été pour ce noble objectif.

Honorable Président de l’Assemblée nationale ;

Honorables membres du Bureau ;

Honorables Députés ;

Telle est l’économie des réponses que j’ai daigné formuler pour rencontrer, un tant soit peu, les préoccupations soulevées par les Honorables Députés nationaux signataires de la motion qui m’a été adressée. Je me suis donc, pour ne pas abuser de votre précieux temps, abstenu d’évoquer ici d’autres sujets qui furent évoqués dans certains médias, dont ceux en ligne, et qui n’ont pas été repris dans le texte de la motion qui m’a été adressée. J’espère vivement que les explications que je viens de fournir apporteront un éclairage nouveau à votre auguste Assemblée sur l’ensemble des problématiques soulevées.

Je vous remercie.

Jean-Marie KALUMBA YUMA

Ministre de l’Économie Nationale

 

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