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Denis Mukwege et Nadia Murad (à gauche), Prix Nobel de la Paix lors d’une visite à Genève pour l’inauguration officielle de l’ONG, Global Survivors Fund (Fonds mondial pour les survivantes).

«Dans chaque conflit, les femmes sont victimes de violences sexuelles », ont alerté Denis Mukwege et Nadia Murad, tous les deux lauréats du Prix Nobel de la Paix, lors d’une visite à Genève pour l’inauguration officielle de l’ONG, Global Survivors Fund (Fonds mondial pour les survivantes).

Alors que l’offensive russe se poursuit en Ukraine, les deux Prix Nobel de la Paix affirment suivre de très près les violences systématiques auxquelles sont confrontées les civils. Les images du bombardement de la maternité de Marioupol, dans lequel une femme en train d’accoucher et son enfant ont péri, ont particulièrement affecté le Dr. Mukwege.

Le médecin congolais dénonce un acte qui dépasse tout entendement humain. Selon lui, « tous les conflits se font accompagner par la souffrance, sans frontière, ni couleur ».

Dans les mouvements massifs de population, les filles et les femmes sont les premières victimes, car les déplacements forcés les plongent dans la misère, le désespoir, l’insécurité, et les exposent particulièrement aux violences sexuelles.

Nadia Murad atteste en évoquant sa propre expérience : « Vivre dans un camp de réfugiés retire toute dignité et nous plonge dans une plus grande vulnérabilité ».

Un appel pour prévenir les viols en Ukraine plutôt qu’en soigner les conséquences

Face à ce constat, les deux lauréats du Prix Nobel de la Paix appellent à protéger les Ukrainiennes face aux violences sexuelles. S’ils n’ont aucune indication sur les violences sexuelles contre les femmes en lien avec ce conflit ukrainien, les deux militants veulent mobiliser.

«Nous lançons un appel pour prévenir les viols plutôt qu’en soigner les conséquences », ont-ils déclaré au cours d’un entretien avec ONU Info à Genève.

Parmi les actions prioritaires suggérées, la formation aux comportements de prévention, la sensibilisation auprès des réfugiés, des travailleurs humanitaires et des pays d’accueil. Outre le combat de la lutte contre l’impunité, il s’agit également de la mise à disposition de kits médicaux contre les infections sexuellement transmissibles (IST) ou le VIH.

A Genève, à l’occasion de l’inauguration de leur Fonds mondial pour les survivantes, les Prix Nobel de la Paix 2018 ont tenu à alerter sur les violences sexuelles subies par les femmes dans de nombreux conflits, comme en Ukraine, mais aussi en République démocratique du Congo (RDC), au Yémen, en Afghanistan, en Éthiopie, en Iraq, au Myanmar, ou en  Syrie. Et Nadia Murad a insisté sur la nécessité de réparation pour les femmes victimes.

Denis Mukwege et Nadia Murad (à gauche), Prix Nobel de la Paix lors d’une visite à Genève pour l’inauguration officielle de l’ONG, Global Survivors Fund (Fonds mondial pour les survivantes).

Dr  Denis Mukwege, « l'homme qui répare les femmes »

«Les survivantes ne peuvent pas attendre »

Ces femmes subissent non seulement un préjudice physique et moral, mais aussi le rejet de leur communauté, les tabous, la peur instaurée par les bourreaux et le manque de justice. Une situation complexe qui affecte la dignité de ces femmes.

Il faut « éviter que cela n’arrive à d’autres communautés », a indiqué l’activiste iraquienne et lauréate du prix Sakharov, relevant que « les survivantes ne peuvent pas attendre, l’aide ne peut pas être tardive ».

Nadia Murad défend ainsi une approche holistique visant à soigner durablement les femmes. « J’aurais aimé que le Fonds existe pour moi », affirme-t-elle en évoquant les projets de l’organisation, qui a déjà accompagné plus de 2.000 survivantes sur le plan médical, psychologique, socio-économique et judiciaire.

Cette aide à quatre dimensions a été imaginée par le Dr. Denis Mukwege, gynécologue congolais ayant fondé en 1999 l’hôpital de Panzi chargé de « reconstruire les femmes victimes de sévices sexuels lors de conflits armés en RDC ». L’un des tout premiers défis identifiés portait alors sur la confiance.

« Quand j’ai opéré la première femme, ma satisfaction portait sur le plan chirurgical. Mais ce n’était pas suffisant. Ce qu’il manquait vraiment, c’était la réparation », a-t-il affirmé au micro d’ONU Info Genève.

Pour cela, il fallait d’abord soutenir les victimes pour qu’elles brisent le silence et la peur, sans jamais les culpabiliser. « Je pense que le silence est une arme très importante pour les bourreaux », explique le médecin. « Mais lorsqu’une femme parle, elle encourage les autres à faire de même».  

Briser le silence

Plus largement, l’objectif est triple pour ce nouveau Fonds basé à Genève. Il s’agit de donner la parole aux survivantes afin qu’elles puissent avoir accès à de l’aide. Le but est également de dépasser les tabous pour permettre à ces femmes de retrouver une place au sein de la société, et de demander justice.

« Les femmes qui viennent nous voir, ne le font pas pour se venger. Elles ont besoin que quelqu’un qui a une autorité puisse leur dire que ce n’était pas de leur faute et les reconnaisse comme victimes », a fait observer le Dr. Denis Mukwege. Une quête judiciaire encore très lente, alors que des femmes attendent parfois plus de 40 ans pour que leur cas soit examiné par un tribunal.

Un tel délai exaspère le gynécologue, qui dénonce durant ces périodes « les tapis rouges déroulés aux bourreaux » par la communauté internationale. Ces actes sont une honte pour l’humanité selon lui, et il faudrait faire comprendre aux criminels - mais aussi à leurs commandants militaires - que leur place n’est pas dans la société. Un message particulièrement relié à l’actualité, alors que les tensions belligérantes se multiplient sur la planète.

Cet appel à l’aide pour les victimes des violences sexuelles et le lancement du Fonds mondial pour les survivantes interviennent en pleins travaux de la 66e Commission de la condition de la femme organisée à New York par ONU Femmes.

 

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