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*Le gravissime accident survenu,  le mercredi 2 février 2022 à Matadi-Kibala, dans notre Capitale, marquera pour un certain temps l’esprit des Congolais. Mais dans cette civilisation où se rencontrent le fatalisme résumé dans l’expression courante : «  tosala boni … esi eleki », et la communication ultrarapide ;  une autre actualité viendra, sans doute, chasser celle-ci. De plus, contrains par la dureté et l’incertitude de la vie, nous, Congolais, oublions assez vite.  Faudrait-il  rappeler que Kinshasa a déjà vu plusieurs autres événements tragiques avant la foudre et les électrocutés de Matadi-Kibala ? Cependant, les circonstances de la survenance de ces malheurs n’ont jamais été examinées comme il se doit, ni en tirer des leçons qui s’imposaient.  C’est donc avec un certain recul,  dans un esprit critique que j’appréhende cette catastrophe, que je perçois comme un syndrome.

Pourquoi syndrome ?

Le terme syndrome est d’une assez large utilisation en médecine ; il évoque un ensemble de signes en rapport avec un état pathologique permettant d’orienter le diagnostic des médecins. En psychologie, syndrome indique le comportement qu’affichent certaines personnes issues d’un groupe ayant traversé une épreuve difficile, violente et traumatisante. C’est ainsi qu’on parlait de syndrome du Viet Nam à propos des soldats américains ayant longtemps combattu dans le Sud-Est asiatique et montrant par la suite des comportements inhabituels, asociales et même inquiétants.

Avec la montée du terrorisme international et plus précisément la prise des otages, le terme a été associé à la relative sympathie que montrent certains rescapés des enlèvements à l’endroit des causes et même parfois des personnes qui leur ont pourtant privé de liberté au risque de perdre la vie. Dans ces cas, l’on parle du syndrome de Stockholm.

Dans ce texte, tout en partant des acceptions évoquées ci-haut, le terme prend une portée plus élargie. Par « syndrome de Matadi-Kibala », j’entends signifier, non seulement l’incident lui-même, mais également les causes profondes et lointaines, les indifférences, les incompétences et les négligences qui réellement expliquent la survenance du drame.

Il s’agira également d’aborder les justifications psychosociologique du drame, c’est-à-dire de tenter de saisir comment la société kinoise s’explique à elle-même la catastrophe. Par la suite, j’examinerai le processus à travers lequel  l’accident et ses suites se sont intégrés dans le contexte historique et la vie politique de notre pays, en montrant comment la classe politique a  autant habilement tiré profit de la situation  et, dans le même temps, persisté dans ses regrettables comportements de négligence, confirmant ainsi la thèse, du syndrome défendue à travers ces lignes. Enfin, je me risquerai à suggérer, modestement, comment le pays pourrait tirer quelques leçons de la vingtaine de mort de février 2022. 

Pourquoi et comment nous en sommes arrivés-là ?

Matadi-Kibala est l’exemple parfait des conséquences de l’urbanisation anarchique dans laquelle Kinshasa se vautre depuis les années soixante.

Dès lors, Kinshasa s’étend anarchiquement vers deux directions principales ; à l’Est, longeant le Boulevard Lumumba en direction de l’aéroport de N’djili et au-delà et à l’Ouest, suivant la route de Matadi vers le Kongo Central.

L’espace en direction du Kongo Central, puisque c’est de lui que nous discutons ici, prit, alors, une importante expansion, qui se poursuit encore de nos jours, suite à la construction du quartier moderne Mama Mobutu.

Et voilà que depuis les années 1990, l’on assiste à une véritable explosion démographique et urbanistique sur ce qui était un espace vert à la sortie de Kinshasa vers le sud-Ouest du pays.

Alors que les quartiers Mama Mobutu et Cité verte s’érigeaient dans le respect des règles urbanistiques, Matadi-Kibala apparait comme le fruit incestueux des rencontres entre  l’inévitable pression démographique et les combinaisons mafieuses des Ministres successifs des Affaires foncières, quelques Conservateurs véreux, des Chefs coutumiers avides d’argent et d’autres aventuriers de tout acabit. C’est ainsi que ce quartier, bâtit sur une colline assez raide, dénudé de sa végétation, dépourvu d’un quelconque système cohérant de circulation automobile ou piétonne, dénué d’installations de drainage et d’évacuation des eaux tant de pluies que domestiques, est régulièrement objet de graves érosions des sols. On peut légitimement douter qu’il existe quelque part un quelconque plan raisonné de cet espace où résident et pèsent actuellement des milliers de familles.

Matadi-Kibala n’est pas à son premier accident mortel. Voilà quelques années, un véhicule rempli de marchandises en provenance du Kongo Central avait fauché la vie à quelques vendeuses de ce marché improvisé sur la très et dangereusement fréquentée route de Matadi.

A l’époque,  le marché fut fermé pour quelques jours, avant que, sous la pression de certains candidats Députés, nous étions à la veille des élections, l’autorité de l’époque accepte de ré-ouvrir cette porte de l’enfer.

Si Matadi-Kibala a déjà, plusieurs fois,  semé la mort, ses alentours ne sont pas en reste. Régulièrement Kimwenza, qui se trouve juste en face, revoient ses eaux boueuses vers les pentes de Selembao, qui elle non plus, faute d’infrastructures d’accueil et de canalisation de ces tonnes de liquide,  ne maitrise pas ces lourdes vagues. A chaque saison pluvieuse,  des trombes d’eaux dévalent les pentes, entrainant des maisons, des biens domestiques et des corps sans vie. Les désastres de ces puissantes et incontrôlées chutes d‘eaux sont à l’origine de nombreux inondations et morts d’hommes de l’histoire de l’espace  Bandal-camp Luka-Makelele. 

Combien de fois n’avons-nous pas évacué les abords de la rivière Makelele avant d’y  autoriser ou tolérer de  nouvelles constructions, en toute inconscience ?

Voilà environ un mois, le brillant journaliste Omer Songo nous rappelait dans une tribune, la chute en  1996  de l’Antonov de l’Unita sur le marché Type K de Somba Zigida et l’inondation du quartier Cosbaki, situé entre Bandalungwa et Kintambo en 1990. Depuis avons-nous tiré les leçons qui s’imposent ? Non !

Pouvons-nous  imperturbablement continuer de parler d’accident, de concours de circonstances, de colère des éléments ou de mal chance lorsque tant de choses, aussi semblables arrivent dans un même environnement ? Ne devons-nous pas accepter que Matadi-Kibala n’avait pas été qu’un deuil, aussi douloureux soit-il.

Ce tragique évènement a été le syndrome révélateur de ce que nous sommes,  en réalité. C’était  une véritable faute, une faute grave, sur laquelle il faut méditer et qu’il convient de corriger. Matadi-Kibala illustre nos négligences, nos distractions et surtout le véritable niveau de nos incompétences, individuelles et collectives. Qui d’entre nous pourrait honnêtement se soustraire de cette responsabilité ? L’erreur est humaine, mais persévérer dans l’erreur est diabolique dit-on !

Nous avons entendu avec quelle désinvolture certaines autorités de notre société d’électricité ont rejeté la faute sur les urbanistes, bien sûr ! Mais avez-vous vu dans quel désordre se mélangent, se mêlent et  s’enchevêtrent les fils électriques qui apportent et distribuent le courant dans ces quartiers ? Combien de personnes n’ont pas été électrocutées, à Kinshasa, avant la foudre du mercredi 2 février 2022 ?

L’explication psychosociologique

Dieu a donné, Dieu a repris ; chacun a son jour pour partir ; les victimes ont été donné par la sorcellerie par leurs familles respectives ; les Chefs coutumiers du coin n’avaient pas reçu l’entièreté de leur compassassions ; la franc-maçonnerie a dû sacrifier quelques vies pour consolider son emprise sur la Nation ….. Que n’avons-nous pas entendu ?  Tout, sauf le souci de comprendre et de tirer objectivement les conclusions rationnelles.

Comme à l’accoutumé la société congolaise s’est, une fois de plus, habilement arrangé pour éviter de regarder la réalité en face,  l’analyser, la décortiquer, découvrir les tenants et les aboutissants pour en tirer les conclusions utilisables afin améliorer notre sort. Il ne fallait surtout pas désigner  un ou des coupables précis. Dans une société baignant dans l’irresponsabilité, comment peut-on isoler et identifier le ou les porteurs de la responsabilité. 

Un auteur congolais  Jean Paul Yawidi Mayinzambi affirme : « Le Congolais témoigne d’un comportement irresponsable dans ce sens qu’au regard de la destruction de sa société, on s’aperçoit qu’il ne sait pas mesurer la portée ni les répercutions générales des actes qu’il pose »[i].

Matadi Kibala et la scène politico-mondaine.

L’accident, disons  la sottise, de Matadi-Kibala a donné à la jetset congolaise, au premier rang de laquelle, se trouve la classe politique, une merveilleuse occasion de se pavaner.  Voilà, en effet, plus d’une trentaine d’années que le chanteur congolais Paul Ndombe Opetum dénonçait, dans une chanson demeurée célèbre, la « festivisation» des Matanga.

De nos jours, les deuils sont des lieux où l’on vient parader ;  on y défile, s’y pavane, on politise et l’on y fête. Tous ce que la Capitale compte comme personnalités ont été vu à Matadi-Kibala à cette occasion. Il va sans dire que les autorités ne pouvaient rester indifférentes ou même tout simplement éloignées d’un tel malheur, ou bonheur, c’est selon ! Cependant, avouons que, nous n’y avons pas vu que des gestes de compassion ! Passons sur la polémique sur l’utilisation des ambulances ou pas pour le transport décent des corps sans vie ; admettons tout de même que les taxis-bus, arborant leurs sièges sur le capot ne représentent pas le moyens de transport le plus approprié  pour ce genre de circonstance.

Alors que les corps des défunts reposaient à la morgue, Kinshasa, comme d’habitude, véhiculait  des scénarii  de toutes sortes.

D’aucuns affirmaient qu’en réalité il y avait bien plus  que quarante personnes électrocutées.  Certains allaient jusqu’à remettre en cause la foudre, pour sous-entendre, je ne sais quel attentat ou les effets de quelle la magie noire ?

D’autres articulaient avec assurance les énormes chiffres de fonds alloués aux obsèques et prétendument déjà détournés. Il y a,  ici,  la démonstration que nous nous empêtrons résolument dans une  société éloignée de la notion de confiance, mais ancrée dans la défiance. Décidément, en RDC le peuple doute de tout.

Le décorum et la mise en scène de la cérémonie de la levée des corps ne pouvaient laisser quiconque indifférant ; tout avait été préparé minutieusement, avec un soin  particulier ; à croire que la société congolaise, habitée par une culpabilité passagère, mal dissimulée, voulait en quelques minutes corriger les distractions des décennies de négligence. Là aussi,  nous ne sommes pas sortis de nos mentalités ; réputés pour dépenser moins dans la prévention et les soins médicaux, nous sommes reconnus dispendieux lors des deuils. C’est vrai qu’il y a, à ces occasions de grand rassemblement, plus de regards. Et le regard participe de l’acte  politique !

Pour que Matadi-Kibala ait été un sacrifice utile

Matadi-Kibala a été un véritable syndrome, il nous a frappé, bousculé, endeuillé, mais surtout révélé nos faiblesses, nos incompétences aussi bien d’hier que d’aujourd’hui. Le diagnostic de la société congolaise contemporaine se résume dans ce syndrome. Clairement établi, il s’est étalé aux yeux de tous, va-t-il nous  pousser, enfin, à une véritable introspection, à une remise en cause de nos pratiques ?  

Comme pour faire écho aux malheurs de Kinshasa, le Katanga vient de nous rappeler par les nombreux morts du déraillement du train de SNCC qu’il fait réellement et complétement partie de la RDC.

Ce syndrome n’éclaire pas que le passé, il nous indique aussi ce que sera notre avenir, à moins que ! D’ailleurs, un autre épisode n’a pas tardé, il a eu lieu dans l’après-midi du dimanche 27 février, sur le fleuve Congo, au port improvisé, non équipé et non suivi de Maluku ; on y a compté selon la presse, encore, une vingtaine de disparus. On peut affirmer, sans peur d’être contredit, que la baleinière ayant pris feu ne disposait d’aucun système de sécurité…. L’espace funéraire de l’hôpital du Cinquantenaire se prépare certainement à accueillir un autre deuil majestueux ! Et les autorités peaufinent les discours et réponses aux journalistes tandis que les animateurs montent les festivités du deuil, oui festivités !

Dans l’entretemps, nous prétendons continuer  d’appliquer les résolutions de l’après Matadi-Kibala ; déplacement des marchés, évacuation des rues encombrées par des étals des marchandes ; destruction des constructions dites anarchiques et autres. Mais que va-t-il arriver à ceux qui  avaient autorisé et profité de l’installation de ces marchés pirates et permis ou toléré les constructions dites anarchiques ? Rien.

Pourquoi refusons-nous de soigner notre syndrome ? Et pourtant la thérapeutique, difficile certes, existe.

 

 

Chronique   littéraire

Confidences du chauffeur du ministre :

« Remise- reprise.  Reprise-remise »

… Effervescence.   Ebullition.  Frénésie. Ngwasuma… Les mots me manquent pour   décrire   et  qualifier le drôle et la folle d’ambiance     à la résidence de notre patron,    le ministre d’Etat en charge des questions Statistiques et Tactiques. D’après les indiscrétions de la domestique à l’oreille   du jardinier, et du jardinier à l’oreille          du garde du corps, et de ce dernier à l’oreille du chauffeur du ministre, le professeur (on roule par respect la dernière syllabe…), cousin « sang-pour-sang »   de Son Excellence, venait d’être nommé recteur à une université     périurbaine   et    « conventionnée »    appartenant moitié à  l’Etat et  moitié à une Eglise  « charismatique ».  

Mon patron,  le ministre,  m’a chargé d’accompagner son cousin à la séance  de « remise-reprise » (de « reprise-remise » selon le garde du corps, de « reprise-reprise », selon le jardinier ; de «  remise-remise », selon           la domestique…)

…Le temps d’embarquer     le nouveau promu dans la voiture officielle du ministre, avec  comme escorte dedans,  toute sa ribambelle d’enfants, de neveux, d’oncles et des membres futurs du futur cabinet, nous voici en surcharge, mais direction : Ecole Facultaire Charismatique de la Tsangu, en sigle EFACATSA  (« Effracatsa », comme le prononce innocemment le garde du corps, en référence sans doute à une chanson-ndombolo à succès…).

Euphorie,  principalement pour le Comité de gestion « entrant ».  Entre deux  euphories, j’ai le temps de féliciter le cousin-professeur-recteur pour sa nomination et pour (je bafouille…) pour la «  remise-reprise-remise-remise-reprise-reprise…..).  Le professeur-recteur  me  tance  gentiment mais fermement pour, dit-il, « tant de transgressions grammaticales » ;   et d’ajouter : « On ne dit pas ‘remise et reprise’, expression belgo-congolaise frelatée ; on dit ‘passation de pouvoir’ ». Aïe, j’en ai eu pour mon compte : en vérité, en vérité, comme   disait mon grand-père : « le ki-flançais-là est plus matata, plus difficile à labourer que le champ de manioc ! ».

Manifestement   la  « remise-reprise’,    pardon… la    « passation de pouvoir »   a   été   bien orchestrée et bien huilée à l’avance de part et d’autre des « entrants » et des « sortants », à voir les sourires           d’apparat   des uns et des autres ainsi que la masse et le volume  des documents sous les bras   du professeur-recteur.   Fin de partie. Embrassades protocolaires et poignée de mains à la Covid. Puis cocktail copieux.

Dehors, surprise,   des groupes folkloriques endiablés, chaque membre du comité de gestion « entrant »   ayant   mobilisé   les artistes de son clan, ses partisans et la future garde thuriféraire.  Youyous  et chants d’hommage.   Sons de tam-tam. Costumes et grimages pittoresques. Au comble   des enthousiasmes et des délires, le cousin du ministre,   professeur et recteur est pour ainsi dire, enlevé par les fans du clan et catapulté sur un tipoy traditionnel en osier ouvragé.

… Au point, dans l’euphorie, d’oublier définitivement la voiture officielle ministérielle, et le chauffeur officiel du ministre…

Yoka  Lye

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