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 *La question : la Russie, l’Ukraine et la RDC.  Le monde en parle. C’est l’invasion de la Russie en Ukraine, jugée impérialiste, et devenue un show de forces entre l’Occident et le leader de l’ancien bloc soviétique socialiste.  Cette situation est une énigme politique pour la RDC, surtout que son multilatéralisme diplomatique le fait serrer la main à l’envahisseur, l’envahit, et leurs sympathisants. En cadre illustratif, les militaires Ukrainiens ont combattu aux cotes des FARDC et casques bleus.

En 2019,  le Président ukrainien Volodymyr Zelensky au travers du Conseil National de Sécurité et de la Défense de son pays, avait même soutenu l’idée d’accroitre le contingent militaire en RDC. Au sein des 20,000 casques bleus des Nations Unies en RDC, la force Ukrainienne est une petite mais importante portion, qui pourvoit son expertise dans les domaines de pilotage des hélicoptères de guerre Mil Mi-8, médical, etc. 

Mais,  que dire alors du bilatéralisme RDC-Russie? C’est une longue histoire de 62 ans qui a même coûté la vie à Patrice Emery Lumumba; ainsi causant le chaos dans le premier régime post-indépendance. Le reste est histoire commue: le pays a basculé d’une instabilité politique à une dictature, puis une guerre élastique.

L’amour Russe-Congolais est compliqué, et parfois une équation complexe. A titre illustratif, en 1999 le Président LD Kabila établît les jalons d’une coopération militaire renouvelée entre la Russie et la RDC. Il n’y avait aucun doute que LDK diversifiait ses amis et refusait une dépendance exclusive du monde capitaliste. Il est possible que dans les pas de Lumumba, LDK prévoyait un divorce progressif avec l’Occident.

Un Kabila s’en est allé pour laisser place à un autre, qui, à son tour fera de tout son mieux pour protéger son pouvoir, et énerver au minimum possible les amis occidentaux. Il n’est donc pas surprenant qu’il ait attendu la fin de ses 18 ans de règne pour,  enfin,  ratifier la convention militaire laissée par son prédécesseur.

L’administration Tshisekedi y est allée avec agressivité, la RDC étant dans une salle d’urgence économique.

A ce sujet, notre pays qui compte 27 millions de personnes victimes d’une crise alimentaire sévère, en a besoin. Peu importe d’où elle viendrait, la diplomatie économique est salvatrice en RDC, surtout au moment où les assiettes des Congolais crient, les infrastructures sont à désirer, et les besoins socio-économiques s’accentuent.

Ainsi, nous avons assisté, dans un passé récent, à une amplification des moyens pour tisser et fortifier le bilatéralisme économique RDC-Russie. Le 9 mars dernier (2021) par exemple, le Comité de Coordination de la Coopération économique avec les pays africains (AFROCOM) et l’Agence Nationale pour la Promotion des Investissements (ANAPI) organisait conjointement un forum d’affaires avec la participation active de la Chambre de commerce et d’industrie de la Russie et l’Ambassade de la RDC près la Russie.

Le communiqué de presse de l’ANAPI précise que l’objectif du forum ‘’était de placer un cadre pour le renforcement des relations économiques et commerciales mutuellement avantageuses entre la Fédération de Russie et la République Démocratique du Congo, dans la suite de la participation de Son Excellence Monsieur le Président de la République, Félix A. Tshisekedi, au 1er  Forum économique Russie-Afrique qui s’est tenu en octobre 2019 à Sotchi, en Russie. Les échanges ont ainsi porté sur les opportunités d’investissement dans les secteurs prioritaires du Gouvernement congolais, tels que : l’agriculture, l’énergie (production, transport et distribution de l’énergie électrique), le transport et la construction des routes, les équipements aéroportuaires et systèmes de contrôle automatique des vols, les hydrocarbures (exploration, transport du pétrole et du gaz liquéfié, etc.), les mines, les NTIC et le développement du capital humain. Plus d’une quarantaine de firmes russes ont pris part à ce Forum virtuel, exprimant sans réserve leur intérêt à faire des affaires en RDC’’.

Deux mois plus tard, soit le 26 Mai, une délégation d’hommes et femmes d’affaires russes atterrissait le sol congolais, dans le but d’explorer les possibilités d’investissements dans plusieurs domaines.

Sans m’éterniser sur l’apport de la Russie à la RDC, ce bilatéralisme nous a aussi était utile dans la lutte contre le virus Ebola, et dans le domaine de la sante en général avec plusieurs matériels et unités consommables de laboratoires donnés.

De fond, la RDC tire bénéfice des deux partenaires impliqués dans cette crise. Mais maintenant que la Russie semble être la bête noire de plusieurs de nos partenaires, que faire?

Dilemme

Ami aux américains et au monde occidental en général, le Président Tshisekedi a, dès les premiers jours de son administration, emprunté le chemin que je qualifie d’Allemand: sourire à tous. En effet, lorsque les russes se préparaient d’envahir l’Ukraine, les allemands souriaient aux américains et aux russes qui leur fournissent 55% du gaz qu’ils utilisent. Malgré cette dépendance au gaz russe, plusieurs semaines plus tard l’Allemagne s’est vue contrainte par la géopolitique de suspendre la mise en service du projet du gazoduc North Stream 2 et dénoncer ouvertement l’invasion russe comme une violation de la charte des Nations Unies et des normes internationales.

L’odeur de la fumée entre la Russie et l’Ukraine, deux pays stratégiquement placés au cœur de l’Europe n’épargne personne. Le monde entier s’en mêle et se divise. Pour certains et la majorité, la décision de conduire des opérations militaires russes sur le sol ukrainien est une expression barbaresque du leadership de Kremlin. Putin a tort.

Aux autres, Kremlin se sentant menacé par la présence Union Européenne et l’OTAN dans les parages, prouve son patriotisme par cet acte, et lutte pour la sécurité du patrimoine russe. A la croisée des deux opinions, se retrouvent les non-allies: ils veulent sourire à tous, ne condamner personne. Ils s’exercent à tenir un discours conciliatoire appelant les deux parties à la raison. Un tel discours me rappelle des propos du feu Monseigneur sud-Africain Desmond Tutu: ‘’Si vous êtes neutre dans une situation d’injustice, vous avez choisi le côté de l’oppresseur’’.

La question que l’on peut se poser est la suivante: où se situe ou doit se situer la RDC? La politique étrangère étant une politique publique, que pourrait-on conseiller (si jouissant de ce privilège) au gouvernement congolais comme stratégie à cette crise qui bouge les quatre coins du globe ? Faut-il prendre le chemin d’une séparation d’amoureux que vient d’emprunter l’Allemagne, ou publiquement soutenir les russes et ainsi mettre en danger nos relations avec l’Ouest, ou demeurer muet, surtout quand la question ne nous est pas posée, et ainsi tomber dans le piège prédit par le Bishop Tutu?

Au-delà de tout, si la RDC doit devenir une voix puissance dans la diplomatie mondiale comme envisagé par le Chef de l’État, nous devons à nous exprimer sur les crises mondiales de grande envergure.

Que disent les pays frères?

Avant d’examiner la position de la RDC, voyons les pas pris par quelques pays Africains. Tôt dans la vapeur du moment, la cheffe de la diplomatie sud-africaine, Dr Naledi Pandor a appelé la Russie à se désengager militairement du territoire ukrainien et recourir aux solutions diplomatiques.

Une telle réaction du pays ‘’arc-en-ciel’’ était certainement une déception pour la Russie qu’elle considère pays-ami. Les deux nations sont membres du groupe BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), cinq économies mondiales émergentes. En plus les investissements sud-africains en Russie sont estimés à une valeur de plus de 5 milliards de dollars américains.

Juste quelques heures après cette déclaration, le pays de Mandela fait un demi-tour. Devant la presse le vendredi passé le Président Cyril Ramaphosa déclare sans ambiguite: ‘’Certains d’entre nous étions très déçu de voir que la réunion entre le Président Biden et le Président Putin n’avait pas eu lieu. Si cette réunion avait eu lieu sans conditions [préalablement imposées], je suis sûr nous aurions évité la situation calamiteuse actuelle’’. Réunion? Condition? Oui, Ramaphosa se referait à une réunion probable entre Biden et Putin, issue du courtage de Macron. Mais comme condition établît par Biden le 21 Février 2022: la rencontre n’aura lieu que si Putin garantit de cesser toute activité militaire menaçant l’Ukraine. Trois jours plus tard, les armes, bombes russes ravageaient le territoire Ukrainien.

Selon, Ramaphosa, la Russie ne doit donc pas être traitée de démon, sachant qu’elle avait offert un moyen de rachat qui était bafoué par l’Occident, les USA.

Le Kenya, le Ghana et le Gabon, trois membres non-permanents du Conseil de Sécurité, ont tous suivi le train international de condamnation de la Russie, l’appelant à respecter la charte des Nations Unies ainsi que la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

La République Centrafricaine et le Mali ont du mal à expliquer la présence des forces dites Wagner dans leurs pays, assurant parfois la sécurité des personnalités politiques. Bien qu’elle dise n’avoir formé que des relations pays-pays, la diplomatie du ‘’déni plausible’’ exercée par la Russie a vu un déploiement de ce groupe paramilitaire russe dans plusieurs pays africains.

Le déni plausible s’explique par le fait que ce groupe n’est pas internationalement reconnu comme faisant parti de l’armée russe, bien que constituée seulement des russes et combattant souvent avec eux. Cette ambiguïté, laisse libre-champs à Kremlin de démentir et transposer toute responsabilité en cas d’abus de pouvoir.

Au moment de l’invasion russe, le Général Soudanais Mohamed Hamdan "Hemeti" Dagolo était à Moscou pour fortifier les relations entre les deux pays. Hemeti est un homme puissant au Soudan. Il est commandant d’une puissance milice arabe, dite janjawid opérant dans la guerre du Darfour, et vice-chairman du Conseil de Souveraineté de Transition, après la chute d’Omar el-Béchir.

Revenons à nos moutons…

En Afrique, c’est clair que les avis sont partagés et naviguent les lignes d’intérêts. Dans le cas de la RDC, je vous invite à observer ces quatre faits importants :

  1. Selon une ordonnance présidentielle lue le 15 Février passé, une semaine après la rencontre Macron-Putin et presqu’une semaine avant l’invasion, le Président Tshisekedi fait preuve de bonnes relations bilatérales entre la RDC et la Russie. Il nomme Yvan Vangu Ngimbi ambassadeur de la RDC près la Russie. Dans sa lourde mission, Vangu devrait œuvrer pour la consolidation des relations économiques entre les deux nations.
  2. Récemment, l’ambassadeur Russe en RDC, Alexey Sentebov, disait en des termes clairs que la Russie était disponible, de par ses capacités militaires, à soutenir les FARDC pour mettre fin à la violence qui sévit l’Est du pays. Le 23 février dernier (une semaine après la nomination de M. Vangu), soit le jour avant la fameuse invasion, Sentebov, était au Nord-Kivu où il était reçu par le gouverneur militaire le lieutenant-général Constant Ndima Kongba. Cette visite, d’après Sentebov, était dans le cadre de palper la situation sécuritaire de main et rassurer le soutien de la Russie dans la traque ADF.
  3. En outre, remarquons que déjà, l’ambassade de la Russie place les paroles dans la bouche Congolaise. Suite à certaines images qui ont récemment circulé sur les réseaux sociaux montrant une petite caravane des véhicules portant des drapeaux congolais et russe, le site internet de l’ambassade consulté ce lundi 28 février lit: ‘’ Un rallye automobile à l'appui de la Fédération de Russie a eu lieu à Kinshasa : Les Congolais qui ne sont pas indifférents à ce qui se passe en Ukraine ces jours-ci y ont pris part. Les participants ont roulé le long de l'avenue centrale de la capitale avec des drapeaux de la Russie et de la RDC.’’

Est-ce qu’une caravane de quelques individus faisant preuve de leur libre expression démocratique peut être substituée avec la position officielle du gouvernement Congolais, pour que l’ambassade tienne de tels propos ? Ou, y’a-t-il déjà eu une déclaration officielle de la part du gouvernement congolais, non connue du publique, soutenant l’invasion russe en Ukraine ?

  1. En contrepoids, les diplomates européens réunis en concert à Kinshasa ont récemment ressassé la voix de leurs pays accréditants, en condamnant la Russie pour violation des règles internationales. Est-ce une façon de forcer Kinshasa de s’exprimer en satisfaction avec le vent occidental ?

Face à mélimélo, le vendredi dernier après Conseil de Ministres, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya s’est prononcé sur l’affaire, mais seulement en relation de nos compatriotes : "Le Premier ministre a aussi abordé la question relative à la situation de nos compatriotes bloqués en Ukraine et des mesures à prendre au niveau du ministère des Affaires Étrangères pour trouver les voies et moyens de leur apporter le soutien nécessaire". Parmi ces voies et moyens, la RDC a sollicité le soutien du HCR, de l’OIM et de la Pologne.

Comme sagesse, le gouvernement de la RDC a jusque-là maintenu une bouche muette sur le nœud de l’affaire en cours. Une telle approche est d’une importance capitale, surtout vu la complexité et détérioration rapide de la situation; et aussi vu le besoin et la nécessité de la RDC de se bâtir sa propre idée et sa politique étrangère sans influence aucune, mais basées sur les besoins réels de son peuple.

Il est donc important que notre gouvernement examine malicieusement les enjeux avant de se prononcer, et le faire de façon équilibrée. Cela ne signifie pas nécessairement prendre la ligne condamnatoire de l’Afrique du Sud, ou mettre en danger une collaboration économique comme l’Allemagne. Cela ne signifie pas aussi présenter des louanges à la Russie et dénigrer la souffrance infligée au peuple Ukrainien. Mais,  il y a certainement possibilité de passer un message qui rappelle les priorités économiques de la RDC, la nécessité de la diplomatie, et les effets néfastes d’une guerre.

Après tout, le Congo peut bien donner une leçon dans ce domaine. 25 ans de guerre nous donnent une crédibilité pour être écouté. Si permis de s’exprimer à l’Ukraine, je pense que les cœurs Congolais n’hésiteront pas de partager la compassion humanitaire d’une attaque de type impérialiste d’un voisin ; une attaque qui pourrait causer plusieurs morts, déplacés, et réfugiés politiques, et entrainer des conséquences néfastes sur la vie socio-économique de cette nation pendant plusieurs décennies. En principe, le peuple Congolais éviterait toute situation conflictuelle entre deux pays frères.

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