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L’ancien ordre mondial
L’ancien ordre mondial et son système géopolitique ont vécu. Pour simplifier, on peut considérer que l’ancien ordre mondial résulte des Accords de Yalta signés en février 1945 par les Américains, les Britanniques et les Soviétiques. La France, qui n’a pas été invité à la Conférence de Yalta, considère que Yalta doit se lire comme la création d’un monde bipolaire avec le partage entre Américains et Soviétiques de zones d'influence. Deux exemples : l’Europe est coupée en deux, l’Ouest versus le bloc de l’Est ; la Corée est partagée en deux zones d'influence, américaine et soviétique. Yalta se prolonge avec la création d'une organisation internationale, l'ONU. On parle à ce moment de « l'équilibre de Yalta ». Les Accords de Yalta se traduisent, jusqu’à la fin des années 1980 et l’effondrement du communisme, par l'existence d'une domination commune et négociée du monde, le fameux « condominium »,  entre deux superpuissances, les Etats-Unis et l’Union Soviétique. Un « condominium » désigne la souveraineté partagée entre deux puissances ou plusieurs sur un même territoire. Ici, le territoire, c’est le monde, les deux puissances sont les Etats-Unis et l’URSS. On parle alors de monde bipolaire symbolisé par la « Guerre froide ».
Le cas de l’Afrique
En 1884-1885, sous l'impulsion de Bismarck, les représentants de 14 gouvernements se réunissent à Berlin pour une conférence durant laquelle s'opère le "partage de l'Afrique" entre les puissances coloniales. Paradoxalement, le partage de l’Afrique résulte chez Bismark d’une pensée pacifique : ne pas reproduire en Afrique les guerres ouvertes en Europe et dans le monde. Au lendemain des Accords de Yalta et des indépendances des années 1960, l’Afrique va devenir le lieu de l’affrontement entre les deux superpuissances, de nombreux Etats africains choisissant la forme marxiste-léniniste du pouvoir et de l’économie. L’URSS et la Chine sont alors présentes en Afrique à travers le soutien qu’elles apportent aux mouvements de libération anticoloniaux. L’Afrique devient, au lendemain des indépendances, le miroir, sur le terrain militaire et idéologique, des rapports de force entre l’Ouest et le monde communiste.
  1. La fin du monde bipolaire
L’effondrement du communisme, symbolisé par la Chute du Mur de Berlin et la disparition de l’URSS, a pu faire croire que monde était devenu unipolaire. La montée en puissance de la Chine permet de poser la question suivante : le monde sera unipolaire, mais sera-t-il américain ou chinois ? Una autre thèse se fait jour, suite à une mauvaise interprétation de l’essai du politologue américain Francis Fukuyama, publié en 1992, identifié comme l'un des essais les plus importants de la fin du XXe siècle, La Fin de l'histoire et le Dernier Homme. Francis Fukuyama n’annonce pas la fin de l’Histoire, mais il considère qu’avec l’effondrement du communisme et l’expansion de la mondialisation, les sociétés auront comme seul objectif leur propre perfectionnement démocratique et économique. L’Occident tombera dans le piège de cette vision idyllique, ignorant que d’autres menaces se profilent sur la paix mondiale. Le monde va devenir multipolaire.
  1. Le monde multipolaire
Les tensions géopolitiques se situent aujourd’hui à des niveaux inquiétants. Elles jettent les bases d’un futur nouvel ordre mondial. Les attentats du 11 septembre 2001, la crise financière mondiale de 2008-2009, la pandémie du coronavirus depuis 2020, la montée de puissances régionales (Turquie, Iran…), l’affirmation de la Chine et de la Russie comme superpuissances, l’abandon par les Etats-Unis de leur rôle de leader mondial (Afghanistan), les pays occidentaux qui peinent à gérer leurs propres crises (crises identitaire, industrielle, sociale, climatique, migratoire…), les guerres économiques d’une violence inouïe que se livrent les régions du monde, tout cela accélère de nombreuses tendances géopolitiques déjà en mouvement et contribue à construire un nouvel ordre mondial post-américain, post-occidental, qui s’affirmera dès que nous sortirons de la pandémie de la Covid 19.
  1. Deux symboles du nouvel ordre mondial : la « démondialisation » et les nationalismes
  2. La démondialisation
Dans le dernier ordre mondial, la croyance partagée dans les vertus de la mondialisation a poussé le monde à davantage coopérer: Si la mondialisation a rapproché le monde pendant la dans la dernière partie du XXè siècle, elle s’est traduite par des investissements massifs à l’étranger provoquant la désindustrialisation de l’Occident soumis désormais à une trop grande dépendance des chaînes d’approvisionnement extérieures (médicaments, semi-conducteurs, gaz, pétrole…). Les dirigeants occidentaux voient s’affirmer les demandes de renationalisation de certaines activités au nom l’emploi,  de l’indépendance et de la souveraineté nationale.
  1. Les nationalismes
Parallèlement à la dénonciation de la mondialisation, on assiste au retour des nationalismes (Brexit, élection de Donald Trump, percée électorale des mouvements ultra nationalistes…). Le mythe de la prospérité économique, que traduisent souvent des PIB trompeurs, s’effondre devant l’augmentation des inégalités de revenus. S’ajoutent les crises sécuritaires, identitaires et civilisationnelles qui font que les nationalismes s’affirment de plus en plus, le monde extérieur apparaissant comme une menace.
5) Des puissances qui s’affirment
  1. a) Chine et Russie
  • ● La Chine s’affirme comme superpuissance économique et politique à travers les « nouvelles routes de la soie ». Elle apparaît aux yeux de nombreuses pays du Sud comme un rival géoéconomique, géopolitique et géostratégique légitime de l’Occident en général et des États-Unis en particulier. Ses armes : le softpower et ses capacités d’investissement à l’étranger, notamment en Afrique.
  • ● La Russie de Poutine cherche à exister comme superpuissance. Vladimir Poutine considère que la disparition du bloc soviétique constitue « la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle ». Depuis son accession au pouvoir en 1999, il cherche à restaurer la puissance perdue de la Russie. L’existence d’un monde multipolaire lui permet de ne pas s’enfermer dans un dialogue avec les Etats-Unis tel qu'il existait avant. Ne pouvant pas rivaliser avec la Chine pour la puissance économique, il joue sur tous les claviers de la géographie des affrontements en Europe (Ukraine, Azerbaïdjan) ou en Afrique (Mali, Centrafrique). La faiblesse de la Russie reste sa fragilité économique, malgré le gaz et le pétrole. Elle avance dans un monde multipolaire en brusquant les choses, en fournissant du matériel militaire et des instructeurs, en pratiquant la désinformation comme au Mali.
Remarque : en Afrique, on n’assiste pas à l’arrivée de la Chine et de la Russie. Ce sont des alliés anciens des pays africains (Cf. les déclarations de la junte malienne). Différence entre la Chine et la Russie : la Chine, qui a émergé comme véritable puissance économique, a le temps ; la Russie comprend que le temps joue contre elle, d’où les stratégies d’affrontement (Ukraine, Mali). Mais, si la Chine, au-delà de l’Afrique, cherche à prendre la place des Etats-Unis dans le monde, la Russie semble, pour l’instant, vouloir se contenter d’expulser la France de l’Afrique francophone en s’implantant localement comme au Mali.
  1. Les puissances régionales
Une puissance régionale est un État qui cherche à affirmer son influence politique, économique, idéologique et militaire sur une région donnée. Les puissances régionales  ne prétendent pas accéder au statut de superpuissances, ce sont des puissances moyennes. La liste de ces puissances moyennes est longue. Deux pays symbolisent la montée de ces puissances régionales : la Turquie, l’Iran, qui poursuivent leurs ambitions expansionnistes. La part reste à faire entre la véritable puissance et la capacité de nuisance des puissances régionales. En mettant l’idéologie aux postes de commande, la Turquie et l’Iran cherchent à masquer la faillite de leurs économies. Leur intérêt est de maintenir à un haut niveau les risques d’affrontement. La défaite de la pensée démocratique s’explique par le fait que la Turquie et l’Iran peuvent incarner aux yeux des opprimés la résistance à l’injustice et à la domination de l’Occident sur le monde.
Conclusion
Les tensions géopolitiques qui s’aggravent dans le monde  jettent les bases d’un nouvel ordre mondial. Un paramètre nouveau vient brouiller les cartes des relations internationales : la montée de la menace terroriste et l’émergence des guerres asymétriques. Le Mali est un exemple de l’existence de ce nouvel ordre mondial. Il existe une longue histoire entre Bamako et Moscou, qui remonte aux années 1960, lors de l'indépendance du Mali, avec, de 1960 à 1968, un vrai partenariat entre le Mali et la Russie, dont des accords de défense. Aujourd’hui, la Russie cherche à évincer la France et l’Union Européenne de l’Afrique francophone.
Au Mali, de nombreuses forces internes préfèrent un partenariat avec la Russie, plutôt qu'avec la France, l’Union Européenne et l’Occident. Faut-il rappeler que l’ambassadeur russe a été le premier diplomate étranger reçu en audience par la junte militaire malienne ? Que le chef du CNSP, devenu Président de la République, Assimi Goita, a été formé en Russie ? Que sur les 5 pays du G5 Sahel, 4 ont signé des accords de défense avec la Russie ? Avec l’arrivée des Russes au Mali, le Sahel devient le lieu où s’expriment les nouvelles rivalités internationales.
Des mouvements activistes s’engouffrent dans la brèche ouverte par la Russie pour réactiver l’ancien discours anticolonial qui s’était affaiblii.
Christian Gambotti
Président du Think tank Afrique & Partage
Editorialiste, chroniqueur
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