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Extrait du Chapitre 5 de l’essai intitulé : Le Président F. Tshisekedi et l’UDPS en 30 Mois d’Imperium (Hubert Kabasu Babu Katulondi, Librinova, Paris, 2022). Il s’agit du Tome III du triptyque « L’Esprit du Pouvoir et le Pouvoir de l’Esprit en RDC ».
Intellectuels du progrès. Ce sont les tricoteuses de la dialectique. A chaque tête qui tombe,  elles refont les mailles du raisonnement déchiré par les faits
(Albert Camus)
Le véritable progrès démocratique n'est pas d'abaisser l'élite au niveau de la foule, mais d'élever la foule vers l'élite (Gustave Le Bon)                            
A  la suite du décès du mythique « sphinx de Limete et lider maximo » de l’UDPS, E. Tshisekedi, et ensuite le départ massif de plusieurs têtes de proue de ce parti, notamment Sami Badibanga et Bruno Tshibala, comme premiers ministres (amenant avec eux une kyrielle d’autres cadres), l’UDPS s’était pratiquement vidée de ses leaders de la génération des années 1990. Ces leaders étaient plus proches des pères fondateurs des années 1980 constituant la première génération  notamment,  Ngalula Npanda Njila, Kibassa Maliba, Etienne Tshisekedi, Marcel Lihau.
Avant cette vague, le départ du placide Secrétaire Général Rémy Massamba et ensuite du Secrétaire Général Mavungu, suivi de l’éviction d’Albert Moleka, avaient aussi délesté l’UDPS des intellectuels saillants de la deuxième génération des leaders de ce parti politique.
Dans cette vague, il est important de noter également l’auto-transfert politique de l’intrépide Eve Bazaiba et l’effervescent communicant de pointe Jean-Baptiste Bomanza, de l’UDPS au MLC de Jean-Pierre Bemba. Toutes ces personnalités constituant la deuxième génération de leaders de l’UDPS avaient aussi œuvré plus étroitement et plus longuement avec les pionniers créateurs de l’UDPS.
Cette deuxième génération des élites de l’UDPS avait plus profondément intériorisé les matériaux idéologiques des fondateurs. On remarque qu’au fil des années, la substance et idéologique et l’ancrage normatif se sont dramatiquement émoussés.  C’est ainsi que l’UDPS de l’alternance et celle des années 1980-2015 semblent être des organisations politiques différentes, en termes de consistance discursive et de normativité comportementale de ses animateurs.
L’autre départ porteur d’un impact aussi néfaste pour l’UDPS est celui du très idéologique et politiquement percutant, le tribun Valentin Mubake. Ce haut cadre rompu à la politique congolaise fut le conseiller politique de l’illustre président de l’UDPS Étienne Tshisekedi.
Mubake est porteur d’une expérience politique épaisse. Il l’avait construite depuis les années 1980 grâce à sa sagacité intellectuelle, son sens des relations politiques nationales et internationales. Intrépide, Mubake était porteur d’une combativité intellectuelle et politique inégalée dans sa génération. Il s’est bâti une remarquable épaisseur politique à travers d’innombrables participations aux dénouements des multiples crises politiques de la RDC depuis la Conférence Nationale Souveraine jusqu’au Dialogue Inter-Congolais. Si le Président F. Tshisekedi avait fait preuve de flexibilité en faveur d’une réconciliation avec Valentin Mubake (originaire du Sud-Kivu), il est certain que la sagacité de cet ancien conseiller politique d’E. Tshisekedi aurait pu éviter au chef de l’État la débâcle historique de la mercantilisation de l’État dans le programme présidentiel de 100 jours. 
  1. La troisième génération des leaders de l’UDPS dans les contradictions disjonctives
Depuis les six dernières années (2014-2020), on a assisté à la montée fulgurante des personnalités constituant la troisième génération de leaders de l’UDPS. De Félix Tshisekedi, en passant par Peter Kazadi, Augustin Kabuya, Jean-Marc Kabund, Jacquemin Shabani, Paul Tshilumbu, on a observé le positionnement de nouveaux « jeunes Turcs » dans les fonctions déterminantes du parti. Cette troisième génération a fait preuve d’une incontestable vaillance oppositionnelle. Elle a indubitablement contribué à la production de l’alternance. Surtout entre 2015 et 2018, ces leaders étaient à tous les fronts pour les élections et les pressions nationales et internationales en faveur de la conformité à la Constitution. C’est pourquoi il convient de les catégoriser comme la vaillante génération « udpsienne » de l’alternance. C’est donc une troisième génération des cadres de l’UDPS, d’une incontestable intrépidité combative oppositionnelle inégalée de cette époque, qui est parvenue à conquérir le pouvoir aux élections de 2018. Elle a accédé aux commandes de l’Etat et à la direction suprême de la société.
Il convient de rappeler les mérites de cette génération. En effet, à un moment où le régime de J. Kabila tendait la perche aux opposants, à l’issue des négociations de la CENCO et des Accords de la Cité de l’Union africaine, en 2016, cette génération a démontré une énergie de résistance honorant la lutte historique de l’UDPS. Et cette résistance a aussi solidifié l’opposition toute entière à un moment crucial de sa fragilité. Plusieurs leaders politiques de «l’opposition plurielle » avaient accepté les postes ministériels dans le Gouvernement Badibanga et ensuite dans le Gouvernent Tshibala. Grâce aux leaders de cette génération de l’alternance, l’UDPS a continué à jouer son rôle de fer de lance et épine dorsale de l’opposition.   
Les figures de proue de cette génération ayant dirigé l’UDPS à cette phase de graves turbulences sont notamment F. Tshisekedi comme président du parti et Jean-Marc Kabund comme secrétaire général. F. Tshisekedi a essentiellement joui de sa filiation avec son père président de l’UDPS, Étienne Tshisekedi, tout en capitalisant son activisme sur le plan international. Cependant, la montée quasiment stellaire de Jean-Marc Kabund est phénoménale. Kabund a joué un rôle de premier plan lorsqu’une fronde de cadres tentait d’obstruer l’héritage de l’UDPS par F. Tshisekedi après le décès de l’illustre leader oppositionnel E. Tshisekedi. Jouissant de l’onction de sa nomination directe par l’illustre  E. Tshisekedi, Kabund fut le bouclier et le guerrier implacable de l’ascension de F. Tshisekedi à la tête de l’UDPS. Ainsi, F. Tshisekedi fut élu (avec 98 % de votes) comme président de l’UDPS et candidat président pour ce parti, lors de son Congrès, dans la nuit du 30 au 31 mars 2018 à Kinshasa.   
Pourtant, Jean-Marc Kabund fut essentiellement un cadre provincial originaire du Kasaï Central, qui était parti opérer dans la fédération de l’UDPS du Haut-Lomami[1]. Son positionnement et son ascension au sommet de l’UDPS, avec une nomination par Étienne Tshisekedi en 2016, seraient essentiellement attribués à sa présentation comme originaire du Katanga, dans un contexte où le parti favorisait un équilibre géopolitique. Sa nomination le 22 janvier 2019 comme président intérimaire du parti par le nouveau Chef de l’État F. Tshisekedi (qui ne pouvait pas coupler sa fonction institutionnelle et la présidence d’un parti politique selon la loi) provoqua une fronde. Elle fut menée par un autre jeune Turc, Jacquemin Shabani[2].
Ensuite, une querelle éclata entre Jean-Marc Kabund et Augustin Kabuya, le secrétaire Général. Et cela avec enchaînement dans une autre confrontation dramatique et médiatique contre Paul Tshilumbu, porte-parole du parti. Lors de son conflit aux coutelas contre Paul Tshilumbu, celui-ci fustigea la fourberie de Kabund. Ce dernier se serait présenté comme Katangais pour arracher la nomination de la part d’E. Tshisekedi, alors qu’il est originaire du territoire de Luiza, dans le Kasaï Central. Dans le même élan des querelles intestines, le Président de l’UDPS, Kabund, s’est trouvé dans un bras de fer contre Victor Wakwenda (Président de la Convention démocratique de l’UDPS), sur l’illégalité de ses fonctions[3].
  1. L’ascension au pouvoir et l’amplification de la fragmentation de l’UDPS
Dès l’accession de l’UDPS au pouvoir, les observateurs ont été intrigués par l’apparence d’absence de leadership cohésif dans ce parti qui contrôle la présidence de la République. Cette réalité est cernée dans plusieurs situations. La plus éloquente est le drame de l’éviction de l’Honorable Kabund, président intérimaire de l’UDPS, de son poste de vice-président de l’Assemblée nationale par vote (289 pour, 17 contre et 9 abstentions), le 25 mai 2020[4]. Cette déchéance avait découlé du refus par l’Honorable Kabund de répondre à une requête introduite par l’Honorable Mamba du MLC. La démarche était relative à une déclaration faite par l’Honorable Kabund sur une radio de Kinshasa (Top Congo) accusant l’Assemblée Nationale de vouloir faire décaisser $7 millions pour un congrès des deux chambres[5] – initiative suspectée par l’UDPS et ses alliés de vouloir tabler sur une procédure de mise en accusation du Président F. Tshisekedi. L’initiateur de la motion, l’Honorable Mamba, fut arrêté en procédure de flagrance et amené manu militari devant la justice. Cette arrestation rocambolesque d’un député national littéralement enlevé de son domicile sans lui donner le temps de se vêtir décemment provoqua un tôlé à l’Assemblée Nationale et dans l’opinion congolaise[6].                                      
En réaction à la défenestration de l’Honorable Kabund, le Secrétaire Général Kabuya décida unilatéralement (sans consulter les députés de l’UDPS) que l’UDPS n’allait pas présenter un autre candidat pour le poste de premier vice-président du Bureau de l’Assemblée nationale. Cette position fut immédiatement rejetée par les députés de l’UDPS (en 2011, l’instruction d’E.Tshisekedi aux députés de ne pas siéger à l’Assemblée Nationale fut aussi rejetée). Ensuite, une réunion fut tenue à la résidence du Président de la République F. Tshisekedi avec les hauts cadres du Bureau politique de l’UDPS pour harmoniser les points de vue[7]. L’Honorable Kabund fut le grand absen                                                                              
Avec l’accord du Président F. Tshisekedi, l’Honorable Patricia Nseya de l’UDPS Katanga fut désignée comme candidate pour remplacer l’Honorable Kabund au poste de vice-président de l’Assemblée nationale. En même temps, et en parallèle, l’Honorable Kabund amorça une démarche auprès du Conseil d’État pour contester son évincement, avec comme conséquence le blocage de l’élection de sa camarade du parti, ayant déjà joui du quitus du Président F. Tshisekedi. Cette situation d’imbroglio politique de l’UDPS, comme dans un bicéphalisme irréconciliable, déboucha sur l’ordre donné par le Procureur Général près de la Cour de cassation aux policiers pour empêcher les députés nationaux de la République d’accéder à l’Assemblée Nationale[8]. Un événement inédit qui provoqua l’émoi dans la classe politique. Ce fut une des contradictions gravissimes de l’UDPS avec des répercussions dramatiques sur le fonctionnement du Parlement, sanctuaire même de la démocratie.
Le pouvoir du pouvoir, ou la puissance de l’Esprit du Pouvoir zaïroitique, enfoui dans le subconscient collectif, a produit d’éclatants effets révélateurs sur l’UDPS. Ses trépidations fragmentaires permanentes : les factions des cadres en collisions frontales médiatisées, les militants contre les cadres, les contingents alliés aux clans des cadres antagoniques guerroyant.
En dépit des justifications par les cadres de l’UDPS de toutes ces situations comme procédant du bouillonnement de la démocratie interne, elles révèlent au fond une carence d’adaptation mutationnelle psychologique, idéologique, intellectuelle, de ce parti et surtout son leadership d’Etat en phase avec son élévation au sommet de l’Etat. On cerne un déficit d’ajustement normatif en harmonie avec l’impératif intellectuel et comportemental d’un parti politique qui dirige l’institution « Président de la République », structure miroir et motrice de la société.
Plusieurs occurrences corroborent à suffisance cette assertion. C’est le cas des révélations scandaleuses dans les réseaux sociaux des franges de l’UDPS en guerre révélant leur pratique de consommation des breuvages psychotropes pour aller casser les propriétés privées dans leurs marches. Le même modus operandi a été mis en pratique le 5 juillet 2020 lors d’une marche initiée par l’UDPS pour rejeter la désignation de Ronsard Malonda comme président de la CENI. Au cours de cette véritable opération de guérilla politique urbaine, l’Église de l’Archbishop Sony Kafuta a été vandalisée, les bureaux du PPRD détruits et des policiers furent tués.
Malgré la tendance des cadres de l’UDPS à réagir violemment contre toute critique de leurs actions et réactions, une exploration substantielle du modus operandi de ce parti révèle qu’il est en déphasage inquiétant avec les exigences polito-logiques et polito-éthiques, voire les standards opérationnels d’un parti moderne au pouvoir. Le parti au pouvoir devait être le modèle d’une fonctionnalité promotrice de la civilisation républicaine et impulsant la consolidation de la démocratie.
Pour un parti de cette trempe historique et politique, en RDC, en Afrique Centrale, voire en Afrique, il y a donc des carences indubitables exigeant une remise en question sincère pour envisager des actions correctives nécessaires. Celles-ci peuvent transformer l’UDPS en parti moderne à fonctionnalité normative et développementale en RDC. C’est encore possible, pourvu que les leaders de ce parti fassent preuve d’humilité productrice de lucidité. Elle leur permettra de se rendre compte de leurs déviances par rapport une montée intégrale à laquelle la société aspire depuis 1960.
Imhotep Kabasu Babu Katulondi
(Libre-Penseur et Ecrivain, www.agirnewcongo.com)
 
[1] Poly Muzaila, Correspondant BBC en RDC, « Le Numéro 2 de l’UDPS Limogé »,  BBC, 12 août 2016, www.bbc.com
[2] Pierre Boisselet, «RDC : Guerre de succession à l’UDPS entre Jean-Marc Kabund et Jacquemain Shabani », Jeune Afrique, 12 juin 2019, https://www.jeuneafrique.com/mag/786140/politique/rdc-guerre-de-succession-a-ludps-entre-jean-marc-kabund-et-jacquemain-shabani/
[3] Didier Kebondo, «Victor Wakwenda menace de recourir à la justice », Le Forum des As, 29 avril 2020,  https://www.forumdesas.org/spip.php?article25344.
[4] Romain Gras et Stanis Bujakera, «RDC : Kabund destitué au terme d’une séance agitée à l’Assemblée », Jeune Afrique, 26 mai 2020.
[5] Politico.cd., «7 millions imaginaires du Congrès, l’affaire de trop qui prend Jean-Marc Kabund à la gorge », 20 avril 2020, https://www.politico.cd/grand-angle/2020/04/20/7-millions-imaginaires-du-congres-laffaire-de-trop-qui-prend-jean-marc-kabund-a-la-gorge.html/58335/.
[6] Romain Gras, «Pétition contre Kabund en RDC : un député arrêté et un bras de fer à l’Assemblée », Jeune Afrique, 25 mais 2020.
[7] Rachidi Mbadu, «Rencontre direction politique UDPS avec Tshisekedi : Kabund le Grand Absent », Actu7, 08 juin 2020.
[8] Politico.cd., «RDC : L’accès au Palais du Peuple est bloqué par la Police », 12 juin 2020.
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