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Cet article est un extrait du premier chapitre de l’essai intitulé : le Président F. Tshisekedi et l’UDPS en 30 mois d’Imperium (Hubert Kabasu Babu Katulondi, Librinova, Paris, 2022). Il s’agit du Tome III du triptyque « L’Esprit du Pouvoir et le Pouvoir de l’Esprit en RDC ». Des extraits de l’essai seront publiés progressivement pour le public.

…Pour mieux comprendre et accepter objectivement la teneur de cette section, il est d’une impérieuse nécessité d’appréhender le phénomène concret de la socialisation politique de l’UDPS. Les éléments théoriques de ce processus ont déjà été éclairés précédemment. Mais, il est important de les survoler encore brièvement.

En effet, McLean et al. (1996) conceptualisent la socialisation politique comme le processus par lequel les citoyens arrivent à acquérir les valeurs et attitudes politiques. Cette conceptualisation est conforme au phénomène de la socialisation politique comme processus d’apprentissage ou d’acquisition des caractéristiques politiques, selon la position sociale d’un individu donné, telle que cernée par Hyman (1959), l’inventeur de cette notion.

Cet aspect est aussi épinglé par Merlman (1986 : 279) qui souligne : « La socialisation politique est un processus par lequel les individus acquièrent des orientations durables sur la politique en général et sur leur propre système politique». 

Il s’agit donc d’une dynamique par laquelle ce qui apparaît très clairement comme la psyché, les logiques, et les principes producteurs des narratives et comportements des citoyens d’un pays, de ses élites et populations, des membres des partis politiques, se construit au fil des années. Ce phénomène sociopolitique se réalise par absorption ou intériorisation des éléments idéiques et des prédispositions comportementales. Ils sont propres au système politique, voire à l’environnement sociologique.

Sous cet angle, on cerne la conceptualisation de Braud (2008) selon laquelle la socialisation politique est un processus d’inculcation des normes et valeurs qui organisent les perceptions par les agents sociaux du pouvoir politique (dimension verticale) et des groupes de référence (dimension horizontale).

La socialisation politique est l’un des mécanismes producteurs de l’idiosyncrasie politique, ou l’identité caractérielle politique d’une organisation politique ou d’un peuple. Cette idéation est renforcée dans sa substance dans l’optique fonctionnelle de Percheron selon laquelle la socialisation politique donne aux individus la matière profonde de leurs perceptions, de leurs représentations, de leurs attitudes. Elle les aide à construire le fond de carte sur lequel viendront s’inscrire avec des contenus différents, des reliefs différents, les événements successifs.

  1. Comprendre l’idiosyncrasie politique du parti nodal du régime du Président Tshisekedi

Un des pans de la thèse principale de ce Tome III est que l’UDPS est le reflet de notre société. C’est pourquoi,  il faut se garder de penser que l’UDPS est la seule organisation politique souffrant de certaines déficiences inhérentes à l’Esprit du Pouvoir monocratique.

Ces déficiences sont souvent masquées par la discursivité oppositionnelle condamnant les adversaires au pouvoir et les brandissant comme l’incarnation du mal.

Comme expliqué dans le chapitre 7 du Tome II, même certains politiciens ex-rebelles (du MLC, du RCD, du RCD/KLM, et même du RCD/national) nés après l’indépendance, qui se réclamaient révolutionnaires, ont dévoilé quelques traits du mental pré-républicain,  dès leur accession aux fonctions étatiques – même si certainement la violence verbale et la propension à l’avilissement vertigineux-hideux des autres n’ont pas été observées dans ces autres organisations politiques.

Mais, la perception dominante est que les cas de l’égotisme partisan, de la pathologie injurieuse et des comportements de violence sous le régime de l’UDPS étalent un Esprit pré-républicain d’une dégressivité intense unique en son genre.   Il étale un ego-narcissisme politique partisan analogue à celui du MPR-Parti/Etat.

C’est pourquoi,  il est d’une importance capitale d’effectuer cette analyse critique afin de contribuer à une meilleure connaissance de nos partis politiques. Il est nécessaire de cerner leurs potentialités et leurs carences, afin de proposer quelques modalités de leur transformation en véritables forces de mutation sociétale. Les autres partis politiques restés dans l’opposition et leurs leaders font aussi face aux défis de leur conversion en agents de développement de la République.

En d’autres termes, l’expérience de l’UDPS au pouvoir mérite d’être mieux comprise pour y extraire des leçons pouvant aider les autres partis politiques à s’améliorer pour une meilleure fonctionnalité au pouvoir.

Et pour l’UDPS, ce phénomène n’a pas été unilatéral. Autant l’UDPS est le reflet du système politique dans lequel elle est née et a évolué, autant ce parti de premier plan dans l’opposition interne, a énormément influencé son microcosme politique.
Elle a impacté la société congolaise en général. Parler de l’Esprit de l’UDPS c’est, conformément aux référentiels du Tome I, chercher à discerner son mental quintessentiel, repérable dans son mode de pensée, ses raisonnements, ses actions et ses projets tant dans l’opposition qu’au pouvoir. L’UDPS redécouverte sous la puissance révélatrice du pouvoir.

Celui-ci brise les emballages idéalisants, et le discours anoblissants, pour illuminer l’ontologie (l’Etre ultime) du politicien et l’ontologie d’un parti politique. Le pouvoir révélateur de l’âme, des valeurs également encastrées dans l’Être, et indicateur du potentiel de la transformation de la société. 

On se rend compte indubitablement que la puissance du pouvoir comme aire exogène à laquelle un acteur ou un parti politique vient accéder, a divulgué et étalé l’Esprit réel de l’UDPS aux leviers de l’imperium.

On y discerne des aspects prégnants, enfouis en elle dans la strate du subconscient de ses membres, tant de l’Eprit du Pouvoir monocratique ou zaïroitique que son faible Pouvoir de l’Esprit républicain. Le constat général est celui d’un exercice du pouvoir illimité propre à la psyché et à la logique politique féodale ou traditionnelle.

Le «mfumu Tshisekedi » dont le pouvoir illimité doit s’imposer à tous, à toutes les institutions et à toutes les provinces, avec la coalition présidentielle USN à laquelle tous doivent adhérer au risque de subir les représailles du pouvoir. On y observe aussi la violation systématisée de la constitution couplée à la tendance hégémonique. Elle porte des allures mobutistes.

A cet égard, il convient de rappeler que l’une des préoccupations centrales de tous les participants à la Conférence Nationale et au Dialogue inter-Congolais, fut celle d’éviter la reproduction en RDC de la propension d’un pouvoir présidentiel illimité comme sous l’absolutisme du Président Mobutu.

Cependant, la dispensation du Président Tshisekedi et de l’UDPS, par la reproduction du même Esprit du Pouvoir monocratique, donne à leur régime une frappante similarité avec la praxis mobutiste d’un centralisme dictatorial et patrimonialiste.   Ce dernier aspect est manifeste dans la vertigineuse ruée prédatrice des membres de la famille du Président Tshisekedi et ses multiples courtisans mercantilistes dans l’exploitation incontrôlée des minerais surtout au Katanga.

Le test de l’accession et la délectation de l’imperium a défoncé la carapace de la virginité politique. Cette réalité a exposé brutalement le fantasme de domination et de subjugation de la société enfoui dans l’Etre de ce parti politique, ses militants et ses leaders. Les militants ont démontré, par leurs injures horribles, leurs insanités verbeuses, leur violence sans précédent, le réflexe de la horde tribale aussi inhérent au mental pré-républicain. « Le pouvoir du pouvoir » a fendu le manteau mystificateur des politiciens auto-proclamés rédempteurs nationaux. L’Esprit du Pouvoir, dans ses traits déviants lui assignés par la société, a entrainé une très rapide manifestation du syndrome de subjugation du champ politique, dans le chef des cadres de l’UDPS.

Surtout après avoir déboulonné le FCC, sans un remodelage brillant de la gouvernance, le Président Tshisekedi s’est imposé comme le Pontifex Maximus de la RDC. Seule la centralité de son pouvoir structure le discours et dicte les comportements politiques. Comme à l’époque du MPR Parti-Etat, seule la volonté du « mfumu tshisekedi » s’impose en mesure exclusive de l’acceptable ou de l’inacceptable en idées et en actions politiques en RDC.

L’expérience de l’exercice du pouvoir a démasqué les obsessions matérielles et la fixation sur la gloriole, des leaders de l’UDPS.

On le cerne, notamment dans la précipitation cynique à l’acquisition des villas somptueuses en RDC et en Europe, l’enrichissement illicite des membres des familles et autres courtisans, la fixation sur la luxure et l’exubérance matérielle.

La RDC a été dans une certaine mesure comme reculée dans l’atmosphère des années 1960-1965. Les politiciens qui scandaient le départ des colonisateurs se précipitèrent sur les biens matériels de leurs anciens maitres de manière outrancière.

Mais,  sous le régime de l’alternance, soixante après, la pratique politique étale une certaine projection égotiste outrecuidante dépravant le pouvoir. Comme pour exhiber une puissance dominatrice de la société et écrasant les autres. On le voit dans les agissements ahurissants analogues à ceux du pouvoir Mobutiste à l’époque du Zaïre. Cela a été observé dans l’outrancière dérive autocratique arriérée du président intérimaire de l’UDPS Jean-Marc Kabund. Il avait décidé de manière désinvolte de s’en prendre violement aux officiers supérieurs de la police en plein exercice de leur mission devant le Palais du Peuple.

Avec la même désinvolture, il avait aussi entrepris de trouer systématiquement les pneus des véhicules appartenant aux paisibles citoyens dans les artères de la capitale Kinshasa. Un véritable délire ego-narcissique d’omnipotence.         

Dans une dérive patrimonialiste propre aux dictatures africaines des années 1970, la famille du président est devenue une source d’onction politique. Des personnalités politiques vont y obtenir des assurances des nominations ou de maintien aux fonctions étatiques.

Les Congolais qui s’attendaient à un Esprit du Pouvoir éthique assorti de modestie, de justice, de vertu plus brillante à substance républicaine, sont révulsés, atterrés. La société est désemparée par la régression de l’Esprit politique général dans le pays. Les citoyens vivent cette expérience comme une colonisation politique à tendance tribalo-partisane, par l’UDPS.

  1. La Psyché Politique du Président de la République comme reflet de l’ontologie de son parti politique

Cerner l’Esprit du Pouvoir de l’UDPS, c’est aussi regarder dans le miroir de la psyché et de l’imaginaire du Président Tshisekedi.  À cette fonction ultime de l’État, c’est le Président de la République « garant de la Nation » qui est l’archleader national. Il est censé insuffler la vision élévatrice de la nation, orienter le gouvernement, assurer le fonctionnement adéquat des institutions, inspirer toute la société et motiver le peuple pour le progrès collectif. Et ce président-là, comme acteur politique, est enraciné dans son parti politique qui est l’UDPS.

En réalité, c’est le Président comme institution et comme occupant ou exerçant le summum imperium dans la République qui est l’acteur politique «étalant/étalon » de ce qu’est son parti politique. Le Président est le reflet de la psyché de son parti politique. Il est également la réverbération de la normativité existentielle de la société. Ceci est d’autant plus vrai qu’un parti politique moderne est le capteur des angoisses, des aspirations, des rêves d’un peuple.

Et, par son intelligence fonctionnelle interne, le parti convertit tout cela en politiques publiques et actions politiques. C’est la triple fonction extractive, agrégative et de plaidoyer du parti politique moderne.                                       

Dans la perspective économiste de la politique, le parti politique au pouvoir, à travers son leader Président de la République, discerne les demandes politiques (toujours contradictoires dans une société), procède à leur computation, à leur agrégation et produit des actions ou politiques publiques adéquates. Celles-ci constituent des offres des services et biens, devant satisfaire le souverain primaire.

Comprendre le système idéique du président, sa rhétorique, ses actions et réactions, les politiques publiques et actions qu’il valide et matérialise nécessite d’abord la compréhension de l’Esprit du parti politique qui l’a formé, porté, structuré et propulsé.

Et donc, à la lumière de la conclusion affirmant l’Esprit du Pouvoir monocratique de l’UDPS, la propension de l’imperium total, l’allergie au contre-pouvoir dont fait montre le Président Tshisekedi, étalent le même Esprit du Pouvoir zaïroitique épinglé dans l’UDPS, dans la praxis de l’imperium présidentiel.  Il extériorise, en réalité, les logiques et reflexes politiques emmagasinés en lui par son essence politique mobutiste. Cela ne veut pas dire qu’il est porteur d’une diablerie politique nécessairement calculée avec intention foncièrement malveillante de nuire. Son idiosyncrasie est celle de ses origines sociopolitiques et de son identification partisane.

  1. Observation empirique générale des traits de l’Esprit du Pouvoir Zaïroitique dans le régime UDPS

Une observation empirique préalable s’impose. On constate tangiblement dans les 30 mois de l’UDPS au pouvoir, des discours et comportements reflétant quelques pulsions politiques primaires.  Il s’agit notamment des tendances égotistes démontrées dans l’auto-sublimation insensible aux idées et points de vue des autres. Cela est à la base des conflits en chaine avec J. Kabila, Kamerhe, Katumbi, Matata, l’Eglise Catholique et l’ECC.

Un égotisme individuel et partisan protubérant : l’allergie fébrile à la critique, à la contradiction. Seuls le Président Tshisekedi et l’UDPS ont raison face à tout le monde – comme à l’époque du MPR Parti-Etat. Une sorte de rupture avec la réalité dans un isolement psychologique messianique. Celui-ci est fondé sur la posture illusoire de la détention de la seule vérité rédemptrice de la RDC. On y cerne le délire des œuvres parfaites et donc le commencement (selon la formule «kisalu me banda ») de l’histoire de la RDC avec le nouveau « président rédempteur ».

Le dogme de son parti politique libérateur des Congolais des griffes des agents du mal du régime passé.           

Ainsi donc la contradiction ou la critique doit appeler les attaques, injures horribles, ou arrestations cavalières, comme à l’époque du totalitarisme Mobutien. Barnabé Milinganyo, Henry Magie Wilifetu, Pasteur Ngoy Mulunda, la chanteuse Tshiala Mwana, le jeune artiste musicien Delphin Vinywasiki (Idengo Delcato) de Beni, la chroniqueuse politique Tatiana Osango, sont autant de victimes de cette intolérance inhérente au monoïdéisme du régime Tshisekedi. La pulsion ego-narcissique individuelle ou partisane impose inéluctablement la furie injurieuse pour avilir ceux qui osent résister ou contrarier l’acteur ou le groupe politique auto-méssianisant.

Le moi sublimé, le nous nombriliste. Ils ne peuvent avoir de sens que dans la négation de l’humanité de l’autre ou des autres. C’est dans cette trame psycho-politique que la Présidente de l’Assemblée Nationale Jeanine Mabunda fut victime des invectives horribles dénigrant sa dignité humaine, de la part des membres de l’UDPS.

Des insanités injurieuses traductrices d’un mental politique arriéré de type pré-républicain. Ainsi dans la même veine, le Cardinal Fridolin Ambongo, l’ancien Président J. Kabila, le Gouverneur Honoraire Moïse Katumbi, ont été victimes des torrents de grossièretés écorchant leur humanité, déversées sur eux par les militants et certains cadres de l’UDPS.

Aucun effort ni démarche corrective d’un leadership d’Etat pédagogique et civilisateur émanant des leaders de l’UDPS ne fut observé.

Pourtant, dans la trajectoire historique et mutationnelle de la RDC, l’UDPS est censée venir accélérer la répudiation de ces pratiques absolutistes, barbares (pré-républicaines), et amener toute la société dans la civilisation de la rationalité et de la normativité propre à l’Etat républicain moderne. Bien au contraire, mêmes certains intellectuels de l’UDPS rationalisent ces récurrences absolutistes et kafkaïennes, au moyen des raisonnements aléatoires, par rapport à leurs pratiques alléguées sous J. Kabila.

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