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Cet article est un extrait du premier chapitre de l’essai intitulé : Le Président F. Tshisekedi et l’UDPS en 30 Mois d’Imperium (Hubert Kabasu Babu Katulondi, Librinova, Paris, 2022). Il s’agit du Tome III du triptyque « L’Esprit du Pouvoir et le Pouvoir de l’Esprit en RDC ». Des extraits de l’essai seront publiés progressivement pour le public.
Passer sa vie dans l’opposition est,  pour un homme politique ce que serait pour un poète,  se condamner à lire et à juger les vers des autres (Georges Pompidou).
L’opposition est une très mauvaise école de gouvernement, et les politiques avisés, qui se poussent par ce moyen aux affaires, ont grand soin de gouverner par des maximes tout à fait opposées à celles qu’ils professaient auparavant (Anatole France)
 Créée en 1982, en pleine dictature meurtrière dans l’ex-Zaïre, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, UDPS, est considérée dans l’imaginaire populaire comme la fille aînée de l’opposition en RDC[1]. Mais, dans la véracité historique et au plan du système politique de la RDC, elle ne l’est pas du tout. Pendant que ses fondateurs animaient la monarchie absolue du Maréchal Mobutu, et bénéficiaient de mielleuses prébendes du pouvoir dans les années 1965-1978, les organisations comme le PRP et le MARC constituaient une authentique opposition à la tyrannie zaïroise.
Ce captage ne nie absolument pas la vérité aussi historique de la formidable combativité et la tangible primauté oppositionnelle interne de l’UDPS comme antithèse directement produite par le MPR.
Elle se lança en collision frontale avec le régime Zaïrois du réputé invincible léopard, le Marechal Mobutu. Il s’agit d’une nécessaire mise en perspective historico-politique totale. En d’autres termes, pendant que L. Kabila et ses camarades révolutionnaires combattaient le régime de Mobutu dans la fraicheur de sa rage meurtrière des années 1965-1970, certains fondateurs de l’UDPS étaient des apparatchiks de ce totalitarisme – certains ayant été au pouvoir depuis l’époque des Commissaires généraux en 1960.                 
A  cet égard, il convient de souligner que presque tous les fondateurs de l’UDPS furent aussi fondateurs, membres prééminents, ou éminents animateurs du Mouvement Populaire de la Révolution, MPR/Parti-Etat. Celui-ci avait vassalisé l’Etat et fait régner le pouvoir extrêmement cruel pendant 32 ans. Le premier président de l’UDPS était Fréderic Kibassa Maliba, alors qu’Étienne Tshisekedi fut, à la création en 1982, secrétaire national en charge de l’organisation.           
Ainsi donc, ancien parti politique d’avant-garde de l’opposition interne, l’UDPS est aussi une des locomotives politiques de notre évolution comme société durant les trois dernières décennies.
Le dénouement aussi historique de son combat pour la démocratie a abouti à sa conquête du pouvoir à l’issue de l’élection présidentielle de 2018. Après 36 ans de lutte, en dépit des tragédies, trahisons, scissions, déceptions, transhumances rentières, le leader de l’UDPS, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a accédé à la magistrature suprême de la RDC en 2019.
En d’autres termes, c’est l’UDPS qui gère l’institution directrice de l’Etat congolais. Elle est en position d’impulser la société congolaise. On pourrait dire que c’est l’accomplissement de la première manche d’une mission historique, pour une lutte menée avec d’énormes sacrifices et sans relâche depuis 1982. La deuxième manche, et la phase la plus complexe, est celle des défis de l’impulsion d’un essor de développement reluisant de la RDC.                                  
Au regard de la longue lutte de l’UDPS pendant 36 ans, à travers le prisme politologique, l’expectative était celle de son accession au pouvoir avec, d’entrée de jeu, la démonstration d’une remarquable dextérité politique. C’est-à-dire,  une maestria en gestion d’Etat, méliorative des systèmes fondamentaux trouvés déjà en construction selon le Pacte Républicain de Sun City.
Dans la logique développementale et dans la trajectoire de la destinée de la RDC, l’UDPS était présumée avoir déjà fait jaillir dans son Esprit politique et ses protocoles humains profonds,  une faculté prométhéenne pour impulser, au démarrage du régime dont elle est l’épicentre, l’élan d’une gouvernementalité éclatante. Celle-ci pouvait être captable dans les idées novatrices en phase avec les défis de son époque.
Et cela, en tenant compte de l’évolution du pays, avec le déploiement d’un nouveau paradigme de leadership d’Etat, et les prémisses en projets de démarrage structurant. Ces quelques éléments pouvaient donner une idée sur la faculté mutationnelle de ce parti.
Ce qui aurait permis de cerner les indices de sa puissance contributive à l’accélération de la navigation de la RDC vers sa destinée de grandeur. La réclamation et la déclamation du changement par l’UDPS pendant 36 ans rendaient ces expectations raisonnables, comme base de réflexion.
Sous cet angle, ce chapitre propose donc que ce parti politique déploie un effort considérable d’auto-transformation au regard des exigences idéologiques et praxéologiques de son exercice du pouvoir, afin de se réinventer comme organisation politique gouvernante moderne.
Cela lui permettra de mieux discerner sa mission historique, à cette phase de la trajectoire existentielle de la RDC. C’est alors qu’il pourra y découler des idées, des narratives, des comportements et actions de ce parti politique en phase avec les défis de sa contemporanéité politique. C’est à cette condition que ce parti pourra réaliser sa mission historique, au cours de ce quinquennat.
1.1. ELUCIDER L’ESPRIT DU POUVOIR PAR RAPPORT A UNE MISSION HISTORIQUE ET SOCIETALE
 Il est d’une impérieuse nécessité d’élucider l’Esprit du Pouvoir ou l’entendement de l’imperium, de ce parti politique dont le leader est le chef de l’État. Cette démarche est d’autant plus impérieuse que, comme éclairé dans le Tome I, l’Esprit du Pouvoir et le Pouvoir de l’Esprit définissent et déterminent l’opérationnalisation d’un régime. La possibilité des avancées solides et durables autant que l’éventualité des contradictions-contractions sont aussi essentiellement fonction de la psyché politique et des représentations mentales des détenteurs de l’imperium. Et cela, sur base de la conscience politique et la pertinence idéologique du principal parti politique gouvernant. 
 Comme démontré dans les chapitres 1 et 2 du Tome II, le Pouvoir de l’Esprit Révolutionnaire de Mzee L. Kabila a permis de réaliser une mission historique extinctive vis-à-vis du régime féodo-totalitaire zaïrois. Le Pouvoir de l’Esprit Révolutionnaire et Consociatif, assorti de nationalisme pragmatique, de J. Kabila à la tête de l’État congolais, a rendu possible la réalisation de la démocratie reconstructive multi-systémique.
Ce processus a été réalisé concomitamment avec la réunification de la nation, la refondation de l’Etat républicain et la ressuscitation de l’économie. Le régime précédent a placé la RDC sur la piste de la pré-émergence. Les déficits de ces dispensations précédentes sont indéniables. Mais, sur une balance synthétique générale, ces régimes ont produit des avancées systémiques et fondamentales absolument avérées. Ces poussées ont libéré les Congolais du joug de l’absolutisme de Mobutu. Elles ont objectivement tracté l’ex-Zaïre de ses ruines institutionnelles abyssales, tout en refondant l’État congolais républicain moderne.           
Sur la trajectoire historique et au regard de notre destinée de puissance, la dispensation de l’alternance, sous le leadership d’Etat du Président F. Tshisekedi et l’UDPS, a une quadruple mission historico-sociétale et politique. Ces missions sont : la solidification de la cohésion nationale, la revigoration de la reconstruction de l’Etat républicain, la consolidation de la démocratie et l’accélération de la propulsion de la RDC vers la pleine émergence socioéconomique.
Toutefois, il convient de se poser la question de savoir si l’UDPS, ses leaders et ses militants possèdent une conscience véridique de ces missions historique et sociopolitique nécessaires à leur matérialisation !
Dans les 30 mois du régime de l’alternance géré par le Président F. Tshisekedi et l’UDPS, les conséquences de notre amnésie politique sont patentes. La destinée transformationnelle de cette dispensation semble s’être évaporée de la conscience collective. Le folklore, les rituels et le spectacle politique traditionnel se sont installés. L’exercice du pouvoir et la jouissance de ses mielleuses prébendes ont effacé dans les esprits de beaucoup de Congolais le sens de l’histoire. La conscience des finalités politiques ascensionnelles s’est étiolée. 
Il y a une sorte d’inhibition (voire d’inanition idéologico-intellectuelle, pour utiliser le concept prégnant du Professeur Boshab) de la faculté de réminiscence comme boussole de la conscience politique collective. La narrative et les comportements politiques dominants sont sur le registre messianique comme en 1965. On a l’impression que pour un segment de politiciens, des militants-courtisans et de la population, il n’y a ni passé ni futur. Sublimation de l’immédiat. Le même système psycho-politologique congolais produit les mêmes effets. Obnubilation générale par les vendanges du pouvoir. La mobilisation partisane et le fanatisme courtisan abondent. Les bénéficiaires directs et indirects de l’imperium sont sur le mode auto-encenseur. Même certains intellectuels de haute facture académique livrent le récit béat de la rédemption politique sous « Fatshi béton ».
Comme éclairé dans les chapitres 1 et 2 du Tome I, l’Esprit du Pouvoir est nourri par la mentalisation prédominante et les événements prégnants dans le système politique. Il serait absolument aléatoire, sinon aberrant, d’affirmer que l’UDPS a fonctionné pendant 36 ans dans un vacuum. Elle aurait été isolée hermétiquement et immunisée contre les dynamiques de formation de la conscience collective en RDC. Si on admet que ce parti a opéré dans un champ politique porteur d’une indéniable interconnexion pyscho-sociologique, il est raisonnable de scruter le reflet des traits du microcosme politique sur ce parti. Il est donc indispensable de discerner en quelque sorte la voûte mentale politique de ce parti : son Esprit du Pouvoir.
Les observateurs nationaux et internationaux, voire les cadres et militants de l’UDPS eux-mêmes, sont surpris par l’ampleur des contradictions dramatiques que connaît ce parti dans la dispensation de l’alternance. Les narratives et comportements antithétiques non seulement aux espoirs d’excellence gouvernementale escomptée de la « fille aînée de l’opposition », mais surtout les guerres internes, abondent.
Pourtant, l’UDPS est arrivée à la phase ultime de son combat : l’exercice du pouvoir pour réaliser son Projet de Société. Dans le prisme théorique général de cet essai, la thèse de ce chapitre est que les contradictions, confusions et guerres intestines de l’UDPS aux commandes de l’Etat procèdent de son esprit quintessentiellement  oppositionnel «réfractaire ». Il est nécessaire d’en saisir le processus et les matériaux constitutifs.
 
[1]   L’événement de la création eut lieu à Kinshasa, au quartier MaCampagne, dans la résidence de Ngalula Mpanda Njila. Une symbolique historique et sociopolitique. L’aire sociologique de sa création indique son essence oligarchique. MaCampagne est historiquement le quartier des apparatchiks et de la bourgeoisie zaïroise, et surtout le foyer du fameux Groupe de Binza, historiquement connu pour son arrimage à Joseph Mobutu dans le coup d’Etat de 1965 et la construction de la monarchie zaïroise. Etant le plus âgé, Ngalula en réclama la présidence. Mais celle-ci fut confiée à Frédéric Kibassa qui venait de démissionner de son poste du Bureau Politique du MPP Parti-État. Étienne Tshisekedi fut Secrétaire National à l’Organisation. Le parti fut lancé officiellement à Lubumbashi, fief de son Président Kibassa, le 10 mars 1982.
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