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  Une social – démocratie : une société égalitaire dans laquelle personne ne mourait de faim

Ce qui vient d’être dit sur l’individu face à la société dans les traditions négro-africaines suggère déjà que cette tradition n’était pas absolument incompatible avec la démocratie et ses implications.

L’étude des régimes politiques africains précoloniaux révèle que la tradition politique n’était pas homogène, qu’elle était riche et variée. Elle montre, certes, qu’il y a eu en Afrique noire d’hier, comme ailleurs au monde, des régimes tyranniques ou despotiques.

Le royaume d’Abomey (capitale historique de l’ancien Dahomey), par exemple, est considéré par les spécialistes des systèmes politiques africains comme fournissant une bonne illustration du despotisme africain et constitue l’un des exemples les plus cités.
Toutefois, l’étude de ces mêmes régimes révèle aussi qu’il y a eu dans cette même Afrique des régimes démocratiques ou des pratiques démocratiques remarquables. L’étude montre de manière frappante que l’aspiration constante vers le principe démocratique de gouvernement apparaît comme l’élément dominant du système politique négro-africain traditionnel, que le despotisme n’est pas du tout un mode ordinaire de gouvernement en Afrique noire traditionnelle….

  1. Il y a eu, en Afrique précoloniale, des systèmes politiques centralisés et des systèmes politiques non centralisés
  • Les systèmes politiques centralisés

Dans les systèmes politiques centralisés, il existait souvent des moyens de sanctionner ou d’empêcher la tendance à l’absolutisme et au despotisme, des mécanismes de participation du peuple au pouvoir ou de limitation de la liberté d’action du chef. Le pouvoir du Chef était tempéré par le Conseil du Chef, les fonctionnaires religieux, les sociétés secrètes qui jouaient un rôle dans l’investiture du Chef, et le rappel constant au Chef des obligations qui pesaient sur le Chef.

Le Chef suprême des Mossi (le Mogh’Naba), dans l’empire Mossi d’Ouagadougou, avait autour de lui de nombreux fonctionnaires et dignitaires qui faisaient partie du Conseil des ministres ou du Conseil du Chef. Et le Conseil des ministres, qui était une sorte de tribunal d’Etat, prononçait le verdict qui était la manifestation de la volonté générale après une discussion générale.

Certains proverbes africains mettent en évidence la soumission du Chef à un Conseil des Sages :

  • « Le monarque apparemment tout-puissant, dit un proverbe, doit se soumettre au Conseil des Sages ».
  • « Un roi qui n’écoute pas les sages écoute les courtisans ».

Chez les Abouré, les Agni Indénié et Morafoué, le règne d’un souverain n’excédait jamais sept ans. Dans ce laps de temps, le souverain au pouvoir ne purifie son âme que deux fois à la rivière sacrée. Ce rituel accompli, il est tenu d’abdiquer à la fin de l’année qui suit le deuxième bain de purification (7ème année de règne). Cette même pratique existait aussi chez le royaume du Mogho.

Le Chef dans les confédérations et lamanats de la Côte de Guinée était contrôlé de manière continuelle par le Mpanymfo (un collège d’oligargues).

Chez les Ashanti (actuel Ghana), les chefs provinciaux possédaient des larges pouvoirs qui venaient limiter ceux de l’Asantehene (le Chef Suprême). Il en est de même du Mwami (Roi) au Burundi, qui devait tenir compte de l’existence des autorités provinciales. Chez les Yoruba, le pouvoir du Chef (L’Alafin) était révocable et limité par un conseil représentant l’aristocratie, les corporations et la société Ogbeni (la principale association religieuse).

Au Congo/Kinshasa, les royaumes et les empires Luba, Lunda, Kongo, Kuba, Mongo… étaient gérés par des systèmes démocratiques indéniables, avec répartition des tâches, mécanismes de contrôle du pouvoir des gouvernants, mécanismes de succession, garde-fous et mécanismes pour tempérer le pouvoir des gouvernants et éviter le despotisme, mécanismes de pression sociale, parlement (« Ntita Luabanya Makalenga chez les Luba »), moyens de défense….

Les proverbes ci-après, puisés comme illustration concrète, de la culture luba que nous connaissons en profondeur et que maîtrisons, parlent de l’exercice démocratique du pouvoir dans la tradition luba en RDC :

 

  • Il n’y a de chef que là où se trouve une communauté L’existence d’un Chef et celle du Peuple sont corrélatives ; on ne peut pas penser à l’un sans penser nécessairement et inéluctablement à l’autres ; le chef doit donc tenir compte d’abord de l’avis de la communauté ; il ne peut gouverner tout seul et selon ses propres idées et pensées (Mukalenga wa Bantu, Bantu wa Mukalenga);
  • Le Peuple ne peut pas être traité comme un objet ou comme la paille par le Chef ; le Chef doit respecter la vie, la dignité humaine, la valeur, les aspirations, l’intérêt et la parole du Peuple car c’est le Peuple qui donne au Chef sa légitimité, sa valeur, sa puissance, sa force et sa légalité.; c’est dans le Peuple que le Chef doit puiser son pouvoir et son inspiration puise sa vie en tant que Chef (Baakufinga nsona, kabakufingi bantu)
  • Le Chef n’est pas le Maître Absolu, le Tout – Puissant ; il a des obligations à l’égard du Peuple, de ses proches, de sa famille ; il doit le respect total au moins à sa belle-mère ; il est soumis à un tissu de relations qui l’oblige parfois à s’incliner devant quelqu’un d’autre. (Mukalenga kena ne mfumwende, mfumwenda mmuku wenda). 

Les Africains n’ont donc pas attendu les Occidentaux, comme Montesquieu, pour mettre au point des contrepoids du pouvoir de manière à éviter de tomber dans le despotisme.

  • Les systèmes politiques africains non centralisés

L’Afrique précoloniale a connu aussi des systèmes politiques africains non centralisés.
Dans ces systèmes, la définition de la démocratie, en tant qu’autogouvernement, en liberté, pour le peuple, a été appliquée.

Dans ces systèmes, il n’y avait pas de distinction entre les gouvernements et les gouvernés. Le pouvoir était diffus dans la masse. Le souverain, le titulaire du pouvoir était le peuple tout entier, c’est-à-dire l’ensemble des adultes. Il n’y avait pas d’autorité politique établie, d’individus exerçant des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires, reconnus ou clairement définis.

Toutefois, certains individus pouvaient acquérir une certaine prééminence sur les autres et être reconnus comme meneurs (et non comme gouvernants). Leur fonction consistait à conduire les discussions libres et publiques ou les palabres sur les questions d’intérêt général.

Les individus devaient se conformer à un certain ordre social et l’exécution des décisions communes était garantie par la pression du groupe. Les Logoli et les Vougoussou vivant dans la partie occidentale du Kenya, les Bergdama et les Bochimans d’Afrique centrale constituent quelques-uns des exemples de ces sociétés communément citées.

  1. Les rapports fraternels, sociaux et conjugaux

Les rapports fraternels et conjugaux sont des plus précieux pour l’équilibre social ; ils exigent un respect mutuel, la confiance réciproque totale et une fidélité à toute épreuve, mais il doit y régner une hiérarchie, un leadership. Et un de leurs fruits privilégiés est la progéniture qui donne à l’homme d’être vivant et de rejoindre les ancêtres.

L’aîné est à la place d’honneur ; il est le chef naturel :

  • L’Aîné est du côté du Soleil, de la lumière : (Kua mukulu nku diiba nansha bakuamba kaana) :
  • Mais il ne peut remplir adéquatement son rôle qu’en écoutant les autres, qu’en s’oubliant, qu’en pardonnant ; L’Aîné doit faire doublement attention dans ses paroles et dans ses actes pour ne pas décevoir les attentes de la Communauté ; L’intelligence est comparable à un bouc. Si l’aîné n’en a pas, il en trouve chez le petit frère (Autant de têtes, autant d’idées. La vérité se trouve dans les échanges, dans le choc des idées, dans l’intersubjectivité). (Menji nkabuji ka kapumbu, paapanga Mukulu, Muakunyi wamuleeja ):
  • Chaque membre de la communauté doit mettre du sien dans la viabilité, la paix, la sécurité, la solidarité, le bien- être, l’aisance l’enrichissement et le fonctionnement de la Communauté. Chacun doit remplir sa tâche de façon maximale, responsable et solidaire. (Kua mukulu kantu, kua muakunyi kantu, nanku bulanda buadisanga) ;
  • Que le Chef ou le Grand-frère ne se casse pas lui-même la figure ; qu’il soit un modèle, un exemple ; qu’il ne déçoive pas les autres membres de la Communauté. (Mukulu mwindila e kuvwa kuditapa nsesu) ;
  • Le respect mutuel : Le Manche, c’est-à-dire la partie d’un outil par laquelle on le tient en mains doit respecter le bout avec lequel on travaille, on lance une pierre, on laboure la terre. (Mpanda unemeka buta, buta bunemeka mpanda) ;
  • L’épaule ne dépasse jamais le cou ; il faut respecter et honorer le Chef à cause de sa place et de son rôle dans la société comme l’épaule ne dépasse jamais le cou (Citunji kacitu cipita nshingu bule) ;
  • Multiplie-vous ; Donnez la progéniture à la famille et à toute la Communauté. Ne laissez pas cette tâche uniquement aux autres membres de la famille et de la Communauté. Chaque membre de la famille et de la communauté doit se marier et y contribuer (Baalela walela peeba) ;
  • Mettre au monde, c’est multiplier la vie, ses regards, ses vues, c’est assurer la continuité de la famille et de la Communauté (Kulela nkuabanya meesu) ; 

 

  • Occupe-toi de la nourriture, des soins, de la vie et de l’éducation de l’enfant. Quand il grandira, il prendra à son tour soin de toi. (Kuacila muana mpasu, pawakola kukulakaja, ne akukuacila peebe).

A Suivre : Notre superstructure idéologique traditionnelle convenait dans la vie pacifique entre nous-mêmes dans les villages. Sa faiblesse intrinsèque consistait dans le fait de n’avoir jamais pensé à se doter de mécanismes puissants et de moyens appropriés d’auto-défense (aspect militaire et sécuritaires) contre les éventuelles et probables agressions venant par les peuples habités par une superstructure idéologique hégémonistes, expansionniste, dominante, violente et prédatrice.

Et même malgré le fait d’avoir subi ces agressions et occupations étrangères, nos leaders coutumiers, politiques, religieux et sociaux ne se sont jamais concertés et penchés sérieusement sur l’aspect de l’auto-défense de notre territoire, de notre indépendance, de notre souveraineté, de notre vie, de notre liberté, de notre dignité humaine, de nos richesses naturelles, de nos cultures… ; éduquer le peuple pour mettre définitivement fin à la naïveté, à l’imprudence, à la complaisance et à la trahison et prévoir les sanctions telles que le bannissement, l’isolement et le rejet du traître de la société, la perte de toutes les libertés et de tous les droits, l’emprisonnement à vie, la peine capitale… 

Le 12 avril 2021.

Pour le Leadership National Congolais de Progrès

Dr François  Mpuila

GSM et WhatsAAp : +32-493-325-104

E-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

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