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1. Origine du conflit entre l’Eglise Catholique Romaine et Lumumba

En obéissant à la devise belge contenue dans la Charte Coloniale à savoir « Pas d’élite, pas d’ennui ; pas d’élite, pas de problème », les missionnaires catholiques chargés de l’éducation, n’ont jamais envisagé d’améliorer le programme de l’enseignement dispensé aux Noirs. Depuis 1948,P. Lumumba ne cessait de leur demander d’améliorer la qualité de cet enseignement et de plaidoyer pour l’éducation de la femme Congolaise et l’admission des filles à l’école, mais sans succès. Très préoccupé par l’instruction de la femme, Lumumba disait aux missionnaires ce qui suit : « Quand on civilise un homme, on ne civilisequ’un individu, mais quand on civilise une femme, on civilisetoute une famille, tout un peuple ».

Dans sa déclaration faite à la Conférence Panafricaine à ACCRA au Ghana, le 09 Octobre 1959, Patrice Lumumba membre du Comité Directeur de cette Conférence, dénonça la politique paternaliste de la Belgique en ces termes : « La Belgique a toujours pratiqué au Congo une politique paternaliste qui consistait à étouffer, par l’enseignement, la radio et une forte propagande de presse, la conscience des populations. Aujourd’hui encore, la radio officielle ne sert qu’à diffuser du matin au soir, de la musique, des danses, des cantiques religieux et de la propagande de l’Administration Coloniale. Il n’y a rien qui est fait dans le sens de l’éducation populaire des masses ».

En 1954, le Ministre belge des Colonies, Auguste Buisseret,Député du Parti Libéral Belge, lance sa nouvelle politique scolaire visant la création des écoles laïques pour les enfants des Noirs (filles et garçons).Les Missionnaires Catholiques qualifièrent les écoles laïques des écoles sans Dieu, des écoles des satanistes, des écoles d’anti-Christ. Ils traitèrent Lumumba d’anti-clérical ; d’athée ; de communiste ; d’évolué dur, indomptable et incontrôlable. Ravi de cette nouvelle politique scolaire, Lumumba apporta au Ministre son soutien indescriptible.

Les Missionnaires Catholiquesreprochent à Lumumba d’avoir soutenu la création par Buisseret des écoles laïques et de l’université officielle d’Elisabethville ; d’avoir refusé de signer des pétitions de protestation initiées parles missionnaires catholiques contre la nouvelle politique scolaire du Ministre des Colonies Auguste Buisseret ; d’avoir inscrit ses deux enfants à l’Athénée Royal de Stanleyville ; d’avoir organisé à son domicile une réception en l’honneur du Ministre des Colonies Auguste Buisseret ; d’avoir adhéré au Cercle d’Etudes et d’Agréments,section congolaise du Parti Libéral Belge dont les dirigeants sont les adversaires redoutables des missionnaires catholiques en Belgique ; d’avoir eu deux entretiens avec le Roi Baudouin lors de son premier voyage dans la colonie en 1955. Les missionnaires voient d’un mauvais œil les relations entre Lumumba et le Ministre Auguste Buisseret.

A cause du soutien que Lumumba apporta au Ministre Buisseret, créateur des écoles officielles pour les Noirs,les missionnaires catholiquesrefusèrent de baptiser ses deux enfants et décidèrent de faire payer cher à Lumumba ses grandes ambitions en lui rendant la vie difficile à Stanleyville. Ses relations avec Auguste Buisseretmarquent le début de la rupture des relationsétroites qui existaient entre Lumumba et les Missionnaires Catholiques depuis 1954.Sous l’instigation des mêmes missionnaires, Lumumba fut destitué de la présidence de l’AES (Association des Evolués de Stanleyville) le 17 Février 1956. Dans sa lettre datée du 17 Janvier 1956, un mois avant son éviction de la présidence de l’AES, adressée à Monsieur Albert Maurice, attaché de presse du Ministre des Colonies Auguste Buisseret, Lumumba expliqua courageusement lui-même l’origine de son conflit avec les Missionnaires Catholiques. En voici quelques extraits : «Malheureusement, les Missionnaires catholiques ne sont pas contents de moi parce que je ne suis pas influençable. Ils ont voulu chaque fois me faire signer des lettres de protestation pour attaquer la politique de Monsieur le Ministre BUISSERET, mais j’ai chaque fois refusé, car c’était là des procédés incorrects. J’admire, au contraire, la politique de Monsieur le Ministre, car elle cadre avec les aspirations légitimes des Congolais. Quelques jours après son retour en Europe, j’étais l’objet des attaques de la part des missionnaires et ils font dresser certains Congolais contre moi. Cette situation continue et ils font tout pour me rendre la vie difficile. A l’heure actuelle, ils font des complots avec certains indigènes trop crédules pour que je ne sois plus Président de l’Association des Evolués, mais la majorité des Congolais m’exprime son attachement et sa pleine confiance. Ce 17 courant, j’étais en audience chez le Commissaire de District pour le mettre au courant de cette campagne subversive.Chaque parent a le droit – et ce droit existe pour tous les peuples sans discrimination de couleur – d’envoyer ses enfants à une école de son choix, et de lui donner également une éducation qui répond à ses aspirations. Cela ne peut pas être expliqué comme lutte contre les Missionnaires comme on veut le faire croire.Ce ne sont que leurs militants qui sont bien vus, sont envoyés en Belgique (pas tous bien entendu, mais la majorité…), font partie de presque toutes les commissions officielles : Conseil de Province, Conseil de Gouvernement, Députation Permanente, Commissions d’octroi des cartes du mérite civique, d’immatriculation etc…Les Missionnaires Catholiques n’apprécient pas d’avoir à la tête de l’AES un Président comme moi qui voit clair. Le désir des Missionnaires est d’avoir à la tête de l’Association des Evolués de Stanleyville, AES, un Président influençable, qui cédera à tous points à leurs injonctions pour qu’ils puissent, sous le couvert de cette association, envoyer des pétitions des protestations au Ministre des Colonies comme cela s’est passé et se passe encore dans certains centres de la colonie, des pétitions qui ne cadrent pas avec l’intérêt général des populations autochtones.

Je réaffirme mon attachement aux Représentants du gouvernement et à tous les Belges qui se dévouent avec un entier désintéressement pour notre émancipation progressive et particulièrement au Ministre Buisseret qui accomplit tout son devoir à l’entière satisfaction de tous ses administrés autochtones.On finit par me traiter, d’anticlérical du fait que mes deux enfants suivent leurs cours à l’Athénée Royal (école sans Dieu, pour employer leur propre expression)… On me reproche qu’en tant que président des Evolués, je donnais un mauvais exemple aux Evolués car ils vont m’imiter en confiant leurs enfants aux écoles laïques. Cela fait que dernièrement on refusa de baptiser mes enfants, et c’est grâce à l’intervention de Monseigneur qu’ils ont finalement été baptisés… ».
Il fut arrêté le 06 Juillet 1956 pour un faux détournement de fonds à la Poste de Stanleyville où il s’occupait du service des chèques postaux. Détenteur de la Carte d’Immatriculation portant le n° 3 sur les 217 cartes délivrées aux Noirs pour toute la colonie au 31 Décembre 1958, Lumumba fut traité sur ordre du Ministre des colonies Auguste Buisseretcomme un blanc en prison.

2. Patrice Lumumba, évolué très adulé par les colonisateurs

En 1943, le jeune Lumumba débarqua à Stanleyville via Kindu à l’âge de 18 ans, venant de la région qui a été la plus marginalisée par les colonisateurs belges dans les domaines de l’enseignement et des infrastructures à cause des révoltes des soldatsBatetela contre la colonisation en 1895 et 1897. Après avoir été coupe-coupeur d’herbes dans les quartiers réservés aux Blancs et agent au service de la colonie en qualité de collecteur d’impôts à Stanleyville de 1944 à 1947, Patrice Lumumba fut agent à la Poste de Stanleyville dès la fin de sa formation à la prestigieuse Ecole Postale de Léopoldville de 1948 à 1956. Il fut le seul évolué qui avait des Européens sous ses ordres. Lumumba était côté « Elite » chaque année par ses chefs hiérarchiques européens. C’est pourquoi il était très adulé par les Missionnaires Catholiques et les fonctionnaires européens.Avant d’être arrêté par les colonisateurs, P. Lumumba fut déjà élu et réélu président de l’Association des Anciens Elèves des Pères de Scheut (ADAPES) ; de l’Association du Personnel Indigène de la Colonie (APIC) ; de l’Amicale des Postiers Indigènes de la Province Orientale (APIPO), créée par Lumumba ; de l’Association des Evolués de Stanleyville (AES) ;Secrétaire de la Fédération des Associations de Stanleyville ; gestionnaire bénévole de la Bibliothèque publique pour Congolais et Vice-Président de l’Union Belgo-Congolaise (UBC).

Parlant de Lumumba, le Gouverneur de la Province Orientale Monsieur André Schôller écrit dans ses mémoires : « La personnalité incontestablement la plus marquante parmi les Evolués de Stanleyville était Patrice Lumumba. Son intelligence et son ambition étaient grandes. Nous avons co-présidé maintes réunions de l’Union Belgo-Congolaise ». Pierre De Vos : « Patrice Lumumba est le politicien jusqu’au bout des ongles et le génie des foules. Fasciné par le général de Gaulle comme Kwame N’Krumah, il se distingue de ses collègues politiciens par l’étendue de ses ambitions et de ses connaissances. Lumumba voit la politique à l’échelle du continent africain et du monde. Il est trop grand pour les pygmées qui l’entourent ». La journaliste belge Colette Braeckman : « Au fond, les Belges auraient dû être fiers d’avoir formé dans leur Colonie une personnalité comme Lumumba, autodidacte inégalable et exceptionnel tellement désireux de progresser et le Noir le plus mondialement connu du XXe siècle. Mais dans le contexte colonial, on n’aimait pas ceux qui faisaient preuve de trop de personnalité, le colonisé devait faire profil bas. Ce qui n’était pas le cas avec Lumumba».

Henri Simonet, Conseiller du PNP à la Table Ronde de Bruxelles : « J’ai gardé une impression négative des politiciens Congolais tels que Kasa-Vubu, Kalonji, Bolya, etc… et plein d’estime pour Adoula, mais c’est l’arrivée de Lumumba à la Table Ronde qui m’a frappé le plus. Avec Lumumba, l’ambiance s’électrisa véritablement. C’était un orateur impulsif, éloquent et talentueux. La Conférence s’accéléra, elle acquit un rythme nerveux. Sans la présence très remarquable de Lumumba à la Table Ronde, celle-ci aurait perdu toute sa crédibilité ».La Libre Belgique, journal des missionnaires catholiques en Belgique fait l’éloge de Lumumba après son assassinat : « Patrice Lumumba était de loin le plus talentueux des politiciens Congolais, un orateur de très grand talent. »Pierre Clément : « Patrice Lumumba est fortement sensibilisé à tout mot, à tout geste, si innocent soit-il, qui lui semble procéder d’une attitude de préjugé racial ou simplement d’une tendance ethnocentrique. Il n’accorde pas vite sa confiance aux Blancs. Il revendique sa « Négritude », sa fierté d’être Noir, d’être un Nègre dans toute sa spécificité, mais il souffre d’autant plus qu’il est victime d’apartheid ».

Pour Tchikaya U Tam’si : « Lumumba fut l’unique Noir au monde qui n’a pas été colonisé. Sans formation universitaire, autodidacte incomparable, très jeune, Lumumba s’exprimait sans complexe et traitait d’égal à égal avec le colonisateur en le regardant dans les yeux et le tutoyant commeon le ferait à un ami. Lumumba est né et mort en homme libre. Il est le « Héros » de la race Noire à écrire avec un géant « H ». Etienne Kikuyu : « Lumumba fut une encyclopédie vivante et le symbole de la démocratie et de la liberté. Le 30 Juin 1960, il a hissé le Congo à un niveau très haut au rang des peuples héroïques d’Afrique et du monde. En le tuant, les Belges ont réussi avec la complicité des politiciens Congolais, leurs valets, à recoloniser le Congo et à écarter le pays de la table des grands de ce monde ». Professeur Kä Mana : « Patrice Lumumba fut le génie inégalé des aspirations des Congolais à l’indépendance »

3. Création et scission du MNC, premier parti politique Congolais

Arrêté à Stanleyville le 06 Juillet 1956, Lumumba interjeta appel. Avant son transfert auprès de la Cour d’Appel de Léopoldville, le prévenu Lumumba s’adressa aux Evolués de Stanleyville, venus nombreux pour le soutenir et l’exhorter à poursuivre sans relâche son combat pour la conquête de l’indépendance du Congo en ces termes :

« La prise de Bastllle ne s’est pas faite à Angoulême, mais à Paris.On ne verse pas la civilisation (l’indépendance) dans l’homme comme on verse de l’eau dans une bouteille. Elle s’arrache, s’acquiert par le travail honnête et productif. La couleur de la peau ne confère à l’homme ni supériorité ni infériorité, le secret réside dans la formation de l’esprit et la persévérance dans le travail, le reste relève de la mystification.Sans le patriotisme, le Congo ira toujours vers le bas et jamais vers le progrès. Le Congo obtiendra son autonomie dans la dignité et non dans la barbarie. Si les uns ont obtenu leur indépendance par des bombes atomiques, des guerres sanglantes, nous obtiendrons la nôtre par la bouche, l’intelligence et la raison. Ce serait commettre un acte de la plus grande barbarie, du banditisme que de sacrifier des vies humaines, nos membres de famille qui nous sont chers, pour la soif de l’indépendance. Non le Congo ne doit pas être « mammatisé ». Evitons à notre pays ce malheur. L’humanité nous le reprochera. N’imitons pas les autres, les belliqueux. Nous allons leur donner une leçon de morale. Ce n’est pas là une parole enfantine. Si aucun principe de morale n’autorise la guerre, la destruction des êtres humains, le pillage, ceux qui se livrent sans raison majeure à des pareils actes barbares ne méritent pas, qu’ils soient Blancs, Jaunes ou Rouges le nom de civilisés. On obtient plus en persuadant poliment qu’en criant comme Hitler. Avec beaucoup de patience, de tolérance de part et d’autre, de pondération, de sagesse, de confiance en Belgique et en nous-mêmes, nous parviendrons à surmonter des difficultés et à construire un Congo magnifique et une société équilibrée pour le bien de nous tous».

A la fin de son adresse, Lumumba, Kongo yaSika comme on l’avait surnommé à Stanleyville dès le retour de son voyage en Belgique en 1956, lança son slogan fétiche : UHURU ! UHURU ! UHURU ! et les Evolués répondirent en chœur : « Vive Lumumba ! Vive l’Indépendance ! Vive le Congo ! Uhuru ! Uhuru ! Uhuru !».

Selon le Professeur Jean Marie Mutamba Makambo, Lumumba, postier de formation, occupa des fonctions importantes et concomitantes dans une demi-douzaine d’associations regroupant les élites africaines de Stanleyville alors qu’il n’avait pas encore trente ans. La fulgurante et progressive ascension sociale à Stanleyville de Lumumba, autodidacte, non originaire de la Province Orientale, révèle affirme le Professeur, son intelligence, son ambition et ses capacités manœuvrières extraordinaires. Sorti de prison à Léopoldville le 07 Septembre 1957, Lumumba fut engagé par la société brassicole dénommée « Bracongo » qui fabriquait la bière « Polar », actuellement Skol le 8 septembre 1957. On comprend pourquoi Lumumba s’imposa au milieu des Evolués de Léopoldville grâce à sa très vive intelligence et à ses capacités manœuvrières indéniables acquises à Stanleyville,

A l’occasion de l’exposition universelle de Bruxelles qui a eu lieu en 1958, Patrice Lumumba avait pris de nombreux contacts avec diverses personnalités qui revendiquaient l’indépendance de l’Afrique. Ces dernièresavaient persuadé Lumumba de créer un parti politique pour mieux mener son combat pour la conquête de l’indépendance de son pays. Le MNC, premier Parti politique du Congo Belge fut créé à Léopolville le 10 Octobre 1958 par 20 Fondateurs dont les noms ci-après : P. Lumumba, J. Mbungu, G. Makoso,J. Ngalula, G. Diomi, C. Adoula, A. Ngwenza, J. Ileo, A. Nguvulu, A. Nkuli, J. Pukuta, M. Liongo, J. Iyeki, L. Bariko, A. Makwambala, A. Pinzi, A. Atundu, T. Lubamba, P. Mbaya, et J. Montingia. L’élection de P. Lumumba à la présidence du Comité Directeur du MNC au détriment de Gaston Diomi, fut ressentie par l’Abbé Joseph Malula comme une douche glaciale. Il traitait Lumumba de Muwuta, d’illettré, de démagogue, d’arriviste, de repris de justice, de coupe-coupeur d’herbes, de primitif, etc… Comme on peut le constater, Monsieur l’Abbé Joseph Malula avait sous-estimé Lumumba parce qu’il venait de Stanleyville, Chef-lieu de la Province Orientale communément appelée le Haut-Congo à l’époque.Il vouait à Lumumba une haine viscérale

Le 16 Juillet 1959, sous l’instigation de l’Abbé Joseph Malula, le MNC organisa au home ASSANEF une réunion sans son Président, Lumumba, présidée par Joseph Iléo au cours de laquelle les 19 Co-fondateurs présents chassèrent Lumumba de la présidence du Parti. Le 17 Juillet 1959, soit le lendemain de sa révocation, P. Lumumba, constitua un nouveau comité de Direction du MNC avec le soutien de tous les membres des Comités Sectionnaires des différentes communes de Léopoldville et des leaders de la Province Orientale. La scission du MNC fut donc scellée le 17 Juillet 1959 en deux Ailes :aile MNC/Ileo qui deviendra MNC/Kalonji, dite aile des modérés, des intellectuels, des chrétiens, des pro-belges ; et aileMNC/Lumumba, dite aile des radicaux, des illettrés, dessatanistes, des sauvages, des primitifs, des communistes, des laïcs, d’anti-belges, des révolutionnaires, etc… Contrairement aux allégations mensongères de l’Abbé Joseph Malula, tous les colonisateurs belges qui ont connu Lumumba à Stanleyville, reconnaissent unanimement ses capacités intellectuelles prodigieuses.

4. Victoire écrasante de Lumumba aux élections de 1959

Sans le premier meeting politique de Lumumba pendant la colonisation, tenu à la place YMCA le 28 Décembre 1958, il n’y aurait pas eu le 04 Janvier 1959 et sans les émeutes du 30 Octobre 1959 à Stanleyville, il n’y aurait pas eu le 30 Juin 1960. Dire le contraire, c’est falsifier l’histoire glorieuse de l’indépendance du Congo telle qu’elle a été écrite par Lumumba, de sa propre main. La demande d’autorisation en vue d’organiser la réunion du 04 Janvier 1959 fut écrite par l’ABAKO le 30 Décembre 1958 et réceptionnée par le premier bourgmestre de Léopoldville le 02 Janvier 1959. La réponse défavorable du premier bourgmestre fut adressée à l’ABAKO le même jour. Aucune page de l’histoire de l’indépendance du Congo ne peut être écrite sans citer le nom de Lumumba, le Père de l’Indépendance du Congo. Patrice est le seul leader et acteur politique Congolais qui a été arrêté et condamné pour six mois à Stanleyville le 1er Novembre 1959 pour l’empêcher d’aller à la Table Ronde de Bruxelles.

Après les émeutes du 04 Janvier 1959, le nouveau Ministre du Congo Auguste de Schryver, successeur du Ministre Van Hemelrijek qui venant de démissionner le 02 Septembre 1959, confirma dès le 04 Septembre par un message à la radio destinéaux Congolais, la mise en place dans les jours à venir des structures prévues par la déclaration gouvernementale du 13 Janvier 1959. Il s’agit de deux Assemblées législatives et d’un « gouvernement Congolais » qui serait présidé par le Gouverneur Général, représentant le Roi. Cette première législature devait durer « quatre ans au minimum » au terme de laquelle les Assemblées législatives auraient à élaborer un projet de Constitution qui serait soumis à l’approbation des Congolais.

Comme on le voit, malgré les émeutes du 04 Janvier 1959, la Belgique n’était pas prête à accorder au Congo son indépendance avant 1964. Ce sont les émeutes du 30 Octobre 1959 à Stanleyville qui se soldèrent par l’arrestation de Lumumba le 1er Novembre 1959 qui donnèrent un coup d’accélérateur à la tenue de la Table Ronde de Bruxelles qui fixa la date de l’indépendance au 30 Juin 1960.Les élections du 20 Décembre 1959devaient permettre à l’Administration coloniale d’identifier les véritables représentants, c’est-à-dire les leaders politiques représentatifs qui incarnaient les aspirations des Congolais à l’indépendance pour participer aux travaux de laTable-Ronde de Bruxelles tenue du20 Janvier au 20 Février 1960.

 

Suite aux émeutes du30 Octobre 1959 qui ont fait trembler le pouvoir colonial à Stanleyville, Lumumba est arrêté le 1er Novembre 1959 sur ordre du Gouverneur de la Province Orientale, Pierre Leroy, afin de l’empêcher d’aller à Bruxelles. Il accusa Lumumba de porter atteinte à la sureté de l’Etat et d’avoir incité la population à boycotter les élections de Décembre 1959. En réalité le Gouverneur ne voulait pas entendre parler de l’indépendance de sa colonie d’exploitation, le Congo.La psychose provoquée par les émeutes au sien de la population blanche obligea le Roi Baudouin d’atterrir directement à Stanleyville le 17 Décembre 1959 en provenance de Bruxelles. Il fut accueilli par une foule immense des Congolais qui scandaient des slogans en soutenant Lumumba, ci-après : « Uhuru ! Uhuru ! Uhuru ! Libérez Lumumba ! Libérez Lumumba ! Libérez Lumumba ! ».

Pierre Leroyse battait pour que la Belgique ne perde pas le Congo, son enfant unique, son pays magnifique et sa Belgique d’Afrique.Après l’arrestation de Lumumba, il déclara que la Table-Ronde pouvait se tenir avec ou sans Lumumba. Pierre Leroy ne cachait pas sa haine à l’égard du leader nationaliste et déplora le fait qu’il n’ait pule tuerpar une piqure mortelle pendant son incarcération. Il était fasciné par les capacités intellectuelles prodigieuses de Lumumba acquises par son effort personnel : « Le 08 Mai 1959, arriva à Stanleyville Monsieur Lumumba, venant de Belgique où il avait parlé devant de nombreux auditoires et spécialement dans les quatre universités. Il eut été un politique d’interdire de parler à un homme qui avait pu faire, écrivit Pierre Leroy, quelques jours avant des conférences aux universités belges ».

Aux élections de 1959, il était prévu 60 % des représentants Congolais élus et 40 % des représentants nommés par le pouvoir colonial. C’est pourquoi, ces élections ont été boycottées par tous les leaders politiques congolais excepté ceux du Parti National du Progrès (PNP), qualifié par Lumumba de Parti des Nègres Payés ou PenePene na Mundele.En dépit d’une gigantesque campagne mensongère de diabolisation et de dénigrement menée contre Lumumba par l’Administration coloniale et les Missionnaires Catholiques dans leurs églises, le MNC-Lumumba rapporta une victoire écrasante en raflant 90 % des sièges aux élections provinciales du 20 Décembre 1959 pendant que son génial leader, Lumumba, se trouvait en prison avec Emmanuel Nzuzià Stanleyville. Les Missionnaires Catholiques qualifièrent Lumumba d’« étranger » originaire de la Province du Kasaï et demandèrent aux électeurs de Stanleyville de ne pas voter pour lui, mais en vain, Lumumba a déjoué tous les plans élaborés par les stratèges belges qui voulaient l’écarter des travaux de la Table Ronde de Bruxelles.

Lumumba explique à la Conférence Panafricaine du 09 Octobre 1959 à Accra, les raisons du boycott par son parti des élections prévues en Décembre 1959 et dénonce les projets de la Belgique qui visaient la constitution d’un gouvernement fantoche dirigé par le Gouverneur Général, Représentant le Roi. Pour Lumumba, son pays, le Congo était indépendant depuis 1885. Il ne demandait aux belges que la passation des pouvoirs aux Congolais en ces termes :

« L’indépendance du Congo fut reconnue par les puissances internationales en 1885, et que cette indépendance est fêtée au Congo le 1er Juillet de chaque année. Le Congo possède encore aujourd’hui son drapeau propre lequel fut également reconnu par les puissances internationales. Nous réclamons simplement la passation des pouvoirs aux mans des nationaux conformément au principe de la libre disposition des peuples à se gouverneur eux-mêmes. Les projets élaborés par l’Administration coloniale visent la constitution d’une Communauté Belgo-Congolaise. Ces projets prévoient pour la formation de futures assemblées provinciales, 60 % des membres élus et 40 % des membres nommés. Le gouvernement belge veut donc constituer un gouvernement fantoche sur lequel il aura la mainmise. C’est pour cette raison que notre Mouvement, appuyé par ses membres et sympathisants, a décidé de s’abstenir aux élections anti-démocratiques qui vont se dérouler à la fin de l’année, notre seul souci étant de voir le Congo accéder sans aucun retard au rang des peuples libres. Il est surprenant de constater que la Belgique, après avoir décidé de notre accession à l’indépendance veut nous imposer un système électoral et des réformes semi-démocratiques qui ne cadrent nullement avec le sentiment national. Peut-on déduire que sa déclaration du 13 Janvier 1959 n’a été qu’un instrument de propagande destiné à tromper l’opinion internationale ».

5. Table Ronde de Bruxelles organisée du 20 Janvier au 20 Février 1960

Le nombre des délégués Congolais retenus pour participer aux Travaux de laTable-Ronde de Bruxelles était initialement fixé à 81 délégués. Il fut revu à 96 délégués selon Joseph Mbungu. Sans toucher aux sièges réservés de droit aux chefs coutumiers cooptés, l’Administration coloniale classa les 13 partis politiques reconnus selon l’arithmétique coloniale effectuée par Bruxelles en tenant compte du degré d’assujettissement et d’obéissance de chaque parti politique au diktat du régime colonial belge. Ils furent repartis en trois blocs de la manière suivante : les partis dits pro-belges, les partis dits modérés et les partis dits radicaux. Ce dernier blocregroupait les partis unitaristes et nationalistes (MNC-Lumumba et CEREA de Kashamura). Les leaders des partis pro-belges et des partis modérés ont été soutenus et soudoyés par le gouvernement belge pour soutenir les thèses colonialistes selon lesquelles Baudouin, Roi des Belgesdevait être le Chef de l’Etat du Congo Indépendant après le 30 Juin 1960 et les Ministères des Affaires Etrangères, des Finances, de l’Economie, de la Défense et de l’Intérieur devaient être attribués aux Belges, thèses qui ont été rejetées par Lumumba à la Table Ronde de Bruxelles.

Le Cartel des partis fédéralistes créé par les colonisateurs belges après l’arrestation de Lumumba à Stanleyville le 1er Novembre 1959 était chargé de préparer sans Lumumba, la Table-Ronde de Bruxelles. Il avait tenu sa réunion unique à Kisantudu 24 au 27 Décembre 1959. Il faut noter que Kisantu est le Diocèse du premier Evêque Congolais Monseigneur Kimbondo,Conseiller Spirituel du Cartel. Au cours de cette réunion, les fédéralistes anti-Lumumba avaient arrêté plusieurs résolutions contre l’unitarisme prôné par Lumumba dont la plus importante fut la création de six Etats Fédéraux correspondant aux six anciennes provinces héritées de la colonisation, appelés « Républiques ». L’Etat Fédéral appelé « Union des Républiques d’Afrique Centrale », en abrégé URAC, chapeautant les six Républiques. Joseph Mbungu reconnait que le Congrès du Cartel tenu à Kisantu fut un grand succès. La pittoresque Cité de Kisantuétait inondée des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : Vive Roi Kasa-Vubu, Vive Kalonji,Vive Tshombe, Vive le fédéralisme,A bas Lumumba,A bas l’unitarisme, A bas le Communiste Lumumba, A bas l’agent d’exécution de Moscou, A bas la soviétisation du Congo.
Sur les 96 délégués Congolais retenus, trois délégués seulement représentaient leMNC-Lumumbaparce que leur parti était classé dans le bloc des partis dits radicaux et indésirables par Bruxelles. Les délégués pro-belges et les chefs coutumiers étaient plus nombreux. Le pouvoir colonial dévoila à travers la répartition des délégués Congolais à la Table-Ronde son antipathie à l’égard du MNC et surtout de son leader charismatique, P. Lumumba. Suite à la libération de Lumumba et à sa participation aux travaux de la Table-Ronde à partir du Mercredi 27 Janvier 1960, le Cartel n’a pas pu présenter son projet de l’Union des Républiques de l’Afrique Centrale, URAC, ni soutenu la formation d’un gouvernement Congolais dirigé par le Gouverneur Général, représentant le Roi.La thèse d’un Congo un et indivisible, du Congo aux Congolais, de l’Afrique aux Africains, soutenue par Lumumba a triomphé à la Table-Ronde. Lumumba a défendu avec opiniâtreté cette thèse jusqu’à son assassinat cruel par les impérialistes le17 Janvier 1961.Il avait compris très tôt que la grandeur et la puissance du Congo se trouvent dans l’unité du pays.

Le 09 Octobre 1959, à la réunion de la Conférence Panafricaine d’Accra au Ghana, Lumumba accusa la Belgique d’avoir aligné en surnombreles délégués pro-belges à la Table Ronde pour soutenir les intérêts belges au Congo. Malheureusement, tous les principaux dirigeants du PNP ne furent pas élus aux élections de 1960 comme Lumumba l’atteste lui-même en ces termes : « Si la Conférence de la Table Ronde a approuvé les propositions du gouvernement belge, c’est parce que l’administration coloniale a envoyé à cette Conférence dans le seul but de soutenir ses thèses, des personnes qui ne représentent nullement le pays. Les délégués du PNP (Parti National du Progrès) qui étaient majoritaires à la Conférence, sont presque tous rejetés par le peuple : aucun des principaux dirigeants de ce parti gouvernemental n’a réussi aux élections ». Le PNP fut le parti politique créé par les Belges pour arrêter le succès du MNC. Patrice Lumumba, leader nationaliste, qualifiait le PNP de Parti des Nègres Payés ou PenePene na Mundele parce qu’il était soudoyé et soutenu par les colonisateurs belges.

6. Victoire écrasante de Lumumba aux élections du 25 Mai 1960.

L’Administration coloniale et les missionnaires catholiques avaient mené une gigantesque campagne de diabolisation et de dénigrement contre le leader nationaliste afin de le discréditer et de détruire son image dans l’opinion publique. Sur les brochures imprimées et distribuées dans les églises catholiques, on pouvait lire : « Ne votez pas Lumumba, Ne votez pas Kashamura, Ne votez pas Gizenga, Ne votez pas Sendwe». En dépit de cette gigantesque campagne, Patrice Lumumba raflant 99,5 % des sièges tant aux élections législatives que provinciales à la grande surprise de tous ses détracteurs Belges et Congolais. Les résultats obtenus par Lumumba aux élections organisées par les Belges en 1959 et 1960 sont inédits dans l’histoire des élections démocratiques organisées en République Démocratique du Congo.Ils prouvent que Lumumba était un leader charismatique et inégalable mondialement reconnu. De 1960 à ce jour, aucun leader Congolais n’a obtenu ce résultat aux élections dans la Province dont il n’est pas originaire. Le succès de Lumumba mérite une thèse de doctorat.

Dans son interview accordée à JeuneAfrique N° 3027 du 13 au 19 Janvier 2019, Son Excellence Joseph Kabila Kabange, Président de la République et Chef de l’Etat réélu, a rendu un hommage mérité à Patrice Lumumba en lui reconnaissant la qualité de père de la démocratie congolaise en déclarant ce qui suit : «Je n’ai fait que contribuer à la restauration de la démocratie. C’est Patrice Lumumba qui en est le Père, ce n’est pas moi. Le père de la démocratie congolaise est à mes yeux Patrice Lumumba, à qui hélas l’occasion n’a pas été donnée de la mettre en œuvre». Pour avoir soutenu et défendu depuis 2001 la thèse selon laquelle Joseph Kabila Kabange est un don de Dieu fait à ce pays atypique, pays des calomniateurs, des menteurs, des haineux, d’utilisateurs abusifs des réseaux sociaux et des falsificateurs de l’histoire, LUSHIMA DJUNGA a été traité par ses détracteurs d’ultrakabiliste. Son Excellence Joseph Kabila ne parle pas de Père de la démocratie congolaise au pluriel, mais au singulier, j’insiste au singulier, parce que l’enfant ne peut avoir qu’un seul père et une seule mère. On ne peut jamais parler de père au pluriel comme ceux qui parlent des pères de l’indépendance du Congo au pluriel, alors que partout ailleurs en Afrique on n’en parle qu’au singulier. Par exemple : KwameNkhruma est le père de l’indépendance du Ghana ; Keneth Kaunda est le père de l’indépendance de la Zambie ; Jomo Kenyatta est le père de l’indépendance du Kenya ; Julius Nyerere est le père de l’indépendance de la Tanzanie ; Nelson Mandela est le père de l’indépendance de l’Afrique du Sud, etc…

Pendant la campagne qui a précédé les élections chaotiques organisées en 1960, P. Lumumba avait fait des promesses aux Congolais. Il avait promis : l’africanisation du corps des officiers de la Force Publique ; l’augmentation des salaires des soldats ; la libération de tous les prisonniers afin de permettre à tous les Congolais de savourer le fruit de l’indépendance et de la liberté ; la suppression du statut de religion d’Etat attribué à l’église catholique pendant la colonisation et la stricte séparationentre l’Etat et l’Eglise ; la nationalisation de l’Université Lovanium ;la fermeture des bases militaires de Kamina et de Kitona gérées par les Belges ; la reconnaissance de Kimbanguisme comme religion officielle ; l’élection du Chef de l’Etat au suffrage universel direct ; la poursuite par le MNC de sa lutte pour la libération totale de l’Afrique du joug colonialiste.

Toutes les promesses de Lumumba n’ont pas été réalisées, elles ont tout simplement été rejetées par les Belges pour des raisons faciles à deviner. En réalité, depuis que Lumumba avait refusé à la Table Ronde de Bruxelles que le Roi Baudouin soit le Chef de l’Etat du Congo après l’indépendance le 30 Juin 1960 et que les ministères des affaires étrangères, des finances, de l’économie et de la défense, soient confiés aux Belges ;Lumumba avait mis sur son dos tous les Belges réunis comme un seul homme autour de leur Roi. Nommé par le Roi Baudouin le 16 Mai 1960 en qualité du Ministre résident du Congo Belge, Ganshof van der Meersh, avait pour mission d’empêcher le MNC-Lumumba de gagner aux élections parce que Lumumba, son leader, était considéré par les Belges comme un homme dangereux, dur, indomptable, incontrôlable et agent d’exécution de Moscou qui avait vendu le Congo aux Russes. Selon les colonisateurs belges, Lumumba était pire que Fidel Castro et Adolphe Hitler en Afrique, parce qu’il était capable de provoquer la troisième guerre mondiale.

 

7. Tentative de vol de la victoire de Lumumba par les belges

Dès que les stratèges belges ont constaté que le MNC-Lumumba avait gagné les élections avec une victoire écrasante et que Lumumba, son génial leader, était devenu le Chef de la principale force politique et de la majorité parlementaire du pays, ils ont multiplié plusieurs obstacles dictés par des appétits néo-colonialistes afin de priver le futur Gouvernement Lumumba des moyens dont il avait besoin pour fonctionner et accomplir ses promesses faites pendant la campagne électorale. Il s’agit des obstacles ci-après : l’application de la loi d’option de nationalité prise le 17 Juin 1960 qui poussa toutes les entreprises belges installées dans la colonie d’opter pour la nationalité belge ; la dissolution de toutes les sociétés parastatales, c’est-à-dire les entreprises publiques, par le décret royal du 27 Juin 1960 ; le transfert en Belgique de tous les avoirs de la Banque du Congo Belge y compris toutes les réserves d’or le 28 Juin 1960 ; la cessation dès Juin 1960 de paiement de tous les impôts et taxes au Gouvernement Lumumba par l’Union Minière du Haut-Katanga aujourd’hui Gécamines et la Forminière de Bakwanga aujourd’hui la Miba ; l’application de la Loi fondamentale rédigée à Bruxelles, mais jamais ratifiée par le Parlement Congolais.

A cause de toutes les mesures cavalières prises par la Belgique contre Lumumba, toutes les caisses de l’Etat étaient vides au 30 Juin 1960. Comme on le voit, Lumumba a subi beaucoup de frustrations et d’humiliations de la part des Belges avant le 30 Juin 1960 parce qu’ils voulaient l’écarter par tous les moyens du pouvoir et installer un gouvernement fantoche et néo-colonial dirigé par les leaders pro-belges. Pour preuve le 17 Juin 1960, le Ministre résident Ganshof van der Meersh désigna Joseph Kasa-Vubu à la place de Lumumba en qualité de formateur du premier Gouvernement du Congo Indépendant alors que son parti l’ABAKO n’avait que 12 sur 137 sièges à la Chambre des Représentants. Craignant que Lumumba ne dévoile les immenses frustrations qu’il avait subies, les Belges ont catégoriquement refusé de le programmer parmi les orateurs lors de la proclamation de l’indépendance du Congo le 30 Juin 1960. Son magnifique discours est le premier d’un Noir qui a été retenu parmi les 100 discours qui ont marqué le 19ème siècle. Quelle fierté nationale. Curieusement, son discours a été le plus applaudi.

Comme il fallait s’y attendre, Lumumba protesta énergiquement et sans le moindre complexe contre la décision arbitraire et irrationnelle du Ministre Ganshof en ces termes : «Les élections, bien que très mal organisées, viennent de montrer le vrai visage du Congo : Tout le peuple est derrière le MNC. Le Gouvernement Belge et le Palais Royal veulent absolument écarter le MNC du pouvoir. On n’a vu nulle part au monde, l’ancienne puissance organiser et diriger les élections qui consacrent l’indépendance d’un pays. Cela n’a pas de précédent en Afrique. Quand la Belgique avait conquis son indépendance en 1830, ce sont les Belges eux-mêmes qui avaient d’abord constitué un Gouvernement provisoire. C’est ce gouvernement qui a préparé les élections démocratiques pour la formation d’un gouvernement représentatif. Ce ne sont pas les Hollandais, ancienne puissance colonisatrice qui avaient préparé et dirigé les élections après la libération de la Belgique. J’accuse moins Mr Kasa-Vubu lui-même que le Ministre Ganshof qui, à mon avis, continue à jouer le jeu de duplicité du Gouvernement belge, qui me considère comme dangereux et ne désire pas que je forme un gouvernement avec les hommes choisis par moi. Sans doute, à Bruxelles, préfère-t-on voir le Congo sans Gouvernement le 30 Juin 1960 plutôt que d’avoir un Gouvernement Lumumba…. Le parti de Joseph Kasa-Vubu détient 12 sièges à la Chambre des Représentants et le mien 42. C’est au MNC parti majoritaire et vainqueur qu’il revient le droit de former le gouvernement et non à un parti minoritaire. Ayant remporté une victoire écrasante, tant aux élections législatives que provinciales pour l’ensemble de la Province Orientale, sa majorité s’élevant à 99,5 %, le MNC formera bientôt un gouvernement homogène basé sur la saine démocratie. La victoire remportée par le MNC confirme la confiance des autorités coutumières et des masses populaires à l’égard de notre parti. Cette victoire constitue également un démenti formel aux accusations méchantes et médisantes dont le MNC et ses dirigeants furent l’objet de la part des adversaires. Le MNC remercie vivement les chefs coutumiers et toutes les couches de la population de la confiance qu’ils viennent de lui témoigner ».

« Au nom de la démocratie, c’est le M.N.C., parti majoritaire aux élections par rapport à tous les autres partis qui doit former le gouvernement. C’est au M.N.C. que le Roi des Belges doit faire appel pour la formation du gouvernement. C’est au M.N.C. qu’il appartient, comme cela se fait dans tous les pays du monde, de faire appel à des partis minoritaires pour consolider sa majorité. On n’a vu nulle part au monde un leader d’un parti minoritaire former le gouvernement où être désigné comme chef de l’Etat. Or, que se passe-t-il aujourd’hui ?Le gouvernement belge et le Palais Royal veulent absolument écarter le M.N.C. Ils poussent actuellement des fractions minoritaires à se coaliser sur des bases artificielles, afin de désigner un gouvernement fantoche qui, je l’affirme, sera repoussé demain par le peuple si les manœuvres de coulisse actuellement réussissent ».

8. Création du tristement célèbre « Groupe de Binza »

La popularité toujours grandissante de Patrice Lumumba suite à sa victoire écrasante en raflant 90 % des sièges à Stanleyville aux élections de 20 Décembre 1959 pendant qu’il se trouvait en prison avec Emmanuel Nzuzi; son arrestation à Stanleyville le 1er Novembre 1959 ; sa condamnation par le Tribunal de Grande Instance de Stanleyville le 21 Janvier 1960 ; son transfert à la prison souterraine de Jadotville, actuellement Likasi, le 22 Janvier 1960 ; sa libération spectaculaire le 25 Janvier 1960 ; son arrivée triomphale à Bruxelles le 26 Janvier 1960 ; sa participation aux travaux de la Table Ronde de Bruxelles le 27 Janvier 1960 jour où fut fixée la date de l’indépendance au 30 Juin 1960 et chanté l’hymne africain « Indépendance tchatcha » à l’occasion de la réception organisée par Lumumba en l’honneur de tous les délégués Congolais à la Table Ronde et la réédition de sa victoire écrasante en raflant 99,5 % des sièges aux élections chaotiques organisées par les colonisateurs belges le 25 Mai 1960 pour toute la Province Orientale au mois de Mai 1960, avait donné des insomnies aux stratèges belges qui tenaient à écarter Lumumba du pouvoir parce qu’il avait déjoué tous leurs plans sataniques.

 

Pour atteindre cet objectif, le Ministre du Congo, Monsieur Ganshof van der Meersh, créa le tristement célèbre « Groupe de Binza » dont Monseigneur Joseph Malula fut la cheville ouvrière, c’est-à-dire le cerveau moteur. Ses membres étaient constitués des chefs des partis minoritaires anti-Lumumba et dissidents du MNC en 1959 qui avaient soutenu à la Table Ronde de Bruxelles les thèses néocolonialistes. En 1964 à Alberthville, aujourd’hui Kalemie, Mzee Laurent Désiré Kabila encore très jeune, qualifia le « Groupe de Binza » de conglomérat d’aventuriers, des valets locaux des néocolonialistes, perdants aux élections de 1960, qui ont chassé Lumumba, vainqueur aux élections, Chef de la principale force politique du pays, de la majorité parlementaire et Premier Ministre démocratiquement élu. Il cita leurs noms : Joseph Kasa-Vubu, Monseigneur Joseph Malula, Monseigneur Gillon, Abbé Fulbert Youlou, Joseph Mobutu, Justin Marie Bomboko, Albert Delvaux, Albert Ndele,Jean Bolikango, Cyrille Adoula, Joseph Ileo, Damien Kandolo, Joseph Ngalula etc… On reconnait les grands hommes après leur mort. 58 ans après la mort de Lumumba, qui d’entre lui et ses assassins est plus grand ? On reconnaitra que Joseph Kabila Kabange fut le don de Dieu fait à ce pays après sa mort, car il cède le pouvoir en laissant le Congo debout et sur les rails avec un taux de croissance de 4,2 %.

9. Deux membres du « Groupe de Binza », candidats préférés de la Belgique

En réalité la Belgique tenait à organiser les élections parce qu’elle voulait écarter du pouvoir le MNC du fait que, Lumumba, son leader était qualifié de dur, d’indomptable, d’incontrôlable, de communiste, d’agent d’exécution de Moscou pire que Fidel Castro et Adolphe Hitler capable de provoquer la troisième guerre mondiale. Elle voulait installer un gouvernement fantoche dirigé par leurs marionnettes. La Belgique avait deux candidats préférés, chefs des parties minoritaires et perdants aux élections à savoir : Joseph Kasa-Vubu au poste de Chef de l’Etat et Jean Bolikango au poste de Premier Ministre. Patrice Lumumba dénonça la duplicité de la Belgique en ces termes :

« Si la Belgique s’est prononcée pour l’indépendance du Congo, son intention cependant est de voir un Gouvernement qui serait à sa remorque. J’ai découvert que le Gouverneur Général, le Ministre du Congo et tous les milieux officiels belges sont en train de mener un jeu dangereux : ils ont déjà « leurs » candidats pour le poste de Chef de l’Etat et celui de Premier Ministre. Des ballons d’essai ont déjà été lancés dans la presse avec la complicité de certains journalistes. Or, ces personnes pour qui ils travaillent ne représentent qu’elles-mêmes ou de petits groupes isolés.

10. Stricte séparation entre l’Eglise et l’Etat prônée par Lumumba

Aussitôt après l’accession du pays à l’indépendance, Lumumba fut le premier à élever selon le Professeur MbuyambaKankolongo, le Kimbanguisme au rang de religion officielle au même titre que les religions traditionnelles : catholique et protestante. Pour Lumumba, poursuit le Professeur, c’est le Prophète Kimbangu qui a commencé la libération de l’homme Noir en général, et du Congolais en particulier. Aussi, considérait-il Kimbangu comme un « envoyé de Dieu » pour la libération des Noirs comme Jésus-Christ l’était pour les Juifs. Il plaçait donc les deux sur un même pied d’égalité. Le Professeur note que Lumumba, partisan de l’unité du Congo, est revenu plusieurs fois dans son meeting sur l’expression « Chez nous au Bas-Congo » pour montrer qu’il se voyait avant tout citoyen du Congo et que tous les Congolais étaient indistinctement des frères. Aux yeux de Lumumba, souligna le Professeur, la nation passait avant le village, le clan, la tribu, l’ethnie ».

Partisan acharné de la liberté et de la démocratie depuis son jeune âge, P. Lumumba prêchait pendant la campagne électorale des élections législatives et provinciales du mois de Mai 1960, la stricte séparation entre l’Eglise et l’Etat ainsi que la liberté absolue de culte. Etant donné que Dieu a créé les hommes égaux et libres disait Lumumba, chaque Congolais sera après la proclamation de l’indépendance du Congo, libre de choisir sa religion et son église. En combattant le colonialisme, nous ne combattons pas les amours parce que les amours n’ont pas de race ni de frontières soulignait-il. Chacun est libre de croire ou de ne pas croire, d’être chrétien ou de ne pas l’être, d’être catholique, protestant, kimbanguiste, kitawaliste, athée. La morale recommande la tolérance la plus absolue en matière religieuse.

Ce qui importe, c’est d’imprégner toute notre vie par de hautes qualités morales concluait Lumumba. Ce sont ces valeurs qui constituent la force d’une société. Un homme pauvre mais qui possède de hautes qualités morales, est supérieur à un homme riche qui n’a pas ces qualités. Après l’indépendance, les catholiques vont prier chez eux, les protestants vont prier chez eux, les kimbanguistes vont prier chez eux, les kitawalistes vont prier chez ceux, les animistes vont prier chez eux, etc…. Et l’Etat protégera tous les citoyens indistinctement. Il n’y aura pas de religion d’Etat après la proclamation de l’indépendance du Congo le 30 Juin 1960, martelait Lumumba.

11. Réaction virulente de Mgr Joseph Malulacontre Lumumba

Selon Ludo De Witte, le projet de Lumumba prônant la liberté absolue de culte ne pouvait pas plaire à la hiérarchie ecclésiastique du fait que pendant la colonisation, le Congo Belge était géré par l’Eglise Catholique Romaine, les trusts et les fonctionnaires coloniaux coopérant intensément entre eux. Le catholicisme y occupait la place de religion d’Etat. Ces trois piliers coloniaux comptaient bien garder leurs privilèges dans un Congo indépendant, ne serait-ce qu’à partir d’une façade africaine. Il est clair que la reconnaissance par Lumumba du Kimbanguisme comme religion officielle, son projet de nationaliser l’Université Lovanium et les principes démocratiques qu’il prônait ne pouvaient que provoquer de véritables bouleversements dans la vie religieuse de la société Congolaise.La réaction de l’Eglise Catholique Romaine ne se fit pas attendre affirme Ludo De Witte.

Le Dimanche 03 Juillet 1960, après trois jours des festivitésmarquant l’indépendance, la lettre pastorale de Monseigneur Joseph Malula, cheville ouvrière du tristement célèbre « Groupe de Binza » a été lue dans toutes les Eglises Catholiques de Léopoldville. Dans cette lettre, Mgr fulmina avec la dernière énergie contre Lumumba et rejeta catégoriquement la politique de son gouvernement qui prescrivait la stricte séparation entre l’Eglise et l’Etat, la liberté absolue de culte, la nationalisation de l’Université Lovanium, la reconnaissance du Kimbanguisme comme religion officielle suite à son intervention auprès de Cornelis Henri, Gouverneur Général, la fermeture des bases militaires de Kamina et de Kitona, l’africanisation de la Force Publique.Mgr Joseph Malula accusait Lumumba de vouloir faire du Congoun pays sans Dieu, un pays anti-Christ ; d’avoir livré le Congo à Satan parce qu’il était lui-même Sataniste ; d’être la tête brulée qui n’avait aucune formation sérieuse ; d’avoir vendu le Congo aux Russes ; de chercher à imposer aux Congolais la soviétisation de leur pays.

Pour sauver le Congo de la « soviétisation »,Mgr Joseph Malula exigeait la neutralisation de Lumumba et son remplacement parJean Bolikango,catholique très européanisé et sympathisant des missionnaires catholiques en ces termes :Lumumba, un provincial, c’est-à-dire un « Muwuta », un illettré, un athée, un Communistene peut pas être nommé Premier Ministre ; le Gouvernement de Lumumba est illégitime et dictatorial, il va plonger le pays dans l’anarchie etle chao ;le régime communiste prôné par Lumumba ne reconnait pas la propriété privée ;le régime communiste signifie :votre maison appartient à l’Etat, votre vélo appartientà l’Etat, votre machine à coudre appartient à l’Etat, votre radio appartient à l’Etat, votre femme appartient à l’Etat, votre enfant appartient à l’Etat, tous et alors tous les biens des citoyens appartiennent à l’Etatet jamais à un Citoyen. Ce communisme erroné et orienté à dessein, ne visait qu’à écarter Lumumba du pouvoir.

La destruction systématique de l’image de Lumumba par les missionnaires catholiques explique pourquoi Lumumba, figure emblématique des indépendances africaines et l’unique homme Noir au monde qui n’a pas été colonisé selon Tshikaya U Tam’si du Congo Brazzaville, est très peu connu dans son pays natal alors qu’il est adulé par tous les jeunes du monde et surtout d’Afrique.Autodidacte incomparable, Lumumba est le plus grand de tous leaders Noirs du 20e siècle. Il faut lire tous ses écris publiés dans la presse de 1948 à 1961 pour reconnaitre sa grandeur.Il a écrit de sa propre main l’histoire glorieuse de l’indépendance du Congo. Son magnifique discours du 30 Juin 1960 est classé parmi les 100 discours qui ont marqué le20e siècle. Lumumba est le premier leader Noir à être salué par 19 coups de canon à la Maison Blanche, le 22 Juillet 1960 à avoir séjourné à Blair House, à avoir tenu une conférence de presse devant plus de 300 journalistes à New York le 25 Juillet 1960 et le premier Congolais à avoir organisé des conférences à l’Université d’Ibanda au Nigéria et dans les quatre Universités de la Belgique en 1959.

12. Distribution des tracts contre Lumumba à Léopoldville le 03 Juillet 1960

Selon Hélène Tournaire et Robert Bouteaud, des petits porteurs, décollant de Brazzaville inondait les artères de Léopoldville des tracts contre Lumumba. Monsieur l’Abbé Fulbert Youlou avec la complicité de Mgr J. Malula soutenait toutes les actions de sabotage menées par le tristement célèbre « Groupe de Binza » contre Lumumba, sachant très bien que celui-ci n’avait pas de base populaire à Léopoldville. L’Abbé Fulbert Youlou n’appréciait pas d’avoir en face de lui sur l’autre rive du Congo, un leader emblématique doté d’une très forte personnalité comme Lumumba. Des agitateurs et provocateurs bien payés par des milieux belges distribuèrent ces tracts dès le Lundi 04 Juillet 1960 dans les rues de Léopoldville. On pouvait y lire les inscriptions ci-après :
- Aux Bakongo : Kasa-Vubu, votre Roi est devenu Président de la République. Profitez-en pour vous débarrasser une fois des Bangala. Avant l’indépendance, les Bangala ont pris vos places dans l’Administration et les entreprises. Chassez-les maintenant de Léopoldville, renvoyez-les dans leurs villages primitifs situés dans la forêt.
- Aux Bangala : C’est l’indépendance, il ne faut plus accepter qu’un Mukongo soit Président de la République et qu’il vous gouverne. Cette fonction revient à l’un des vôtres : Jean Bolikango. Chassez les étrangers du pouvoir. C’est Lumumba, un étranger, qui a donné le pouvoir à Kasa-Vubu au détriment de Bolikango. Il faut tuer Lumumba pour qu’il soit remplacé par Jean Bolikango, votre frère, votre leader très respecté.

Deux stations de radio pirate ont été installées à Léopoldville et à Brazzaville, animées par des militants anti-Lumumba chargés de la mission de mener une campagne de diabolisation et de destruction de l’image du leader nationaliste. Jean Bolikango est un catholique très européanisé, très soutenu par la toute puissante Eglise Catholique et tous les fonctionnaires belges. Originaire de la Province de l’Equateur, il est le chef du Parti ethnique PUNA regroupant tous les Bangala majoritaires dans la Force Publique.

Tous les Bangala accusaient Lumumba d’avoir donné le pouvoir à Joseph Kasa-Vubu, un Mukongo et adversaire de Jean Bolikango avant l’indépendance. Jean Bolikango n’a jamais pardonné à Lumumba d’avoir soutenu JosephKasa-Vubu à son détriment lors de l’élection du Chef de l’Etat au Parlement le24 Juin 1960, il était soutenu par tous les soldats Bangala, majoritaire dans la Force Publique.Très affecté par son échecface à Joseph Kasa-Vubu, Jean Bolikango s’en ferma dans sa maison pendant deux semaines pour digérer sa déception. Il ne porta plus soncostume qui lui a été offert en cadeau par les Belges en vue de son investiture en qualité de Chef de l’Etat.

13. Phrase assassine du général Emile Janssens.

C’est dans cette atmosphère de tension que le général Emile Janssens, Commandant en Chef de la Force Publique, qui ne cachait pas son antipathie à l’égard de Lumumba depuis 1959, adresse selon Hélène Tournaire et Robert Bouteaudune lettre discourtoise à Lumumba son nouveau Chef direct en sa double qualité de Premier Ministre et Ministre de la Défense Nationale. Le Général n’a jamais imaginé d’être un jour sous les ordres d’un macaque. Il a bien entendu laréaction virulente de Monseigneur Joseph Maluladans sa lettre pastorale violente lue la veille dans toutes les églises catholiques. Voici le contenu de sa lettre datée du 04 Juillet 1960 :

 

Mon Cher Lumumba,

J’ai l’honneur d’attirer respectueusement votre attention sur la question du moral de la Force Publique et de porter à votre connaissance que si l’on continue à faire certaines déclarations et à poser certains actes, les pires réactions sont à craindre de la troupe.
La déclaration faite le 30 Juin 1960 par le Premier Ministre, lors de la séance solennelle du Parlement, a étonné le cadre et la troupe.
Comme je n’ai l’habitude ni de me contredire ni de me répéter, je me permets de vous prier respectueusement de considérer ceci comme un dernier et solennel avertissement.
Le Commandant en Chef
Emile Janssens
Lieutenant Général

Tôt le matin du Mardi 05 Juillet 1960, le Lieutenant Général Emile Janssens écrit au tableau devant l’Etat-Major de la Force Publique au Camp Léopold II, aujourd’hui Camp Kokolo, la célèbre et provocatrice phrase suivante :
Après l’indépendance = Avant l’indépendance
Du coup, cette phrase est interprétée dans tous les sens par les soldats Congolais et provoque des agitations dans le Camp Militaire. S’adressant aux soldats, Le Général Janssens leur dit qu’aussi longtemps que le communiste Lumumba restera Premier Ministre du gouvernement central, il n’y aura ni augmentation des soldes ni promotion aux grades supérieurs. Tous les soldats Congolais resteront toujours sous les ordres des officiers blancs. Si les soldats veulent le changement, ils doivent chasser Lumumba du pouvoir pour qu’il soit remplacé par Jean Bolikango. Hier coupe-coupeur d’herbes et repris de justice, Lumumba ne peut pas diriger le Gouvernement Central. C’est lui qui a donné le pouvoir à Joseph Kasa-Vubu au détriment de Jean Bolikango. Son gouvernement va plonger le Congo dans l’anarchie et le chao. Lors des Congrès du MNC et des partis nationalistes tenus à Stanleyville en Octobre 1959 Lumumba qualifia Jean Bolikango d’«Agent de propagande de l’Administration coloniale ». Il avait raison.

La mutinerie éclate à Léopoldville et à Thysville dans la nuit du 05 au 06 Juillet 1960. Le Premier Ministre et Ministre de la Défense Nationale P. Lumumba révoque courageusement avec l’accord du Vice-Premier Ministre Antoine Gizenga, le Général Janssens de toutes ses fonctions de Commandant en Chef de la Force Publique le 07 Juillet 1960 et casse ainsi la colonne vertébrale d’un régime néocolonial qui s’installait au Congo. Selon CléophasKamitatuMassamba, Lumumba ne pouvait que prendre cette décision. Il est le Père de l’Armée Nationale Congolaise.

14. Passation barbare et chaotique des pouvoirs entre les Belges et les Congolais

Le Lundi 04 Juillet 1960, le quatrième jour après l’indépendance, il règne à Léopoldville selon Hélène Tournaire et Robert Bouteaud, une atmosphère de méfiance doublée de confusion. Les fonctionnaires belges n’avaient reçu de Bruxelles aucun ordre pour préparer la remise et reprise des pouvoirs, des dossiers et des bureaux aux mains des fonctionnaires Congolais. Les fonctionnaires belges et congolais s’observaient devant les bureaux fermés, tous les clefs étant encore détenus par les Belges. Les nouveaux ministres du gouvernement Lumumba ne savaient pas par où commencer. La lettre pastorale de Monseigneur Joseph Malula était de toutes les conversations et commentée dans tous les sens par les fonctionnaires belges. Les caisses de l’Etat étaient totalement vides, tous les fonds ayant été transférés en Belgique suite aux mesures cavalières prises par Bruxelles depuis la victoire écrasante de Lumumba aux élections organisées par les Belges eux-mêmes au mois de Mai 1960. Dans sa conférence de presse tenue au siège de l’ONU à New-York en date du 25 Juillet 1960, la première organisée par un leader Noir, le Premier Ministre P. Lumumba dénonça cette situation chaotique en ces termes :

« Nous avons mené une lutte acharnée pour libérer notre pays du statut colonial, pour faire du Congo un pays libre et indépendant. Notre politique a toujours été basée sur la non-violence, et c’est dans cet esprit que nous avons toujours travaillé. Malgré les brimades, les arrestations arbitraires, les condamnations, nous ne nous sommes jamais découragés. Nous avons lutté jusqu’au bout, jusqu’au moment où la Belgique a reconnu notre droit à l’auto-détermination le 30 Juin 1960. Depuis le mois de Janvier jusqu’au mois de Juin 1960, l’Administration belge, le Gouvernement belge n’ont pratiquement rien fait pour faciliter la passation des pouvoirs aux mains des Congolais qui, hier s’appelaient encore des macaques, des petits Nègres. Les cadres n’ont pas été créés comme cela se fait dans d’autres colonies lorsque la puissance coloniale se décide pour l’accession d’un pays à l’indépendance. Le 1er Juillet 1960, aucun cadre n’était aux mains des Congolais. L’Administration, l’armée, la police, tout et absolument tout et à 100 % était encore aux mains des seuls fonctionnaires belges. Tous les pouvoirs se trouvaient encore entre les mains des militaires, des officiers, des sous-officiers et des fonctionnaires belges ».

L’absence de passation des pouvoirs entre les fonctionnaires belges et congolais prouve que le gouvernement belge n’était pas prêt à accorder l’indépendance au Congo et au peuple congolais. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour créer des troubles entre les deux communautés belge et congolaise. Les Belges saisirent cette occasion pour montrer aux fonctionnaires Congolais le danger qui menaçait le Congo si le gouvernement central était dirigé par le communiste Lumumba. Ils relayèrent les critiques sévères entendues la veille dans toutes les Eglises Catholiques contre Lumumba.

Sur ordre du gouvernement belge, les Belges quittèrent le Congo en apportant tous les dossiers de l’Etat et toutes les clefs tant des bureaux que des résidences qu’ils occupaient. Lumumba n’a jamais chassé les Belges du Congo, personne ne peut prouver le contraire. La vérité est que beaucoup de Belges n’étaient pas psychologiquement préparésà travailler sous les ordres des petits Nègres qu’ils qualifiaient des macaques. Après le discours de Lumumba prononcé le 30 Juin 1960, ils n’acceptaient pas encore que leur Congo magnifique, leur Belgique d’Afrique et leur enfant unique était devenu indépendant et séparé de la Belgique. C’est pourquoi, ils ont planifiéle chao et sont partis sans effectuer la remise-reprise.

A propos de la passation barbare et chaotique des pouvoirs aux mains des Congolais en 1960, le Professeur Bernard Emmanuel Kabatu-Suila écrit :
« Le gouvernement belge avait tout imaginé et ordonné à tous les Belges y compris les missionnaires, de quitter le Congo en simulant une catastrophe humanitaire. Il avait organisé la désertion générale de tous les agents belges de l’Administration publique congolaise pour placer le Congo dans une situation chaotique et embarrassante, malgré l’accord de coopération et de protection signé avec les Belges où la Belgique s’engageait publiquement à protéger son ancienne colonie et sa population ».

 

15. Africanisation de la CENCO, une nécessité impérieuse

Aucun Evêque Membre de la CENCO n’accède à ce titre honorifique par la voie des élections libres et démocratiques organisées par les prêtres congolais de sondiocèse. Depuis 1885 à ce jour, tous les Evêques sont nommés par le Chef Suprême de l’Eglise Catholique Romaine, Sa Sainteté le Pape, Chef de l’Etat du Vatican à Rome, Etat à part entière et membre de droit de l’Union Européenne.C’est pourquoi, tous les rapports d’activités établis par la CENCO notamment l’Accord du 30 Décembre 2016 dénommé l’Accord de la Saint Sylvestre et le rapport sur la publication prohibitive des résultats des élections du Dimanche 30 Décembre 2018 établi dans la précipitation le 03 Janvier 2019 en violation flagrante de la loi électorale sont adressés prioritairement à l’Union Européenne via le Vatican où se trouve la source de leur pouvoir. Si les Evêques de la CENCO n’ont aucune considération envers les Institutions de la République, et surtout celle du Président de la République, c’est parce que leur pouvoir émane de l’extérieur, de l’Occident.

Si tous les Evêques membres de la CENCO étaient choisis parmi les prêtres de leurs diocèses par la voie des urnes, nombreux d’entre-eux n’auraient jamais accédé à ce titre honorifique jusqu’à la fin de leur vie car les urnes ont leurs réalité et vérité que les Evêques ne maitrisent pas. Les Evêques de la CENCO ne peuvent donc pas donner des leçons de la démocratie aux animateurs élus des Institutions de la République en commençant par l’Institution Président de la République qui est élu au suffrage universel dans un pays continent comme le nôtre. A ce titre, le Chef de l’Etat élu mérite respect et considération, car il est l’incarnation de la nation et le symbole de l’unité nationale. Il n’est donc pas une personne vulgaire et ordinaire que l’on peut vilipender publiquement sur les réseaux sociaux en le traitant de médiocre et de sataniste.

En 1960, l’Eglise Catholique avait mené contre Lumumba une gigantesque campagne de diabolisation et de dénigrement dans ses églises en le traitant de Muwuta, d’illettré, de coupe-coupeur d’herbes, de sataniste, d’anti-christ, de communiste, d’agent d’exécution de Moscou.Depuis l’indépendance de notre pays en 1960, la CENCO constitue l’instrument d’exécution des impérialistes grâce auxquels ils protègent leurs intérêts. Ils ont toujours la mainmise sur ses Evêques Congolais nommés par Vatican.

Son Excellence Joseph Kabila Kabange, a reconnu dans son interview accordée à JeuneAfrique N° 3027 du 13 au 19 Janvier 2019 que l’Eglise Catholique joue le rôle de bras-spirituel du colonisateur belge à Bruxelles, capitale de l’Union Européenne. Elle n’est pas encore décolonisée. En voici la réponse du Président à une question qui lui a été posée par le JeuneAFrique en rapport avec la CENCO : « Il faut savoir, l’Eglise Catholique a une histoire dans ce pays. Son rôle de bras spirituel du colonisateur belge, puis ses positions hostiles à la lutte pour l’indépendance en disent long sur son ADN local. Plus tard, Mobutu et le Mzee ont eu maille à partir avec elle. La réalité est que si la République Démocratique du Congo et les Congolais sont devenus indépendants, l’Eglise, elle, n’a pas su couper le cordon ombilical qui la relie à son passé colonial. A preuve : elle s’arroge le droit d’outrepasser la Commission Electorale Indépendante pour proclamer seule ses propres résultats. En 2006, en 2011 puis en 2019… Dans quel autre pays voit-t-on cela ? J’imagine l’Eglise de France ou d’Italie se substituer ainsi à l’Etat. Qui l’accepterait ? La République Démocratique du Congo est une République, pas une théocratie. Je suis chrétien, ni catholique, ni protestant, ni évangélique et tout cela à la fois. Un chrétien qui pense qu’il faut rendre à Dieu et à Cesar ce qui leur appartient. Quand j’ai reçu ici même les dirigeants de la CENCO « Conférence Episcopale Nationale du Congo », je leur ai dit : « L’Eglise doit-être au milieu du village. Vous, vous voulez brûler le village. Pensez-vous que l’Eglise en sortira indemne ? ». Qu’il est beau d’entendre ce discours.

Le Président Kabila a raison, l’Eglise Catholique cofondatrice du tristement célèbre « Groupe de Binza » et ancêtre de la « CENCO » a brûlé le Congo en 1960 en prenant une part très active dans l’assassinat de Patrice Emery Lumumba le 17 Janvier 1961. Selon le Professeur Emmanuel KabatuSuila, la souffrance vécue par Lumumbasurpasserait la passion de Jésus-Christ en termes de barbarie, de cruauté, d’ignominie, de sauvagerie, de persécution. Monseigneur Joseph Malula, cheville ouvrière du tristement célèbre « Groupe de Binza » était présent à Léopoldville lorsque Joseph Mobutu embarqua Lumumba dans le coffre de sa voiture américaine à destination de Thysville aujourd’hui Mbanza-Ngungu où il fut gardé dans une cage du 02 Décembre 1960 au 17 Janvier 1961. Tous les membres du « Groupe de Binza » et les Commissaires Généraux sont montés un à un dans l’avion qui transportait Lumumba, Mpolo et Okito à l’étape de Léopoldville où il devait s’approvisionner en carburant le 17 Janvier 1961.Le lendemain de l’assassinat de Lumumba, l’Archevêque d’Elisabethville, Monseigneur Comelis, moine bénédictin qui n’a jamais caché sa profonde antipathie à l’égard de Lumumba déclara le 18 Janvier 1961 ce qui suit : « L’assassinat de Lumumba est un péché pardonné ». En 1960, les Belges disaient à Lumumba : « Ce pays, nous l’avons bâti avec nos mains, nous n’allons le laisser à aucun prix, fut-il de sang…Ce sont ces « noirs » qui hier encore avaient la « queue » qui prétendent nous chasser du Congo. Nous défendrons nos droits par les armes ». La déclaration de l’Archevêque Comelis est pleine de signification.

Les Représentants légaux de l’Eglise Protestante, de l’Eglise Kimbanguiste, de l’Armée du Salut, des Eglises de Réveil, de l’Islam, sont choisis parmi les meilleurs Ministres de Dieu par la voie des élections libres, démocratiques et transparentes, organisées par des Congolais, membres de leurs Eglises. A ce titre, ils jouissent d’une légitimité restreinte et peuvent parler au nom des Congolais qu’ils représentent. Pour parler au nom du peuple, il faut être élu par le même peuple. C’est la règle d’or de la démocratie. Au nom de la paix, et pour sauver l’unité nationale et la stabilité des Institutions de la République, il est important que les Evêques de la CENCO soient élus comme les représentants légaux de toutes les églises congolaises par les prêtres et les chrétiens de leurs diocèses à travers les élections libres, démocratiques et transparentes. C’est la seule voie capable de les décoloniser et de mettre fin à la mainmise de l’Union Européenne sur nos Evêques Catholiques.

 

16. Africanisation de toutes les constitutions de l’Afrique

S’adressant aux Evolués de Stanleyville en 1954, Patrice Lumumba leur disait ce qui suit : « Prenons chez l’Européen ce qui est bon et beau, et rejetons ce qui est mauvais et laid ». L’élection présidentielle et le débat public entre les deux meilleurs candidats à cette élection, sont des antivaleurs susceptibles de provoquer des troubles dans les sociétés africaines. Partout en Afrique, on assiste à des conflits post-électoraux à la grande satisfaction des impérialistes. Pour mettre fin à tous ces conflits, la suppression de l’élection présidentielle en Afrique demeure le salut pour l’avenir du continent Noir. Nous suggérons que la démocratie africaine ne s’exerce qu’au niveau du Parlement à travers les élections législatives et provinciales. Le Chef de la principale force politique sera automatiquement le Président de la République. Ainsi, le poste de Président de la République sera moins attrayant et banalisé.
Les Occidentaux et la CENCO ne s’intéressent point aux élections législatives parce qu’elles sont difficielement manipulables.

 

Fait à Kinshasa, le 15 Janvier 2019

LUSHIMA DJUNGA WEMBADIO
Kadogo de la 1ère heure, sauvé par Mzee LD Kabila à Kalemie en 1964 et UltraKabiliste

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