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Je viens de tomber sur un article : « Testing Kaldor’s Growth Laws across the Countries of Africa » qui peut aussi inspirer le débat des politiques publiques sur la stratégie de développement, susceptible de promouvoir la croissance, le développement et création d’emplois créneau indispensable pour la réduction de la pauvreté.

En élaborant ses lois, Nicholas Kaldor repose sur trois paradigmes.
D’abord, l’industrie manufacturière est caractérisée par des rendements d’échelles croissants à la fois statique et dynamique. Alors que d’autres secteurs sont en bute à des rendements d’échelles décroissants. Un bémol tout de même. Pour que ce postulat soit validé, il faut l’existence d’un vibrant marché domestique ou alors l’accès au marché extérieur.
Ensuite, quand l’industrie manufacturière croit, il y a des effets dominos et d’entrainement au niveau de l’emploi et de la transformation structurelle de l’économie. Des travailleurs des secteurs à rendements d’échelles décroissant seront attirés par l’industrie manufacturière, créant ainsi les conditions d’une hausse de productivité du travail de ces secteurs simplement parce que le produit moyen du facteur travail deviendra plus grand que le produit marginal.
Enfin, au stade initial de développement, les politiques publiques doivent soutenir l’expansion de l’industrie manufacturière, source de transfert de technologie et d’innovation. Le choix de l’industrie manufacturière comme source de croissance doit être l’objectif des politiques publiques même si au départ l’industrie manufacturière n’a pas des avantages comparatifs.
Le monde académique Anglo-saxon et africain revisitent les lois de Kaldor pour trois raisons. Les économies africaines portent encore les stigmates de la colonisation : l’Afrique pourvoyeuse des produits de base ou matières premières. On exporte le diamant brut sans être taillé sur place. On exporte le pétrole brut sans être raffiné sur place. La spécialisation imposée par les colons perdure.

La part de l’industrie manufacturière dans les économies africaines reste faible et continue de baisser au profit de l’industrie extractive et des services (tertiarisation de l’économie dans certains pays). L’industrie manufacturière africaine manque des liens en amont comme en aval (backward and forward linkages selon la théorie d’Albert Hirschman) avec les autres secteurs de l’économie, notamment avec le secteur agricole qui explique le manque de l’industrie agro-alimentaire. Résultat, beaucoup des pays africains recourent à l’importation pour nourrir la population. C’est la désindustrialisation de l’Afrique qui pose problème et poussent les chercheurs Anglo-Saxons et africains à relever les défis.

Nicholas Kaldor était un macroéconomiste/modélisateur de haut niveau. On lui doit le premier modèle structurel et formel de croissance endogène. Il avait aussi jeté les bases des analyses cycliques (A Model of the Trade Cycle’ (1940) qui établit des fonctions non-linéaires d’investissement et d’épargne. Ses travaux sur l’offre de monnaie endogène ont influencé des économistes néo-keynésiens. Il a développé un modèle structurel sur le commerce international basé sur les rendements croissants.

Les travaux de Kaldor reposent sur quatre fondamentaux :
-(i) rendement croissant de l’industrie manufacturière qui doit être le socle de la croissance économique
-(ii) croissance de la demande effective (absorption) sous contrainte
-(iii) les liens en aval et en amont entre l’agriculture et l’industrie manufacturière
(iv) ; les relations entre le marché domestique et externe
Ces concepts fondamentaux conduisent Kaldor à proposer des politiques publiques que les gouvernements peuvent suivre :

-le développement économique nécessite une politique d’industrialisation bien définie ;

-il faut promouvoir une « révolution agricole » ou révolution verte ;

-ouvrir les frontières pour une compétition globale mais avec un minimum de protection pour les industries naissantes ;

Même s’il est vrai que l’Afrique a connu une croissante impressionnante pendant deux décennies sous la houlette de l’Angola, Afrique du Sud et le Nigeria, C’est la désindustrialisation de l’Afrique qui pose problème et poussent les chercheurs Anglo-Saxons et africains à relever les défis.

La Banque Africaine de développement (AfBD), dans son rapport annuel 2016, publié en janvier 2017 depuis l’Inde, a développé un seul thème dans la partie thématique du Rapport : Entrepreneuriat et Industrialisation en Afrique que je t’attache de nouveau.

Heather Wells et A.P. Thirlwall avaient déjà abordés ce problématique en 2003 «Testing Kaldor’s Growth Laws across the Countries of Africa ». Leurs conclusions sont toujours d’actualités et valables :

-L’un des principales causes du retard économique de l’Afrique est son faible degré de développement industriel. Le continent semble non seulement avoir été court-circuité par le processus d’industrialisation, mais il a été démontré que plusieurs pays africains sont en train de se désindustrialiser.

-Le présent article traite d’une série de questions interdépendantes. Il vise notamment à déterminer dans quelle mesure la performance de croissance des économies africaines est liée à ses caractéristiques structurelles ou, plus précisément, s’il y a une preuve tangible que la progression du PIB et la croissance globale de la productivité de la main d’œuvre dans les pays africains sont positivement liées à la rapidité avec laquelle se développe leur secteur industriel.

Heather Wells et A.P. Thirlwall ont entrepris de tester trois lois de Kaldor sur la croissance.

-La première atteste que la croissance du PIB est positivement liée à celle de la production manufacturière, non pas tant en termes de définition uniquement (dans la mesure où ce dernier participe au PIB), que dans le sens d’une relation de cause à effet, étant donné que la production est une caractéristique de l’activité manufacturière.

-La deuxième affirme que la croissance de la productivité de la main d’œuvre dans l’industrie manufacturière est positivement liée à la progression de la production manufacturière, en raison de l’augmentation constante ou dynamique des rendements d’échelle (loi de Verdoorn).

-Enfin, la troisième constate que la relation entre la progression de la productivité de la main d’œuvre dans l’économie, en général, et le taux de croissance de l’emploi dans le secteur non manufacturier sera négative, étant donné que le rendement de la plupart des activités hors du secteur manufacturier – notamment celles rattachées aux ressources naturelles, telles que l’agriculture et bon nombre d’activités liées aux services – sera en régression.

-Les auteurs en concluent que la situation économique des pays africains vient concrètement étayer les lois de Kaldor sur la croissance. La progression du PIB semble être plus étroitement liée à la croissance du secteur manufacturier/industriel qu’à celle des secteurs agricoles et des services. Les réformes structurelles en faveur des activités industrielles contribueront très certainement à accélérer la croissance du PIB et améliorer plus vite les conditions de vie en Afrique.
Voici le lien pour accéder à l’article :
• Testing Kaldor’s Growth Laws across the Countries of Africa
Testing Kaldor’s Growth Laws across the Countries of Africa. Heather Wells and; ... Testing Kaldor’s Growth Laws across the Countries of Africa.

Edouard Nsimba
Expert International en Modélisation mathématique et Analyse des Politiques Publiques

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