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Dans un discours du professeur Akibakpa Sawyer, j’ai lu en titre une interrogation fort  interpellatrice : « Faut-il brûler l’université? » Et tout récemment, Joseph Ki-Zerbo a sorti un livre à sensation intitulé « Éduquer ou périr ». A ce livre, il faut joindre un autre du même auteur où il pose une question apparemment drôle : « A quand l’Afrique? »  Pourquoi ne pas penser au philosophe camerounais Fabien Eboussi Boulaga qui, dans sa préface à «Education et démocratie en Afrique » de son compatriote Ambroise Kom, a écrit ces mots forts éloquents au sujet de l’avenir de l’université africaine.

«La valeur d’une nation se mesure à la place qu’elle réserve à l’université. Pour durer, survivre et exister comme un peuple dans un monde civilisé, la fonction de cette institution est cruciale. La richesse aujourd’hui n’est pas l’amoncellement de pierres précieuses, de l’or, fut-il noir. La force n’est pas dans la possession d’un armement sophistiqué, entretenu et même manipulé par d’autres. Émirats arabes seraient redoutables. Elle est encore moins dans une armée juste bonne à mater ses propres concitoyens. L’une et l’autre ont leur source dans l’esprit, dans ce qu’on appelle familièrement la matière grise. Sans sa mise en œuvre toutes les énormes « potentialités » du sol et du sous-sol dont nous gargarisons ne nous sauveront pas de la misère noire, de la mendicité et de la servilité qui l’escortent lamentablement. Dis-moi comment tu traites ton université, tes chercheurs, tes enseignants et tes étudiants et je te dirais qui tu es : un barbare obtus et intelligent ou un civilisé et avisé. » C’est donc avec raison que les pays qui se sont développés, dont certains se définissent comme les « sociétés du savoir », investissent énormément dans la recherche et les universités, et mettent en place des stratégies pour attirer dans leurs institutions et centres de recherche. Pour devenir compétitif dans un monde submergé par le phénomène de la mondialisation, ils misent sur la créativité et innovation, bref, sur la mise en œuvre de l’esprit. Alors je me pose ici la question de savoir ce que sera notre enseignement supérieur et universitaire dans un monde qui devient de plus en plus mondialisé compétitivement.

C’est bien complexe et cruciale ce genre de question. On découvrira, je l’espère dans mon texte ma manière de dire l’actualité de l’enseignement supérieur et universitaire en RD. Congo loin des idéologies et des slogans mystificateurs et de l’opacité sociale. Je me propose de vous livrer un témoignage critique afin de vous inviter, si possible, à la réflexion sur le destin de notre enseignement supérieur et universitaire.

Vue sous cet angle, l’université se conçoit comme un haut lieu du savoir académique, de la recherche scientifique et technologique; un haut lieu du savoir supposé vrai et qui s’avère être, par définition, le berceau de la science et des consciences pour le développement quantitatif et à la fois qualitatif, performant, innovateur et optimum d’une communauté donnée prise dans sa globalité. Haut lieu du savoir et des connaissances, l’université est en même temps un haut lieu du « désordre » de l’esprit; son existence et son activité évoluent constamment en mouvement dialectique, de continuité, de rupture et de remise en question des acquis, de l’expérience, de la science et des connaissances pour le développement de la société.

C’est un milieu par nature de contestation et de « subversion » au sens le plus noble de ce terme. C’est aussi un milieu qui remet sa propre pratique, son rôle, sa nécessité en question tout en dévoilant ses propres insuffisances par une autocritique sévère et sans complaisance pour remplir correctement sa mission.

Par cette nature, l’université est une instance maïeutique d’innovation de la société, un lieu où se forgent des mondes nouveaux, où s’expriment les espaces de demain. Un creuset de progrès social dans tous les domaines. C’est un lieu d’ébranlement permanent du statu quo par les liens étroits existant entre le savoir, le pouvoir et l’avoir. Elle apparaît donc comme un lieu d’imagination, d’échange, de dialogue et débats d’idées, de lutte contre toute forme d’obscurantisme, d’éveil des consciences, d’innovation et de l’inédit, d’accumulation et de renouvellement du savoir.

L’université est un lieu du savoir où la liberté académique lui est consubstantielle. Elle apparaît d’ailleurs comme l’un des lieux le plus précieux de l’humanité. C’est un droit de l’humanité en tant qu’humanité que la recherche de la vérité se poursuive quelque part. L’université constitue justement ce quelque part.

En République Démocratique du Congo, la scolarité universitaire date de 1954. De par ses origines, elle est née des conditions qui n’avaient rien avoir avec les populations congolaises africaines alors colonisés. En dépit de quelques soucis de ses initiateurs de chercher les modalités de son insertion dans la société noire, elle est restée étrangère, créée pour des besoins de la « mission civilisatrice » de la Mère patrie : le Royaume de Belgique. Aujourd’hui, c’est incontestable, la problématique de l’africanité et de la congolité de l’université se pose avec acuité. Le questionnement à ce niveau est net si nous voulons planter notre enseignement supérieur et universitaire dans le contexte du développement national.

Il est peut être bon ici de tracer assez brièvement l’itinéraire suivi par l’implantation de la pratique universitaire en République Démocratique du Congo. Quatre étapes peuvent être retenues : celle de 1954 à 1960, je l’appelle « étape de l’enfantement et de l’implantation; celle de 1960 à 1971, je la considère comme celle de la « congolisation »; celle de 1972 à 1982, c’est la période de la « nationalisation » de l’enseignement supérieur et universitaire; enfin celle qui va de 1982 à nos jours, on l’a voulue celle de « décentralisation » et de la « sensation démocratique ».

D’une manière globale, la plus vieille implantation universitaire de la RD. Congo a vu le jour en 1954 à Léopold Ville, la capitale coloniale, sous le nom de l’Université de Lovanium après un court et virtuel séjour à Kisantu. C’est en fait une émanation de l’Université Catholique Belge de Louvain. En novembre 1956, dans le chef-lieu de la province du Katanga, a démarré une autre université appelée « université officielle du Congo ». On l’a voulue dans le contexte des luttes idéologiques belges.

En 1963, soit trois ans après l’indépendance congolaise, à Stanley Ville dans le Haut Congo, les protestants ont ouvert leur université qu’ils ont appelée « université libre du Congo ». Comme on peut le remarquer, idéologiquement et même conceptuellement l’avènement de l’enseignement supérieur au Congo est un fait historique dont l’extériorité ou mieux l’extranéité est remarquable. L’avenir de l’université congolaise sera donc soit catholique, soit libérale, soit laïque.

Toutes ces trois universités, ont connu les secousses relatives à la crise congolaise conséquente à l’indépendance de la colonie belge. Celle d’Élisabeth Ville est devenue « Université d’Etat » dans le Katanga en sécession. Celle de Stanley Ville, à peine créée, a démarré avec la rébellion qui l’a obligée de déménager vers Léopoldville d’abord et puis vers Kananga. Lovanium pendant ce temps a évolué sans grosses difficultés.

Elle a même vue le nombre de ses facultés, des professeurs étrangers et aussi de ses étudiants accroître. Par elle, il faut le dire, le fait universitaire congolais a gagné un réel droit de cité sur tous les plans tant par la qualité de ses enseignements que par les résultats de ses recherches. Cependant, en dépit de cette performance, elle est restée totalement dépendante de l’extérieur. Ce qui a provoqué le déclenchement d’une grève retentissant dans le milieu estudiantin. 1964, l’année du 10ème anniversaire de Lovanium, les étudiants, déjà majeurs dénoncent l’extraversion de leur « université » tout en réclamant « l’africanisation » des programmes et des structures universitaires en fonction des exigences concrètes du pays.

Cette révolution a motivé la réforme tous azimuts de 1972 qui a fondé « l’Université Nationale du Zaïre » (UNAZA).

Dans ce contexte de la dictature mobutienne de la deuxième République, cette pseudo-nouvelle université se voulait un projet plus adapté au fil du temps, le pays en proie d’une dictature atroce a vu progressivement son université tomber en déliquescence sans pareil. L’évolution de la performance tant au niveau de la qualité des enseignements, de la mentalité universitaire, qu’à celui de la recherche, fut compromise et troquée contre les exigences formelles et formalisées de la bureaucratie. C’est alors que le gouvernement décida de renieur avec l’autonomie en démarquant l’enseignement strictement universitaire et de l’enseignement dit supérieur composer des instituts pédagogiques et techniques. C’est cette dernière phase de l’évolution de l’enseignement supérieur et universitaire que l’on connaît aujourd’hui en RD. Congo. Sans parler de l’enseignement universitaire privé qui a connu entre temps un frissonnement extraordinaire. On a voulu atténuer les effets de la bureaucratie centralisante afin de faire  éclore davantage les effets de « l’adaptation » et de « l’africanisation » des programmes lancés depuis les années UNAZA.

« Travailler est une bénédiction quand cela nous aide à penser à ce que nous sommes en train de faire. Mais, cela devient une malédiction quand cela n’a d’autre utilité de nous éviter de penser au sens de notre vie ».

Paulo Coelho

Professeur Jean Kambayi Bwatshia

Directeur du Centre de Recherche sur les

Mentalités et l’Anthropologie Juridique « Eugemonia ».

 

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