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Pour répondre à cette question, je voudrais subdiviser mon intervention en deux parties essentielles : la première couvre la période où j’étais Premier Ministre jusqu’à fin 2016, et la seconde, après mon départ de la Primature jusqu’à la mort de Pierre Lumbi, en juin 2020.


Sur toutes les deux périodes, je me réfèrerai à des critères d’appréciation objectifs devant permettre d’une part, une meilleure compréhension de la valeur de l’homme qui est au centre du mini forum d’aujourd’hui, et d’autre part, garantir l’impartialité de mon jugement. Parmi ces critères, j’invoquerai : l’indépendance d’esprit, le courage, la prise de risque, la constance, l’attachement à la république, et la recherche du progrès de la nation.
S’agissant de la période où j’étais Premier Ministre, Pierre Lumbi était Conseiller Spécial du Chef de l’Etat en matière de sécurité. Il avait donc la responsabilité de questions de sécurité tant au niveau national qu’international. C’est un poste à sensibilité politique et sécuritaire extrême.
A ce titre et, au regard du climat de confiance mutuelle qui existait entre nous deux, j’ai eu à travailler étroitement avec lui. Tout comme j’ai eu à participer à d’importantes réunions d’ordre sécuritaire auxquelles il était associé.
De ces contacts, j’ai retenu que Pierre Lumbi était un homme qui avait un sens élevé des valeurs, de l’Etat, de la Nation et de la République. Dans ses analyses et proposition des solutions, sa démarche répondait toujours à ce type de question : où est l’intérêt de la majorité ? Où est l’intérêt du pays dans le présent comme dans le futur ? C’était son leitmotiv. Cette façon d’agir hautement républicaine dans un environnement politique complexe, parfois pollué par des pseudos politiciens, ne pouvait que lui attirer beaucoup d’ennuis et d’ennemis. Il a donc passé une partie de son temps à se battre contre cette catégorie d’acteurs politiques dont les intérêts personnels primaient sur ceux de la majorité. Mais, j’ai vu Pierre Lumbi, se ressourcer continuellement sur ses réserves inépuisables de courage, d’indépendance d’esprit, de croyance au changement et, d’honnêteté intellectuelle pour maintenir le cap et défendre la République.
Professionnellement, il l’a fait avec toute sorte de délicatesse exigée par la complexité et la sensibilité de fonctions qu’il exerçait. Imaginez-vous qu’il est devenu membre du G7 alors qu’il était encore Conseiller spécial.
J’ai été personnellement impressionné par le sens élevé de la République qui sous-tendait la philosophie de ses idées et analyses, mais aussi qui constituait le soutien indéfectible du courage de ses propositions parfois risquées, mais souvent rejetées par la majorité. Les éclaireurs sont souvent en avance par rapport à leurs congénères et naviguent généralement à contre-courant de la majorité. A ce titre, ils sont dans la plupart des cas incompris.

Quel risque prend-on pour être seul contre tous ? Surtout lorsque ceux qui pensent comme vous préfèrent ne pas prendre le risque de vous soutenir ouvertement pour ne pas être catalogués et perdre leurs fonctions ! On sait comment tout cela s’est terminé. La force de ses convictions et de ses idées, l’intensité de ses arguments, la densité de ses propositions progressistes, et la richesse de son expérience professionnelle, n’ont pas résisté à la tempête politique des conservateurs. Il a quitté les fonctions du Conseiller Spécial en matière de sécurité de la manière qu’on connait.
Par ailleurs, j’ai pu découvrir en cet homme le sens élevé de la bonne gouvernance. Bien que Conseiller spécial en matière de sécurité auprès du Chef de l’Etat, il n’a jamais usé de trafic d’influence pour obtenir les avantages financiers indus ou excessifs. Ce type de comportements exceptionnels dans le chef des acteurs politiques et hauts fonctionnaires de l’Etat ne pouvait que le singulariser et faire de lui un homme d’Etat au sens vrai du terme.
En ce qui concerne la période après la Primature, j’ai continué à échanger avec Pierre Lumbi qui était désormais devenu un des hommes clés de l’opposition. J’ai eu le privilège de constater que les valeurs qu’il défendait alors qu’il était Conseiller Spécial n’avaient jamais changé. Elles sont restées les mêmes, fondamentalement liées aux intérêts de la République.
Quel courage ? Quelle constance ? Quel goût du risque ? Evidemment, c’était le prix à payer pour être en harmonie avec sa conscience et surtout pour servir la majorité qui était le fondement de toute sa lutte politique depuis Bukavu jusqu’à Kinshasa.
Il a continué à défendre ses idéaux au sein de l’opposition avec bravoure et risque parce qu’il s’agissait de ne pas franchir les lignes rouges tracées par le secret d’Etat auquel il a été associé pendant plusieurs années. Personne d’entre nous ne peut imaginer le sacrifice et la discipline qu’il devait s’imposer pour marcher sur le fil de rasoir afin de respecter, aux grés de deux parties, ses obligations de réserve liées à ses anciennes fonctions, mais aussi ses nouveaux engagements en tant que l’une des figures de proue de l’opposition.
Il l’a fait avec dextérité. Chapeau bas, à Pierre Lumbi.
Au sein de l’opposition, sa vision, ses objectifs, ses méthodes, ses tactiques, bref son savoir-faire n’avaient qu’une seule finalité : l’avènement d’une gouvernance politique et économique de qualité. J’ai souvent partagé avec lui le rêve d’un Congo prospère, le rêve d’un Congo puissant, le rêve d’un Congo respecté tant au niveau régional, continental, qu’international.
Oui, Pierre Lumbi était d’un esprit élevé ; mais un esprit qui se mouvait dans l’humilité. Il était humble et capable d’apprécier les performances et succès des autres. Et il ne manquait pas de s’en inspirer quand besoin en était.
Il était âgé, mais n’hésitait pas de considérer les plus jeunes. Il a occupé des grandes fonctions, mais ne manquait de respecter les moins gradés.
Voilà pourquoi cet homme m’a impressionné. Voilà la complexité d’un homme dont les qualités intrinsèques me font croire qu’il était une référence politique. Car le monde, celui du progrès, celui du changement, celui de la prospérité, celui de la grandeur et de la durée est un monde fondé sur les valeurs, rien que sur les valeurs. Et les hommes qui, tout au long de leur passage sur terre, ont combattu pour l’instauration des valeurs en eux-mêmes et, au sein de la majorité, méritent d’être considérés comme des références politiques.
Pierre en était un. Et il le demeurera.
Merci

 

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