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13 août 2004 – 13 août 2020 : voici 16 ans, jour pour jour, depuis l’événement macabre ayant frappé et affecté des compatriotes congolais membres de la Communauté Banyamulenge, qui s’étaient réfugiés dans la localité de Gatumba (Burundi) pour échapper à l’insécurité qui sévissait au sud de la province du Sud-Kivu.

Au terme d’un massacre revendiqué par la rébellion FNL PALIPEHUTU, le bilan faisait état de 166 morts et d’une centaine de blessés. En marge de cette commémoration, la Communauté Banyamulenge de Kinshasa a organisé un culte d’actions de grâce et prononcé, en présence de quelques autorités nationales et des membres de la Communauté, un discours visant à interpeller les gouvernants à appliquer la ‘’Justice’’ envers les auteurs de ces crimes et qui jouissent jusqu’à ce jour, à leur grande déception, d’une liberté sans précédent.

Au Centre des Handicapés situé sur l’avenue des Huileries, dans la commune de la Gombe, la Communauté Banyamulenge de Kinshasa a commémoré le 16ème anniversaire du massacre de Gatumba au cours d’un culte d’actions de grâce et de recommandation à l’Eternel, le Dieu Très-Haut, pour protection, soutien et passements des blessures intérieures encaissées depuis l’an 2004. Dans son sermon, le Révérend Maurice Imakuna a évoqué, sur base de l’extrait du Livre de Psaume 32 : 8, que l’ensemble de la Communauté Banyamulenge devrait s’en remettre entre les mains du Dieu Tout-puissant, visiblement non lassé à la protéger et à leur procurer sans cesse sa compassion.
Juste après cela, Charles Mukiza, Président de la Communauté Banyamulenge de Kinshasa, s’est exprimé en affirmant que le massacre de Gatumba revêt le caractère d’un génocide, se référant à l’esprit de la Convention pour la prévention et la répression du crime de Génocide telle qu’adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies, en son article 2.
Dans son speech, Charles Mukiza a condamné l’inaction des autorités de la RDC, du Burundi en tant que pays d’accueil, et de la Communauté Internationale en charge de la question des réfugiés, à diligenter des enquêtes sur l’identification et l’interpellation des auteurs, tant matériels qu’intellectuels, des crimes odieux commis envers la Communauté Banyamulenge. Cette inaction risquerait donc d’empirer la situation, d’autant plus que les Banyamulenge font l’objet, une fois de plus, d’une série d’attaques meurtrières et incendiaires sur les Hauts-plateaux de Minembwe, depuis plus de 3 ans.

Pour empêcher l’évolution de ces actes macabres et rendre la justice équitable à tous, la Communauté Banyamulenge a reformulé 6 demandes à l’endroit des autorités nationales et internationales, entre autres : la mise sur pied d‘une commission nationale ou internationale d’enquête sur les événements de Gatumba dans l’objectif d’identifier les auteurs des crimes et de les déferrer devant les juridictions appropriées ; la fin de l’impunité sur toutes ses formes ; la condamnation et la criminalisation effective des actes et discours incitant à la haine ethnique et à la violence tribale quelle que soit la qualité des auteurs ; l’éradication du phénomène «groupes armés» par la restauration de l’autorité de l’Etat ; la promotion de la cohabitation pacifique entre les Communautés de la RDC, particulièrement celles du Sud-Kivu ; et enfin, l’assistance à la population en errance sur les hauts-plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira en vivres et non vivres.
Par ailleurs, au nom de la Communauté Banyamulenge, Charles Mukiza a salué les actions déjà entreprises et s’engage à soutenir toutes les initiatives qui seront prises par les autorités du pays, les organisations et les personnes de bonne volonté dans le combat de renforcer la pacification, la réconciliation et la cohésion nationale.

Cohésion nationale, le trésor recherché…
Présent à l’événement, le Ministre des Actions Humanitaires, Steve Mbikayi, a déploré la discrimination dont fait l’objet la Communauté Banyamulenge, indexée par des ressortissants congolais de ne pas être originaire de la RD. Congo. Jugeant ce forfait d’injustifiable, Steve Mbikayi a promis d’entreprendre tous les efforts possibles pour instaurer la cohésion au sein des tribus nationales.

Pour sa part, André Lite, Ministre des Droits Humains, s’est indigné contre le tribalisme toujours d’actualité dans le pays et des propos incitatifs au soulèvement, à la guerre et à l’éradication d’une quelconque tribu en RDC.
Dans la salle, il y a lieu de préciser la présence d’Azarias Ruberwa, Ministre de la Décentralisation et Réformes Institutionnelles, et de Marcellin Cishambo, ancien gouverneur du Sud-Kivu, tous deux ayant pris parole à cet événement.

La Pros.

 

Mot de la Communauté Banyamulenge à l’occasion du 16ème anniversaire des Massacres de Gatumba
Honorables,
Excellences,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
13 Août 2004 -13 Août 2020, voici 16 douloureuses années depuis que la tragédie de Gatumba s’est produite. Pas un jour ne passe, sans que le sang de ces innocentes victimes de la barbarie humaine ne crie ‘’justice ‘’.
Nous sommes réunis, ce jour, pour commémorer le massacre de Gatumba qu’il conviendrait de qualifier de Génocide au regard de la conception de ce terme contenue dans l’esprit de la convention pour la prévention et la répression du crime de Génocide telle qu’adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies, en son article 2.
En effet, considérant leur caractère délibéré, ciblé, méthodique, ethnique, avec le but manifeste de faire disparaitre un groupe d’hommes pour des raisons racistes et idéologiques, les évènements de Gatumba devraient à juste titre être qualifiés de Génocide.
Honorables,
Excellences,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
A titre de rappel, c’est dans la nuit du 13 au 14 Août 2004 qu’un escadron de la mort a pénétré dans le camp, où s’étaient réfugiés des compatriotes congolais, essentiellement de la tribu Banyamulenge, qui avaient traversé la frontière du Burundi voisin, fuyant l’insécurité dans le sud de la province du Sud-Kivu.
Faisant usage d’armes à feu et d’armes blanches, cet escadron de la mort s’est livré, tout au long de cette nuit, à un carnage systématique dont le bilan macabre s’élève à 166 morts et plusieurs centaines des blessésparmi lesquels des enfants, des femmes, des hommes ainsi que des vieillards sans distinction aucune.
C’est ici le lieu de préciser que les Banyamulenge, majoritaires dans ce camp de Gatumba, étaient regroupés dans une aile éloignée d’une petite centaine de mètres de l’autre aile où étaient installées les autres communautés (Babembe, Bafuliru, Bavira).
Visiblement renseignés, les bourreaux ont orienté leurs attaques, uniquement vers l’aile occupée par les Banyamulenge et les quelques victimes appartenant aux autres tribus, dont nous saluons la mémoire, ont connu ce funeste sort du fait de leur présence dans l’aile du camp abritant les Banyamulenge. Les témoignages des rescapés rapportent que les slogans entonnés prouvent à suffisance que la cible de cette attaque était bel et bien la communauté Banyamulenge.
Plusieurs rapports dont le rapport conjoint de la MONUC rebaptisé MONUSCO en 2010, de l’ONUB (Operations Des Nations Unies au Burundi) et du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme au Burundi, daté du 05/10/2004, en sa page 4, attestent que les victimes directes et indirectes appartiennent au groupe ethnique Banyamulenge et ont été visés du fait de leur appartenance ethnique. En sa page 15, ce rapport indique que des signes avant-coureurs de ce massacre ont été observés, au travers de tracts incitant à des attaques contre les Banyamulenge. Les agresseurs auraient scandé des slogans tels que « à bas les Banyamulenge », « nous ne voulons pas qu’ils rentrent en RDC ».
Honorables,
Excellences,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
Cette commémoration est une opportunité qui nous est offerte de continuer à élever nos voix pour dire et redire « plus jamais ça », plus jamais de massacres à l’endroit de tout être humain, en particulier à l’endroit des congolais, quelles que soient leur appartenance tribale, leurs origines, leurs convictions ou encore leurs conditions de vie.
C’est aussi l’occasion de dire haut et fort que nous ne cesserons de réclamer JUSTICE pour les victimes des massacres de Gatumba jusqu’à obtenir gain de cause.
Ce désir est d’autant plus grand, qu’il existe des pistes sérieuses pour faire la lumière sur ces évènements, dans la mesure où le groupe rebelle FNL PALIPEHUTU, dirigé par M. Agathon RWASA, l’a revendiqué sur la voie des ondes, par la bouche de son porte-parole Pasteur HABIMANA.
Les personnes ci-haut citées sont vivantes et vaquent librement à leurs activités.
Il est à noter que ce crime est un fait unique dans l’histoire de la RDC, car ce massacre a été perpétré sur des Congolais, en les poursuivant dans leurs derniers retranchements, jusque dans leur lieu de refuge en dehors des limites du territoire National et sous la responsabilité des Nations Unies et la sécurité du pays d’accueil, le Burundi.
Des personnalités de tous bords tant nationales qu’internationales, ont condamné, sans détours, ces massacres et ont assuré aux rescapés qu’ils ne ménageraient aucun effort pour la mise sur pied d’une commission d’enquête internationale chargée d’identifier les responsables et de les traduire devant les tribunaux afin qu’ils répondent de leurs actes.
Aujourd’hui, 16 ans après, force est de constater que tous ces beaux discours sont restés lettre morte.
En effet, ni la RDC, notre pays, ni le Burundi, le pays d’accueil ; encore moins la communauté internationale, en charge de la question des réfugiés, n’a mené aucune enquête afin d’identifier et sanctionner les auteurs tant matériels qu’intellectuels de ce forfait.
Toutefois, il convient de souligner que, malgré ce sombre tableau, nous tenons à saluer quelques actes positifs entrepris par notre Gouvernement et d’autres ainsi que des organisations humanitaires pour assister un tant soit peu les rescapés du massacre de Gatumba.
Honorables,
Excellences,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
La cruauté et le caractère sélectif de ce massacre met le doigt sur un fléau qui sévit, de manière récurrente, dans notre sous-région prouvant à suffisance l’enracinement d’une idéologie génocidaire.
L’impunité et l’absence d’engagement résolu des Etats de combattre ce fléau, constitue malheureusement un terrain favorable à la répétition de tels actes que nous déplorons tous.
C’est à cause des soubassements idéologiques en l’occurrence la haine ethnique que des évènements similaires se passent, depuis plus de 3 ans, dans les hauts plateaux de Minembwe.
En effet, des groupes armés en provenance de la République du Burundi et du Rwanda, se sont infiltrés sur notre territoire national et se sont installés sur les Hauts plateaux. Ils ont fait alliance avec les milices locales connues sous le nom des Maï-Maï. Ils attaquent particulièrement les villages des Banyamulenge, tuent incendient et pillent.
A ce jour, on compte plus de 200 personnes de la communauté Banyamulenge tuées, plus de 165000 têtes de bovins emportées et plus de 200 villages incendiés et complètement détruits laissant sans abri et en errance plus de 50.000 âmes. Plusieurs autres centaines des milliers se retrouvent dans des camps des refugies dans les pays étrangers. Tous ces événements ont été dénoncés auprès de tous les services et instances de l’Etat sans résultats.
Ce qui inquiète d’avantage c’est la répétition, la persistance des massacres sélectifs. Ce qui se passe aujourd’hui dans les hauts plateaux depuis 2017 et Gatumba a malheureusement été précédé par d’autres pogroms tels que les massacres de Kirumba et Katongo en 1965 ; les massacres d’Abela, Lueba, Ngandja, Baraka, Uvira, de la plaine de la Ruzizi en 1996 et 2000 par les miliciens Maï-Maï ; l’assassinat de 7 agents de l’ONG EBENEZER le 4/10/2011 à Lukongo/Katanga entre Baraka et Fizi, sélectionnés dans le véhicule qui les transportait parmi d’autres compatriotes et tués parce qu’appartenant à la communauté Banyamulenge;
Malgré tout cela, nous réitérons l’engagement de toute notre Communauté pour éradiquer complètement le phénomène « groupe armé » dans les Haut-Plateaux, quelle que soit leur appartenance tribale ou idéologique et pour travailler pour la paix.
Honorables,
Excellences,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
Nous voulons pour clore ce message réitérer une fois encore la demande de la Communauté Banyamulenge en ce jour de commémoration qui se résume en 6 points, à savoir :
1. la mise sur pied d’une commission nationale ou internationale d’enquête sur les évènements de Gatumba dont la mission serait d’identifier les auteurs matériels et intellectuels et les déferrer devant les juridictions appropriées.
Ce travail peut être mené par la RDC, le Burundi ou la Communauté Internationale chacun en ce qui le concerne ou en synergie ;
2. la fin de l’impunité sous toutes ses formes ;
3. la condamnation et la criminalisation effective des actes et discours incitant à la haine ethnique et à la violence tribale quel que soit la qualité des auteurs ;
4. l’éradication du phénomène « groupes armés » par la restauration de l’autorité de l’Etat ;
5. la promotion de la cohabitation pacifique entre les Communautés de notre pays, particulièrement celles du Sud du Sud-Kivu ;
6. l’assistance à la population en errance sur les hauts plateaux de Fizi, de Mwenga et d’Uvira en vivres et non vivres
La communauté Banyamulenge salue les actions déjà entreprises et s’engage résolument à soutenir toutes initiatives qui seront prises par les autorités du pays, les organisations et les personnes de bonne volonté qui renforcent la pacification, la réconciliation et la cohésion nationale en formulant le vœux de voir l’avènement d’un Congo débarrassé des vieux démons des guerres et des conflits, tourné vers son développement socio-économique afin de bâtir au cœur de l’Afrique une nation unie et prospère.
Que le Tout-Puissant bénisse notre pays, notre peuple et ses dirigeants et en particulier chacun d’entre vous qui nous avez fait l’honneur de prendre part à cette manifestation.
Je vous remercie.
MUKIZA M. Charles
Président de la Communauté Banyamulenge à Kinshasa

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