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Dr Denis Mukwege


Prix Nobel de la Paix 2018
Bukavu, République
Date : 29 juillet 2020
Objet : Ne trahissez pas le testament d’Alfred Nobel – Ne quittez pas la compagnie de grands hommes au service des criminels xénophobes (Lettre ouverte)
Cher Dr Denis Mukwege,
C’est avec une grande joie que j’ai appris que vous avez été récompensé par le Prix Nobel de la paix 2018. Deux raisons justifiaient mon enthousiasme. Premièrement, je suis né à l’hôpital de Lemera, où vous avez exercé votre noble métier de médecin, maman me parlait souvent de vous.
Deuxièmement, parce que vous êtes mon compatriote, de surcroît de Kaziba, à quelques pieds de Rurambo – terre de mes ancêtres. Vous étiez ainsi ma fierté, notre fierté. Nous avions eu l’impression que vous deveniez, depuis 2018, le modèle qui devait inspirer les ressortissants de ce grand et beau pays, qu’est la RDC qui attend beaucoup de vous pour sa reconstruction. Toutes mes félicitations, Docteur.
Votre récompense a redoré l’image de notre pays ternie par une histoire parsemée de nombreux échecs. Dans un pays très divisé qu’est la RDC, vous étiez le seul messager de la paix, de l’amour du prochain et de la cohésion sociale. Vous êtes l’homme qui se tient au milieu du village pour rassembler toutes les filles et tous les fils de ce pays sans exclusivité.
Hélas, j’ai été surpris d’abord par votre silence face à la crise des Hauts Plateaux d’Uvira, Fizi et Mwenga éclatée en 2017, qualification retenue par le Groupe d’Experts sur la République démocratique du Congo (s/2019/974) et surtout silence vis-à-vis des violences sexuelles basées sur le genre dont étaient victimes trois femmes originaires de la Communauté Banyamulenge en avril 2020 et dont le monde entier a appris l’honneur. En effet, et comme vous la savez, elles ont été violées, leurs seins et organes génitaux coupés. Elles n’étaient pas réparables même si elles vous seraient parvenues car, les violeurs, coupeurs des seins, leur ont ôté la vie immédiatement après les avoir violées. Si votre silence m’a laissé perplexe, votre récente sortie et prise de position face à l’attaque de Kipupu, QG des criminels présumés (violeurs et tuteurs) de ces trois femmes Banyamulenge, m’ont tout simplement sidéré.
Comment est-il possible que cela émane d’un Prix Nobel de la paix, combattant pour la dignité des femmes, comme certains vous qualifient, et surtout d’un gynécologue-obstétricien congolais ayant choisi de dédier son prix à toutes les victimes de violences sexuelles dans le monde ? Que diront les enfants allaités par les seins de ces mamans victimes, quand ils grandiront et liront votre Tweet condamnant l’attaque contre le camp des criminels ayant réussi à regagner leur bastion en toute impunité et surtout quant ils apprendront votre silence accouplé à votre prise de position partiale et cauteleux ? Vous n’y avez pas pensé peut-être. Peut-être que votre chargé de communication vous a composé un mauvais texte. Je n’arrive pas à comprendre.
Vos prédécesseurs lauréats du même prix auraient certainement pensé avant d’entreprendre quoi que ce soit.
A votre place Martin Luther King Jr. dirait comme il l’a déjà dit qu’ ‘’une injustice commise quelque part dans le monde est une menace à la justice partout ailleurs’’, il n’exclurait pas vraiment les Banyamulenges, surtout les femmes violées. Pour le président Nelson Mandela, ‘’c’est facile de tout casser et de détruire, les héros sont ceux qui font la paix et qui construisent’’. Voilà ce que nous attendons d’un Prix Nobel : engager les belligérants sur le chemin de la paix et de la réconciliation. ‘’(…) Les gens doivent apprendre la haine et on peut leur apprendre à aimer car l’amour nait plus naturellement dans le cœur de l’homme que son contraire’’ (Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté (1996)). Vous donc aussi, puisque vous êtes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetez tout fardeau, et le péché qui vous enveloppe si facilement, et courez avec persévérance dans la carrière qui vous est ouverte, celle des prix Nobel de la Paix (Hébreux 12 :1).
Pour finir, je tiens à vous rappeler que le prix Nobel de la paix récompense entre autres, la personnalité ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples selon les volontés définies par le testament, d’Alfred Nobel. Ne le décevez surtout pas, ne décevez pas la compagnie des grands hommes dont vous faites désormais partie. Ne décevez pas le Pasteur Mukwege (paix à son âme) qui a prêché l’amour entre les communautés et qui a logé beaucoup d’élèves Banyamulenge chez-lui. N’agissez pas en politicien ordinaire qui court vers des intérêts sordides mais plutôt en homme de paix. A l’instar de Mahatma Gandhi, nul homme qui aime son pays ne peut l’aider à progresser s’il ose négliger le moindre de ses compatriotes.
Les Banyamuleges sont vos compatriotes, ils auraient également aimé vous entendre crier pour leur secours et justice. Ils sont aussi humains, leur vie est aussi sacrée comme toute autre vie sur terre-Banyamulenge Lives matter. Œuvrez pour la paix et l’amour, ce qui est digne d’un prix Nobel de la paix, et le monde vous en sera reconnaissant comme il l’a déjà fait lorsqu’il vous a distingué. Quant à mon peuple, le Dieu de la Bible est toujours du côté des opprimés, sans ou avec vous, ils seront secourus.
Que l’amour et la paix de Dieu soient avec vous cher Prix Nobel.
Votre compatriote et voisin de Rurambo.
Tristan R. Kalikera

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