*En trois mois et une semaine, du 16 janvier au 23 avril 2020, cinq professeurs émérites de l’Université de Kinshasa (Unikin) ont tiré la révérence sur le devant de la scène académique, presque dans l’anonymat, à cause des contraintes sanitaires dues au coronavirus.

Pas de séance académique, pas d’hymne de l’Université de Kinshasa, pas de chant d’adieu aux compagnons, pas d’éloge funèbre, pas d’apparat de toges chatoyantes, pas de processions, pas de gerbes de fleurs. Ils étaient des professeurs émérites, c’est-à-dire des professeurs qui avaient atteint le sommet de leur carrière. Après la soutenance de leur thèse de doctorat élaborée avec persévérance, ils avaient dû faire preuve de leur aptitude pédagogique pendant une période de six mois. Après au moins quatre années d’ancienneté comme Professeurs Associés, et la publication d’au moins deux articles scientifiques et la rédaction d’un cours, ils ont été promus Professeurs full.
Pour passer à la catégorie supérieure de Professeurs Ordinaires, il a fallu accomplir de nouveau au moins quatre ans d’ancienneté, et avoir publié au moins un ouvrage ou quatre articles scientifiques. L’éméritat est accordé aux Professeurs qui le sollicitent et qui ont accompli au moins vingt ans de carrière. En plus, il leur est demandé quatre publications. Toutefois, ils ne doivent pas avoir un dossier disciplinaire. La formation d’un homologue est appréciée.
Tout en prenant sa retraite, le professeur émérite garde quarante-cinq heures de cours. On comprendra facilement que ceux et celles qui accèdent à l’éméritat soient des septuagénaires et des octogénaires. Le premier à quitter la scène est Edouard Bongo Bongo, 77 ans, natif du Bas-fleuve au Kongo Central (14/3/1943 – 16/1/2020). Il a été suivi par Manda Kizabi, 76 ans, originaire de Moba (1944-26/3/2020). Le mois d’avril a connu trois décès qui se sont succédés : Emmanuel-Gustave Kintambu Mafuku, 82 ans, originaire de Mbanza-Ngungu (16/2/1938 – 16/4/2020), Raphaël Kalengayi Mbowa, 80 ans, né à Mikalayi au Kasaï le 22/10/1940, et décédé à Bruxelles le 19/4/2020, et Jacques Simon Kazadi Nduba wa Dile, 84 ans, né à Mikalayi aussi le 23/12/1936 et décédé à Kinshasa le 23/4/2020.
La Faculté des Sciences économiques et de gestion a perdu trois professeurs émérites. Les deux autres proviennent de la Faculté de Médecine et de la Faculté de Psychologie et Sciences de l’Education. Jacques Simon Kazadi a obtenu à l’Université Lovanium de Kinshasa sa licence en Sciences commerciales et financières et l’agrégation d’enseignement moyen du degré supérieur en juillet 1964. Il est recruté comme Assistant à l’Institut de Recherches Economiques et Sociales (IRES) en 1964. Trois ans plus tard, il est confirmé comme chercheur qualifié en 1967.
Trois ans plus tard encore, il décroche son doctorat en sciences économiques appliquées à l’Université Catholique de Louvain en Belgique. Il est le premier Congolais docteur en économie, et est promu Professeur à la Faculté des Sciences économiques de l’Université Lovanium en 1970. En 1971, il devient Vice-Doyen, et fait fonction de Directeur de l’IRES de 1971 à 1973.
De 1973 à 1974, il assume les fonctions de Doyen de la Faculté des Sciences économiques. Il est le premier Doyen congolais. Il devient 2 Professeur Ordinaire en 1975, et accède à l’éméritat par l’arrêté n° MINESU/CABMIN/039/2004 du 14 avril 2004.
Il a fait partie de nombreuses sociétés savantes, notamment le Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique (Codestria) dont il a été Président du Comité exécutif de janvier 1973 à novembre 1976, et membre du Comité exécutif jusqu’en août 1979. Ila été Vice-Président, puis Président de l’Institut Panafricain pour le Développement à Douala (1984). Il a été consultant du Bureau International du Travail (B.I.T.), de la Commission Economique pour l’Afrique (C.E.A.) et de l’Université des Nations Unies. Il compte de nombreuses publications, dont : Problématique de l’application du Smig (2004) ; Politique salariale dans la fonction publique (2007) ; L’entreprise privée nationale et la gestion moderne (2008).
Parallèlement à sa carrière académique, il a été de 1970 à 1975 Président Sectionnaire du M.P.R. Campus Universitaire de Kinshasa, de 1974 à 1977 membre du Bureau Politique du Mouvement Populaire de la Révolution, de 1975 à 1977 Commissaire du Peuple et Vice – président de la commission économico-financière du Conseil Législatif.
Il a fait partie du Comité Central du M.P.R. d’octobre 1981 à janvier 1985. Il a été Trésorier Général du Parti (janvier-avril 1983). Il a été aussi membre du syndicat d’initiative de la zone de Lemba et du Quartier Gombele (Righini). A la Conférence Nationale Souveraine (1990-1991), il a été désigné comme Président de la Commission économique et financière. Administrateur de sociétés et Commissaire- Réviseur de banques, il a rempli à la fin de sa vie les fonctions de Trésorier du Collectif des Professeurs émérites. Il laisse une veuve et quatre enfants, trois garçons et une fille.
Emmanuel Gustave Kintambu Mafuku, appelé affectueusement par ses collègues, ses familiers et ses étudiants « Vieux Kitos », a entrepris ses études universitaires en Espagne où il a décroché sa licence à l’Universidad de Granada en 1970. Il a été le seul noir durant toute sa formation. Quatre ans plus tard, il a soutenu sa thèse de doctorat en Sciences économiques et commerciales à l’Université de Barcelone en mai 1974. Il est devenu Professeur en 1975 et a acquis l’éméritat par l’arrêté ministériel n°016/MINESURS/CAB.MIN/BCL/CD/WK/2013 du 04 février 2013. Il a dispensé des cours dans plusieurs universités et instituts d’enseignement supérieur en République démocratique du Congo, en Afrique et dans d’autres pays du monde.
A l’Université de Kinshasa, il a enseigné les mathématiques, les statistiques, l’économétrie et la microéconomie à la Faculté des Sciences économiques et de Gestion, dont il a été par ailleurs deux fois Doyen. Il est l’un des pionniers de l’Université Kongo, où il a non seulement enseigné l’économie, mais aussi exercé le mandat de Secrétaire académique. Il a été Professeur visiteur à l’Université Protestante du Congo, à l’Université William Booth et à l’Institut Supérieur du Commerce de la Gombe.
En Afrique, il a enseigné à Brazzaville à l’Université Marien Ngouabi, à Kigali à l’Université Nationale du Rwanda et à l’Université Libre de Kigali, à Libreville à l’Université Omar Bongo. Il a donné aussi cours au Mexique à El Colegio du Mexico. Le professeur Kintambu a exercé aussi des extra-muros. Il a été l’un des conseillers du Président de la République du Zaïre et également Président du Conseil d’Administration de l’Office Congolais de Contrôle, en sigle O.C.C. Mais sa fin de vie a été marquée par près de 3 douze années d’une longue et pénible maladie jusqu’à son dernier souffle.
Il laisse une veuve et cinq enfants, dont trois garçons et deux filles. Dès l’année 1966, Edouard Bongo Bongo s’est envolé dans le pays de Konrad Adenauer pour faire ses études universitaires à l’Université de Cologne. Il obtient sa licence en Sciences économiques en 1971. Aussitôt il s’inscrit à l’Université de Bonn et est proclamé Docteur en Sciences économiques cinq années plus tard en 1976. De retour au pays, il est nommé Professeur Associé en 1978, Professeur full en 1985, Professeur Ordinaire en 2006, et Professeur émérite par l’arrêté ministériel n°272/MINESU/CAB.MIN/TLL/EEM/2019 du 31/12/2019. Le matricule 7.581.055Z a été Vice-Doyen à l’enseignement de 2006 à 2009 à la Faculté des Sciences économiques et de Gestion de l’Université de Kinshasa dont il était enseignant à temps plein.
Il fut Professeur Visiteur dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur de la République démocratique du Congo, parmi lesquels : L’Université Libre de Kinshasa (U.L.K.), l’Université Pédagogique Nationale (U.P.N.), l’Université de Lubumbashi (UNILU), l’Université Evangélique en Afrique de Bukavu, l’Université Kongo (U.K.) et l’Université Kasa-Vubu (U.K.V.). Il laisse une veuve et sept enfants.
Après sa proclamation en 1968 comme docteur en médecine à l’Université Lovanium de Kinshasa, Raphaël Kalengayi Mbowa se rend en Belgique. Il postule le grade de spécialiste en anatomie pathologique à l’Université Catholique de Louvain néerlandophone (1968-1972). Mais il acquiert aussi le grade de licencié en Sciences médicales à l’Université Catholique de Louvain Francophone (1969-1972).
Durant son séjour en Belgique, il exerce successivement les fonctions d’Assistant clinique en anatomie pathologique (1968-1972), puis d’Assistant de recherche (1972-1976) à l’Université Catholique de Louvain néerlandophone. En 1976, cette même université le proclame Agrégé de l’enseignement supérieur en médecine après la soutenance de sa thèse sur le cancer du foie et les aflatoxines, et sa leçon publique sur les protéines oncofétales.
A l’Université Nationale du Zaïre (UNAZA), il est détenteur du matricule 7.860.569H, et est nommé en 1974 Maître de Conférences à la Faculté de Médecine. Il est promu en 1976 Professeur titulaire de la chaire d’anatomie pathologique et de médecine légale au sein de cette même Faculté. En 1978, il est sollicité comme Professeur d’histopathologie et de médecine légale à l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM) à Kinshasa. Il a été aussi Professeur Visiteur d’anatomie pathologique à la Faculté de Médecine Vétérinaire de l’Université de Lubumbashi (1980-1982).
En 1984, il assume les fonctions de Médecin Directeur Général des Cliniques Universitaires de Kinshasa et Vice-Doyen de la Faculté de Médecine de Kinshasa.
Par la suite, il est promu Doyen de la Faculté de Médecine de Kinshasa, et Recteur de l’Université de Mbuji-Mayi. Son domaine de recherche portait sur la cancérologie humaine, la pathologie générale et spéciale des parasitoses tropicales. Auteur de deux thèses, il a produit plusieurs articles dans des revues spécialisées et dans des ouvrages collectifs. Il a participé activement aux congrès scientifiques où il a été invité. Il a accompli plusieurs voyages scientifiques et d’études en 4 Afrique, en Europe de l’Ouest, en Europe de l’Est, au Moyen-Orient et aux Etats-Unis d’Amérique.
Il fut membre de six sociétés savantes britannique, américaine, africaine, congolaise. Il fut notamment Président co-fondateur de la Société Africaine de Toxicologie, Président cofondateur de la Société Congolaise de Biologie clinique. Il fut aussi membre du Comité du Secrétariat Exécutif Technique et Scientifique de l’O.U.A. pour la rédaction d’un livre sur le cancer en Afrique, membre du Groupe du Centre International de Recherche sur le Cancer institué par l’Organisation Mondiale de la Santé pour étudier le cancer chez l’enfant en R.D.C. Il fut, par ailleurs, chef du projet O.M.S. pour la recherche sur l’anatomie pathologique de la trypanosomiase africaine.
Il a été invité à titre personnel par le Secrétaire Général de l’O.U.A. pour faire partie de l’Académie Africaine des Sciences. Le Professeur émérite Manda Kizabi, matricule 7.525.332K, était Docteur en Sciences pédagogiques de l’Université Catholique de Louvain.
Il dispensait les cours de statistiques à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation de l’Université de Kinshasa et de Lubumbashi, dans plusieurs instituts supérieurs pédagogiques et au Burundi. Il était encadreur pédagogique à la Commission Permanente des Etudes du ministère de l’enseignement supérieur et universitaire.
Il a animé plusieurs séminaires de pédagogie universitaire portant sur la gestion des évaluations, les statistiques universitaires et la docimologie. Il était chef de l’Unité d’évaluation académique. Il est auteur de deux livres : Pédagogie universitaire : expérience de la République Démocratique du Congo, paru en octobre 2017, et Questions spéciales de statistiques appliquées en psychologie et aux sciences de l’éducation, publié en novembre 2017.
Il a été promu Professeur émérite par l’Arrêté ministériel n°272/MINESU/CABMIN/TLL/EEM/2019 du 31/12/2019. Sa participation aux Etats Généraux de l’Education en 1995 sous le couvert de l’UNESCO dont il était consultant a facilité sa nomination comme Délégué Permanent Adjoint de la République démocratique du Congo à Paris. C’est dans ce cadre qu’il est venu en mission à Kinshasa pour les travaux du chronogramme du processus allant vers l’inscription de la rumba au patrimoine de l’humanité. Il est tombé au front le 26 mars 2020 des suites du coronavirus.
Son supérieur Atoki Ileka, ambassadeur de la R.D.C. à Paris, le décrit comme « un travailleur infatigable dont le talent et l’intelligence forcent mon respect et celui de tous ses collèges ». Nos cinq professeurs émérites auront rempli leurs missions jusqu’au bout : les enseignements, les recherches et les services à la nation. Ce sont des « vertébrés » qui ont combattu la facilité et l’oisiveté. Ils sont l’antithèse de la génération «Chance eloko mpamba ». Nous avons voulu leur rendre hommage pour le travail accompli dans des conditions pas toujours faciles, et perpétuer leur mémoire.
Qu’ils reposent en paix !
Jean-Marie Mutamba Makombo
Professeur émérite /Université de Kinshasa

 

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