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Dans une interview exclusive à Nyota ya Afrika, un journal moulé dans les idées progressistes, Shambuyi Kalala, acteur politique de renom et Président national du Congrès des Progressistes pour la Libération, CPL, insiste sur la mobilisation générale des congolaises et congolaises pour faire face à la pandémie de Covid-19.

Pour lui, l’Homme reste un être social, et quiconque continue à croire, en ce moment particulier marqué par la crise sanitaire mondiale, que le salut est individuel, sombre tout simplement dans l’illusion. ‘‘Nous avons plus que jamais besoin de nous parler et de chercher ensemble des solutions à la crise. Qu’il s’agisse de comment éviter la maladie, de comment se faire soigner, ou encore comment continuer à vivre, tout simplement’’, souligne-t-il. Aussi, appelle-t-il à créer des conditions qui doivent impulser au niveau du peuple des reflexes de responsabilité à tous les niveaux. Shambuyi Kalala pense que dans les circonstances d’une crise de cette ampleur, il n’y a que l’Etat qui doit être au centre des actions et, tous les autres organismes, à tous les niveaux, viennent en appui. Et, pour avoir des résultats significatifs, cet Etat, dit-il, devait se défaire du fardeau de la bureaucratie pour s’appuyer sur l’ensemble des forces politiques et sociales du pays. Lisez, plutôt, l’intégralité de l’interview exclusive de Shambuyi Kalala en rapport avec la crise sanitaire qui frappe le monde, en général, et Congo, en particulier.

Nyota ya Afrika : Près de 4 semaines se sont écoulées depuis que les mesures gouvernementales ont été annoncées. Quelles observations vous en faites ?

Shambuyi Kalala : Nous pouvons observer que toute la population est très marquée par cette crise sanitaire. Le Covid-19 nous rappelle, brutalement, que nous, des humains, nous sommes dépendant, avant tout, de notre société. Et, en tant qu’être social, croire, dans pareille circonstance, que le salut est individuel est tout simplement une illusion. Tous, aujourd’hui, nous avons besoin de protection près de notre collectivité, structurée et responsabilisée. Nous avons plus que jamais besoin de nous parler et de chercher ensemble des solutions à la crise. Qu’il s’agisse de comment éviter la maladie, de comment se faire soigner, ou encore comment continuer à vivre, tout simplement. Il est temps de nous rendre compte que cet individualisme, qui a été cultivé à outrance dans notre cher Congo, a été un gâchis cruel. C’est donc cette culture égocentrique qui est à la base de la neutralisation de nos élites. Nous avons eu une lourdeur à réagir promptement et correctement, dès que la dangerosité de coronavirus était signalée dans d’autres pays. Nous avons une nette impression que ces élites, qu’on trouve partout dans l’appareil de l’Etat, les partis politiques et dans les associations professionnelles ou autres sont, toutes, tétanisées. Par le fait de l’individualisme, elles n’ont jamais cherché à mettre au centre de leur préoccupation, l’organisation pour la défense et l’épanouissement de leur communauté. Aujourd’hui que les choses urgent pour trouver des solutions nationales afin de parer à la crise sanitaire, on les voit balbutier et écarteler, entre le bureaucratisme, l’affairisme et le messianisme. De toutes les façons, face aux exigences de l’heure, nos élites semblent encore moins se mobiliser, ou chercher à mobiliser l’ensemble du peuple congolais.
NYT : D’après vous, que faut-il faire d’autre, du moment où le gouvernement a déjà pris des mesures ?
SK : Dans les circonstances d’une crise de cette ampleur, il n’y a que l’Etat qui doit être au centre des actions et, tous les autres organismes, à tous les niveaux, viennent en appui. Pour avoir des résultats significatifs, cet Etat devait se défaire du fardeau de la bureaucratie pour s’appuyer sur l’ensemble des forces politiques et sociales du pays. Nous entendons par le bureaucratisme, le fait de croire qu’à partir uniquement des bureaux et ses experts, tous les problèmes trouveront des solutions. Certes, les premières mesures annoncées par le gouvernement depuis le 19 mars sont correctes. Mais, au regard de la situation dans laquelle le Congo se trouve, celle d’un pays sinistré, ces mesures restent insuffisantes. Parce que la situation appelle, sans tarder, à la mobilisation générale de toutes et de tous, en priorité aux différentes forces politiques et sociales du pays. Et cela, c’est de la responsabilité politique de la coalition présentement au pouvoir, CACH-FCC. On ne la voit pas prendre des initiatives qui vont dans le sens des concertations avec les différentes couches et catégories de la population et leurs représentations, au sommet comme à la base de la société. La seule démarche salvatrice pour le moment est de créer des conditions qui doivent impulser au niveau du peuple des reflexes de responsabilité à tous les niveaux. Nos concitoyens doivent être préparés, à la fois pour avoir une meilleure écoute sur les urgences et, être disponible à se joindre aux initiatives qui présentent un intérêt pour la sauvegarde de notre collectivité. Si ces conditions ne sont pas réunies, le gouvernement sera certainement isolé ; ce qui aura comme conséquence, aller tout droit dans le mur. Avec de déficits cruels d’infrastructures sanitaires et économiques, les caisses de l’Etat presque vides, il n’y aura pas des miracles, sans mobilisation générale. Ensuite, les pays donateurs sont préoccupés par leur propre survie. Notre intelligence en matière d’organisation doit permettre à ce que chaque congolais qui se disponibilise devrait être impliqué immédiatement dans une tâche pratique. Pour cela, il doit y avoir un plan de mobilisation générale qui indiquerait des orientations et des directives claires, ainsi que des structures d’encadrement, répondant à la logique de marcher ensemble pour surmonter la crise et remettre notre pays sur les rails. C’est un effort intellectuel important à faire, le Congo indépendant ne s’est jamais trouvé dans une situation semblable. On sait que dans les autres crises passées, sécuritaires ou sanitaires, les différents gouvernements avaient toujours travaillé sous la conduite des interventions étrangères. Toute personne sensée doit comprendre qu’aujourd’hui, il ne faut pas rêver. Apprenons à savoir compter avant tout sur nos propres forces. Faisons-nous confiance, la jeunesse congolaise peut bien se mobiliser pour sauver son pays.
NYT : Ne pensez-vous pas que l’initiative d’une mobilisation tous azimuts ne peut être qu’une émanation de la coalition au pouvoir ?
SK : Par principe, il est avantageux que l’initiative de mobilisation générale vienne formellement du groupe au pouvoir. Mais, devant l’immobilisme de ce dernier, tout autre groupe de patriotes peut bien s’en charger. A condition évidement de prendre les précautions nécessaires pour pousser le groupe au pouvoir à s’y joindre. Dans un climat de suspicion généralisé, nourri par l’immaturité politique avérée de nos politiciens, le retard du pouvoir à s’impliquer dans cette démarche va laisser libre court à toutes les interprétations. On va vite penser aux manœuvres de compétition pour la future campagne électorale et, tous les moyens seront mis en œuvre pour étouffer dans l’œuf une telle initiative.
Peu importe la nature du groupe qui prend le devant. Le plus important est que le niveau politique du centre censé impulser des actions doit être supérieur à la moyenne congolaise de compréhension de la chose politique. Car, si on ne comprend pas que faire la politique n’est pas seulement faire la course au positionnement dans les institutions de l’Etat, on ne peut saisir la nécessité de mobilisation générale contre la pandémie et ses conséquences au Congo. Si on ne peut pas comprendre qu’un mouvement des masses, sous tendant l’élan de solidarité, est une force susceptible de compenser le déficit des infrastructures et de l’argent pour lutter contre le coronavirus et ses conséquences, il n’est pas possible de construire un consensus avec toutes les forces politiques et sociales du Congo. Etre supérieur à la moyenne de la politique congolaise, c’est être en mesure de saisir le lien entre la mobilisation des citoyens et le meilleur accomplissement des tâches apparemment techniques. Si les soignants sont en première ligne contre le coronavirus, ils ne le feront efficacement et de tout cœur que s’ils savent que, derrière eux, les autres sont disposés à tout faire pour leur apporter plus de logistique, et même encadrer leurs enfants pendant qu’ils s’occupent des malades. Et cela est valable pour toutes les urgences, sociales ou économiques.
NYT : Quelle est votre conclusion sur l’attitude des élites en rapport avec l’appel à la mobilisation générale qui n’a pas encore des échos ?
SK : Pour toute société humaine, si un danger quelconque la guette, et au même moment, on y trouve des individus relâchés, cela signifie tout simplement que c’est un prélude à sa décadence ou sa disparition. C’est pourquoi, il y a une mise en garde à faire aux Congolais, que la mobilisation dont il est question, c’est juste le contraire de « mobilisation » sous MOPAP du MPR de triste mémoire. Le terme utilisé à l’époque n’était qu’une manipulation qui présentait la distraction généralisée sous l’appellation de mobilisation. Ses actions étaient destinées à adorer le «guide» avec comme résultat, le détournement de la majorité des gens à leur intérêt sur l’organisation de leur formation socioéconomique en une société moderne. Tandis que la mobilisation dont nous parlons, c’est celle destinée à sortir notre pays du gouffre. Pour cela, nous avons besoin d’un plan général de cette mobilisation qui a pour objectif de faire participer des femmes, des hommes et des jeunes dans les actions autour des priorités nationales et sectorielles. Cela s’accompagne avec les débats démocratiques qui permettent de faire en même temps des évaluations de ce qui se fait et qui se dit. Une telle mobilisation peut à la fois aider à surmonter la crise sanitaire et ses conséquences, et aussi à cultiver une solidarité organique, jalons essentiels pour construire un Congo nouveau. Et, le niveau de conscience de nos élites va être évalué à la manière dont elles prendront part à ce débat, en ce moment crucial.

NYA/La Pros.

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