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*Réunis en Comité permanent de la CENCO du 24 au 28 février, les Evêques catholiques reviennent à la charge dans une déclaration intitulée : ‘’Coalition pour quel but ? On reconnaît l’arbre par ses fruits’’.

C’est un long réquisitoire dans lequel ils s’insurgent contre les antivaleurs qui ont la peau dure, le manque de volonté d’entamer des réformes, pourtant, annoncées de longue date, mais aussi des crises multiformes qui surgissent périodiquement, et font planer des inquiétudes sur le changement social attendu. A la base de la situation décriée pour la énième fois par les prélats catholiques, la crise qui mine, selon eux, la coalition. Il est donc inacceptable que le pays soit pris en otage par un accord qui, du reste, est occulte.

Dès les premières heures qui ont suivi la proclamation de la victoire de Félix Tshisekedi à la présidentielle du 30 décembre 2018, l’église catholique n’avait pas mis de gants pour remettre en question les résultats du scrutin, comme lors des élections de 2006 et de 2011. La CENCO avait, à chaque fois, son vainqueur désigné.
Si, dans le cas de l’actuel Chef de l’Etat, ses positions se sont quelque peu détendues, il reste établi que la coalition FCC-CACH est restée en travers de la gorge des Evêques catholiques qui ont toujours été sévères vis-à-vis de Joseph Kabila, tête de file de la Majorité dans les organes délibérants.
Ils ne tolèrent pas que celui-ci influe, de quelque manière que ce soit, sur la vie politique, malgré l’instauration d’une alliance atypique commandée par les contraintes des législatives qui ont vu un Président élu, mais dépourvu d’une majorité à l’Assemblée nationale.

C’est donc, de façon récurrente que les Evêques catholiques s’interrogent sur la nécessité de maintenir une coalition qui n’emporte pas leur assentiment.
Dans leur déclaration, ils reconnaissent quelques acquis à mettre au bénéfice des gouvernants actuels, et qui vont dans le sens du service du peuple notamment, la mise en œuvre effective de la gratuité de l’enseignement de base, les efforts de régularisation de la paie des enseignants ainsi que les perspectives de lutte contre la pauvreté. A noter également, des avancées significatives, à les en croire, sur le plan de la décrispation politique et de la libéralisation de l’espace médiatique.

Inquiétudes
Tous ces points positifs sont, pourtant, occultés par la longue litanie d’inquiétudes affichées dans la déclaration de la CENCO. Inquiétudes persistantes ou qui sont apparues un an après l’alternance au sommet de l’Etat. Il y a d’abord cette tension préoccupante qui couve au sein de la coalition au pouvoir et qui se répercute sur la gouvernance et entame le fonctionnement de l’appareil de l’Etat. Coalition au sein de laquelle les alliés semblent plus préoccupés par leur positionnement politique que par le service à rendre au peule qui continue à croupir dans la misère.
«En même temps », note la déclaration, « nous assistons à un enrichissement injustifiable et scandaleux d’une poignée d’acteurs politiques au détriment de la grande majorité de la population. La corruption et les détournements du denier public persistent. Le comble est que ces détournements sont l’œuvre de ceux-là mêmes qui sont appelés à être des garants du bien commun. Les mesures annoncées pour combattre ces maux demeurent sans effets ».
La CENCO se dit, par ailleurs, inquiète par la persistance de l’insécurité généralisée dans l’Est du pays, semée par des groupes armés locaux et étrangers, parmi dans les provinces de l’Ituri, du Nord et du Sud-Kivu. « On n’a jamais compté autant de morts en moins d’une année dans cette partie du pays, comme c’est le cas actuellement. L’insécurité s’étend aussi sous d’autres formes dans les grandes agglomérations du pays, ce qui donne l’impression que le peuple est abandonné à lui-même ».

Les Evêques relèvent par la même occasion le manque du recensement de la population et la problématique d’occupation des terres, entraînant des conflits intercommunautaires, spécialement dans des zones où la population redoute la balkanisation du pays.

Dans leur exhortation, les Evêques catholiques invitent le Chef de l’Etat, entre autres, à veiller à la dépolitisation de la gestion des entreprises publiques en privilégiant la compétence. Aux élus du peuple, à respecter les dispositions réglementaires de l’organisation de l’opposition au niveau de l’Assemblée nationale, et au gouvernement, à faire de son mieux pour réaliser les prévisions budgétaires votées en vue de l’amélioration des conditions de vie des Congolais, car « la RD Congo n’est pas condamnée à rester toujours dans la pauvreté, dans la mauvaise gouvernance, dans la corruption, dans les violences et dans tant d’autres maux et antivaleurs ».

La Pros.

Conférence Episcopale Nationale du Congo
Présidence
BP. 3258-Kinshasa/Gombe
Tél. : +243998248699
Fax : +33172703031
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République Démocratique du Congo
Coalition pour quel but ?
«On reconnaît l’arbre par ses fruits» (Mt 7,16)
Message du Comité Permanent de la CENCO aux fidèles catholiques et aux hommes de bonne volonté
PREAMBULE
1. Nous, Cardinal, Archevêques et Evêques, membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), réunis en Comité Permanent à Kinshasa du 24 au 28 février 2020, toujours mus par notre sollicitude pastorale, nous sommes penchés, entre autres, sur le 3ème Congrès Eucharistique national qui sera célébré à Lubumbashi du 7 au 14 juin 2020 ; nous avons aussi analysé la situation sociopolitique qui prévaut dans notre cher pays, la République Démocratique du Congo (RDC). En tant que Pasteurs, nous veillons au bien-être de la population et nous accompagnons les institutions du pays ainsi que les acteurs politiques à s’acquitter consciencieusement de leur mission au service du peuple.
ACQUIS
2. Nous félicitons le peuple congolais d’avoir œuvré pour l’alternance au pouvoir comme expression de la démocratie ; la lutte, même au prix du sang, a été menée pour l’amélioration des conditions de vie et l’avènement d’un Etat de droit.
3. Nous saluons les initiatives des Gouvernants qui vont dans le sens du service du Peuple, notamment la mise en œuvre effective de la gratuité de l’enseignement de base, les efforts de régularisation de la paie des enseignants, les perspectives de lutte contre la pauvreté.
4. Nous notons des avancées significatives sur le plan de la décrispation politique et de la libéralisation de l’espace médiatique.
5. Sur le plan diplomatique, le RD Congo retrouve progressivement sa place sur l’échiquier international.
6. A cela s’ajoute la ratification de l’«Accord-cadre entre le Saint-Siège et la République Démocratique du Congo sur des matières d’intérêt commun», au bénéfice du Peuple congolais.
INQUIETUDES
7. Un an après l’alternance au sommet de l’Etat, des crises multiformes surgissent et font planer des inquiétudes sur le changement social vivement attendu. En effet, une tension préoccupante qui couve au sein de la coalition au pouvoir, se répercute sur la gouvernance, et entame le fonctionnement de l’appareil de l’Etat. Les alliés semblent plus préoccupés par leur positionnement politique que par le service à rendre au Peuple qui continue à croupir dans la misère.
Beaucoup de problèmes auxquels le pays est confronté restent sans solutions adéquates, à cause de la crise qui mine la Coalition. Il est inacceptable que le pays soit pris en otage par un accord qui, du reste, est occulte.
8. En même temps, nous assistons à un enrichissement injustifiable et scandaleux d’une poignée d’acteurs politiques au détriment de la grande majorité de la population. La corruption et les détournements du denier public persistent. Le comble est que ces détournements sont l’œuvre de ceux-là mêmes qui sont appelés à être des garants du bien commun. Les mesures annoncées pour combattre ces maux demeurent sans effets.
9. Nous restons inquiets par la persistance de l’insécurité généralisée dans l’Est du pays, semée par des groupes armés locaux et étrangers, particulièrement dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. On n’a jamais compté autant des morts en moins d’une année dans cette partie du pays, comme c’est le cas actuellement. L’insécurité s’étend aussi sous d’autres formes dans les grandes agglomérations du pays, ce qui donne l’impression que le Peuple est abandonné à lui-même.
10. Le manque du recensement de la population et la problématique d’occupation des terres entraînent des conflits intercommunautaires, spécialement dans les zones où la population redoute la balkanisation du pays.
11. Malgré la pétition initiée par la CENCO et l’Eglise du Christ au Congo (ECC), et qui a recueilli plus de deux millions des signatures, les élections locales qui devraient garantir la proximité et la redevabilité des Gouvernants à la base, semblent être renvoyées aux calendes grecques et les réformes souhaitées avant ces élections ne sont pas encore entamées.
Ce sont là les mauvais fruits (cf. Mt 7,17b ; 12,33). L’on peut se demander à quoi sert cette coalition au pouvoir !
Exhortation
12. Nous croyons en la capacité de notre pays à se relever. L’essentiel est d’y mettre la bonne volonté et de s’y engager. Il nous faut un sursaut patriotique. La RD Congo intéresse plusieurs personnes à plusieurs égards, mais personne d’autre ne peut mieux reconstruire ce pays sans la participation de nous-mêmes Congolais au premier plan.
C’est pourquoi nous exhortons :
13. Le Président de la République à :
- Poursuivre les efforts pour la restauration de la paix dans les zones gagnées par l’insécurité ;
- Œuvrer à la matérialisation des dispositions annoncées en matière de lutte contre la corruption ainsi que la dépolitisation de l’appareil judiciaire et de l’administration publique ;
- Veiller à ce que les enquêtes amorcées sur les détournements de deniers publics ne soient pas un leurre, mais qu’elles aboutissent à des résultats palpables pour l’intérêt du pays ;
- Veiller à la dépolitisation de la gestion des entreprises publiques en privilégiant la compétence. Les entreprises publiques ne sont pas des vaches à lait pour les regroupements politiques, mais plutôt des unités de production pour la Nation.
14. Les Elus du Peuple, à :
- Etre sensibles aux peines, aux souffrances et aux aspirations profondes de la population, exprimée légalement, entre autres par des pétitions ;
- Respecter les dispositions réglementaires de l’organisation de l’opposition au niveau de l’Assemblée nationale ;
- Etre à l’écoute des forces vives du pays afin d’amorcer des reformes consensuelles nécessaires pour la consolidation de la démocratie.
15. Le Gouvernement, à
- Faire de son mieux pour réaliser les prévisions budgétaires votées en vue de l’amélioration des conditions de vie des Congolais ;
- Proposer, dans le meilleur délai, des réformes nécessaires et qui soient consensuelles, notamment de la CENI, de l’appareil judiciaire ;
- Donner des signaux forts de la lutte contre l’impunité ;
- Porter à terme le processus électoral en organisant les élections locales, gage de la démocratie à la base ;
- Mettre en œuvre les mécanismes de recensement de la population dans un délai raisonnable.
16. La Communauté internationale à :
Etablir des relations justes dans un partenariat franc et sincère, et d’aider le RD Congo à trouver des solutions durables aux crises multiformes dans lesquelles elle se trouve.
17. Le Peuple congolais à :
- Tenir bon et ne pas perdre espoir, car l’espérance ne déçoit jamais (Rm 5, 5) ;
- Demeurer vigilant dans l’exercice du contrôle citoyen des institutions ;
- Exiger les élections locales et les réformes y afférentes. Car c’est une voie indiquée pour le développement de notre pays ;
- Cultiver la solidarité, la tolérance, le dialogue intercommunautaire pour la réconciliation et la paix en cas de conflits. La Nation ne peut se construire dans des conflits continuels ;
- Se mettre au travail, à ne pas attendre des Gouvernants ce qu’on peut faire soi-même pour améliorer les conditions de vie.
CONCLUSION
18. La RD Congo n’est pas condamnée à rester toujours dans la pauvreté, dans la mauvaise gouvernance, dans la corruption, dans les violences et dans tant d’autres maux et antivaleurs.
19. Le Peuple attend, de la Coalition au pouvoir, l’amélioration de ses conditions de vie. Cela ne peut advenir qu’avec le changement de nos cœurs, de nos mentalités et de pratiques.
20. Mais, « si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs » (Ps 127,1). Ce temps de carême est pour nous un moment favorable de nous tourner vers le Seigneur et lui confier notre pays.
21. Que l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, Reine de la Paix et Notre-Dame du Congo, soutienne nos efforts de conversion. Qu’elle consolide toute initiative de réconciliation, de justice et de paix dans notre pays.
Kinshasa, le 28 février 2020.
Les EVEQUES MEMBRES DU COMITE PERMANENT DE LA CENCO

 

 

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