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*Il est d’une impérieuse nécessité pour les politiciens Congolais, et surtout les dirigeants de l’Etat, d’aiguiser leur conscience de leadership stratégique, afin de réaliser que la RDC est arrivée à une phase déterminante de sa trajectoire développementale. L’atteinte d’un PIB de plus de USD 50 milliards en 2019 (en agrégat avec l’économie informelle projetable à USD 100 milliards) indique que notre pays vogue vers l’ère de son décollage sur l’échelle de Walt W. Rostow.

Dans ce contexte, le FMI et la Banque Mondiale, institutions sur lesquelles le Gouvernement compte essentiellement pour combler son déficit de trésorerie, imposent des conditionnalités exigeant une gouvernance drastique. A cet égard, et surtout tenant compte des défis de l’émergence, le pays et l’Etat (comme organisation tractant la société) a besoin d’un Ministre des Finances possédant une profonde sagacité stratégique en matière de gestion des programmes négociés avec ces institutions. Cependant, dans cette dispensation de l’alternance, on observe une tension (sinon, une collision), entre l’approche politicienne des finances d’Etat et la normativité des finances publiques stratégiques de développement. Ainsi donc, on comprend pourquoi le Ministre des Finances José Sele, un haut cadre d’Etat chevronné et formé à l’Université d’Harvard au Kennedy School of Government en pilotage de la performance gouvernementale, fait face aux visqueuses offensives.
Pour comprendre ces défis, mais aussi pour cerner la nécessité de la résilience du Ministre Sele en faveur du progrès de la RDC, il convient d’explorer en profondeur la problématique de la confrontation entre la rationalité développementale de la gouvernance financière stratégique et l’approche politicienne des finances publiques. Force est de relever que l’ascension massive (par l’alternance) de certains acteurs politiques dans le champ de la gouvernance publique sans une préalable intériorisation assez substantielle de la normativité macro-économique et développementale des finances publiques, implique un temps des turbulences et d’ajustement. Mais, le problème est complexifié par l’ascension au sommet de l’Etat d’autres acteurs politiques ayant déjà opéré dans le système gouvernemental, mais imbibés de la mentalité rentière des finances publiques. Ils sont des authentiques virtuoses en montage des projets-écrans conçus pour la manducation politique. C’est essentiellement à cause de leurs effets néfastes que les experts nationaux (ODEP, ACAJ, COUR DE COMPTES) et internationaux (FMI, Banque Mondiale, PNUD) notent, dans cette dispensation, comme une certaine pesanteur plombant la gouvernance d’Etat vers la praxis rentière. Cette réalité est antithétique à la bonne volonté affichée par le Président F.Tshisekedi pour impulser le changement porteur de la distincte bonne gouvernance que l’alternance est censée apporter. La cogitation argumente que José Sele est un haut cadre techno-stratégiste des finances publiques, aussi hautement apprécié par les institutions de Bretton Woods. Il est co-architecte des performances économiques de 2012-2015 réalisées grâce à ces institutions sur base d’une batterie de programmes drastiques. Cela a permis de tracter la RDC de la phase ante-émergence à la piste de la pré-émergence. Un tel techno-stratégiste jouissant d’une crédibilité auprès des institutions financières internationales et co-artisan des réformes économiques restructurantes, devrait être mieux capitalisé par le Président de la République F.Tshisekedi afin de catapulter la RDC vers l’Emergence en 2030.
1. LA TENSION ENTRE LE MODEL TECHNO-STRATEGIQUE ET L’APPRROCHE POLITICIENNE DANS LE MANAGEMENT DES FINANCES PUBLIQUES EN RDC
Nihil novi sub sole. L’histoire semble se répéter. Les tensions, pour ne pas parler vraiment des contradictions, que l’on observe dans le champ des finances publiques aujourd’hui, sont dans une large mesure analogues à celles que l’on avait constatées sous l’ère de ce qui a été conceptualisé comme la «Matatanomics», entre 2012 et 2015. Ce fut une époque où un groupe des professionnels du financement des projets structurants, de la gestion des programmes avec le FMI et la Banque Mondiale, hissé au cœur du gouvernement, avait réussi à implémenter un nouveau style de gestion des finances publiques en modèle de Gestion Axée sur le Résultats. A cet égard, force est de souligner avec emphase, que cette époque marqua en réalité l’éclosion d’une nouvelle gouvernementalité en RDC. Cela en nette disjonction avec la mentalité de la gestion financière publique (d’héritage Mobutien) actionnée par l’impulsivité du pouvoir. Persistante en RDC, cette mentalité est fortement orientée par les motivations de visibilité à finalité électorale, le marketing politique populiste et la manducation politicienne. Celle-ci est opérée derrière des projets illusoirement justifiés comme servant le bien suprême du «Peuple». On y épingle souvent des affectations des ressources peu porteuses de rationalité stratégique pour le développement. En Afrique en général, cette mentalité de la gestion des finances publiques, par impulsions du pouvoir, est souvent dépourvue de conformité procédurale. En général, elle est assortie d’infécondité de valeur ajoutée développementale, in fine. Cependant, l’éruption de la Troisième Vague de la Démocratisation en Afrique a imposé une nouvelle rationalité et praxis des finances publiques plus focalisée sur la performance en bonne gouvernance et la conformité aux projections stratégiques de développement.
A ce sujet, il est intéressant de rappeler, pour étayer la tension épinglée ci-dessus, que de 2012 à 2015, le Premier Ministre Matata fut la cible des attaques et autres offensives politiciennes à cause du déploiement du management financier techno-stratégique. Son Directeur de Cabinet José Sele, qui fut au cœur de l’alchimie de la primature pour la rigueur financière, la discipline budgétaire, l’orthodoxie monétaire, et surtout la réalisation des projets modernisateurs, fut aussi dans la mire des machinations politiciennes. Les apparatchiks du régime «monteurs» des projets et des opérations financières nébuleuses, souvent impromptues, déviantes, abusant leurs affinités avec le détenteur de l’imperium, ouvrirent des fronts de tous ordres. Mais, les techno-stratégistes furent preuve d’une inébranlable détermination. Et grâce aux meilleures performances économiques réalisées, dont bénéficia le régime, ils arrivèrent à faire adopter le paradigme techno-stratégique de la gestion des finances publiques. On peut même affirmer que les réformes majeures, innovations, et praxis de la Gestions Axée sur les Résultats, implémentées par la primature de Matata, et dont Sele fut le coordonnateur de 2012 à 2015, ont contribué à l’amélioration du système économico-monétaire de la RDC. Cette dynamique méliorative a rendu notre système économique et sa machine des finances publiques propices à la résilience et la productivité observée jusqu’en 2019.
2. UNE EXPERIENCE POLYGONALE A CAPITALISER POUR LE MANAGEMENT FINANCIER STRATEGIQUE D’ETAT
Chaque société doit savoir discerner, apprécier, et surtout capitaliser les talents de ses filles et fils porteurs des expériences professionnelles exceptionnelles. Le cursus en continuum de José Sele indique, avec une indubitable clarté, qu’il a été taillé, formé, modelé par l’expérience, pour servir la République aux phases si stratégiquement vitales de sa trajectoire développementale. Ce qui est surtout fascinant sur son profil académico-professionnel, c’est son large et riche éventail épistémique et expérientiel dont cette dispensation politique a absolument besoin pour l’accélération de la navigation vers l’objectif d’un Congo Emergent en 2030. En réalité, c’est le Ministre des Finances qui, de par son gisement d’expérience multidimensionnelle, devrait être véritablement le pilier de la gestion financière stratégique de ce régime. Il est stupéfiant de voir que c’est lui qui est plutôt la cible des offensives brumeuses.
Economiste de formation, placide et discret, José Sele a travaillé, tout en se formant dans les institutions de pointe en la matière, pendant plus de 19 ans, depuis 1996. Les phases saillantes de sa trajectoire méritent d’être épinglées. Concepteur des manuels des procédures à la SNE à Brazzaville (on comprend pourquoi il est intransigeant en cette matière), il a été directeur des projets de développement financés par les organisations internationales pour la RDC auBceco (Bureau central de coordination) dont il est devenu ensuite le Président du Conseil d’Administration. Il fut aussi administrateur à la BAD (Banque Africaine de Développement) dont on connait l’importance capitale dans le financement des projets stratégiques de développement. José Sele connait minutieusement le ministère des finances dans toutes ses facettes. Il y a travaillé pendant une période critique, toujours dans le cadre d’un programme avec le FMI et la Banque Mondiale, avec comme défi l’atteinte du point d’achement en 2010.C’est pourquoi il est très méticuleux, par expérience avec le FMI, en ce qui concerne la gestion de la dette publique. Dans ce ministère où il fut directeur de cabinet de Février 2010 à Mai 2012, Sele s’était focalisé sur l’évaluation de la situation macroéconomique, la mobilisation des recettes et les reformes dans le secteur des finances publiques. Forces est de souligner, à cet effet, qu’il a été le point focal (RDC) de l’Initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés). Il est donc l’un des artisans et pilotes des efforts ayant amené la RDC à atteindre le point d’achèvement (un défi que le cabinet précédant avait échoué de réaliser à deux reprises). Cet accomplissement avait permis au pays d’obtenir l’allégement de sa gargantuesque dette extérieure de plus de $10 milliards.
A la lumière des performances remarquables du Ministre des Finances Matata, après les élections de 2011 celui-ci fut nommé Premier Ministre. Conscient des compétences exceptionnelles de Sele, le nouveau premier ministre lui confia la direction de son cabinet. Ainsi de Mai 2012 à Novembre 2016 le techno-stratégiste joua un rôle majeur dans l’implémentation du paradigme de gouvernance de la “Matatanomics”. Il fut en charge de la conduite des analyses du Gouvernement sur des questions spécifiques dans le secteur économique (Macroéconomie, Finances publiques), le suivi du programme socio-économique du gouvernement et les feuilles de route ministérielles, les évaluations des politiques économiques et actions sectorielles au niveau ministériel (sur base des Lettres de Missions définissant les indicateurs de performance des ministres. Et c’est un système qui devrait être appliqué dans ce régime). Il a aussi joué rôle vital dans la conduite des reformes dans les divers secteurs économiques et dans la gestion des rapports avec les partenaires bi et multilatéraux. Nommé, ensuite en 2016, directeur général de la DGI (Direction General des Impôts), il a introduit le modèle de la gestion axe sur les résultats, ayant produit une performance remarquable (réalisation des assignations à plus de 100%). On peut affirmer que José Sele est l’un des artisans de l’évolution méliorative remarquable de notre système financier public et économique dans sa phase la plus restructurante et la plus performante entre 2012 et 2015. Tout esprit porteur d’un minium de rectitude intellectuelle ne peut pas manquer de réaliser que José Sele ne peut pas être un ministre des finances «automate». Il ne peut pas opérer comme un «militant déployé» pour avaliser les transactions financières d’essence politicienne non porteuses d’alignement avec le cadre logique de la coopération avec le FMI et surtout délestées de sagacité développementale.

CONCLUSION
LA GOUVERNANCE FINANCIERE STRATEGIQUE-ORTHODOXE EST INCONTOURNABLE AU REGARD DES EXIGENCES DU FMI ET DE L’IMPERATIF DE L’ACCELERATION DE L’EMERGENCE POUR 2030
Lors du dernier Conseil de Ministres du 24 Janvier, il a été clairement relevé et reconnu que le Gouvernement connait des difficultés de trésorerie qui ne vont pas s’estomper rapidement. La finalisation des projets du programme de 100 jours et la mise en œuvre de la gratuité de l’enseignement sont confrontées à cette contrainte. Et cela à un moment où le rythme de la mobilisation de recettes connait un ralentissement inquiétant, avec, par ailleurs, le taux du dollar qui a grimpé à 1.750 FC. Il a été souligné dans ce Conseil de Ministres que le Président de la République et le Gouvernement comptent sur l’appui budgétaire du FMI pour combler ce gap. Mais le FMI a prescrit des conditions d’appui dont la maitrise de la dette publique. On se rend compte que la RDC est dans une situation extrêmement délicate et fragile. La persistance du gap de trésorerie, à cause de la gouvernance financière publique a prolixité de marketing politicien, peut amener le FMI et la Banque Mondiale à fermer le robinet. Ca sera un désastre pour ce régime qui compte sur les institutions de Breton Woods pour sa trésorerie à court terme où la RDC attend $400 millions du FMI.
Dans ce contexte, la rationalité politique moderne au sommet de l’Etat exige même que le ministre des finances soit soutenu, voire encouragé, à revigorer davantage les mesures d’orthodoxie dans la gestion de la trésorerie de l’Etat. Cela est d’autant plus vrai qu’au-delà des projets immédiats du programme de 100 jours et la gratuité de l’enseignement, il est indispensable d’affecter les ressources au financement des infrastructures (routes, rails, eau, bateaux, électricité), mélioratives de l’attractivité des investisseurs et accélératrices du développement. La lucidité du Statemanship s’impose pour éviter le plombage populiste, afin de discerner les exigences de la mutation structurelle de notre économie. Certains politiciens ne comprennent pas Nsele parce qu’il demeure dans le cadre logique et programmatique du développement de la RDC jouissant du consensus des institutions de Bretton Woods. Le régime de l’alternance (dont la narrative semble avoir rejeté le concept du Congo Emergent) doit réaliser que les stratégistes continentaux et internationaux ayant aidé la RDC à composer son Plan National Stratégique de Développement (PNSD) nous observent. L’orthodoxie financière d’Etat a été conçue et calibrée, dans les hypothèses transformationnelles (theory of change) des différents programmes depuis 2001, pour un élan en continuum réalisateur de la vision du Congo Emergent en 2030. Le régime de l’alternance est dont appelé à discerner plus loin, au-delà des prismes politiques compartimentés, les impératifs stratégiques du développement pour réaliser la vision du Congo puissance économique en Afrique. Celle-ci a comme trame de fond la bonne gouvernance qui fut aussi la thématique de l’opposition pendant 38 ans.
Hubert Kabasu Babu Katulondi
(Libre-penseur, Ecrivain, Chercheur en Gouvernologie)

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