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Le peuple congolais a rendu des hommages mérités, comme chaque année à la mi-janvier, à deux des ses héros nationaux disparus à 50 ans d’intervalle, quasiment jour pour jour. Le 17 janvier 1961, le Premier ministre Lumumba et ses deux compagnons, Mpolo et Okito furent lâchement exécutés à Elisabethville au Katanga.

Le 16 janvier 2001, le Président Laurent-Désiré Kabila fut, lui aussi, assassiné dans son bureau du Palais de Marbre à Kinshasa. Dans les deux assassinats, un dénominateur commun : la négation, par l’ancien colonisateur, de l’indépendance acquise, pourtant, le 30 juin 1960.

La double commémoration, en ce début d’année, des héros nationaux Patrice-Emery Lumumba et Laurent-Désiré Kabila s’est inscrite dans un contexte particulier : elle est survenue à une semaine de la célébration de l’alternance politique au sommet de l’Etat, le 24 janvier 2019.
Ce jour historique qui a vu Joseph Kabila céder le pouvoir à son successeur Félix Tshisekedi, issu de l’opposition radicale, après 18 ans d’un régime marqué d’un dualisme entre un nationalisme exacerbé et une extraversion dictée par des impératifs économiques. L’on a alors parlé d’une passation pacifique et civilisée du pouvoir. Et à presque six mois du 60ème anniversaire de l’indépendance.
Il n’est, en effet, pas possible de retracer les destins de Lumumba et Kabila père sans revisiter le cheminement de la RD. Congo depuis un certain jeudi 30 juin 1960 à ce jour.

Un long parcours semé d’embûches et qui fait dire à certains analystes qu’en 60 ans d’Etat indépendant, le Congo a certes pris de l’âge, voire vieilli, alors qu’il refuse de grandir, comme s’il était atteint du syndrome de Peter Pan.
Le séquençage de l’histoire postindépendance laisse ressortir une lutte perpétuelle entre, d’une part, les nationalistes nourris des idéaux lumumbistes d’une indépendance sans partage et les valets du colonisateur (et ses alliés occidentaux) chargés de pérenniser un néocolonialisme sous le couvert de fausses doctrines révolutionnaires.

En illustration, les 32 ans de la dictature du général (plus tard Maréchal) Mobutu marqués par un endoctrinement, une paupérisation, la répression et le musèlement des revendications et des libertés fondamentales.
On se rappelle que Lumumba écrivait, peu avant sa mort, que l’histoire du Congo ne s’écrirait ni à Paris, ni à Bruxelles, ni encore moins à New York. Et qu’elle serait écrite, un beau jour, par ses propres fils. Il n’ya qu’à voir parmi les dirigeants congolais de cette génération qui fait encore cas de la recommandation de cet ancien Premier ministre dont la vie fut sacrifiée, pourvu que le destin de ce pays s’en trouve ragaillardi.
C’est dans ces capitales occidentales que l’on va chercher la légitimité du pouvoir, au mépris des suffrages du peuple. En prenant le contrepied du discours paternaliste du roi Baudoin à la proclamation de l’indépendance, Lumumba signait, en réalité, son arrêt de mort. Taxé de communiste en cette période de guerre froide, il sera mis à mort par les services belges, avec l’aide de la CIA à travers leur agent, Joseph-Désiré Mobutu.
En prenant le pouvoir le 17 mai 1997 après la fuite du despote Mobutu abandonné par ses anciens protecteurs, Laurent-Désiré Kabila afficha l’image d’un nouveau Lumumba et donc, d’un tout nouveau libérateur dont la mission était, certes, de matérialiser l’indépendance politique, telle qu’arrachée sur papier, le 30 juin 1960.

Réfractaire à outrance contre toute forme de diktat, son slogan d’auto-prise en charge et d’une réforme monétaire menée sans aucun financement extérieur le mit d’emblée, dans la ligne de mire des tenants d’un néocolonialisme qui s’appuient sur leurs suppôts internes. Puis, il s’ensuit une longue guerre qui va voir intervenir sur le sol congolais pas moins de 7 armées étrangères. Mzee Kabila n’y verra, pourtant, pas la fin venir tout de suite. Deux ans après, il est assassiné, le 16 janvier 2001. Il sera considéré ainsi comme la première victime de son credo : «Ne jamais trahir le Congo ».
Succédant à son père, le jeune Joseph Kabila doit évoluer dans une démarche ambivalente, jouant sur une vision hybride, constamment tiraillé entre realpolitik et des impératifs économiques malheureusement minés par des convulsions internes marqués des atrocités du fait d’une multitude de rébellions internes et externes. Les quelques investisseurs qui font encore de la résistance ne rapatrient plus leurs recettes à l’exportation et la corruption atteint des sommets inégalés. Le budget de l’Etat accuse un déficit chronique, aggravé certainement par l’institution d’un régime fiscal peu incitatif.

A la veille de la passation du pouvoir, le pays et l’ensemble de son corpus institutionnel sont, désormais, exsangues. Privés des moyens en raison de l’absence d’un budget dont les gouvernements successifs qui, sentant leur mise à l’index proche, avaient vite fait de vider les caisses. Lorsque Félix Tshisekedi arrive, il ne sait pas se fixer des priorités précises, en dépit des promesses récoltées au fil de voyages à l’extérieur. Il se perd dans un programme de 100 jours sans en indiquer, de manière claire, les sources de financement. A ce jour, Ni l’agriculture, ni les mines, ni encore moins l’industrie peinent à décoller, faute d’investisseurs toujours méfiants.

Deux générations après la mort de Lumumba, et presque vingt ans après celle de Mzee Kabila, le pays marque le pas. Le gouvernement de coalition reste tiraillé par des dissensions internes et entretient, paradoxalement, un sentiment d’incertitude devant un peuple réduit à une misère endémique. La RD. Congo reste, comme l’on peut l’imaginer, ce colosse aux pieds d’argile au cœur de l’Afrique. Il demeure, en tout, ce géant qui aura été livré en pâture aux rapaces, plusieurs décennies durant. D’où, cette question : le Congo mérite-t-il ses héros nationaux ?

Mwin Murub Fel

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