Flash

*Ils ne se comptent plus, les soulèvements estudiantins qui, dans la seconde moitié du 20ème siècle, ont emporté ou à tout le moins, ébranlé durablement les régimes politiques sur tous les continents. On se rappelle les manifestations de Mai 68 en France, qui ont fini par avoir raison du Général de Gaulle.

Le soulèvement, en 1976, des élèves de Soweto contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud ou celui de la place Tian An Men de Pékin en 1989, sévèrement réprimées dans le sang. Ou encore le Mouvement des Parapluies de Hong Kong, il y a cinq ans. Les unes et les autres ont laissé des stigmates encore perceptibles dans l’ordre social mondial. Et, la RDC, dans tout cela, ne fait pas exception. Car, le spectre hideux de ces types de malaise aux effets multiples sur le fonctionnement du corps institutionnel plane dans le firmament éducatif congolais dont l’Unikin risque fort bien de servir de ventre mou de la bourride.

Le gouvernement congolais aurait tort de ne pas prendre en considération les revendications de la communauté estudiantine en général, et celle de l’Université de Kinshasa, en particulier. Cette alma mater qui vit ses étudiants massacrés le 4 juin 1969 car ils revendiquaient le paiement de leur bourse. Si le général Mobutu arrivé au pouvoir trois ans plus tôt s’en sortit sans trop de casse, c’est en raison de l’environnement mondial de l’époque : la Guerre froide était à son paroxysme, et le président congolais faisait figure de garant des intérêts occidentaux dans une sous-région d’Afrique australe sous les visées de l’Union soviétique. L’université fermée, et ses étudiants enrôlés dans l’armée, les alliés euro-américains de Mobutu passèrent l’éponge.

Vingt ans plus tard, le monde n’était plus le même. La perestroïka était en marche. Le Mur de Berlin était démantelé, Ceausescu avait été exécuté, Mobutu avait exprimé son émotion le 24 avril 1990, mettant fin au régime du Part-Etat. Deux semaines plus tard, il reprenait la parole pour rectifier certains aspects de son discours, donnant sa vision du bipartisme en lieu et place du multipartisme intégral souhaité par une classe politique qui se cherchait encore à grands cris et vociférations de défoulement. Mais d’autres s’étaient distingués à l’applaudimètre. Et cela allait leur coûter cher.
Le 3 mai 1990, un bus est arrêté par des étudiants de l’Université de Kinshasa. A son bord, des députés à qui les étudiants reprochent leur adhésion aux thèses de Mobutu. Parmi eux, le vieux député Kalegamire. Séquestrés, ils sont soumis à des sévices corporels dégradants. Le pouvoir de Mobutu réagit aussitôt : étudiants arrêtés, enseignements suspendus. Menace de fermeture de l’Université. Dans les jours qui suivirent, les étudiants adressent une correspondance à leurs camarades de l’Université de Lubumbashi. Comme un appel au secours.

Dans leur lettre, ils sollicitaient le soutien de ces derniers. Dans le cas contraire, ils menaçaient de soumettre à la bleusaille ceux de leurs camarades qui viendraient poursuivre leur cycle à l’Unikin l’année suivante. Ce fut le point de départ de ce qui allait passer dans l’histoire comme le « Massacre de l’Université de Lubumbashi ». La missive ne pouvait pas tomber plus mal : il régnait déjà sur le campus de l’Unilu une forte tension, du fait de la constitution, dans la foulée du discours du 24 avril, d’associations à base régionale qui entendaient en découdre avec les ressortissants de la province de l’Equateur.

C’est dans ces conditions que dans la nuit du 11 au 12 mai, eut lieu la fameuse Opération Lititi Mboka, faussement attribuée à la Division spéciale présidentielle, la sinistre DSP.
Presque trente ans se sont écoulés depuis, et la vérité est désormais connue. En fait de massacre, il n’y eut qu’un mort, en la personne de l’étudiant Ilombe Ilombe. Le défunt gouverneur du Shaba d’alors, Louis Koyagialo ; le directeur provincial des services de sécurité, Gata, ainsi que le commandant de la gendarmerie, le colonel Lioko seront jugés, et condamnés à tort à de lourdes peines pour complicité et non-assistance à personne en danger. Ils seront réhabilités plus tard. Mais ceci est une autre histoire.

Le Zaïre sous sanctions
Le « Massacre de l’Université de Lubumbashi » eut un retentissement international sans précédent. Le régime déjà vacillant du Maréchal Mobutu subissait les coups de butoir qui allaient le mettre à genou. Lâché par ses protecteurs, il était à la merci d’une nouvelle opposition qui amplifiait de fausses évidences. La Belgique, en première ligne, entraînait l’Occident dans un durcissement de ses relations avec son ancienne colonie.
Conséquence : rupture du jour au lendemain des relations de coopération sous toutes ses formes, annulation du sommet de la francophonie… Tandis que sur le front interne, le pouvoir de Mobutu faisait face à une fronde campée par une cohorte de mouvements d’opposition et d’anciens caciques du MPR qui avaient tourné casaque du jour au lendemain, et dont certains affirmaient connaitre l’emplacement des fosses communes qui contenaient les corps des étudiants morts.

Peu importait les inepties distillées par les uns et les autres. Ce qui comptait pout l’Occident, c’était la tête de Mobutu. La Guerre froide appartenait au passé. L’homme à la toque de léopard ne leur serait plus d’aucune utilité. Placé sous le régime dur des sanctions internationales, le Zaïre, redevenu la République démocratique du Congo devait en subir les conséquences sur les décennies subséquentes.
Le nouveau pouvoir de Félix Tshisekedi gagnerait à relire et à revisiter l’histoire. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, dit l’Ecclésiaste. Le spectre du « Massacre de l’Université de Lubumbashi » n’a jamais été aussi présent. Détail à retenir : le mythe avait pour origine, entre autres, l’Unikin. Et le risque d’embrasement du reste des campus universitaires est tout aussi réel.

La Pros.

Pin It

Statistiques

7488844
Aujourd’hui
Hier
Cette semaine
La semaine passée
Ce mois
Le mois dernier
Au total
27379
32307
162085
7092551
299020
932920
7488844

Your IP: 34.204.191.145
2020-07-09 21:21

Nos Partenaires

  • africatime.jpg
  • africa_n1.jpg
  • allafrica.jpg
  • logo-monusco.jpg
  • okapi.jpg