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La gratuité de l’enseignement primaire doit être irréversible, a indiqué la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), dans sa déclaration lue par son Secrétaire général, Abbé Donatien Nshole, au cours d’une conférence de presse tenue ce lundi 16 décembre au Centre interdiocésain.

Sans aller par quatre chemins, les évêques catholiques, réagissant après l’adresse du Chef de l’Etat sur l’état de la nation du vendredi 13 décembre, ont appelé mordicus les dirigeants du pays à exécuter la promesse du Président Félix Tshisekedi de rémunérer les enseignants non-payés en janvier 2020. Aussi, la Cenco a-t-elle demandé aux autorités de rassurer les nouvelles unités qu’ils seront payés avec effet rétroactif et ce, en guise de motivation.

Aux fins de lever toute équivoque, Abbé Donatien Nshole a précisé que l’Eglise catholique, contrairement à certaines rumeurs, n’est nullement contre la gratuité de l’enseignement. Pour preuve, il a relevé que l’épiscopat catholique avait levé l’option de ne pas imposer aux parents la prise en charge de la paie des enseignants, à travers un Mémorandum adressé au Gouvernement de la République en juin 2004. Occasion faisant le larron, il a noté que la grève des maîtres de la craie n’est pas contre la gratuité mais pour réclamer la paie. L’important, d’après ladite déclaration de la Cenco, est que les autorités compétentes veillent aux préalables indispensables pour la bonne application de cette prescription de l’article 43 de la Constitution.

Progrès et couacs
Partant de l’évaluation organisée trois mois après la rentrée scolaire par la Cenco avec les différentes coordinations diocésaines et provinciales, les hommes à la soutane ont, entre autres, souligné comme points positifs les augmentations des salaires des enseignants et des frais de fonctionnement des écoles primaires ; la suppression des frais de motivation à tous les niveaux ainsi que des autres frais scolaires, à l’école primaire. Cela, sans oublier, par ailleurs, un afflux massif des enfants qui ont repris le chemin de l’école, soit près de 2.5 millions d’enfant de nouveau scolarisés, conformément aux statistiques établis par le Chef de l’Etat, lors de son discours.

Toutefois, selon les catholiques, là où le bât blesse demeure notamment du côté de la rémunération, d’autant plus que près de 10% d’enseignants sont non-payés (NP), environs 19% sont de nouvelles unités non enregistrées et, par ricochet, non-payés, sans compter par ailleurs des écoles qui sont soit mécanisées mais non budgétisées ou encore ne jouissent d’aucuns de ces deux paradigmes susmentionnées.

Recommandations
Pour les Evêques, il faut des signes clairs qui puissent pousser les professionnels de la craie à dispenser des cours en bonne et due forme. D’où, ont-ils réclamé la bonne exécution de la promesse faite devant la nation par le Chef de l’Etat ; des assurances idoines quant au paiement avec récupération des retards de nouvelles unités ; l’identification et le paiement des frais de fonctionnement aux écoles mécanisées et non budgétisées, aussi celles non mécanisés et non budgétisées ; la prise en charge des frais des examens d’Etat afin d’éviter la corruption et d’encourager la rigueur dans ces épreuves ; l’interdiction des interventions intempestives de l’ANR, des partis politiques et autres services spéciaux dans les écoles ; etc.

Plus que tout, la Cenco a exprimé sa disposition de contribuer dans la recherche des solutions idoines afin de résoudre principalement les problèmes de non-paiement des enseignants qui prestent depuis septembre ainsi que l’insuffisance des salaires qui, pour certains, sont sensiblement revus à la baisse. Car, ces difficultés, d’après les prélats, risquent de compromettre la réussite de cette politique de gratuité ou de contribuer à la baisse du niveau de l’enseignement qui est déjà ‘’déplorable’’.

Corneille Lubaki & Ornella Muleka

CONFERENCE DE PRESSE DU SECRETARIAT GENERAL DE LA CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE DU CONGO (CENCO) SUR LA GRATUITE DE L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE.
1. Le début de l’année scolaire en cours a été marqué par l’application d’une disposition constitutionnelle (art43,4), reprise dans la loi cadre de l’éducation de février 2014, à savoir : la gratuité de l’enseignement de base en République Démocratique du Congo. L’effectivité de cette mesure annoncée par le Chef de l’Etat, Son Excellence Monsieur Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a été naturellement saluée avec grande joie par les parents d’élèves.
2. Dans leur message du mois de juin 2019, les Evêques membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), qui déjà en 2004 avaient levé l’option de ne pas imposer aux parents la prise en charge de la paie des enseignants (Cf. Mémorandum des Evêques de la CENCO au Gouvernement de la République en Juin 2004), ont exprimé leur satisfaction à l’annonce de cette décision. En même temps, ils ont prié les autorités compétentes de veiller aux préalables indispensables pour sa bonne application, notamment la garantie d’un salaire digne pour tous les enseignements et la régularisation de la situation salariale des enseignants non payés (NP) et des nouvelles unités (NU).
Constats
3. Trois mois après la rentrée scolaire, la CENCO a organisé sur ce sujet une réunion d’évaluation qui a réuni les coordinateurs diocésains et provinciaux sous l’égide de la Coordination Nationale des Ecoles Conventionnées Catholiques. Des constats faits, nous pouvons signaler :
Les avancées
1) Un afflux massif des enfants jadis déscolarisés ou dont les parents furent essoufflés par le paiement des frais de motivation.
2) L’augmentation des salaires des enseignants des établissements publics.
3) L’augmentation des frais de fonctionnement des écoles primaires.
4) La suppression des frais de motivation à tous les niveaux (maternel, primaire et secondaire).
5) La suppression des autres frais scolaires au niveau primaire.
6) 649 soit 71,4% des enseignants des écoles conventionnés catholiques sont payés.
7) 565 écoles conventionnées catholiques soit 70,7% sont mécanisées et budgétisées.
Les défis
1) 698 soit 9,7%des enseignants ne sont pas payés (NP).
2) 138 soit 18,9% des enseignants sont des nouvelles unités non enregistrés, par conséquent non payés (NU).
3) 898 soit 11,6% des écoles sont mécanisées mais non budgétisées.
4) 317 des écoles soit 8,1% ne sont ni mécanisées ni budgétisées.
5) 330 écoles soit 8,1% sont non agrées mais opérationnelles.
6) 243 écoles soit 1, 5% sont agrées mais non opérationnelles.
7) La démotivation des enseignants NP et NU ainsi que tous les agents d’appoint en Provinces (directeurs de discipline, surveillants, sentinelles, secrétaires, ouvriers) qui ne sont pas payés.
8) Grèves passives ou actives des enseignants dont la rémunération est non satisfaisante
9) Difficulté de fonctionnement des écoles non budgétisées par manque des frais de fonctionnement.
10) Effectifs pléthoriques entraînant l’insuffisance des infrastructures.
11) Manque de matériels didactiques et de manuels scolaires particulièrement dans les classes de 7ème et 8ème pour certains cours inscrits au programme.
12) Manque d’équité dans l’octroi des frais de fonctionnement aux écoles et aux bureaux des gestionnaires.
13) L’arrêt de tous les projets entrepris au niveau des écoles notamment ceux de construction des nouvelles infrastructures et d’équipement.
Recommandations
4) La CENCO salue les efforts fournis par le Gouvernement pour appliquer la gratuité de l’enseignement de base et félicite toutes les autorités qui sont impliquées à sa mise en œuvre. Cependant, si les efforts fournis ne sont pas soutenus et que les difficultés relevés ci-dessus ne sont pas pris très au sérieux, ce bel élan pris peut facilement être brisé avec le risque de retourner en arrière.
C’est pourquoi nous recommandons vivement aux dirigeants de :
(1) Exécuter la promesse du Chef de l’Etat de rémunérer les N.P en Janvier 2020 ;
(2) Rassurer les NU qu’ils seront payés avec effet rétroactif pour les motiver,
(3) Identifier les écoles mécanisées et non budgétisées, aussi celles non mécanisées et non budgétisées et procéder au payement de leur frais de fonctionnement ;
(4) Exécuter la promesse du Chef de l’Etat de mettre fin au moratoire de création des écoles, par l’harmonisation de la carte scolaire et la révision des structures des classes ;
(5) Prendre en charge les frais des examens d’Etat afin d’éviter la corruption et d’encourager la rigueur dans ces épreuves, et mettre en place un comité d’organisation indépendant au niveau national et provincial, comprenant tous les partenaires éducatifs ;
(6) Mettre en place un plan de construction et de réhabilitation des écoles.
(7) Assurer l’équipement en bancs et en outils didactiques ;
(8) Procéder à la suppression ou à la fusion des bureaux gestionnaires pléthoriques et budgétivores créés en dehors des normes ;
(9) Procéder à la réforme urgente du service de contrôle de la paie (SECOPE) pour garantir la transparence du fichier du personnel enseignant et la traçabilité des fonds mis à sa disposition;
(10) Promouvoir efficacement l’éthique par le contrôle et l’application rigoureuse des sanctions administratives et pénales en cas de pratiques de monnayage des actes éducatifs ;
(11) Interdire les interventions intempestives de l’ANR, des partis politiques et autres services spéciaux dans les écoles.
5. La gratuité de l’enseignement primaire doit être irréversible. La CENCO est disposée à apporter sa contribution dans la recherche des solutions pour surmonter les principales difficultés qui risquent de compromettre la réussite de cette politique de gratuité ou de contribuer à la baisse du niveau de l’enseignement qui est déjà déplorable, à savoir : le non-paiement des enseignants qui prestent depuis septembre ; l’insuffisance des salaires qui, pour certains, sont sensiblement revus à la baisse.
6. Le prochain Comité Permanent des Evêques membres de la CENCO qui se tiendra en février 2020 se penchera particulièrement sur ces questions qui attendent les réponses concrètes.
7. Puisse la sagesse Divine habiter tous les acteurs éducatifs de notre pays et que, par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, le Seigneur bénisse notre jeunesse et leurs éducateurs.

Kinshasa, le 15 décembre 2019
Abbé Donatien NSHOLE BABULA
Secrétaire Général de la CENCO

 

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