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De Joseph Kabila à Félix Tshisekedi, le pouvoir a changé de main. Mais, a-t-il aussi changé de camp ? Après la proclamation des résultats des élections générales du 30 décembre 2018, il était impératif pour les alliances et plateformes politiques Cap pour le changement et Front Commun pour le Congo, de s’unir, s’asseoir et tenter de diriger le pays dans sa nouvelle formule de la première alternance pacifique.

Seulement, de bonne heure, les signes d’une coalition partie sur des bases fragiles et mesquines ne se sont pas fait attendre. Entre erreurs politiques et avenir du Congo, quoi de mieux que l’éclairage d’un chevronné en la matière. Avocat et professeur d’universités, mais aussi ‘‘prophète’’, Bernard Kabatu-Suila ressasse les derniers évènements majeurs et établit un lien direct avec la situation actuelle. Il répond de sang froid aux questions de La Prospérité dont l’intégralité de l’interview vous est proposée ci-après.

La Prospérité : Professeur, il semble que vous avez quitté l’enseignement, est-ce vrai ?
Bernard Kabatu-Suila : Oui, malheureusement, pour raison de mon âge, j’ai déposé ma démission à l’UPC avant la fin de l’année académique 2018-2019. J’avais déjà démissionné dans d’autres Universités, l’UPC était ma dernière Université à laquelle je dispensais encore des cours.
La Pros. : Parlons de votre Prophétie faite sur la transmission pacifique du pouvoir entre l’Ex-président Joseph Kabila et son successeur Félix Tshisekedi ; prophétie faite à travers votre livre le «Congo en marche» en septembre 2001, et qui s’est vérifiée 18 ans après, soit le 24 janvier 2019 à l’occasion de la passation pacifique et civilisée du pouvoir entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi. Vous êtes donc un Prophète… Mais alors, quel est l’avenir du nouveau Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo ?
BK : Une prophétie dite scientifique n’est pas une anticipation ou une vision selon la bible comme les pasteurs, mais celle-ci découle généralement d’une longue observation minutieuse de la situation en concerne et le scientifique qualifié en prophète s’il anticipe bien, il peut se permettre de tirer des conclusions plausibles. Quand j’ai publié la Prophétie sur Joseph Kabila en septembre 2001, celui-ci venait de passer neuf mois déjà au pouvoir en tant que Président de la République, alors que le Président Félix lui n’a à peine que 5 mois, il est encore trop tôt pour pouvoir faire des extrapolations sur l’avenir, quand il aura aussi atteint 9 mois et plus au pouvoir, on pourra être en mesure courageusement de prendre un pari sur l’avenir politique du pays.
La Pros. : aviez-vous aussi parlé de la gestion de l’ancien Président devenu aujourd’hui Sénateur à vie dans votre prophétie ?
BK : Non. Si j’avais écrit à l’époque, par anticipation que le jeune Président Kabila ferait une gestion modèle de la chose publique, ma prophétie aurait été médiocre. Heureusement, ce que j’avais prévu s’est bel et bien réalisé.
La Pros. : Selon votre prophétie, l’ex-président Kabila a réussi sa mission, mais quelle était réellement cette mission que beaucoup ne connaissent pas ?
BK : l’homme du destin, le jeune président avait une mission spéciale à remplir à la tête du pays après l’assassinat brutale et sauvage de son père, le président Laurent- Désiré Kabila. Sa mission était principalement la réunification du pays et la passation pacifique du pouvoir d’Etat et de lutte contre l’insécurité du pays. C’est ce que j’avais écrit dans mon livre : «Le Congo en marche». Sur ce plan, ma prophétie a été accomplie, le pays a été réunifié, même si l’insécurité dans l’Est du pays demeure encore en partie. Mais, la gestion quotidienne du Président Kabila a souffert de beaucoup d’insuccès surtout dans le domaine du social de la population qui a fait grandement défaut. Le Président Kabila Kabange lui-même avait publiquement reconnu son échec quand il déclarait qu’il n’avait pas pu réussir son programme puisqu’il lui a manqué 15 bons éléments pour l’accompagner.
La Pros. : Quelle est la lecture que vous faite des tensions politiques qui existent en ce moment dans la coalition au pouvoir ?
BK : La coalition entre l’UDPS et l’UNC, comme avec le MLC même avec Monsieur Martin Fayulu est possible et même à encourager pour la paix afin de stimuler la construction du pays, mais une coalition montée entre l’UDPS et PPRD est une union forcée et indigeste qui ne peut fonctionner qu’à une seule condition : que les perdants reconnaissent et acceptent publiquement leur défaite, mais dans le cas présent, le Président est issu de l’UDPS, Parti politique de l’Opposition la plus radicale et qui a été molesté 36 fois par le PPRD au pouvoir, c’est-à-dire, aujourd’hui, le FCC qui regroupe les partis politiques de l’ancienne Majorité présidentielle, mais qui prétend mordicus selon sa lecture détenir la majorité parlementaire au nom de laquelle il se positionne pour diriger avec le CACH et revendiquerait même le partage à part égale des ministères régaliens avec le Président de la République élu.
La Pros. : pensez-vous que cette coalition tient encore debout ?
BK : Tous les observateurs politiques neutres sont d’avis que cette coalition de façade va très mal, déjà depuis le départ, les membres du FCC n’ont cessé d’agacer publiquement leur allié de circonstance, le CACH, contre lequel ils n’ont cessé de lancer des flèches empoisonnées et dernièrement au parlement, ils se sont maladroitement attaqués au Président de la République, alors que le Président n’a pas des comptes à leur rendre. A l’Assemblée Provinciale de Kinshasa, un Député provincial qui a blasphémé contre les chefs Traditionnels s’est vu suspendu pour 12 mois avec privation des émoluments. Beaucoup d’observateurs sont d’avis que si les combattants de l’UDPS n’avaient pas manifesté leur colère sur le laxisme de la Présidente du Parlement d’avoir laissé faire ou même encouragé l’outrage au chef de l’Etat, lorsque le député traite le Président de la République d’inconscient, alors que la Présidente au perchoir le laissait continuer à s’exprimer sur une matière qui ne concerne même pas le parlement, il y avait une faute de la présidente. Mais le dossier ne semble pas définitivement clos, car l’outrage au Chef de l’Etat ne se rachète pas par une simple demande d’excuse, probablement que la Présidente exige plus puisque l’outrage au Chef de l’Etat est un crime punissable par le code pénal. C’est ainsi qu’un collectif des Combattants est en voie de déposer une plainte auprès de Monsieur le PGR contre le Député Charles Nawej. Les caciques du PPRD ou du FCC font tout ce qu’ils peuvent et même pour récupérer le pouvoir perdu alors que la majorité de la population affirme que le FCC est composé des perdants qu’on ne voudrait même plus revoir au pouvoir de si tôt ?
La Pros. : Le FCC parait très solide de l’externe. Pensez-vous que Kabila et ses auxiliaires vont se dissocier au terme du partage gouvernemental ?
BK : Quand l’ex-Président de la République Joseph Kabila a réalisé que son pouvoir était fini, il s’est dépêché de choisir son dauphin sans consensus, Monsieur Ramazani Shadary. Les plus proches de ses collaborateurs attendaient, chacun, d’être désigné comme Dauphin. Déçus, ils ont commencé à comploter et complotent toujours et encore non seulement contre leur Autorité morale, mais ils ont fait campagne contre l’élection de Shadary. En désignant un dauphin, l’Autorité morale leur avait donné l’occasion unique de conserver le pouvoir, mais la non-élection de Ramazani Shadary comme Président de la République successeur de Kabila sonnait la fin de l’ancien régime, ce que les caciques de l’ancienne majorité n’ont certainement pas encore bien compris puisqu’ils cherchent encore «midi à 14 heures».
La Pros. : Y a-t-il un risque pour le pays ?
BK : Oui, absolument. Le risque que le pays court est que ces caciques du PPRD actuellement au Parlement tentent une action parlementaire absolument suicidaire tendant à renverser le Président de la République afin qu’ils récupèrent soi-disant leur pouvoir perdu qu’ils n’ont pu, par plusieurs tentatives de la modification de la Constitution, mais selon les combattants de l’UDPS, leur Président est solidement bien assis et c’est lui qui sécurise tout le monde dans ce pays en ce moment, sans exception. Les Combattants sont absolument catégoriques, quand ils me renvoient même à la bible : «Ne touchez pas à mes oints ; celui qui touche à mes oints, il met seulement son doigt dans l’œil de Dieu», affirment-ils. Pour les combattants, ne touchez pas à Félix, sinon les Combattants interviendront sans ménagement et même au risque de leurs vies. Quelques rares intellectuels qui revendiquent leur appartenance aux combattants de Limete rappellent pour leur part qu’un Etat de droit ne signifie pas la faiblesse, un complot tendant au renversement du Président de la République, même par la voie parlementaire sera non seulement étouffé à 100%, mais les comploteurs tous et leurs commanditaires seront, sans exception aucune, très sévèrement châtiés comme l’exiges le même Etat de droit. Il est évident que dans cette hypothèse, la majorité du peuple congolais ne sera certainement pas du côté FCC, mais du côté du dernier vainqueur de l’élection présidentielle.
La Pros. : insinuez-vous que FCC devrait momentanément se retirer de la scène politique active ?
BK : Normalement, le FCC qui a dirigé le pays pendant pratiquement 21 ans (soit 18+3 ans de Laurent-Désiré Kabila soit 21 ans au total) et qui vient d’enregistrer un échec sanglant à la dernière élection Présidentielle, aurait dû être préparé à rester dans l’Opposition et avoir l’élégance de refuser toutes les responsabilités gouvernementales pour qu’en cas d’échec de la politique du nouveau Président, que la responsabilité lui incombe seul. Mais, habitué à gouverner, le FCC ne connaît pas la signification de l’adage qui dit : (qu’il ne faut pas chercher « Midi à 14 heures »). Le pays ne s’est jamais trouvé dans ce contexte où le vainqueur de l’élection Présidentielle n’a pas de majorité au Parlement. Si nous étions en occident, dans cette hypothèse, le vainqueur de l’élection présidentielle aurait pu avoir le droit de dissoudre automatiquement le Parlement, afin de rechercher une majorité susceptible de lui permettre d’appliquer son programme sur la base duquel il avait été élu, mais notre Constitution a décidé autrement.
La Pros. : Comment jugez-vous l’évolution du mariage entre les anciens et nouveaux détenteurs du pouvoir qui se le partage aujourd’hui ?
BK : les vaincus (le FCC) qui auraient dû se trouver dans l’opposition, ce sont eux qui essaient d’imposer au vainqueur leur loi de la majorité parlementaire afin, non seulement de gouverner le pays avec lui, mais de bloquer ses plans et la vie du pays. Et pourtant, ils devraient se rappeler que malgré toutes les acrobaties juridiques possibles et imaginables, l’acharnement à conserver éternellement et coûte que coûte le pouvoir d’Etat, ils n’ont pas réussi à prolonger l’imperium de leur Autorité Morale à la tête du pays. Quant lui-même déclare publiquement n’avoir pas trouvé ne fut-ce que 15 bonnes personnes afin de poursuivre son programme à la tête du pays, c’est un aveu d’impuissance et une déception à l’égard de tous ceux qui l’entouraient, tous ses conseillers les plus proches. Arrivé au bout du rouleau sans le résultat tant recherché, c’est-à-dire, la modification de la Constitution en sa faveur, le Président Kabila désigne son dauphin, Monsieur Ramazani Shadary. En ce moment, le Président Kabila ignorait que tous les grands caciques du PPRD allaient contester son choix, surtout que Monsieur Shadary choisi ne figurait même pas parmi les plus grandes pointures du PPRD : ceux qui avaient bataillé fort juridiquement et politiquement pour changer la Constitution en faveur de leur Autorité Morale mais sans succès, se sont sentis trahis par l’Autorité Morale. De plus, Monsieur Ramazani Shadary venait d’être sanctionné pour faute grave et même il venait de perdre son poste politique au Gouvernement ; cette décision discrétionnaire de l’Autorité Morale était prise pour trahison pour les caciques du PPRD et ils vont le faire savoir à leur Chef le moment venu, ils se sont manifesté à l’occasion de l’élection présidentielle ; ils ont tous craché sur la décision de l’Autorité Morale. Alors que l’ancienne majorité faisait le carton, 80% dans toutes les Assemblées Provinciales, 80% dans la Chambre Basse, 95% au Sénat et presque 95% au Gouvernorat. Mais comment Ramazani Shadary n’a pu être élu ? Même pas dans son propre village au Maniema, paraît-il. Le choix de Ramazani Shadary par l’Ex Président ne semble pas avoir été judicieux, il avait été contesté par les durs du PPRD, parce qu’il ne se trouvait pas parmi les caciques du PPRD qui avaient durement combattu juridiquement afin de maintenir le Raïs au pouvoir à la fin de son 2ème mandat. Les caciques ont voulu se venger sur leur Autorité Morale de les avoir trahis.
La Pros. : Une trahison vous dites, mais qui en a durement payé le prix ?
BK : En déclarant qu’il était l’homme de la continuité, Ramazani Shadary se présentait à la place et pour le compte du Raïs. S’il avait été élu, cela aurait été au bénéfice du Raïs mais son échec sanglant signifie aussi celui de l’autorité morale. Tous les membres du FCC ont été élus grâce à l’ex-président qui a financé personnellement toutes les élections. Mais si le Président Kabila avait vu clair avant, il n’aurait pas pu financer les élections de tous ces membres hypocrites du FCC, puisque leurs majorités sont finalement contre lui. Les réunions de Kingakati sont ultras confidentielles, comment expliquer leurs détails sur les réseaux sociaux une ou deux heures seulement après les réunions ? Si la population congolaise a détesté en majorité le Président Kabila, c’est à cause du manque du social de la population. Cette population espère que le Président Félix Tshisekedi va vite régler le problème. Mais, il semble que dans l’attribution des postes au sein du prochain Gouvernement du Président Félix que le FCC revendique encore quelques Ministères régalien, mais pour question d’élégance politique et du respect de la nation, le FCC devrait renoncer à tous les Ministères qui touchent à la gestion directe de l’argent ou des recettes comme les Finances ou le Budget et les Mines, etc.

La Pros.

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