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«Faites la guerre, et non l’amour». Voilà ce que j’ai lu ce matin-là de dimanche, à l’entrée de notre nganda-bar du quartier. J’en suis d’autant plus interloqué que notre gérant semble avoir pris à contre -courant le dicton que j’ai coutume de lui répéter après l’avoir entendu moi-même chez notre patron, le ministre d’Etat des Affaires Tactiques. Or, à moins de me tromper, j’ai plutôt entendu de la bouche du ministre la phrase suivante : « Faites l’amour, et pas la guerre ; phrase héritée, d’après le ministre, du vaste mouvement hippie en faveur de la paix, dans les années 70, sous les secousses notamment de la Guerre du Vietnam.

Au gérant méditatif et accoudé au comptoir du nganda-bar, j’ai exprimé mon étonnement.  Lui, le gérant, s’est étonné de mon étonnement, et a persisté : « Mon ami pilote, oui, faites la guerre, et non plus l’amour  ». Puis le gérant a monté le ton : « Il est temps, s’est-il exclamé, de regarder et de voir, d’entendre et d’écouter, de toucher et de sentir, de s’indigner, de s’engager ». Je n’avais jamais entendu notre « ambianceur-en-chef » tenir des propos aussi va-t-en-guerre. Je me suis de nouveau étonné, et le gérant s'est encore étonné de mon étonnement. Il a renchéri : «  Sais-tu, mon ami pilote, que notre voisin d’à-côté, le pasteur -de-réveil, a emprunté à la Bible même des paraboles incendiaires ? ». Et  voilà le gérant qui me raconte comment le fameux pasteur s’est inspiré de la révolte de Moïse contre les ennemis Amalécites,  le même Moïse qui avait enjoint Josué d’enflammer et de poursuivre la guerre, avec ce détail montrant Moïse au sommet de la colline, brandissant un bâton béni de Dieu pour galvaniser les troupes combattantes. Le pasteur est allé loin ; il a dit : « aucune prière même la plus ardente, même la plus agenouillée; aucune marche même la plus pacifique, même  la plus rampante ;  même  les concerts de musique les plus turbulents avec des sacrifices propitiatoires, rien de tout cela ne gagnera notre guerre ».

… Et afin de joindre le geste à la parole, le gérant m’a annoncé trois décisions gravissimes : primo, est interdite dans le nganda-bar toute boisson alcoolisée en signe de  veillée de guerre, de même que toute danse lascive autour des hanches;  secundo, sont programmés des exercices martiaux pour mettre en condition de guerre les plus jeunes parmi les ambianceurs du nganda-bar, exercices accompagnés  d’un catéchisme de préceptes civiques.

… J’ai enfin compris le gérant ; pour lui : « Faire la guerre et non l’amour  », c’est, toutes affaires cessantes, rester branché heure après heure vers  le Soleil levant, vers l’Est éprouvé du pays, en union de révolte…

(YOKA Lye)

 

 

 

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