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«Qui est Joseph Kasavubu ? Comment est-il devenu un homme politique ? Quel rôle a-t-il joué dans l’histoire du Congo et de l’Afrique ? Est-il le père de l’indépendance congolaise ? Comment est-il devenu chef de l’Etat ? Est-il un héros ou un félon ? Est-il étranger à l’assassinat de Lumumba ? Qu’est-ce que le Congo lui doit-il ? … ». Cette série des questionnements pertinents est couchée sur la quatrième de couverture du chef-d’œuvre littéraire « Kasavubu le Vendu » écrit par un libre-penseur, chercheur émérite et romancier, le maître incontesté de l’histoire du Congo et l’un des meilleurs connaisseurs du monde noir. Il s’agit de Pasu Lundula qui a estimé que le mythe Kasavubu, le tout premier président du Congo, a trop duré.

Dans la préface de ce livre passionnant, Pasu Lundula affirme que Joseph Kasavubu n’a pas suscité une abondante littérature. Avant l’apparition de «Kasavubu le Vendu », seulement cinq ouvrages ont été consacrés à ce personnage dont l’un écrit par sa fille, en l’occurrence Justine M’poyo Kasavubu. Alors que les Congolais, dans leur immense majorité, ignorent quasiment tout de Kasavubu, poursuit l’auteur, on a entretenu, des décennies durant, l’image d’un Kasavubu probe et sage.

Toujours dans la préface, Pasu Lundula lâche cette vérité, véritable bombe : «L’histoire du Congo, qu’on enseigne aux Congolais, est une histoire que les impérialistes et leurs supplétifs congolais, dont Isidore Ndaywel, ont tripatouillée.  A dessein. C’est ainsi que 95% des Congolais, quel que soit leur cursus scolaire, ne connaissent pas l’histoire du Congo, qui est leur propre histoire. Un grand mal ». Tout le programme scolaire est donc à revoir. Le maître a parlé.

Selon l’auteur, Joseph Kasavubu est, sans conteste, une des figures notables de l’histoire du Congo. Cependant, il fustige sa vision tribale viscérale qui sous-tendit toute sa politique et ses compromissions honteuses avec les ennemis jurés de l’homme noir. Par devoir de Vérité, ce révolutionnaire noir déclare que le livre « Kasavubu le Vendu » est un document irremplaçable qui bouche une cavité géante. Sans langue de bois, il poursuit : « Même si on publiera, à l’avenir, d’autres ouvrages sur Kasavubu, aucun, je le jure, ne détrônera cette biographie magistrale qui dynamite tout ce qu’on a écrit sur ce lugubre personnage. Le vrai Kasavubu, le voici. Un kasavubiste qui reste kasavubiste, après lecture de ce bouquin, est un sot ». La suite s’annonce donc chaude.

Parlant de ses origines, l’auteur rappelle que Kasavubu était Kongo à l’instar de Simon Kimbangu, Kimpa Vita, Ne Muanda Nsemi et autres. Dans tout le Congo, le peuple kongo est le seul qui a produit plus de mystiques. Et le tout premier président du Congo était yombe. Pasu Lundula reprend, à la page 29, l’extrait d’un ouvrage de Jacques Marrès et Pierre De Vos qui, décrivant Kasavubu, affirment sans ambages : « C’est un homme de petite taille, d’aspect timide, portant lunette et dont un ancêtre a été un des  ces Chinois venus construire le rail et qui périrent comme des mouches ».

Pour la petite histoire, l’année de naissance exacte Kasavubu n’est pas connue (1913, 1915, 1917).

De 1929 à 1936, il fait le petit séminaire à Mbata Kiela. Ensuite, il rejoint le Grand séminaire de Kabwe au Kasaï où il est renvoyé au bout de trois ans. Rêve brisé. Car, le jeune homme avait le réel désir de porter la soutane. Très affecté par cette injustice, Kasavubu regagne son Mayumbe natal et se lance dans la profession d’enseignant à la mission de Kangu. Le 10 octobre 1941 il convole en justes noces avec Hortense Ngoma Masunda. De leur union naquirent neuf enfants, des garçons et des filles.

Par la suite, Kasavubu preste à l’Office de Transport Congolais (OTRACO), à Boma. En quête d’une vie meilleure, il débarque à Kinshasa un certain 12 juin 1942. Il intègre l’administration publique. Le 21 mars 1954, Kasavubu devient président général de l’ABAKO, l’Association des Bakongo créée quatre plus tôt par Edmond Nzeza Landu avec l’aide du jésuite Van Wing.

Ce jeune insufflera un sang neuf à ce qui deviendra une puissante mutuelle solidement structurée. Sous sa houlette, l’ABAKO réclame, non  pas l’indépendance, mais l’émancipation. Avec un Contre-Manifeste, Kasavubu transforma l’ABAKO, l’association tribale devenue le tout premier parti politique congolais. Ainsi débuta sa carrière politique. La suite de l’histoire est à découvrir dans cet ouvrage de 335 pages paru aux éditions Pasu en 2022.

Dans le chapitre consacré à la mort de Lumumba, un « génie politique », Pasu Lundula affirme que ce n’était pas uniquement une affaire des puissances occidentales dont les Etats-Unis et la Belgique, mais aussi un règlement de comptes des hommes politiciens dont certains lui vouaient une haine vorace pour leur avoir porté ombrage par ses qualités d’organisateur infatigable, de tribun exceptionnel, … Ayant décidé de faire du Congo « le centre de rayonnement de l’Afrique tout entière », Lumumba a fait peur. Il a gâché le sommeil des puissants de ce monde par sa « tête hirsute ». Sa tête fut mise à prix.

A la page 196, l’auteur du livre « Kasavubu le Vendu » écrit que si l’Occident a réussi dans son entreprise criminelle contre Lumumba, c’est parce qu’il a trouvé, sur place au Congo, une tourbe des pourris, dont Kasavubu, dont il s’est servi comme escabeau, pour déglinguer le destin du Congo. Dans ses Mémoires, le Belge Gaston Eyskens le confesse en ces termes : « Le 18 août 1960, je chargeai Jef Van Bilsen d’une mission secrète auprès du président Kasavubu dont il était le conseiller juridique. Je lui fis comprendre que Kasavubu devait mettre Lumumba à la porte. Lumumba était tombé en disgrâce à mes yeux à cause de ses attaques scandaleuses contre notre pays. Kasavubu avait fait ce que je lui avais demandé indirectement ». Et Pasu Lundula de poursuivre : « C’est le même 18 août 1960, curieusement, que le président américain, Dwight Eisenhower, signa la mort de Lumumba parce qu’incorruptible. Il était indomptable parce qu’on ne pouvait pas l’acheter. Selon le rapport que la CIA remit au président Eisenhower, Lumumba, pour l’Occident, était plus dangereux que Castro ».

Joseph Kasavubu est-il le Père de l’indépendance du Congo ? La réponse : « Noooooooooooooooooon ».

L’auteur évoque quatre raisons de ce non strident. Kasavubu a connu une fin pitoyable. Il est mort le 24 mars 1969 à Boma dans l’indifférence générale. Mobutu, qui effectuait une visite en Allemagne fédérale, n’a pas daigné rentrer au pays pour s’incliner devant sa dépouille. Ce personnage a disparu sans laisser ses Mémoires. Paix à son âme !

James Mpunga Yende

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