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«C’est une règle générale : l’homme  qui réussit  le  mieux dans la vie  est celui qui détient la meilleure information ».  Benjamin Disraeli.

(Par Jean Joseph Ngandu Nkongolo)

                 

Chères Travailleuses, chers Travailleurs,

Comme vous le savez, les travailleurs du monde entier se sont souvenus ce 1er mai 2022  de  leurs collègues travailleurs qui ont versé de leur sang, perdu leur vie pour  la determination du temps de travail.  Cette lettre sociale congolaise décrit le processus du 1er mai et explique la rationalité de la célébration du 1er mai au regard de la revendication du temps du travail.

Les  deux points abordés  dans cette lettre sociale s’adressent à la conscience de chaque travailleur salarié congolais afin que le travail soit pour lui une source de son émancipation et de son épanouissement  et ce, dans le respect et par le respect de sa dignité humaine.                     

  1. EXIGENCE D’UNE JOURNEE DE TRAVAIL DE 8 HEURES : UNE AFFIRMATION DE LA DIGNITE HUMAINE.

                            

L’homme s’humanise par le travail. L’humanisation de l’homme qui travaille  est à la fois un résultat  de la production matérielle et un effort collectif, universel et progressif. Le travail est à ce titre une activité sociale, car elle est faite par l’homme pour les hommes. 

Le travail se voulant un mode d’expression et de communication, au 4ème congrès de l’American Federation of Labor tenu en 1884 aux USA,  les principaux syndicats ouvriers américains s’étaient donnés deux ans pour imposer aux patrons  une limitation de la  journée de travail de 8 heures.

Qui veut la paix  prépare la guerre, dit – on, ces syndicalistes avaient  proposé  de débuter leur action  un certain 1er mai parce que  beaucoup d’entreprises  américaines allaient entamer ce jour-là  leur  année comptable. Ainsi donc, la grève en cette date allait empêcher  démarrage de cette année comptable.

Pour ce faire, samedi 1er mai 1886, les manifestations ont été organisées aux Etats Unis d’Amérique, notamment en Pennsylvanie, à New York et  à Chicago.

En Pennsylvanie et New York, le 1er mai 1886  la classe ouvrière fut bouleversée à cause du renouvellement  des contrats de travail pour une durée d’un an.

A Chicago, les employés des usines MAC CORMICK s’étaient   rassemblés, devant leurs usines  en cette date du 1er mai 1886 pour revendiquer une journée de 8 heures de travail.  Le 3 mai 1886, un affrontement entre les briseurs de grève et les grévistes fit malheureusement 4 morts.  De cet affrontement, trois syndicalistes sont jugés et condamnés à la prison à la perpétuité, cinq autres ont été pendus le 11 novembre 1886, mais ils ont été réhabilités plusieurs années après.

Du 14 au 21 juillet 1889, il s’était tenu à Paris, un congrès international socialiste dont la résolution était que les travailleurs des diverses nations auraient à accomplir la manifestation de revendication de la journée de travail de 8 heures dans les conditions qui leur seraient imposées par la situation de leur pays respectif. Ils choisirent la date du 1er mai  pour cette fin. Ainsi, le 1er  mai  devint la date symbole de la revendication d’une journée de travail de 8heures à travers tous les pays du monde.

Le 1er mai tire sa rationalité dans le traité de paix signé à Versailles le 28 juin 1919. Ce traité fixe dans  son article 247 «  l’adoption de la journée  de travail de 8heures ou la semaine de travail de 48 heures comme  but à atteindre partout où elle n’a pas encore été  obtenue ».  De ce traité, la revendication d’une journée de travail de 8 heures  dont la date de manifestation mondiale était le 1er  mai devenait sacrée. Le 1er mai est  de nos jours une journée de toutes les revendications des travailleurs salariés.

En 1920 la Russie soviétique sous l’autorité de Lénine décide de faire du 1er  mai une journée chômée. Cette initiative fut suivie par l’Allemagne nazie en 1933, la France sous l’occupation en 1941.

En République démocratique du Congo, le 1er mai  est un jour férié qui a un caractère légal au regard de l’ordonnance n°14/010 du 14 mai 2014 fixant la liste des jours fériés légaux en République démocratique du Congo.  Cette ordonnance stipule  en son article 1er « 1er mai : fête du travail ».

Comment est-on alors passé du 1er mai « journée de revendication d’une journée de travail de 8 heures » au 1er  mai « fête du travail » ?

En France, le 24 avril 1941, le Maréchal Pétain Philip instaure officiellement le 1er  mai comme « fête du travail et la concorde sociale ». Fort du fait que les régimes totalitaires ne supportaient pas les revendications des travailleurs du 1er mai, le Maréchal Pétain, qui ne pouvait pas tolérer les manifestations des travailleurs de cette date, avait transformé la lutte en réjouissances insipides par la loi. Dorénavant, il ne pouvait plus faire tirer sur les travailleurs manifestants du 1er mai.

Tout compte fait, le ravalement du 1er mai, par cette transformation, n’a pas exproprié les travailleurs leur 1er  mai de revendication. Car, le 1er  mai a été et est encore une expression de l’affirmation de la dignité humaine de travailleurs. Victimes de l’exploitation inhumaine, privés de leurs droits, les travailleurs qui revendiquent en cette date illustrent le principe selon lequel partout où il y a oppression et exploitation, il doit y avoir nécessairement résistance et lutte.  Le 1er  mai montre aussi l’importance que les travailleurs ont eu  à accorder à leur temps extorqué.           

  1. TRAVAILLER POUR LA SUBSISTANCE : UNE DESHUMANITION DU TRAVAILLEUR

J’affirme avec Karl Marx(1848) que « le sens profond de la société des hommes est donc que tous les hommes sans distinction aucune ni de race ni de pays, ni de langue ni de sexe sont destinés à s’humaniser par l’intermédiaire  de la nature humaine par le travail intelligent et libre. Le travail est donc une production libre et intelligente ».

Voilà pourquoi, se voyant privés de la liberté de disposer de leur temps  par leurs employeurs qui leur imposaient une journée entière de travail, les travailleurs salariés américains et français des années 1884 avaient exigé et obtenu une journée de travail de 8heures.  Cet acquit socio –culturel dans le monde du travail profite à tous les travailleurs du monde entier.

Dès lors, les revendications des travailleurs salariés portent généralement sur le salaire, le temps et les conditions de travail comme l’affirme Mourad Sandi(2006).

Curieusement, les rares revendications  spontanées et isolées des travailleurs salariés congolais, toutes catégories confondues, portent plus sur salaires que sur le temps et les conditions de travail. Le temps, l’unique ressource pour posséder et connaitre le monde est laissé pour compte. Je m’en veux pour preuve la tendance à généraliser  le contrat de travail permanent à durée déterminée en violation des dispositions légales.

Cette façon d’agir montre que la plupart des travailleurs salariés congolais travaillent pour la subsistance, c'est-à-dire pour le salaire tout simplement afin de survivre et ce, sans tenir compte ni du temps ni des conditions.  C’est ça la déshumanisation du travailleur salarié congolais. L’une des causes de cette déshumanisions est l’’aliénation du travail  salarié congolais.

Rappelons que l’aliénation est, pour Jules Girardin(1972), la situation de celui qui n’est pas pleinement lui-même, qui ne réalise pas ses possibilités les meilleurs et les plus originelles, qui réprime et gâche ses énergies. Gérardin renchérit sur l’aliénation en précisant que l’aliénation s’exprime dans les formes plus ou moins conscientes de frustration ou peut être d’échec. Un  travailleur salarié  aliéné n’a ni le pouvoir  de choisir ni le droit d’initiative de sa propre vie privée, il est exproprié.

Cette aliénation caractérise beaucoup de travailleurs salariés congolais en général et en particulier celles ou ceux qui sont dans le « contrat de travail permanent à durée déterminée ». Les efforts  fournis pour les libérés de cette aliénation sont perçus par ces derniers comme embêtements, mieux dérangements.  Souvent, ils n’en prennent conscience que quand ils ne  sont plus actifs dans leurs entreprises.  Mais, cette prise de conscience intervient en retard dans la mesure où  le temps d’agir n’est plus.

Sans être exhaustif quelques facteurs qui constituent la source de l’aliénation des travailleurs salariés congolais sont l’ignorance, le népotisme, le pater familias, le syncrétisme politique, syndical et religieux.  De tous ces facteurs, je m’appesantis sur l’ignorance et sur le syncrétisme politique, syndical et religieux  avec un accent tout particulier sur le syncrétisme syndical.

                 Il n’y aura jamais d’équilibre devoir – droit pour  un  travailleur ignorant. Car, l’employeur sera le seul à rappeler à temps et contre temps les devoirs (obligations) du travailleur, mais le travailleur sera incapable d’exiger ses droits les plus légitimes. L’ignorance des travailleurs salariés congolais est à situer dans le cadre de l’ignorance  du peuple congolais que Tryphon Bonga(2017) qualifie de dommageable pour ce peuple. Bonga affirme qu’elle est le pire des maux  qui minent le peuple congolais dans la mesure où elle ne permet pas au peuple de jouer  le rôle qu’on attend de lui pour la  transformation de la société. 

Dès l’annonce de l’avènement de la 3ème République on a assisté à la présence  des politiciens, syndicalistes et religieux sans motivation désintéressée compatible avec la rationalité des missions des partis politiques, syndicats et religions. Le moins que l’on puisse dire est que leurs comportements sont irrationnels. Car, fondés sur l’individualisme méthodologique comme le précise  Jon Elster(2007). Ces politiciens, syndicalistes et religieux existent et  opèrent pour la subsistance.

Le syncrétisme syndical est justifié non seulement par le fait que les actuels syndicats congolais s’inspirent de la doctrine (mobutisme) de l’UNTZa, syndicat unique et fille ainée du MPR, mais aussi et surtout  par le fait que ces derniers sont dépassés  et du passé par leur mode opératoire des luttes sans  caractère conscient ni organisé avec leurs actions spontanées et isolées.  Pourtant, en parlant du passage du mouvement ouvrier au mouvement social, Nonna Meyer(2012) voit dans le mouvement ouvrier (syndicat) et ses efforts d’émancipation un élément moteur du développement de la société moderne, susceptible de déboucher sur la transformation sociale.  Il y a de quoi penser au renouveau d’un syndicalisme contemporain pour sauver les travailleurs salariés congolais.

Que cette lettre sociale congolaise illumine l’esprit de chaque travailleur salarié congolais  et  féconde par la même occasion  son engagement  de lutte pour son bien-être.

J’ai fait ma part. Si vous êtes intéressé(e)s par cette lettre sociale congolaise, rejoignez-nous au numéro :  +  243 994 994 872 et  à l’e-mail Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.  pour la suite.

                                                         Fait à Kinshasa, le 17 mai 2022

                                               Jean Joseph NGANDU NKONGOLO

Expert en Anthropo –Bibliologie du Travail, Formateur Psycho Socio Professionnel et Secrétaire Général de l’Observatoire Congolais du Travail.

+ 243 994 994 872                      

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