Au cours de sa tournée dans l’espace grand Kasaï, dans ses discours tenus en public, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, Président de la République, ne s’adressait pas qu’aux populations rassemblées par centaines en face de sa tribune, dans les stades des contrées qu’il a parcourues. Sachant que chaque étape de sa tournée serait diffusée en direct et en boucle sur la Radiotélévision Nationale Congolaise (RTNC), en s’adressant aux populations de l’espace grand Kasaï, Félix Tshisekedi s’adressait à la nation congolaise toute entière, quoique de manière indirecte. Dans toutes ses déclarations, l’on peut constater la résurgence d’un schéma trinitaire : d’abord Tshisekedi la victime, ensuite Tshisekedi le héros, et enfin Tshisekedi le bâtisseur. Comme victime, le Chef de l’Etat a mis toutes les responsabilités des échecs qu’il accumulés en trois années, sur le dos de son partenaire d’antan, le FCC, à vouloir à tout prix appliquer son «dessein machiavélique», consistant à maintenir le pays dans le chaos. Comme héro, il a vanté ses mérites d’un leader rigoureux, consciencieux et objectif, qui a délivré le pays de ses vieux démons de corruption, de détournement, d’impunité… et qui a ramené de l’ordre dans le foutoir qu’il a hérité de ceux qui l’ont précédé aux affaires. Et comme bâtisseur, il s’est projeté dans le futur, assurant qu’il quitte d’ores et déjà la phase d’assainissement pour celle de la reconstruction proprement dite du pays. Par conséquent, il demande une chose en retour, et même deux, à savoir : de la confiance et de la patience. A eux-seuls, ces deux mots sont une réponse à toutes les questions que le peuple congolais se pose depuis le 24 janvier 2019. A quand la fin des tueries à l’Est ? Patience ! Y aura-t-il une année académique où nous étudierons sans que le calendrier et le programme ne soient perturbés par les grèves à répétition du corps professoral ? Confiance ! Pourrions-nous un jour retrouver notre pouvoir d’achat ? Patience ! Jusqu’à quand la jeunesse portera-t-il le poids du chômage ? Patience ! Aurions-nous dans ce pays de bonnes élections et dans le délai ? Confiance !... Dans l’entre-temps, jour après jour, notre cher Président a déjà consommé trois années sur les cinq que lui avait donné le peuple congolais, ce même peuple à qui il avait promis d’essuyer les larmes, de panser les plaies, raffermir les os, de nourrir à sa faim,… le Gouvernement nous promet une trentaine de milliards de dollar US à l’horizon 2024, mais où en est-on avec les 80 milliard de dollar US promis en campagne à l’horizon 2023 ? Doit-on toujours avoir confiance ? Combien d’investisseurs exactement cette politique dite «d’ouverture» nous a-t-il ramené dans ce pays ? Doit-on toujours continuer à patienter ? Quel est l’impact visible de multiples accords bi et multilatéraux signés ci et là dans l’économie, la sécurité, la santé, ou l’éducation ? Doit-on encore patienter ? Pourquoi nous impose-t-on une taxe téléphonique alors que les deux chambres du parlement, les mêmes qui ont conduit à la naissance d’un «nouveau narratif», ont exigé son retrait ? Doit-on encore avoir confiance ? Bonnes ou mauvaises, le peuple juge les intentions pendant les campagnes électorales. Lorsque l’on est élu, le peuple juge la concrétisation des intentions en actions visibles et palpables. Au diable les excuses, les subterfuges, les mea culpa, les aveux,… les vendeurs de rêves ! La confiance se gagne, la patience se mérite.

La Pros.