Nous pataugeons dedans et, croyez-moi, le dire ainsi, n'est qu'une litote.
La RDC croit très naïvement en l'économie de marché, peu importe la nuance. Et ce n'est pas une idolâtrie.


Mais comment se prévaloir d'un tel attribut sans, au préalable, remplir les conditions d'une économie monétaire, la monnaie étant la condition et l'instrument de l'échange, de par ses fonctions d'étalon des valeurs et de moyen de paiement ?
Aristote disait que le destin de l'homme c'est de vivre en communauté, qu'il n'y a pas de communauté sans échange et qu'il n'y a pas d'échange sans commensurabilité, c'est-à-dire, sans unité de mesure, autrement dit, sans étalon des valeurs.
C'est donc et d'abord en tant qu'étalon des valeurs que la monnaie est entrée dans la vie des hommes, dans la société (les autres fonctions, bien qu'importantes, viennent après).
Néanmoins, pour assumer efficacement cette fonction première, la monnaie (ou la création de la monnaie) doit être étroitement et directement corrélée, non pas (ex-post) à la quantité des biens produits (qu'on considère à tort comme condition de sa stabilité), mais (ex-ante) au facteur de production de ces biens, en l'occurrence, le capital existant, pour ce qui concerne le système capitaliste.
C'est exactement cela que le franc congolais est incapable de faire. Je suis estomaqué d'entendre certains discours de notre autorité monétaire sur la surliquidité de notre économie, pourtant exsangue, ou sur l'expansion de la masse monétaire jusqu'à considérer que celle-ci serait neutralisable par l'entrée des devises étrangères (une théorie perverse de la monnaie ! ).
La RDC ne manque pas de capital propre pour son développement. D'ailleurs la somme des appuis budgétaires et à la balance des paiements, augmentée des investissements étrangers, de divers dons et emprunts, des aides au développement venant de tous nos partenaires bilatéraux et multilatéraux, des banques étrangères ou des multinationales, même cumulée sur tous les 60 ans de notre indépendance, n'atteint pas la valeur du capital existant dans notre pays au titre d'une seule année comptable.
Rien de ce qui peut venir de l'extérieur ne vaut ce que nous avons sur-place en terme de capital pour mettre en place une économie de marché à la hauteur des défis de la mondialisation. Je ne parle pas des ressources naturelles. Je parle, plutôt, du capital créé par le travail des congolais et qui fait partie de leurs propriétés privées.
Seulement, voici le problème : notre politique monétaire est incapable d'actionner ce capital disponible, existant et visible dans un processus intelligent de sa transformation pour acquérir de la valeur supplémentaire. Ce capital, une fois produit par des mécanismes marginaux, demeure inerte. Hernando de Soto appelle cela: le capital mort. Pourquoi ? Parce qu'il surgit dans une économie non monétarisée, une économie plus ou moins privée de l'outil de commensurabilité, selon Aristote. En l'occurrence, faute de "propriétés" monétaires, notre monnaie nationale ne peut servir d'étalon des valeurs, fonction laissée au dollar américain sur toute l'étendue de la République, sous la barbe de la BCC. Partant, les autres fonctions monétaires deviennent de simples fantaisies. Pour les plus sceptiques, voici une illustration en rapport avec la fonction monétaire d'intermédiaire des échanges (instrument de paiement), celle de réserve des valeurs n'étant susceptible d'aucun débat, sauf mauvaise foi.
La fonction d'intermédiaire des échanges est la plus facile à assumer. Cependant, pour une monnaie normale, cette fonction suppose l'existence d'un éventail fiduciaire stable et complet pour l'intérêt de la stabilité et de la vérité des prix des biens et des services. Une monnaie doit, donc, comprendre (1) son unité centrale qui est, en l'occurrence, la pièce ou le billet de 1 FC, (2) les sous-multiples de cette unité libellée, par exemple, en centimes (0,1 FC, 0.5 FC,...) ainsi que (3) les multiples de l'unité monétaire comprenant également des pièces et des BILLETS (5 FC, 10 FC, 20 FC).
Dans le cas du franc congolais, la plus petite valeur faciale est un billet de 50 FC de telle sorte que, pour une marchandise qui devrait coûter 80 FC, par exemple, le système monétaire congolais n'a pas d'issue autre que de créer l'inflation ou la spoliation.
En conséquence, notre capitalisme, privé de la sève transformatrice qu'est la monnaie nationale, crée plus de misères et d'inégalités qu'il convient de le considérer comme pervers.
Un tel capitalisme ne peut générer, au comble des inégalités, qu'une bourgeoise compradore et une société des ANTI-VALEURS, faisant de notre banque centrale la plaque tournante des crimes allant de la corruption jusqu'au blanchiment des capitaux.
Maintenant je vous vois venir avec vos questions et critiques du genre : comment lier la monnaie au capital ou, quelle solution proposez-vous ?
C'est tout l'objet de mon livre: La Banque Centrale dans le Dilemme Entropie - Inflation. La solution à ce dilemme décrit le pont qui lie la monnaie nationale au capital inerte de notre économie nationale.
Restez chez-vous. Bon confinement.

Michel Nsomue

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